‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 4)Chapitre 26 sur 34 · LB PREMIER ACCOUCHEUR A LÀ COUR DE FRANCE I · texte numérisé non relu

LB PREMIER ACCOUCHEUR A LÀ COUR DE FRANCE I

avec M"*'= de Montespan, car tous les détails donnes par le médecin historien Aslruc, et, après lui, par Sue S l'aïeul du romancier, sur le rôle joué en la circonstance par Clément, s'appliquent à souhait à la fille des Mortemart ^.

Julien Clément jouissait déjà d'une grande réputation,quand Fagon le désigna à l'attention de Louis XIV. Après avoir fait dans sa ville natale des études d'humanité et son apprentissage de chirurgie, il s'était rendu à Paris, où il était entré, en qualité de serviteur chirurgien, dans la maison du sieur Jacques Lefèvre, un des accoucheurs les plus fameux de son temps. Son zèle et son habileté lui gagnèrent bien vite la sympathie de son maître, qui lui accordait peu après la main de sa fille.

C'est à Barèges, où Fagon avait accompagné le duc du Maine ^ que le premier médecin du roi eut l'oc-

1 Dans ses Essais historiques sur l'art des accouchements, >Sue le jeune dit que Clément accoucha la duchesse de La Vallièrc des enfants qu'elle eut de Louis XIV, « A son premier accouchement, écrit-il, comme elle souhaitait le plus grand secret, on conduisit Clément dans une maison oii M°" de La Valicre (sic) avait le \isago couvert d'une coëfTe, et où on prétend que le Roi était enveloppé dans les rideaux du lit qui le couvraient ». Ce n'est là qu'un conte, ainsi que le précédent chapitre l'a démontre.

2 V. l'article du D"" le roi, conservateur de la Bibliothèque de Versailles, paru dans YUnion médicale, du i3 août 1S61 (no g-j), lequel reproduit un curieux récit de Bussy-Rabutin, extrait de son Histoire amoureuse des Gaules. Mais Bussy ne doit pas toujours être cru sur parole (Cf. Union médicale, 39 août 1861).

• Le duc du Maine était né avec un pied-bot. Le premier médcci 1

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casion d'apprécier les qualités du jeune maître en chirurgie. Clément avait, grâce à ses efforts, conquis cette maîtrise qui consacrait ses talents. La Dauphine étant près du terme, Fagon se souvint de son .protégé et en parla favorablement au Roi. Le témoi- 'gnage si formel de Fagon fit un tel effet sur l'esprit du monarque, qu'il ne fut plus parlé de chirurgiens fort accrédités, qui n'oubliaient rien pour obtenir la préférence ; et le Roi s'en tint absolument à la recommandation de Fagon.

Le 30 août 1686, Clément se rencontra, au chevet de la Dauphinc, avec un capucin, empirique très recherché, le père Ange, et un certain Caret, de Tournay, qui « arriva sur le soir, sentant si fort, et si parfumé que M"-"^ la Dauphine ne put l'entretenir, le fit baigner et lui donna un habit neuf * ».

jugea qu'il fallait l'envoyer aux eaux de Barèges. On chercha une personne de confiance qui voulut bien servir de gardé à l'enfant. Louvois alla secrclcment à Paris projDOser cette mission à la ^euve Scarron, qui l'accepta. Les lettres que celle-ci envoya au Roi dans cette circonstance lui plurent si fort que ce fut le commencement de leurs relations, nous ne disons pas de leur intimité.

Quelques années auparavant, la veuve Scarron avait sollicité Louis XIV, pour obtenir de lui qu'on reportât sur sa tête les i.5oo livres de pension que touchait son mari de son vivant. Le Roi avait refusé obstinément et ce ne fut que plus lard, sur les instances de M°" de Montespan, qu'il lui accorda non pas i.5oo, mais 2.00O livres de revenu (V. à cet égard, les Mélanges historiques, satiriques, anecdotiques, de M. de B... Jourdain, t. I).

' Da>gea.u, cité par Ghereau {Union médicale, 6 juillet x86i).

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L'accouchement de la Dauphine ' mit Clcmcnl ci grande réputation. Dès ce jour, sa fortune fut faite. Les dames de la plus haute qualité, les bourgeoises un peu distinguées, « étant d'ordinaire les singes des dames du plus haut rang, ne voulurent pas, autant qu'il leur fut possible, avoir d'autre accoucheur que celui qui était du goût de la Cour. »

Quelques années après, Clément était appelé pr.r trois fois auprès de la Reine d'Espagne, sœur de 1 '. duchesse de Bourgogne. Il reçut à la naissance tro:r. princes de suite, à la grande satisfaction des heureu ' souverains.

« En l'année 1711. le roi Louis XIV, voulant dignement reconnaître les services que cet habile homme avait rendus à la famille royale, outre les gratifications qu'il avait déjà reçues de Sa Majesté, et, entre autres, la charge de premier valet de chambre de M"^^ la duchesse de Bourgogne dont il avait été gratifié, il lui plut encore de lui donner des lettres de noblesse, lui enjoignant en même temps de ne pas laisser pour cela d'exercer sa profession, afin que les princesses de son sang, dont l'heureuse fécondité avait donné tant de princes et princesses à sa royale famille, ne fussent pas privées d'un secours si efficace pour en augmenter le nombre et que les dames les

t L'accouchement, tant attendu de la Dauphine. cul lieu au mois d'août 1682 (V. pour les détails le très attachant travail du D' lb ROI Journal de la santé du Roi Louis XIV, p. 38o et smv).

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plus qualifiées, ainsi que celles de tout autre élat, en puissent aussi profiter dans l'occasion '. »

Clément continua encore quelque temps d'exercer son art, secourant les riches et les pauvres avec le même empressement, jusqu'au jour où les fatigues de sa profession l'obligèrent à prendre sa retraite. Il mourut le 8 octobre 1728, âgé de 80 ans, et fut inhumé dans l'église Saint-André-des-Arts, ainsi que l'a l leste son acte de décès '.

Le samedi ncufvième octobre 1728, a été inhumé M'"'= Jul. Ant. Jacques Clément, premier vallet de chambre de M"' la Dauphinc, décédé du jour précédent en sa maison, rue Clulslinc, ;igé de 80 ans environ. Assistèrent M" Alexandre Julien, conseiller du Roy en sa Cour du Parlement, seigneur de Feuillette, son lils ; M'" Claude-François de la Ville du Povtault, C""^ du Roy en sa Cour des aides, soussignés:

De la Ville du Poutault

Clément de Feillet Clément.

Clément n'avait point eu d'enfant de son premier mariage. De son second étaient nés deux fils : l'aîné, conseiller du Roi en la Cour du Parlement de Paris ;

* Les passages mis entre guillemets sont empruntés à une biographie de Clément, extraite du supplément de VIndex funereus, reproduit pour la première fois dans l'Union médicale, 1861, t. XI, p. 87 et suivantes.

- 11 a été publié par Ghereau, dans l'Union médicale, du 6 juillet 1861 (n° 81).

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le cadcl, rcvèlu d'une charge de conseiller au grand Conseil.

C'est aux bons offices de Clément que Louis XIV eut recours, quand M'"'= de Monlespan fut grosse de ses œuvres.

M°" de Montespan n'eut pas moins de sept, d'aucuns disent huit enfants de souche royale.

Le premier-né mourut à l'âge de trois ans, sans avoir été reconnu. Les quatre suivants, qui se succédèrent à de courts intervalles, furent : le duc du îilaine, le comte de Vexin, M"« de Nantes, M"^ de Tours. Puis vinrent le comte de Toulouse et M'" de Blois, qu'il ne faut pas confondre avec la princesse de Conli, fille de Louis XIV et de la duchesse de La Vallicre.

Les premières grossesses de M""* de Montespan furent soigneusement dissimulées à tous les regards. Quand elle ne pouvait faire autrement que de se montrer en public, M™^ de Montespan revêtait une robe tellement ample et dont les plis étaient si ingénieusement disposés, qu'on était de suite prévenu de ce qu'elle voulait trop bien cacher. « Quand elle prenoit une robe de ce genre, consigne, avec sa mail-

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gnilé ordinaire. Madame, duchesse d'Orléans, c'éloit comme si elle avoit écrit sur son front qu'elle éloit grosse ; chacun disoit à la Cour : M"»'^ de Montespan a mis sa robe. volante, elle est donc grosse. »

Ces robes avaient été, par antiphrase, appelées des innocentes.

Une robe de chambre, étalée amplement, Qui n'a point de ceinture et va nonchalamment. Pour certain air d'enfant qu'elle donne au visage Est nommée innocente et c'est du bel usage,

écrivait Boursault dans ses Mots à la mode.

Celui qui nous renseigne le mieux sur la grossesse de la Montespan, est encore ce méchant bavard de Bussy-Rabutin, dont il ne faut accueillir les dires qu'avec précaution, mais qui écoutait assez souvent aux portes pour être bien renseigné. Voici comment Bussy ' conte la naissance du duc du Maine (31 mars 1670) ; on n'est pas obligé de le croire, mais on ne saurait méconnaître que sa chronique est d'une piquante saveur. Nous lui cédons la parole.

Quelque temps après que M. de Montespan fut exilé dans ses terres par ordre du Roi, pour avoir donné un soufflet à M""° de Montespan qui. ayant pris goût aux caresses du roi, ne pouYoit plus souffrir celles de son mari et ne lui vouloit plus rien accorder, Madame sa femme devint grosse; et quoi -

1 Dans la France Galante, publiée à la suite de VHi$toire amoureuse des Gaules, de Bussy-Rabutin.

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qu'elle s'imaginât bien que tout le monde savoit ce qui se passoit entre le Roi et elle, cela n'empêcha pas qu'elle n'eût de la confusion qu'on la \it en l'état où elle éloit. Cela fut cause qu'elle inventa une nouvelle mode qui étoit fort avantageuse pour les femmes qui vouloicnt cacher leur grossesse, qui fut de s'habiller comme les hommes, h. la réserve d'une jupe sur laquelle, à l'endroit de la ceinture, on tiroit la chemise, que l'on faisoit boutîer le plus qu'on pouvoit et qui cachoit ainsi le ventre.

Cependant, le temps des couches de cette dame approchant, le Roi se retira à Paris où il n'alloit que rarement, espérant qu'elle y pourroit accoucher plus secrètement que s'il demeuroit à Saint-Germain, où il avoit coutume de demeurer.

Le terme venu, une femme de chambre de M"" de Montespan, en qui le Roi et elle se confiaient particulièrement, monta en carrosse, et fut dans la rue Saint-Antoine chez le nommé Clément, fameux accoucheur de femmes, à qui elle demanda s'il vouloit venir avec elle pour en accoucher une qui éloit en travail. Elle lui dit en même temps que, s'il vouloit venir, il falloit qu'on lui bandât les yeux, parce qu'on ne désiroit pas qu'il sût où il alloit. Clément, à qui de pareilles choses arrivoient souvent, voyant que celle qui le venoit quérir avoit l'air honnête, et que cette aventure ne lui prcsagcoit rien que de bon, dit à celte femme qu'il éloit prêt à faire tout ce qu'elle voudroit ; et s'étant laissé bander les yeux, il monta en carrosse avec elle, d'où étant descendu après avoir fait plusieurs tours dans Paris, on le conduisit dans un appartement superbe où on lui ôla son bandeau. On ne lui donna pas, cependant, le temps de considérer

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le lieu ; et devant que de lui laisser voir clair, une fillc qui ctolt dans la chambre éteignit les bougies ; après quoi le Roi, qui s'cfoit caché sous le rideau du lit, lui dit de se rassurer et de ne rien craindre. Clément lui répondit qu'il ne craignoit rien, et, s'étant approché, il tâta la malade ; voyant que l'enfant n'étoit pas encore prêt à venir, il demanda au Roi qui étoit auprès de lui, si le lieu où ils étoient étoit la maison de Dieu, où il n'étoit pas permis de boire ni de manger ; que pour lui, il avoit grande faim, et qu'on lui feroit plaisir de lui donner quelque chose.

Le Roi, sans attendre qu'une des deux femmes qui étoient dans la chambre s'entremit de le servir, s'en fut en même temps lui-même à une armoire, où il prit un pot de confiture qu'il lui apporta ; et, lui étant allé chercher du pain d'un autre côté, il le lui donna de même en lui disant de n'épargner ni l'un ni l'autre, et qu'il y en avoit encore au logis. Après que Clément eut mangé, il demanda si on ne lui donneroit point à boire. Le Roi fut quérir lui-même une bouteille de vin dans l'armoire, avec un verre, et lui en versa deux ou trois coups, l'un après l'autre coup. Comme Clément eut bu le premier, il demanda au Roi s'il ne boirait point bien aussi ; et le Roi lui ayant répondu que non, il lui dit que la malade n'en accoucheroit pourtant pas si bien, et que, s'il avoit envie qu'elle fût délivrée promptement, il falloit qu'il but à sa santé.

Le Roi ne jugea pas à j^ropos de répliquer à ce discours ; et, ayant pris dans ce temps-là une douleur à M'"" de Montespan, cela rompit conversation. Cependant elle lenoit les mains du Roi qui l'exhortoit à prendre courage, et il demandoit à chaque moment à Clément si l'affaire ne seroit

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pas bientôt faite. Le travail fut assez rude, quoiqu'il ne fut pas bien long ; et M""" de Montespan étant accouchée d'un garçon, le Roi en témoigna beaucoup de joie ; mais il ne voulut pas qu'on le dise sitôt à M"" de Montespan, de peur que cela fût nuisible à sa santé.

Clément ayant fait tout ce qui étoit de son métier, le Roi lui versa lui-même à boire ; après quoi, il se remit sous le rideau du lit, parce qu'il falloit allumer de la bougie afin que Clément vit si tout alloit bien avant de s'en aller. Clément avant assuré que l'accouchée n'avoit rien à craindre, celle qui l'étoit allée quérir lui donna une bourse où il y avoit cent louis d'or. Elle lui rebanda les yeux après cela ; puis, l'ayant fait remonter en carrosse, on le ramena chez lui avec les mêmes cérémonies ; je veux dire après qu'on lui eut fait faire plusieurs tours dans Paris, comme on avoit fait en l'amenant.

A peine le nouveau-né avait-il ouvert les yeux à la lumière qu'on envoyait chercher la veuve Scarron, dont la Montespan avait fait la connaissance chez la maréchale d'Albret. La complaisante veuve emporta l'enfant, le cacha dans son écharpe, se cacha ellemême sous un masque et, prenant un fiacre, revint à Paris avec son précieux fardeau '. M"^" de Caylus, qui nous fait connaître ces menues précautions, ajoute ce trait au tableau : « Combien de

* V. sur le rôle joué par M"" de Maintenon, un très attachant opn-îcule : La Révocation de VEdit de Nantes et M'^' de Maintenon, sa vie. son caractère, son influence, par César Pascal (Paria, E. Dentu, i885), principalement aux p. ao «t suivante».

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frayeur n'avait-elle pas que cet cnLint no criât! » La \\'-:vo Scarron aspirait déjà à jouer le premier rôle et ses intrigues lui réussirent assez bien, puisqu'elle arriva plus tard à supplanter son amie, la favorite du jour, et à devenir reine à son tour et non pas reine de la main gauche, mais reine véritable, épouse du Roi devant Dieu.

Le 20 juin 1672, naissait le troisième enfant irrérulijr dj Loui;: XIV cl de M'"^ de Montespan. C'est Lauzun, riionime de toutes les besognes, des plus agréables comme des moins délicates, qui prit le futur comte de Vexin dans son manteau et courut le déposer dans le carrosse de l'obligeante veuve S":-, von iju'on avait osé IV.irc venir jusque dans la chambre de la patiente.

On avait envoyé chercher Clément, en prenant les mêmes précautions qu'au précédent accouchement, mais on lui donna cette fois deux cents louis, tandis qu'on ne lui en avait donné que cent la première fois.

L'on observa toujours la même chose tant que l'on eut besoin de lui, ayant eu jusqu'à quatre cents louis d'or pour le quatrième enfant dont il accoucha M"" de Montespan. Mais soit que cela parût violent à cette dame, qui naturellement est fort ménagère, ou qu'elle en eût d'autres raisons, le Grand Alcandre (Louis XIV) l'ayant encore laissée grosse quelque temps après, et étant obligé d'aller en campagne, elle envoya marchander avec Clément, pour lui envoyer un de ses garçons à Maintenon où elle avait résolu 4,'alltr

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accoucher. Elle passa là pour une des bonnes amies de la inar([niso do INIaintenon, si bien que le garçon qui l'accoucln ne sut pas qu'il avait accouché la maîtresse du Grand Alcandre *.

En réalité, M™^ de Maintenon n'avait qu'un médiocre attachement pour M"»* de Montespan, qu'elle jalousait et qu'elle aspirait à déposséder; et si elle prodiguait des caresses aux entants de sa rivale, c'est moins à son amie qu'à Louis XIV qu'elle prétendait complaire.

En 1675, le crédit de la veuve Scarron avait gagné du terrain et un moment elle put espérer être délinitivcment en faveur. Soit que le Roi commençcàt à vieillir, soit que des scrupules religieux l'aient assailli, Louis XIV venait de se séparer de la Montespan. Mais la séparation fut de courte durée et finit par un rapprochement. M"»* de Montespan vint à Paris, fit ses Pâques, édifia tout le monde par ses pieuses pratiques.

La réconciliation eut lieu chez M'"*^ de Montespan elle-même. On avait convenu que le salon où de-

• BussT Rabutim, op. cil.

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vaient se rencontrer les deux amants serait paré « des dames respectables et les plus graves de la Cour ».

A l'heure dite, le Roi fit son entrée. Au bout d'un instant, il entraînait la favorite dans une embrasure de fenêtre. Là, ils s'entretinrent tout bas, versèrent quelques larmes, feintes ou sincères, puis « ils firent une profonde révérence à ces vénérables matrones, passèrent dans une autre chambre ; ei il en advint (ajoute, en terminant son récit, M'"^ de Caylus) M""" la duchesse d'Orléans et ensuite, M. le comte de Toulouse ».

La naissance du comte de Toulouse fut pour M™^ de Montespan ce que la naissance du comte de Vermandois avait été pour La Vallière : elle sonna le glas des amours du Roi, et fut le signal de la disgrâce de la favorite.

M'"^ de Maintenon, qui va entrer en scène, se chargera de jeter les dernières pelletées de terre sur les amours défuntes, et ce n'est pas sans une joie secrète qu'elle dut écrire ces lignes cruelles :

M"" de Montespan n'oubliait rien pour se rétablir et Louis rien pour se dégager. Elle craignit que la naissance du comte de Toulouse ne lui eût laissé quelque incommodité qui inspirât au Roi du dégoût. Elle eut l'imprudence de s'en éclaircir et le Roi, la cruauté d'en convenir. Il revenoit de la chasse, il étoit en sueur. M"" de Montespan, encore plus outrée de la froideur avec laquelle on l'insultoit que de l'insulte même, lui répondit avec emportement qu'il pourroit

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