LE PREMIER ACCOUCHEUR A LA COUR DE FRANCE SCQ
bien souffrir ses défauts, puisqu'elle avoit si longtemps souffert les siens, et lui en reprocha un que l'amour ambitieux tolère quelquefois, et que l'amour sensuel ne pardonne jamais. Ce trait perça le coeur du roi. et n'en put jamais cire arraébé. En vain M°" de Montespan, à genoux, embrassa ce» pieds dont elle avait révélé les dégoûtantes odeurs : on la releva sans lui montrer ni haine, ni amour, ni pitié *.
Il y avait une autre raison à cette froideur du roi : M""' de Montespan approchait de la soixantaine et les seuls liens qui la rattachaient encore au roi étaient ses enfants.
La maîtresse déchue traîna quelques années encore son existence de délaissée, jusqu'au jour où la mort, une mort de l'Ecriture, vint la délivrer de ses remords et de ses maux ^.
Les obsèques de la Montespan furent un scandale. « Le corps, dit Saint-Simon, demeura longtemps sur
* Mémoires de M"» de Maintenon; passage cité par le docteur Witkowski, dans ses Accouchements à la Cour.
- M""" de Montespan mourut, à Bourbon rArchambault, station thermale illustrée avant elle par le séjour de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, de Boileau, du maréchal de la Meilleraye. etc. M""^ de Montespan y vint à plusieurs reprises, pour réparer les faligues de ses couches demi-royales.
la porte de la maison, tandis que les chanoines de la Sainte- Chapelle de Bourbon et les prêtres de la paroisse disputaient de leur rang jusqu'à plus de l'indécence ».
L'église resta presque déserte. La messe finie, le corps fut déposé dans un caveau commun ; ce n'est que plus tard que le duc d'Antin *, l'unique fils légitime, le fit transporter dans le tombeau de famille, à Poitiers.
Encore le cadavre n'arriva-t-il pas intact à sa dernière destination. « Ce corps autrefois si parfait, c'est toujours Saint-Simon qui parle, fut la proie de l'apprentissage d'un chirurgien sous-intendant de je ne sais où, qui se trouva à Bourbon et qui voulut l'ouvrir, sans savoir comment s'y prendre ».
Une tradition rapporte que la duchesse avait légué, avant de mourir, son cœur au couvent de la Flèche, son corps à l'abbaye de Saint-Germain, ses entrailles à l'abbaye de Saint-Menoux. La Flèche et Saint-Germain reçurent leur legs funéraire ; mais on avait
1 Le duc d'Antin, averti de l'état désespéré de sa mSre, arriva en poste à Bourbon, et, sans descendre de sa vojture, sans demander des nouvelles de la moribonde, exigea qu'on lui remît la cassette de M"' de Montespan. On lui dit que celle-ci portait toujours la clé sur elle. Il monte alors dans l'appartement de la duchesse agonisante, fouille dans son sein, s'empare de la clé, vide la cassette, et part avec les lettres et les bijoux qu'il y trouve, sans témoigner ni chagrin, ni tristesse, ni regret. Quelques instants après, M""" de Montespan expirait (Allier et Dufouk, L'Ancien Bourbonnais, p. 307).