‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 4)Chapitre 5 sur 34 · MI PRÉFACE · texte numérisé non relu

MI PRÉFACE

recherche des formules saisissantes, que delà vérité dépouillée des artifices qui l'altèrent ou la dénaturent.

Nous aurions beau jeu à rechercher par quel mobile a été poussé l'homme qui a écrit l'Amour, ce livre dont chaque page est un philtre, à se complaire à la divulgation de secrets intimes que, seuls, des professionnels, habitués à manier la langue technique, peuvent révéler aux initiés. Nous pourrions nous enquérir comment est venue à riiistorien celte hantise du détail erotique, cette curiosité qui ressemble par endroits à de l'aberration sénile, cette obsession de tout ce qui touche à la sexualité. Qu'on ne s'y méprenne pas : si on veut que Michclet ait eu le mérite de montrer le bcncficc que l'Histoire peut tirer des notions physiologiques, il aurait ouvert une voie dangereuse, parce « qu'il n'a pas fourni une méthode sûre pour avancer dans cette voie, ou montré avec précision le but auquel on devait tendre * ». Son style a été le manteau qui lui a servi à couvrir les assertions les plus hasardées, les paradoxes les plus spécieux.

Ils sont guides autrement sûr*, ces probes écrivains qui ont nom Augustin et Amédée Thieiry *. Mais nous revendiquons surtout, comme précurseurs, le subtil et profond analyste quia consumé

* G. MoNOD, Renan. Taine, Micheïet.

• Chronique médicale, loc. cit., p. 546.

sa vîe dans rédification d'une œuvre impérissable, 1 auteur des Causeries du Lundi, Sainte-Beuve ; le mieux informé, enfin, des historiens physiologistes, un modèle qui eût approché de la perfection s'il avait apporté plus de sérénité dans ses jugements, le révélateur des Origines de la France contemporaine, Hippolyte Taine.

Taine n'est pas, comme Michelet, un visionnaire, qu'égarent trop souvent ses facultés divinatoires. L'œuvre de Taine, comme on l'a clairement vu ', est une œuvre positive et sévère, essentiellement objective, bien différente de celle, tout imaginaire et purement subjective, de Michelet. Taine, comme Littré, dont nous nous réclamons aussi, avait reçu, du reste, une forte culture scientifique, et si tous deux ne pratiquèrent pas, ils étaient au moins préparés, par leurs études antérieures, à devenir les médecins des esprits, comme ils auraient été, s'il leur eût convenu, les médecins du corps.

Il faut avoir, nous ne craignons pas de le déclarer, plus qu'une teinture des sciences biologiques pour aborder les questions si complexes que soulèvent les multiples problèmes de IHistoire. L'érudition, si vaste soit-elle, ne suffit pas pour accomplir cette tâche entre toutes diffîcultueuse. Nous dirions presque qu'il est indispensable de posséder ce que nous nommerions volontiers le sens médical, c'est-à-dire la faculté d'observation

* V. article du D' Cu.lauand (Chronique médicale, loc. cit ).

XIT PRÉFACE

aiguc, le don de la notation brère et précise, la recherche du trait pictural, qui ne tire pas seulement son effet du rayonnement qu'il projette.

Mais nous réclamons un autre droit que celui d'exprimer sans ambages notre pensée, de ne pas l'envelopper de conventionnelles et hypocrites précautions de langage ; nous prétendons apporter quelque clarté dans l'étude de certains faits, de la psychologie de certains personnages, qui s'éclaire véritablement à la lumière de la science médicale.

Si l'on considère non plus isolément, selon la méthode habituellement suivie, le type soumis au creuset de l'analyse, mais qu'on le relie à la chaîne dont il n'est qu'un anneau ; si on étudie l'ascendance et la descendance, on arrive à donner une explication scientifique de la dégénérescence d'une race, au lieu de la rattacher à la fatalité morbide, Vultima ratio des Anciens.

Sans admettre dans toute sa rigueur la théorie de l'École lombrosienne, il est certain qu'il existe, dans l'Histoire comme dans la Littérature, des criminels-nés et l'on se hâte trop parfois de juger avec sévérité tels prétendus coupables, qui ne sont que des malades ou des déments.

Quel sujet de graves méditations pour le médecin philosophe ! De quel frisson d'effroi n'est- on pas saisi, à la pensée que tout un peuple, une collectivité de plusieurs milliers d'êtres pensants, sont à la merci d'un seul homme, sujet aux accidents de notre misérable humanité; que cet

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homme, qui a le redoutable privilège d'exercer un pouvoir sans frein et sans contrôle, s'il a une prédisposition névropathique, peut être saisi de ce délire particulier que notre éminent ami, le Professeur Lacassagne^, a si bien nommé la Césarite 9...

Un des plus illustres philosophes anglais * l'a dit avant nous : « La volonté du monarque est la règle et l'unique critérium du bien et du mal. L'Eglise anglicane posait de même en principe l'obéissance absolue au prince, quel qu'il fût. Qu'en est-il résulté? Une série de crimes, d'horreurs sans nom, qui ont abouti à la chute irrémédiable d'une race royale. »

Ce n'est donc pas faire œuvre de dénigrement, que de dépouiller les monarques de leur auréole légendaire ; ce n'est pas, comme on l'a dit, manifester un sentiment, qui ne serait que mesquin, de les rapetisser à notre taille.

Des dilettanti peuvent discuter s'il est préférable d'entretenir les légendes que d'en émonder l'histoire: ce sont là discussions académiques auxquelles le savant ne doit prendre aucune part. Le culte de la vérité, voilà ce qui doit être sa principale, son unique préoccupation.

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