‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 4)Chapitre 6 sur 34 · FRANÇOIS I" EST-IL MORT DE LA FÉUOXMÈRE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS I" EST-IL MORT DE LA FÉUOXMÈRE

Ceux qui ont appris riiisloire dans Vollaire, ce grand conleur de légendes, doivent avoir leur siège fait ; notre prétention serait vaine de les vouloir convaincre.

François I", a écrit l'auteur de VEssai sur les Mœurs, mourut, quelques mois après Henri VIII, de cette maladie, alors presqi'iii incurable, que la découverte du Nouveau- Monde *rait transplantée en Europe. C'est ainsi que les événenôTiils sont enchaînés : un pilote génois donne un univers à l'Espagne ; la nature a mis dans les îles de ces climats lointains un poison qui infecte les sources de la vie et il faut quun roi de France en périsse.

Comment Voltaire a-t-il justifié la grave accusation qu'il a portée contre le roi chevalier ? Il s'en est référé

a LE CArtiNrr stcuet de l uistoiive

simplement à la tradition et ne s'est pas entouré d'autres garanties.

C'était une opinion presque généralement admise que François P'' avait contracté la syphilis ; de là à prétendre qu'il avait succombé à cette alîection, il n'y avait qu'un étroit fossé à franchir ; après beaucoup d'autres, Voltaire n'a pas hésité à y glisser.

Le problème qu'il s'agit d'élucider est plus complexe ; deux questions, en effet, sont à discuter •

Erançois I^'' a-t-il eu la syphilis ?

Est-il mort de cette maladie ?

Disons de suite que, selon toute apparence, le roi chevalier a été infecté du mal vénérien '. La chronique, l'histoire, le roman, qui n'est si souvent que de l'histoire apprêtée, s'accordent pour donner à cette opinion toute la créance désirable.

L'historien Gaillard ^ parle ainsi de la première maladie du roi, survenue en 1538 :

* D'aucuns ne lui ont pas encore pardonné cette malechance, et CCS âpres censeurs en ont tiré prétexte pour dresser contre François 1" un véritable acte d'accusation.

A entendre ces détracteurs, d'un puritanisme exagéré, le souverain était dépourvu de toute loyauté ; au lieu d'avoir honoré et encouragé les savants, il en aurait été le persécuteur (Cf. le fougueux réquisitoire écrit par Roederer, sous le titre de : Conséquences du système de Cour établi sous François /''''; Paris, Hector Bossange, juin i833). On ne l'en a pas moins nommé « le Père des Lettres » (Mémorial historique de la noblesse, lO" livraison).

■^ Gaillard, Hist. de François I**, roi de France. Paris, 1769, S vol. in-ia.

rRANÇOIS 1*' EST-IL MORT DE lA FKRONNIÈRE ? 3

Le roi fut si tlani^oiTUscmcnt malade à Compiègne que, pendant près d'un mois, on désespéra presque de sa vie. Ce fut, dit-on, reffet d'une vengeance bizarre, qu'un mari jaloux prit des intldélités de sa femme, et des galanleries du roi. Il voulut les punir des outrages qu'il en avait reçus, par ceux qu'il espéra d'en recevoir encore. Il alla chercher dans un lieu de débauche la maladie qui, depuis la découverte de l'Amérique, s'était répandue dans l'Europe, et qui, depuis la conquête de Naples, en lAgA. avait pénétre jusqu'en France, cette maladie honteuse et funeste, le plus terrible poison de la volupté, qui n'avait déjà que trop de poisons sans celui-là. Il s'en guérit, en employant à propos les remèdes qu'on pouvait connaître alors. Sa femme en mourut, le roi pensa ea mourir. Son rétablissement ne fut qu'imparfuit. Il lui resta de tristes symptômes, de fâcheuses dispositions qui altérèrent son humeur et firent dégénérer en une aigreur mélancolique et corrosive la gaîté brillante de son caractère. On sut depuis qu'un ulcère secret était la cause de ce changement.

Un peu plus loin, Gaillard écrit :

François I" n'avait jamais été parfaitement g"..'ri ds la maladie qu'il avait eue à Compiègne. Vers le commencement de février ibli"], une fièvre lente vint annoncer au roi la fin de sa carrière. Etant à Rambouillet, la fièvre augmenta avec fureur, les douleurs de son ulcère devinrent plus aiguës et plus insupportables. 11 succomba le 3i mars i547>

Mézeray *, plus précis, parle, sans artifices de lan-

> MÉZEHA.T, Hisi. de France, depuis Pharamond, etc. Parii. 1 543-1 65 1 3 vol. in-8».

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gage, d'un « abcès périnéal », dont François I" était redevable à « la belle Féronnière, l'une de ses maîtresses. » Et, craignant de n'être pas suffisamment explicite, il ajoute :

Cet ulcère malin, qui lui estoit venu en iSSg, n'ayant pu être guéri par ses médecins, qui n'osèrent pas le traiter avec la rigoureuse méthode qu'il faut apporter à ces maux-là, s'estoit traîné jusqu'au col de la vessie, et commençoit à le ronger avec des ardeurs insupportables. Tellement que celte douleur et l'acre levain de cette infection, qui estoit espandu par toute l'habitude du corps, lui causoicnt une fièvre lente et une morne fascherie, qui le rendoient incapable d'aucune entreprise.

Sismondi * ne fait que répéter, en termes peu différents, la même version.

Varillas a dédaigné d'admettre ce qu'il ne serait

* Sismondi, dans son Histoire de France, ne ménage pas ses expressions : « Le roi, écrit-il, fut dangereusement malade à Compiègne. Bientôt on sut que sa maladie, honteuse dans son origine, dégoûtante dans ses symptômes, était encore considérée comme non moins contagieuse que la peste. Mais un abcès redoutable, dont l'accroissement faisait craindre pour ses jours, ayant crevé, l'avait soulagé en partie.

« On racontait, pour expliquer la cause de cette maladie, que le roi avait séduit une femme, connue sous le nom de la belle Féronnière, et que son mari, tourmenté de jalousie, s'était infecté à dessein d'une maladie qu'il lui avait communiquée, pour qu'à son t mr, sans le savoir, elle la donnât au roi. »

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pas loin d'appeler « la fable » de la belle Féronnière. Bayle l'a, au contraire, acceptée, sans essayer d'en contester l'exactitude ou même la vraisemblance.

On place généralement l'aventure de François I" avec la belle Féronnière vers 1539. Les uns ont dit que Jean Ferron, le mari de la belle, était un vieux et austère bourgeois, logé à Paris dans la rue Barbette, en face de cet hôtel Notre-Dame, d'où étaient sortis jadis les assassins de Louis d'Orléans.

D'autres ont prétendu que Ferron n'était qu'un « ferronnier », c'est-à-dire un marchand de fer, fabricant ou marchand de gros ouvrages faits avec ce métal. L'opinion la plus répandue, c'est que Ferron ou Le Féron était avocat.

Quant à sa femme, c'était, au dire d'un contemporain ', qui assure l'avoir connue, une femme « très belle et de bonne grâce ». Le roi s'en serait engoué ; le mari ayant eu vent de la chose, n'aurait eu de cesse

* Cf. Nouvelle Biographie Didot. La Nouvelle Biographie n*a fait que reproduire l'article de la comtesse de Bradi, paru d'abord dans l'Encyclopédie des gens du monde.

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qu'il n'eût contracté la syphilis *, en fréquentant dans les endroits mal famés. La femme, contaminée par son époux, aurait à son tour communiqué le mal à son royal amant, qui n'en guérit jamais complètement.

Louis Guyon, sieur de la Nauche, médecin d'Uzerche en Limousin, affirme avoir vu la belle Féronnière, mais se refuse à entrer dans plus de détails sur la famille de celle-ci, parce qu' « elle a laissé des enfants, gens de bonne renommée et pourvus de hauts emplois. Elle mourut jeune et fut ensevelie dans le

* Sait-on que Louis XIV n'écliappa que par miracle au même accident? Un passage de Saint-Simon nous fixe sur ce point :

« S'il y a lieu d'eslrc surpris de voir IM"* de Montausier en la place de M™' de Navalllcs ; il y eut grande matière depuis de s'estonner davantage, ou plutôt d'estre fasché de s'estre si étrangement trompé. Le Roy, après avoir entretenu d'autres amours, fit enfin de M""® de Montespan la sultane favorite. L'éclat fut prodigieux ; une femme mariée ravie à son mari, et tous de la qualité dont ils étaient, et ravie publiquement, par autorité suprême. L'Europe n'était pas accoutumée à ce qui serait une étrange nouveauté en \sie, 011 il n'y a que des sérails et des esclaves ; mais le scandale vaincu par l'effroi et par l'ambition mit bientôt tout aux pieds de cette maîtresse. M. de Montespan, d'autant plus enragé qu'il ne pouvait dissimuler qu'un si profond malheur venait de sa part et d'autant moins maître de lui qu'il était plus amoureux de sa femme, fit tant des siennes qu'elle ne se crut pas en sûreté à Saint-Germain et que, pour l'y mettre, le Roi la donna à garder à M™» de Montausier chez qui elle logea. M. de Montespan devint plus furieux, s'appliqua ■\ gagner du mal avec le même soin que d'ordinaire on l'évite. Son pro-

rnANÇOlS I*' EST-IL MOUT DE LA FÉRONMÈUE? ^

couvent de Saint-Maur, sa paroisse * ». IMais la critique moderne - a établi que le récit de ce méilccin est des plus suspects.

Parmi les contemporains, Brantôme n'en a soufflé mol ; or, il n'aurait pas manqué d'en parler, lui qui ne délestait pas la gaillardise dans les propos.

L'origine de la fable est que François P"" avait réellement aimé dans sa jeunesse la femme d'un avocat ^ Brantôme, s'il n'a pas fait allusion à la Féronnière, dit, en tout cas, aussi clairement que

jet était de gâter sa femme et de le communiquer au roi...^^. Intermédiaire des Chercheurs el des Curieux, i8(jG, n" 738, col. G79-0;S(j.

* Voici le passage de Guvon, tel qu'il se trouve dans le livre original :

« Le Grand Roy François I"... rechercha la femme d'un advocat de Paris, très belle et de bonne grâce, que je ne veux nommer, car il a laisse des enfants pourvus do grands estais... Ce que connaissans aucuns courtisans et maquereaux Royaux dirent au Roi qu;l la pouvait prendre d'autorité et par la puissance de sa royauté... Enfin le naari dispensa sa femme de s'accommoder à la volonté du Roy, et à Gn de n'empêcher en rien cette affaire, il fit semblant d'avoir affaire aux champs pour huit ou dix jours. Cependant il se tenait caché dans la ville de Paris, fréquentant les bourdcaux, cherchant la vérole, pour la donner à sa femme, afin que le Roy la priiil d'elle et trouva incontinent ce qu'il cherchait, et en infecta sa femme et puis après le Roy. Lequel la donna à plusieurs aiitrcs femmes qu'il entretenoit, et n'en peut jamais bien guérir, ens tout le reste de sa vie il fut mal sain, chagrin, fascheux, inaccessible. » Les Diverses Leçons, do Loys Guton, i6i3, p. 109-110.

2 P. Paris, Etudes sur François I"", i885, t. Il, p. SaS. ^ Au temps de la Palatine, la tradition avait encore cours parn^; les héritiers même de François I". Selon l'expression d'un historien^

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possible, que François P"" avait... l'ayane, mais qu'il en avait ressenti les premières atteintes bien longtemps avant ses relations avec la femme de l'avocat. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à se reporter à l'article concernant la reine, où l'écrivain des Dames galantes dit expressément :

Si la reine Anne sa mère eût vécu, jamais le roi François T' ne Tcùl épousée, car elle prévoyait bien le mauvais Irailemcnt qu'elle en devait recevoir,. d'autant que le roi son mari lui donna la maladie qui avança ses jours *.

les Bourbons ne contestaient pas le triste hortncur, décerné au plus célèbre des Valois, d être nfiorl victime do sa débauche.

Voici ce qu'on lit dans la Correspondance de Madame, à la date du 3 décennbre 1721 :

« On voit à Fontainebleau, dans le cabinet delà reine, le portrait de la belle Fcronnière, qui avait tant plu à François I"". Il la fit peindre en profil. Elle a élc la cause innocente de sa mort. Son mari, voulant se venger du roi, fit venir une femme de mauvaise vie, très malsaine, et des qu'il se fut infecté, il infecta de cette vilaine maladie sa femme. A. son tour, elle la communiqua au roi, et il en mourut...». L'origine de la légende, serait, d'après M, de Lescure, due à' une intrigue réelle, nouée par le roi, vers i5i4-i5i5, avec une dame Lccocq, femme d'un avocat au Parlement, Jacques Disorae ; mais la maladie du roi ne datant que de i538, il n'est pas vraisemblable que ladite bourgeoise en ait la rcsponsabilié. La belle Féronnière ne serait, d'après le même auteur, que « l'incarnation légendaire de Vuvocale, maîtresse inolTensive de la première jeunesse de François l^*^. Toutes les autres circonstances, qui ont fait un drame émouvant d'une liaison vulgaire, sont le fruit de l'imagination des historiens ». Les Amovrs de Fram^ots /''", par M. de Lescuke, p. 3oa. (Cf. Les Eludes sur François I"', de P. Paris, t. II, chapitre ix.) ' La reine Claude mourut en 1624, le 2 juillet, d'une éruption

FnANÇOIS 1" EST-IL MOUT DE LA FÉKONNIÈRE ? Ç)

Et appuyant davantage, comme s'il craignait de n'être point compris :

Le roi, poursuit-il, aima fort aussi et trop, car, étant jeune ' et libre, sans dilTércnce il embrassoit qui l'une, qui l'autre -, comme dans ce tems n'estoit pas galanJ qui ne

darlrciisc (?) mal soignée; on scion M. P. Paris, « de l'ignorance des nicdecins qui, au lieu d'arrôler le mal, curent recours aux drogues pharmaceutiques et aux purgalions ». P. Paris, t. I, p. 77.

François 1°' épousa, en secondes noces, la sœur de Charles-Quint, Elconore d'Autriche. « Le mariage eut lieu presque à huis clos et en petite compagnie, sans aucune solennité, dans une chclivc bourgade des Landes, sous le toit d'un monastère rustique. » Elude historique sur les formes, le lieu et la date du mariage de François I" avec Eléonore d'Autriche, par M. Emile Labeyrie. Paris, 1878.

1 « François d'Angoulêmo annonçait ce qu'il devait être par ce qu'il était déjà : ardent au plaisir, impétueux et turbulent dans ses jeux, ami du luxe et généreux jusqu'à la prodigalité, insouciant du danger, avide de gloire, propre îi tous les exercices du corps et de Icsprit, il avait à 1 âge de dix ans une maîtresse, une cour, des favoris et des guerres. Une damoisclle de sa mère, nommée Jeanne de Polignac, couchait avec lui » Le xvi' sihle, par P. Lacroix, t. III, p. 83.

2 « Dès avant l'avènement de François au trône, sa complaisante mère avait eu soin de s'entourer d'une multitude de filles jeunes et belles ; mais, différente d'Anne de Bretagne, qui élevait son cortège à la vertu, la duchesse d'Angoulêmo dressait ses élèves à tous les vices propres à séduire et captiver son fils. » IIoederer, op. cit., p. C8.

Henri-Corneille Agrippa, que Louise d'Angoulêmo avait pris à son service, comme médecin et comme astrologue, disait assez brutalement : « Les mères des rois sont quelquefois elles-mêmes les proxénètes de leur fils : rerjum maires nonnumquam, fdiorum suorum leccnae suiit (Cf. De vanitale scienliarum, cap. xiv). Mais Corneille Agrippa n«

fust putassier, partout indifféremment ; dont il en prist la grande vérole, qui lui advança ses jours et ne mourut guore vieux *, car il n'avoit que cinquante-trois ans, ce qui n'estoit rien. Et lui, après s'estre veu eschaudé et mal mené tie ce mal, advisa que s'il continuoit cet amour vagabond, qu'il scroit encore pris et comme sage du passé advisa à faire l'amour bien gallamment. Dont, pour ce, institua sa belle cour, fréquentée de si belles et honnestes princesses, grandes dames et damoiselles ^, dont ne fit faute que pour se fjarenlir de vilains maux et ne souiller son corps plus des ordures passées, s'accomoda et s'appropria d'un amour point sallaud (sic), mais gentil, net et pur '.

doit pas être toujours cru sur parole (V. ce qu'en dit P. Paris, Eludes sur François /«'", t. I, p. Sg et suiv.).

* François, comme l'a fait observer P. Paris, vécut, en somme, âcjede roi, âge que n'avaient dépassé ni Louis XII, ni Henri VIII d'Angleterre. Charles-Quint mourut âgé de cinq années seulement de plus que son rival. Voici, du reste, les dates funéraires des précédents rois de France :

Hugues Capel, mort à 56 ans ; Robert, à 45 ; Henri I" et Philippe I", à 55 ; Louis VI, à 56 ; Louis VH, à 5q ; Philippe H, à 58 ; Lotus VHI, à 39 ; Louis IX, à 55 ; Philippe III, à 4o ; Philippe IV, à 46; Louis X, à 27 ; Philippe V, à 28 ; Charles IV, à 33 ; Philippe VI, à 5- ; Jean, h 45 ; Charles V, à 43 ; Charles VI, à 5o ; Charles VII, h 59 ; Louis XI, à 63 ; Charles VHI, à 27 ; Louis XH, à 53.

* A rapprocher de cette phrase des prétendus 'Mémoires du IMaréchal de Tavanncs, œuvre de son fils ou de son neveu : « Les dames plus que les ans lui causèrent la mort. Tel estoitle roy François blessé des dames au corps et en esprit. Alexandre voit les femmes, quand il n'a point d'affaires, François voit les affaires quand il n'a plus de femmes » Edition Petilot, pp. 217 et 407.

3 Brantôme fait sans doute ici allusion à M™« de Chateaubriand et à la fière duchesse d'Etampes ; et cependant cette dernière, à en

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On a mis en doute les assertions de Brantôme, sous prétexte que le manuscrit des Dames illustres n'aurait pas été conservé, et que, par suite, l'attribution de l'ouvrage était suspecte. On s'est aussi appuyé sur ces lignes, qui se trouvent à la fin du chapitre précité :

Geste vertueuse et sage reyne Claude produisit une 1res belle et généreuse lignée au roy son inary. Elle en fut fort aimée et bien traitée, et fort regrettée aprez sa mort *.

Comment, a-t-on écrit, Brantôme se serait-il ainsi contredit lui-même? Comment surtout expliquer que la reine eut pu mettre au monde sept enfants, bien conformés, si elle avait été en puissance de syphilis?

Il serait aisé de répondre que le roi avait bien pu être infecté du virus vénérien sans le communiquer à sa femme et, par suite, sans le communiquer à sa descendance. Les exemples ne sont pas rares de ménages où le mari est syphilisé, sans que les enfants le soient.

Ce qui est plus difficile, c'est de concilier l'affirmation de Brantôme avec l'opinion qui a généralement cours ' et qui attribue l'origine de la maladie du roi à

croire les Mémoires historiques et secrets de d'Argens, à la vérité fort suspects, aurait été infectée, elle aussi, et guérie par l'usage du lait dànesse (I)

» Brastôme, édition Lalanne, t. VIII, p. 107.

' Félix Ârvers, fait assez peu connu, dans une pièce sur Fràn-

ses relations avec la Féronnière; à moins qu'il ne soit démontré que l'histoire de la Féronnière * n'est

çois I", analysée par Rlaze de Bury, dans la Revue des Deux-Mondes, a accrédite, lui aussi, la fable courante. D'après le poète de l'impérissable sonnet, l'avocat Ferron, fort épris de sa belle et peu chaste épouse, ayant surpris le royal libertin aux pieds de safemme, l'aurait provoqué en combat singulier. La scène est des plus divertissantes : « Ça, te défendras-tu, dis ? lui crie-t-il, l'épée à la main. » Etonnement du prince de se voir tutoyé par un robin, lui, le rival de Charles-Quint et de Henri VIII. Est-ce qu'un homme tel que lui va se mesurer avec un croquant ? Sur ce, il salue ironiquement et se retire. — « Ah 1 c'est comme ça, riposte Ferron en s'adressant à la cantonade. Eh bien ! nous allons voir à nous venger autrement que par l'épée». Il s'en va alors tout droit dans un mauvais lieu de la rue Froidmantel, tenu par une nommée Scholastlque. — ■ « Donne-moi, lui dit-il, la phis empoisonnée de tes filles... Je veux celle-là et non une autre. » Ort devine le reste. Le mari outragé prend là le mal qu'il communiquera à la Féronnière et que celle-ci, par contre-coup, transmettra au roi.

A huit ans de là, François est à Rambouillet, où il meurt de consomption ; il y a sept ans qu'il endure en secret mort et passion. Ambroise Paré, le grand médecin, n'y peut rien, ni aucun autre homme de l'art non plus. Il faut que le malade succombe. Il ne lui reste plus qu'à penser au ciel. A son heure dernière, on annonce un pèlerin de la Terre-Sainte, qui arrive de Jérusalem pour le consoler par des paroles de paix. François donne ordre de le laisser entrer. Paraît un étranger sous la capuce d'un moine. Aussitôt l'inconnu soulève son vêtement et laisse voir l'inexorable avocat de Paris.

— « Roi, je suis Ferron et je me suis vengé, dit-il, meurt en maudit I ».

Tel est ce drame, fort simple puisqu'il ne roule guère que sur une tradition vulgaire, mais dans lequel on trouve ça et là de belles scènes et de beaux vers.

' Dès l'année 1629, la belle Féronnière était comptée au nombre

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pas plus authentique que son portrait, qu'on disait avoir été donné au Louvre par le roi François luimême, et qui, d'après des recherches récentes, a été tenu, en fin de compte, pour apocryphe *.

des femmes qui n'en étaient plus à faire leurs preuves dans la galanterie. Si c'est la même dont parle Mdzeray, dans son Histoire de France (II, 533), à l'année iSSg, comme ayant communique à François I" les principes du mal qui devait abréger sa vie, que devient cette histoire de l'honnête bourgeoise détournée de ses devoirs par le roi ; du mari qui, par désir de vengeance, se sacrifie h la contagion, pour atteindre le suborneur dans la source même de ses plaisirs ? L'héroïne du roman disparaît pour ne plus laisser subsister qu'une vulgaire ribaudc, accessible h tous venants et avec laquelle, dans un jour de caprice et de curiosité, le roi aurait compromis la dignité de sa couronne et la santé de son corps. Pour expliquer dès lors cette désignation, il n'est plus besoin de toutes les ingénieuses Bubtilités, pour lesquelles tant d'historiens ont mis leur esprit à la torture. « La belle Féronnière » est tout simplement un de ces noms de guerre à l'usage des filles de joie composant une cohorte recrutée dans les différents corps d'état. C'est ainsi que, sous un titre analogue, nous voyons défiler, dans la ballade de Villon, ces divinitili de l'échoppe, telles que « la gantière, la faulficicre, la chapperonnière, l'esperonnière », à côté de « la belle heaulmvère. » Œuvres de Clément Marot, t. III (édition G. Guiffrey), p. iig-ino note a.

* Revue des Deux-Mondes, 1849, P- ^'Q- Selon les uns, le portrail en (-uestion représenterait une duchesse de Mantoue; scion d'autres, il figurerait Lucrezia Crivelli, maîtresse de Ludovic Sforze (Cf. L'Esprit dans l'Histoire, d'Ed. Fournier, 4* édit,, i88a, p. i58 cf suiv.).

I^ IX CABINET SECRET DE L HISTOiai

Une réflexion a dû venir à l'esprit de ceux qui ont eu la patience de nous suivre : si François I" a été atteint de la syphilis, comment s'est-elle manifestée * ? Si ce qu'on nous dit de la gravité de la vérole à cette époque est exact, — et rien ne nous autorise à le mettre en doute, — les symptômes du mal devaient être assez apparents, pour éclater aux yeux de ceux qui appro-

1 II semblerait résulter du passage ci-dessous du Journal de Louise de Savoie que, bien longtemps avant d'avoir connu la Belle Féronnicre, B'rançois I", encore adolescent, aurait été atteint de la maladie dont nous n'avons pas besoin de redire une fois de plus le nom. « Le septième jour de septembre i5ia (François avait alors dix-huit ans), mon fils passa à Amboise pour aller en Guyenne contre les Espagnols : et estoît lieutenant-général du roy Louis XII, ainsi comme maintenant en sa dignité royale, il est dictateur perpéluel et trois jours avant, il avait eu mal en la part secrète de nature. » A. rapprocher de ce qu'on lit dans les Mémoires historiques et secrets concernant les Amours dsa Rois de France (par le M" d'ARGEMs),

p. 24o-2iJï.

Brantôme, de son côté, t bien laissé entendre que l'accident survenu à François I" datait de sa première jeunesse, puisqu'il assure que ce prince communiqua son mal à la reine Claude, sa femme« {ui y aurait succombé, on i5a4-

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chaientle roi ; el les mémorialistes bavards n'auraient pas manqué de consigner le fait sur leurs tablettes.

Or, ce que les historiens nous apprennent de plus positif, c'est qu'à partir de 1536, année de la mort prématurée du dauphin (et nous verrons un peu plus tard combien leur témoignage est sujet à caution), la santé du roi déclina de jour en jour, ses facultés physiques et intellectuelles allèrent en s'affaiblissant.

Selon Martin du Bellay, frère du cardinal et du seigneur de Langey, un des plus braves généraux de François P*", la première maladie du roi aurait été une fièvre, d'abord intermittente, variis intervallis, se changeant ensuite en fièvre continue, in continentem conversa, à laquelle vint se joindre une douleur siégeant au niveau de l'abcès, dolor ex vomica.

Mais cette vomique, cet abcès, où siégeait-il ? Au bas-ventre, au périnée, dans la région anale * ? On ne paraît pas très fixé.

N'aurait-il pu être situé dans l'aine, par exemple, et n'être alors qu'une adénite, un bubon suppuré? Hypothèse purement gratuite, d'ailleurs, qu'a soulevée le très compétent syphiligraphe Cullerier -, à seule fin, comme il en fait l'aveu, de « sortir d'une impasse ».

1 Martin du Bellay dit « au bas du ventre » ; Mézeray, au périnée. >jui faut-U et .'ire ?

* Gaz. hébd. de médecine et de chirurgie^ iS56.

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En tout cas, la santé générale du roi en avait à peine été ébranlée. Un ambassadeur vénitien, Marino Cavalli, envoyé en France en 1544, et qui resta près de trois ans attaché à la cour, suivant le roi dans tous ses déplacements, nous dépeint ainsi l'état physique du souverain à cette époque * :

Le roi a maintenant 54 ans (il n'en avait en réalité que 52).. ; il est d'une excellente complexion, d'une constitution vigoureuse et gaillarde... La nature lui a donné une espèce de sentine, qui le purge tous les ans de tout ce qu'il peut avoir d'humeurs malsaines, de façon que si ces humeurs ne deviennent pas trop abondantes, il pourra vivre longtemps encore. Il mange et boit fort bien, il dort on ne peut mieux.

De son côté, le secrétaire du maréchal de Vieilleville, autre contemporain de François I", se contente

1 Paulin Paris, loc. cit., p. 366.

La lettre suivante, écrite par le cardinal d'Armagnac à la duchesse de Ferrare, à la date du 3i janvier i545 (ou i546), corrobore ce témoignage : « Madame, pour ce que vous avez peu entendre de la maladie du Roy qui luy est advenue ces jours passés d'ung apostume au lieu mesmes qu'il l'eust il y a tantost cinq ans, je ne veulx faillir à vous donner advis de sa santé, qui m'est asseurée de plusieurs de la court, mesmes de la royne de Navarre, qui y arriva le 17 de ce mois et m'escript comme sa Majesté se trouvoit bien, et ne luy estoit aucun mal ny douleur, ains seulement l'évacuation dudit apostume, qui se purgeoit encores, qui estoit signe d'une bien longue santé de ladite Majesté, selon mesmes que le promettoient et asseuroient les médecins. » F. Génim, Lettres de Marguerite d'Angoulême, i858, in-8, p. 473.

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de dire que, vers la fin de 1546, le roi tomba malade d'une (( fièvre » en la maison seigneuriale de Rambouillet •.

En présence de pareils témoignages, Michelet écrirait-il encore que le roi « meurt huit ans d'avance, par une horrible maladie dont la médecine ne le sauve qu'en l'exterminant ? »

On a laissé entendre que les médecins de la Cour n'avaient pas osé traiter le Roi comme il aurait dû l'être, et que, par suite de cette négligence, les accidents auraient éclaté avec une violence inaccoutumée. Un chroniqueur du temps dit que le roi s'exprimait difficilement, par suite d'un mal qui lui aoait rongé la luette ^, ce dont le mordant satirique Linguet se souvenait apparemment, quand il écrivait : qu'il n'en coûta à François P"" (d'avoir couché avec la Féronnière) que « cinquante écus, la luette et les cheveux » ; mais, ajoutait-il plaisamment, « il en fut quitte pour parler bas et pour bien se couvrir la tête.»

Lui resta-t-il quelque chose comme une exostose

• Mémoires de Vieilleville, édition Petitot, p. ï36 et suiv.

* M. de LascuRE, Les Amours de François I'^. Paris, i865.

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au crâne ? Ses cheveux tombèrent-ils, comme l'insinue Linguet? Toujours est-il que le roi dut porter perruque * pendant un certain temps, et que les courtisans, chauves ou non, s'empressèrent d'en mettre à leur tour. « On ne vit bientôt, écrit notre railleur, depuis le Rhône jusqu'à la Meuse,- que chevelures jaunes et l'on n'entendit plus que des voix étouffées. Il nous est venu depuis des rois ^ qui

1 Henri III eut la même maladie que son aïeul François I«', et, comme ce dernier, il eut de l'alopécie spécifique (V. dans le Journal des Praticiens, 3 février 1901, p. 71, le traitement qui lui fut administré). Use vit réduit à porter « une calotte, où les cheveux étalent cousus, mais si mal faite, qu'il la couvroit toujours de sa toque, sans l'ôter devant qui que ce fût, non pas même devant sa mère, sa femme, ni les ambassadeurs ; ce qui fait voir, en passant, que l'invention des perruques n'est pas nouvelle en France, et que ce n'est pas d'aujourd'hui que le mal de Naples fait tomber les cheveux. « Mémoires historiques et secrets, concernant les Amours des Rois de France, p. 243.

2 On peut citer plusieurs rois et autres personnages de marque, qu'on a tout lieu de supposer avoir été infectés par la syphilis. Ladislas d'Anjou, roi de Naples et de Hongrie, meurt en i4i4, des suites d'une afTection douteuse des parties génitales, qui ressemblait fort à la vérole. On a dit que la femme de qui il tenait le cadeau s'était badigeonnée les organes génitaux avec un poison et que le « feu sacré », c'est-à-dire une éruption compliquée d'ulcères, l'avait frappé pour le punir de ses fautes. D'après d'autres relations, il serait tombé en décomposition depuis le bas-ventre jusqu'au cœur.

En i3o5, le roi Wenzel II, de Bohême, aurait présenté les symptômes d'un mal non moins mystérieux. Ce mal, qui commença par la gangrène des parties génitales, lui avait été communique par ea

FRANÇOIS l" EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE ? Ig

n'avaient pas perdu la luette, et les voix * se sont rétablies, mais les perruques sont restées. »

Et voilà comment, cher lecteur, l'origine de ces ornements se rattache à l'origine de la syphilis ^.

maîtresse, qui avait été subornée par les gentilshommes du pays : forme la plus raffinée de régicide que l'on ait pu inventer.

Charles IX, Henri III, le duc do Mayenne, le prince et la princesse de Gonti, le prince de Lambalic, etc., furent aussi victimes de la lues venerea (Cf. Les Amours des Rois de France, p. 24o-a44 et les Anliquilés de Paris, de Sauval, à la suite du t. II, p. Sg-^o, des Amours des Rois de France ; Anecdotes de VHist. de France, à la suite de l'édition des Mémoires de Marguerite de Valois (Jannet, i858, p. ao3),

1 Hubert Thomas, de Liège, après avoir dit combien la conversation du roi était agréable, ajoute qu'il fallait être habitué à l'entendre pour le comprendre, car, disait-il, sa voix était restée fort altérée, à la suite d'une maladie qui avait détruit sa luette : licel uvula amissa morbo, vocis vitio laborarel, et non facile, nisi ab ils qui assueverant eum audire intelligeretur.

' Le duc Jean de Saxe écrivait, en i5i8, à son receveur d'impôts à Cobourg de lui envoyer aussi secrètement que possible une belle perruque de Nuremberg. Ulric de Hutten, mort en iSaS à la suite d'une syphilis qui durait depuis huit années, en portait aussi ; ses portraits le prouvent sûrement. En tout cas, la mode des postiches put être de courte durée, et ne pas se généraliser, mais toujours est-il que dame Vénus força bon nombre de ses victimes, peut-être aussi François I", de se couvrir le chef d'ornements empruntés.

Au xvi' siècle encore, Henri III perdit aussi les cheveux et la barbe, toujours par suite du mal honteux, et fut obligé de porter une barrette avec une perruque, que les courtisans se hâtèrent d'adopter.

Plus tard, Louis XIV, d'abord ennemi des faux cheveux, fut contraint de cacher sous un postiche certaine loupe qu'il avait sur la tête. Ici la vérole n'était pour rien. Il faut rendre celte justice au

20 LE CADINET SECRET DE L IIISTOIP.E

Nous ne savons si Linguet a voulu se divertir à nos dépens, mais il est à peu près * avéré que François I' porta perruque, à la suite d'une blessure qu'il avait reçue à la tête, en 1521 -.

Nicolaï, qui relate le fait dans ses Recherches sur l'usage des perruques, dit, en outre, que le roi fut obligé de se faire couper les cheveux, qu'il continua depuis à porter très courts, la barbe taillée en pointe, à la mode italienne.

Tout le monde a pu admirer au Louvre le beau portrait de François l"^ attribué au Titien. On a prétendu que le peintre avait représenté son modèle de profil, pour masquer une exostose qui siégeait au

grand roi, qui s'était contenté d'une blennorrhagie dans sa jeunesse. (BONHEMAISOX, op. Cit., p. II.)

' M. Paulin Paris nie cependant la légende (V. ses Etudes, etc., t. I, p. 43.)

* La mère de François I*', Louise de Savoie, écrit, dans son Journal, que le 6 août i5o8, le jeune prince avait été blessé au front par une pierre ; et que le 6 janvier i52i, il fut assez grièvement blessé par une bûche (V. pour les détails de l'accident, François 7<''' et sa cœir, par Barlhélemj Hauréau, p. 8-9 ; et pour la lista de tous les horions que reçut le jeune François, les Etudes sur François /<■'■, de P. Paris, t. T, p. 43 et suiv.).

FnAKÇOlS I*' EST-IL MORT DE LA FÉRO^NItRE? 2T

côté gauche du maxillaire inférieur. Le D"" Dechambre, qui a étudié, avec une conscience scrupuleuse, l'iconographie de François P^ ne nous a rien laissé à glaner après lui sur ce sujet.

Il y a, écrit-il, de nombreux portraits de François I", les uns de face (dont un, si nous ne nous trompons, du Primatice), les autres de trois quarts, d'autres encore de profil, mais la face vue du côté gauche. Il y en a dont la date approximative est postérieure à l'infection présumée. Il y a, de plus, des bustes où le visage du roi est visible par tous les côtés. Or, sur aucune de ces figures, on n'aperçoit trace de la prétendue difformité.

Un de ces bustes est au musée du Louvre (salle de la Renaissance, n° loo). C'est une demi-figure en bronze, ouvrage de Jean Cousin, ou tout au moins fondue d'après un modèle de sa main. Les traits y sont nettement accentués, finement étudiés. Ce doit être un portrait ressemblant. Et, surce buste, rien, ni sur un côté delà mâchoire, ni sur l'autre, ni aillcur?, ne présente un caractère quelconque qui, de près ou de loin, puisse être rapporté à la syphilis, bien que la barbe soil trop courte pour pouvoir masquer aucune irrégularité notable.

L'affection syphilitique qu'on suppose avoir été transmise parla Féronnière est, avons-nous dit, de i538 ou i53q. Le roi, étant né en iltÇ)^, avait alors 45 ans. Ce n'est certainement pas un âge plus avancé que celui qui est indiqué par le portrait de Jean Cousin. Il faut noter d'ailleurs que cet artiste, né lui-même en i5oo, n'a pas joui probablement de toute la faveur de François I" avant d'être parvenu à la quarantaine.

23 tE CADINET SECRET DE L HISTOIRE

Il y a donc lieu de conjecturer que si une exoslose a défiguré rccllemcnt la fac* royale, elle devait être développée à la date du portrait. On peut alléguer, il est vrai, que sur cette figure et sur d'autres elle a été dissimulée par les artistes, mais on ne peut pas en affirmer l'existence...

La question n'est plus, du reste, de savoir — elle nous semble maintenant résolue par l'affirmative — si le roi François a eu la vérole, mais s'il est mort de ses suites.

Et d'abord, comment un roi n'aurait-il pas été aussi bien traité que le dernier de ses vilains? On guérissait la syphilis alors comme aujourd'hui *. Paracelse, Bérenger de Carpi, employaient le mercure dans cette maladie, et en constataient les heureux effets. De plus, tout semble prouver que François P' avait absorbé du métal liquide. Contenaient-elles autre chose que du mercure, ces pilules de Barberousse que leur inventeur avait envoyées au roi de France?

N'a-t-on pas aussi avancé, — hâtons-nous de dire que nous ne sommes pas allé aux preuves, — qu'on avait trouvé du mercure dans les ossements de François V', lors de l'exhumation des débris renfer* mes dans les cercueils de Saint-Denis ^ ?

1 Benvenuto Cellini dit, dans ses Mémoires, qu'il s'était parfail'jment guéri delà syphilis par une médication appropriée.

^ Cette légende — si légende il y a — fauteur du poème de la

FRANÇOIS 1" EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE? sS

Ce qui paraît hors de conteste, c'est que la maladie qui a mis fin à la carrière de François I" n'était pas la syphilis, et nous n'allons avoir aucun embarras à

le démontrer.

Quand l'ambassadeur d'Espagne, de Saint-MaurisS envoie à Charles-Quint son rapport sur la santé du roi, en 1546, il ne parle que d'une fièvre lente, qui mina le roi à plusieurs reprises, fièvre qui fut « continue pendant cinq jours ; d'un apostume sous les parties inférieures, qui l'empêchait parfois de se tenir debout, et le faisait souvent tomber en faiblesse, apostume pour lequel on lui appliqua des cautères, puis la diète, « par le conseil de ses médecins, lesquels demeurent tous d'opinion que cette maladie procède du mal français, à l'expulsion duquel la dicte diète pourra grandement se servir. Si est-ce que l'on craint

Syphilis, Barlhélcmy, a, plus que tout autre, contribué à la répandre. On a déjà lu ces vers si souvent cités :

On dit même qu'un jour où des fureurs profanei

Du pieux saint Denis fouillèrent les arcanes,

Et sur le vil pavé jetèrent en monceaux

Tous ces rois dont la mort avait fait ses vassaux,

A travers ces débris, dans celle immense foule.

De tant d'augustes fronts qu'oignit la sainte Ampoule,

On reconnut celui du premier des François

Au mercure liquide errant dans ses parois.

1 La mort de François I"' et ravinement de Henri II, d'après les dépêches secrètes de l'ambassadeur impérial, Jean de Saint-Mauris, par Aug. Castan. Besançon, 1879.

U^ lE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE

qu'il n'y ait ulcère en la vesiqiie, réceptacle de l'urine * ».

Plus tard, on n'observe pas moins de cinq trajets fistuleux. Après une amélioration passagère, une rechute se produit en 1547, avec poussées fébriles tous les soirs, depuis le mois de février jusqu'à la fin de mars ^.

Quand la mort du roi fut constatée, le corps fut ouvert ^ et l'on trouva « une apostume en son esto-

* Archives nalionales, K. 1^87 (V. également le Mariage de Jeanne dWlbret, par le baron A. de Ruble, p. 220-221).

^ François I" mourut le 3i mars 15^7 (V. Paillard, La mort de Franrols 1^^, dans la Revue historique, i" année, t. V, p. 84-i2o). ^ Jean Gosme Iloltzachius (de Bâle), médecin contemporain de François 1°', a laissé l'observation suivante, après l'examen anatomique du corps du roi. Cette observation a été communiquée jadis par le Dr Patte à la Gazette hebdomadaire (i856, p. 882) :

« Manu facta est disscctio corporis. Secto abdomine, omentum rutum ad pubcm et ad venlriculum sese exhibuit, sicut intestina, suo veluti vclamine ablato, nuda spectarentur. Sed qua parte duodeno et pylore incumbcbat, nigrcdinis speciem et corruptelam rcferebat ; duodénum putre, purulentum; ventriculi inferiore tunica, ' ruborem cum nigrore mixlum rcprœsantans, humorem atrum, maiorcm etiam quam pro ratione assumptorum copia, continebat : gula ulccrata saniem subrufam eructans ; putris pulmo dextra parte costis ad spinam sic pertinaciter hœrebat ; ut inde sine dilaceratione di» velli non potuerit; qua parte sectione facta, vitiosa sanies effluxit, cor et jecur, ren sinister plane illœsa, lien non admodum insigniter affcctus : ren dexter ultima parte scatens, a quo exorlum vas seminarium exemptum colluvie partes adjacentes effaederat, sicut in illis omnibus insignes corruptelœ apparerent ; in collo vesicœ, ulcuslatum pure mullo refertum; sub pube dextra omnia purulenta, et ipsa

FRANÇOIS l" EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE ? 35

mac, les rognons gaslcs, et les entrailles pourries, le gosier en chancre et le poulmon entamé. »

Tous ces documents n'établissent-ils pas que François I" est peut-être mort d'une affection des voies urinaires ', mais non des voies génitales ; qu'il avait une fistule périnéale, consécutive à un abcès, probablement entretenu par un rétrécissement, d'origine blennorrhagique, ou une prostatite chronique?

Est-il besoin de discuter d'autres hypothèses moins acceptables?

Serait-ce une ulcération syphilitique du périnée, ayant détruit la peau, les muscles, les aponévroses, et ayant épargné les vaisseaux? Mais le traitement en serait venu à bout.

Même observation serait applicable à une gomme suppurée, que si rapidement on améliore par la médication spécifique.

substanlia gangrœnosa ; scrotum, parastatœ et partes omnes testes ambientes similc vitium contraxerunt ; animne rationalis se.lcs integcrrlma. Tara variorum aiïectuum, tam diverses focos obsidentium ccrte eum sint causœ, nuUum tamen ad generationis primordia référendum esse, aut in posteros transire posse affirmarc non dubita-

mus ».

i Cette opinion semble parUgce par notre distingué confrère e«pagnol, le D' Luis Come>ge, à qui l'on doit de remarquables étude» sur la santé des souverains et grands personnages de France et d'Espagne. Nous nous excusons d'avoir ignoré l'existence de cet ouvrage lorsque nous avons écrit nos premiers travaux (Cf. Clinica egregia. Barcelona, 1895.)

a6 LE CABINET SECRET DE l'iIISTOIRB

Pourrai t-on ne pas songer à une fistule vésicopérinéale, traumaliquc, survenue à la suite d'exercices à cheval trop fréquents et trop prolongés ? Ce n'est pas impossible, mais les désordres n'arrivent que très rarement à être aussi profonds.

« Dieu me punit par où j'ai péché », disait souvent François I", et l'on infère de ce propos que le roi, débauché impénitent, aurait été affecté d'une maladie des voies génito-urinaires, à la suite d'excès. Cette opinion ne pèche certes pas par l'invraisemblance, mais elle n'exclut pas celle qu'en fin de compte nous serions assez tenté d'adopter.

La tuberculose ne peut-elle produire les désordres dont nous venons de parler? Notre hypothèse se trouverait presque confirmée par le texte de la dépêche de l'ambassadeur Jean de Saint-Mauris, dépêche dont nous avons cité plus haut un extrait, et que nous reproduisons à nouveau en la complétant :

Le pénultième du mois de mars passé, le roy mourut à Rambouillet, d'une fièvre qui lui avait duré trente jours. li

rnANÇOlS l" EST-IL MORT DE LA FÉRONNIÈRE ? 37

fut ouvert après sa mort, et l'on trouva... apostume en son cslomacb. les rognons gastez et toutes les entrailles pourriez; et il avait la partie du gosier enchancré. le polmon jà quelque peu entamé.,.

Ce membre de phrase est, ce nous semble, assez explicite par lui-même, pour que nous nous croyions dispensé de le paraphraser.

Il ne nous reste plus qu'à envisager une dernière conjecture, et c'est par là que nous terminerons

Certains ont dit que l'origine de la maladie de François I" pourrait bien être rattachée à une impression morale.

Si j*osais entrer plus avant dans le domaine de l'histoire, écrit Cullerier S je trouverais sans doute, en dehors de la ' pathologie, bien des causes à la tristesse et à l'amcrlumc des dernières années de François 1". Je montrerais sa position souvent si difficile entre le cruel Henri VIU et l'astucieux Charles-Quint; je rappellerais la mort du dauphin, son fd s, perte cruelle, qui dut lui être doublement pénible par les soupçons auquels elle donna lieu, et qui coïncide à peu près avec l'époque de sa première maladie...

Et Cullerier conclut, s'appuyant surMézeray :

t De quelle maladie est mort François 7-, par M. Cc.lerieh. chirurgi^l de l'Hôpital du Midi (Extrait de la ^a-^'^ J.Mo.a.^^^ de médecine et de chirurgie). Paris, Victor Masson. M DCCC LVl.

a8 LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE

Les dernières années de François I" furent un temps de calamités pour lui ; les souvenirs des malheurs où la mauvaise conduite de ses ministres l'avait engagé, le plongèrent dans un noir chagrin, qui l'empêchait de connaître ses véritables intérêts et il s^ affligea mortellement d'une chose qu'il avait dû regarder comme une bonne fortune, c'est-à-dire la mort de Henri VIII, roi d'Angleterre.

Martin du Bellay pense de même que a le roy porta grand ennuy » du trépas de Henry VIII.

Tant pour l'espérance qu'il avait de faire ensemble une alliance plus ferme que celle qu'ils avoyent commencée, que parce qu'ils estoyent presque d'un âge et de mesme complcxion... mesme ceux qui estoient près de sa personne trouvèrent que depuis ce temps il devint plus pensif qu'auparavant.

D'après ces récits, on se laisserait aller à croire que François P"" serait mort... de chagrin! Or, voici un document qui contredit absolument les précédentes assertions. S'il faut s'en rapporter au«>texte des dépêches de l'ambassadeur Jean de Saint-Mauris, François l^" s'était au contraire réjoui de la mort du roi d'Angleterre.

Un de ses serviteurs le vit, au mesme instant, fort rire et se jouer avec ses dames, estant lors au bal ; par où il concepvoit que la douleur n'esloil si prolonde que le dit amiral lesmoingnoit.

FRANÇOIS l" EST-IL MOUT DE lA FÉRONNIÈRE ? 29

De la production de ces divers documents, il résulte donc que si François P'" eut, comme tout concourt à l'établir, la maladie qui a donné lieu à tant d'épigrainmes faciles autant que cruelles, il n'a pas succombé à ses suites. Ce serait peut-être le cas de répéter, en le modifiant pour la circonstance, le mot que le roi aurait, dit-on S prononcé après Pavie : tout est perdu fors l honneur... des médecins!

Nous n'aurions pas pardonné à nos ancêtres «, connaissant le mal de leur auguste client, de l'avoir laissé mourir d'une afTection dont on ne mourait, déjà de son temps, qu'exceptionnellement.

1 Dans nos Légendes et Mots de VHistoire, nous donnerons la genèse de la plupart do ces mots, plus ou moins laiàJaircs, le plu» •ouvent apocryphes, et qui. s'ils ne sont pas tous fabriqués, du moinâ sont, la plupart, arrangés après coup.

2 La maison médicale de François I" était très importante (Cf. Y Union médicale. i863, n»' 87 et 88).

MJi STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICIS

Catherine n'est ni une exception, ni un monstre ; c'est une femme, une Italienne du x\i' siècle transplantée en terre de France.

Elle ne manqua que de sang-froid ou que de mourir à temps pour être une héroïne. Elle demeure en tout cas une très surprenante figure, qu'on jugerait autrement au cas qu'on pût étahlir rigoureusement la part réflexe du matériel sur le moral, du corps sur l'esprit, du cadre sur l'image.

H. BOCCHOT.

Catherine de Médicis, une des personnalités pathologiques les plus curieuses de l'histoire *, un des types les plus complets et les plus instructifs de la dégénérescence partielle, présente tous les contrastes possibles. Ambitieuse jusqu'à la passion -, d'aucuns

* JvcoBi, Eludes sur la sélection, p. 344.

' Cf. NiEL, Personnages illustres du xvi* siècle, ch. sur Catherine de Médicis.

3a LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRB

ont dit jusqu'au crime •, elle sut, néanmoins, se pliant aux circonstances, attendre vingt-cinq longues années dans le silence et l'obscurité.

Quant à la vertu ^, le mot pris dans son sens exclusif, de Catherine de Médicis, il y aurait beaucoup à dire. Une princesse qui traînait avec elle « tout un sérail de coquettes ^ », qui organisait à Chenonceaux

* V. dans Poisons et sortilèges, des D""» GABAifàs et Nass, le chapitre : Catherine de Médicis fut-elle une empoisonneuse? (t. II, p. 16 et suiv.).

2 Voici ce qu'écrit à ce sujet un apologiste de cette reine, auquel nous laissons toute la responsabilité de ses assertions :

« Gomme l'opinion accepte trop souvent à la légère de mensongères traditions ou des déclamations passionnées, elle prononce de même des jugements qui semblent infaillibles, et fait à son gré des réputations de crime ou de vertu. Mais quoique cette maîtresse d'erreur sbit comme la reine du monde, à ce que dit Pascal, ses arrêts ne •ont pas sans appel, et l'histoire, plus calme et plus équitable, a le droit de les reviser », Et M. HuillardBréholles (Essai sur le caractère et l'influence de Catherine de Médicis) ajoute un peu plus loin : « Belle encore, malgré ses quarante ans, Catherine conserva toujours avec l'habit du veuvage les mœurs pures de sa jeunesse. Brantôme, le hâbleur Brantôme, dit qu'elle se plaisait aux joyeux propos, mais il ne lui donne pas un amant,

<( Indulgente pour les faiblesses d'autrui, elle dut faire la part à des mœurs qu'elle n'avait ni le temps ni la prétention de corriger. De tous les crimes privés qu'on reproche à sa mémoire, pas un qui Boit vraisemblable ; de tous les crimes politiques, pas un qui soit établi sur les faits ou admis par une saine critique. »

^ Mémoires historiques et secrets concernant les amours des rois de France, 1739, On doit dire, à la décharge de Catherine, que l'institution des filles d'honneur attachées à la personne des reines-

LA. ITÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉOICIS 33

un festin, où « les plus belles et les plus honnêtes daines de la cour servirent demi-nues », n'est pas de mœurs si exemplaires *. Une' femme, dont on a dit qu'«elle introduisit l'unisexualilé en France », n'esl pas déjà si recommandable.

Lorsque Catherine se maria, elle n'avait que 14 ans ^ Elle ne plut pas au Roi, parce qu'elle

mères était un usage de l'ancienne monarchie, que Catherine de Médicis trouva établi à la Cour de France. S'il est prouvé qu'elle ait corrompu à dessein ces dangereuses et faciles beautés, il faudrait alors faire le même reproche à Anne d'Autriche, dont les filles d'honneur jouèrent à peu près le même rôle du temps de la Fronde (HuiLLARD-BRénoLLEs, brochure citée).

1 Par son conseil, écrit l'auteur des Mémoires que nous venons de citer, dans la note qui précède, « Henri III viola une jeune princesse promise à un grand Prince qui avoit troublé les Etats de Charles IX et deux mois après l'envoya à son mari, résolu encore de porter sa vengeance plus loin, ce qu'il fit ».

* « Voilà donc nostre reyne, ayant perdu sa mère Madelayne de Bouloigne et Laurens de Médicis son père, duc d'Urbin, en bas âge, mariée après par le bon oncle en nostre France, où elle fut menée par mer à Marseille en grand triumphe, et ses nopces pompeusement faistes, à l'aage de quatorze ans. Elle se fit tellement aimer du rojr

34 LE CABINET SECRET DE l'uISTOIRE

n'élaii pas nubile *. Elle ne fut que tardivement réglée - : c'est un signe physique qu'il est intéressant de noter pour expliquer la dégénérescence des descendants. Il est vrai qu'elle appartenait à cette famille des Médicis, où la dégénérescence s'était depuis longtemps installée, dans cette famille, où nous

son beau-père, et du roy Henry son mary, que, demeurant dix ans sans produire lignée, il y eust forces personnes qni persuadèrent au roy et à M. le Dauphin son mary de la répudier, car il estoit besoing d'avoir de la lignée en France : jamais ny l'un ny l'autre n'y voulurent consentir, tant ils l'aymoient : aussi dans les dix ans, selon le naturel des femmes de la rage de Médicis qui sont tardives à concepvoir, elle commença à produire le petit roy François deuxiesme. » Brantôme, t. VII, p, 34o-342.

^ « Quoique Henri de Valois n'eût que vingt jours de plus que Catherine, le pape exigea que ces deux enfants consommassent le mariage, le jour même de sa célébration, tant il craignit les subterfuges de la politique et les ruses en usage à cette époque. Clément qui, dit l'histoire, voulut avoir des preuves de la consommation, resta trente-quatre jours exprès à Marseille, en espérant que sa jeune parente en offrirait des preuves visibles, car à quatorze ans Catherine était nubile. Ce fut sans doute en interrogeant la nouvelle mariée avant son départ qu'il lui dit pour la consoler ces fameuses paroles attribuées au père de Catherine : « A figlia d'inganno, non manea mai la figlinolanza ». A fille d'esprit jamais la postérité ne manque. {Essais philosophiques sur Catherine de Médicis, par Balzac, éd. Houssiaux 1874), t. XV.)

2 « Des anomalies assez caractéristiques sont celles qui affectent l'appareil génilo urinaire... Je me bornerai à signaler la grande fréquence des phimosis, les hypospadias (a), la descente tardive de»

[a] Henri II, nous 1« verrons plus loin, était précisément alleint de c« vice de conformation.

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