‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 4)Chapitre 8 sur 34 · LA. STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICI8 S · texte numérisé non relu

LA. STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDICI8 S

quitté le roi ; elle courait le cerf avec lui, allant, chose incroyable, dans le fourré le plus épais, esquivant les taillis et les rameaux des arbres, ce qui exige beaucoup d'adresse et un grand art du manège. »

Cette passion de la chasse, qu'aucun conseil ne pouvait contraindre, ce besoin ardent de dépense physique faillit lui coûter la vie.

Catherine, alors âgée de 44 ans, venait d'imaginer, depuis peu, alin de mieux montrer sa jambe, qui était fort belle, au dire de Brantôme, de monter à cheval sur une selle particulière à laquelle on donnait le nom de sambue. Cette innovation, que la Cour ne manqua pas d'adopter, quand la reine eut donné l'exemple, fut l'occasion, au début, de nombreuses chutes. Catherine en fit une très grave S qui nécessita la trépanation du crâne. « On lui fit une petite ouverture au chef- ce sont les expressions mêmes de son fils Charles IX ^ — qui profita tellement qu'au même instant la douleur cessa. »

Ce traumatisme a-t-il pu influer sur le cerveau? Nous devons déclarer que, peu de jours après fopé-

1 Ce n'était pas la première. En i537. elle avait eu un bras « desnoué .) : on le sait par le compte môme du renoaear.

L'année suivante, sa haquenée s'emporta, la fit se heurter à une cabane, et la projeta violemment à terre. Elle en fut quitte pout quelques jours de chambre.

Six ans plus tard, survenait l'accident dont nous faisons mention

dans notre texte.

* Alf. FaiNiuN, Les Chirurgiens. Paris, iSgS.

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ration, la malade en plaisantait gaiement avec une de ses amies, sans y attacher d'importance. Mais ne sait-on pas que les troubles cérébraux, consécutifs à un accident de pareille nature, sont quelquefois tardifs?

Quoi qu'il en soit, la santé de la reine ne paraît pas en avoir été sérieusement ébranlée. L'âge n'altère en rien son teint, qui reste blanc en dépit des ans ; son' esprit est toujours fertile en saillies, et, pour employer l'expression d'un ambassadeur, « très fin et vraiment florentin * ».

Passé 50 ans, elle est d'une robustesse de constitution qui fait l'admiration de ceux qui l'approchent. Ses imprudences et sa gloutonnerie inquiètent cependant ceux qui ont la charge de veiller sur elle. Elle se rend aux armées sans ménager ni sa santé, ni sa vie ; elle fait tout ce que les hommes seraient obligés de faire.

« La reine a 51 ans le 12 avril, écrit le Vénitien Correro ; elle est très robuste et d'une bonne santé. L'exercice qu'elle fait lui conserve un très bon appétit ; elle mange beaucoup et de toute sorte de choses indifféremment ; ce qui, selon les médecins, est la cause de maladies qui la mettent à deux doigts de la mort. »

Ses maladies se sont, en réalité, réduites à des in-

* Relation des ambassadeurs vénitiens, cité par PiiOH, Un quartier de Paris, p. 355 et suiv.

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dispositions: depuis renlérite qui a tourmenté son enfance débile, elle a été atteinte d'eczéma, « ses gales », comme elle le nomme, de rhumatismes, de fluxions dentaires, de dérangements d'estomac, de rhumes : rien de grave en un mot *.

N'était le mal contagieux — charbon ou peste? — qu'elle contracte, en allant voir les religieuses de Metz, en 1574, et dont elle guérit vite, du reste; n'était surtout la terrible chute.dont nous avons parlé plus haut, et qui l'avait « marquée sur la nuque, comme les moutons du Berry » ^, elle n'aurait guère jamais rien eu autre chose que des malaises.

A 60 ans, elle était encore très coquette ' et conservait une certaine fraîcheur du visage, à peine marqué de rides*. Seule, la lèvre inférieure pendante marquait la dégénérescence, qui se retrouvera dans sa descendance.

* V. dans la Chronique médicale, n" du i5 mars 1900, Les maladies de Catherine de Médicis, par Henri Bouchot.

2 Les Chasses de François /''', racontées par Louis de Hrczé Grand Sénéchal de Normandie, précédées de La Chasse sous les Valois par le C'" II. de la Fehuière Paris, Aubry, iSSg.

^ Nous avons la preuve que Catherine depuis longtemps portait des faux cheveux, puisqu'elle paie en i558 : «à une pauvre femme qui amena une fille à la reine pour avoir ses chcveulx, 5 sous ». Un quartier de Paris, par Pïton, p. 38o,

* D'après le secrétaire de Jérôme Lippomano, qui la vit dans les années 1577, 1678 et 1579.

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Maiiée depuis dix ans, Catherine n'avait pas encore d'enfants. Elle n'en espérait plus guère, commençant à professer, pour cet époux qui n'était pas un mari, une indifférence dont elle s'autorisait pour légitimer ses écarts *. Si elle n'avait pas d'héritier, clic pouvait croire que la faute n'en était imputable qu'à elle-même, puisque, à la Cour, grandissait une fillette dont Henri II s'était reconnu le père. Ou a prétendu, en outre, que le roi était « avarié » et que c'est par là que s'expliquerait la longue stérilité de Catherine.

* On a cite parmi les amants de Catherine, Jacques de Savoie, duc de iSemours, et Chemerault de Barbesières (Méry de la Roche), celui-là même qui fut envoyé en Pologne annoncer la mort de Henri III. C'est déjà trop pour cette reine que l'on a qualifiée « la chasteté même ». Mais il y a plus : on lui a fait encore grief de ses relations avec le cardinal de Lorraine, François de Vendôme, Jean de Ferrières, vidame de Chartres, Troylus du Mescouet, capitaine et gouverneur de la ville et du château de Morlaii (1571), qui ne seraient rien moins que prouvées. « Si ces accusations eussent été vraies, écrit M. Huiliard-Bréholles, ses ennemis n'eussent pai manqué de s'en servir d'une tout autre façon qu'ils ne l'ont fait ». Nous n'avons pas étudié suffisamment la question pour nous prononcer en toute assurance.

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