LA STÉRIHTÊ DE CATHERINE DE MÉDICIS
On s'est, d'autre part, efforcé de rattacher la dégénérescence de la race des Valois, dont Henri II fut un des plus tristes représentants, à une maladie secrète des ascendants. Or, si le père de Catherine de Médicis était mort« consumé jusqu'aux os «, sans que Ion puisse positivement affirmer qu'il s'agisse de syphilis ' • si François I- a été réellement atteint du mal vénérien, leurs enfants, étant nés antérieurement, n'avaient pu hériter de la tare morbide de leurs parents. Donc, la stérilité du couple royal, constitue par Henri II et Catherine de Médicis, n'est point imputable à ce que les Français appelaient le mal de Naples et les Italiens le mal Français.
Ce n'est pas qu'Henri II ne se fut pas exposé à contracter une maladie qui se gagne par le contact. Sans être aussi volage que son père, il eut, comme lui. plusieurs maîtresses, mais il s'attacha plus particulièrement à l'une d'elles, cette Diane de Poitiers pour qui François I- avait eu plus que des bontés. Celait un meuble de famille, une vraie chaise de commodité, selon l'expression de nos pères.
Quand il épousa Catherine de Médicis, Henri II connaissait ses devoirs d'époux, et rien ne prouve qu'il ne les ait pas remplis. La stérilité ne serait donc
1 Le père de Catherine, Laurent de Médicis, aurait clé victime d'une maladie honteuse, qu'il avait contractée en France (^.ELP«rsonnages illastres du xvi» siècle, t. I, article Cathenne de Med.c«).
4a LE CABINET SECRET DE L'iIISTOinE
pas de son fait? Ce serait aller vile en besogne que de conclure aussi prématurément.
Si nous ouvrons Brantôme *, dont le réeit n'est pas toujours sujet à caution, nous y relevons un passage qui mérite de nous arrêter
J'ai ouy faire un conte, écrit le biographe des Dames galantes, que lorsqu'il (François II) fut né, il y eut une dame de la Cour qui esloit de bonne compagnie, et disoit bien le mot, qui vint présenter un placet à M. le Dauphin, par lequel elle le prioit de lui faire donner Tabbaye de Saint-Victor qu'il avoit rendue vacante. Donc il fut fort estonné de tel mot; mais, d'autant qu'on disoit à la cour qu'il ne tenoit pas tant à Madame la Dauphine comme à Monsieur le Dauphin pourquoy ils n'avoient d'enfans, parce qu'on disoit que mondict sieur le Dauphin avoit son faict tort et qui n'estoit pas bien droict dans la matrice, ce qui empeschoit fort de concepvoir ; mais, après que cest enfant fut né, on dict qu'il ne tenoit plus à M. le Dauphin, et qu'il avoit fait dire qu'il n'avoit son ni... tort : et par ainsy ceste dame aiant expliqué son placet à M. le Dauphin, tout fut tournée en risée, et dict qu'il avoit rendu l'abbaye de Saint-Victor vaccante, fai-
* Brantôme, Vie des Dames galantes, t. VIL
tA. STÉRILITÉ DE CATHERINE DE MÉDIC15 ^^
sant allusion d'un mot à l'autre, que je laisse imaginer au lecteur sans que j'en face plus ample explication.
Il résulte clairement de ces lignes que le roi était atteint de ce que nous nommons aujourd'hui un hy-
pospadias.
Selon Gore S hijpospadias dicitiir, ciii glans non rectesedsub carne perforatn est. Ceiie définition nous dispensera d'un commentaire laborieux.
Un grand nombre de médecins anciens ont prétendu que tous ceux qui étaient affectés de ce vice de conformation étaient impropres à la reproduction de l'espèce.Les modernes sont partagés sur ce point. Tandis que Morgagni et Sabatier déclarent que leshypospades sont aptes à la génération, d'autres, tels que Mahon, et de nos jours. Brouardel », se disent assurés du contraire et citent maints exemples à l'appui. Il
1 Dict. des Sciences médicales, t. XXIII, art. Hrpospadias. Paris,
« S'il faut s'en rapporter au professeur Brouardel, dont l'autorité en ces matières est grande. « il est maintenant impossible de considérer l'hjpospadias, à quelque degré que ce soit, comme une cause formeUe d'impuissance >>. Le maître cite, à l'appui de son opinion, deux ou trois cas, où la faculté procréatrice de Ihypospade est mise hors de conteste, car les enfants qui sont résultés des-relations de ces « malformés » avec leurs femmes étaient atteints du même vice de conformation que leurs pères, a La transmission héréditaire du vice de conformation met hors de doute la paternité et exclut toute idée de collaboration. » P. Brouardbl, Le Mariage. Pari», J. B. Baillière çtfils, 1900.
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semble que les uns et les autres ayant de bons arguments à nous offrir, il soit malaisé de se prononcer. Tout ce qu'on en peut conclure, c'est qu'il est des cas où cette anomalie a bien les conséquences que certains lui ont attribuées, mais qu'il en est d'autres où elle ne gêne en rien la conception. On ne saurait toutefois déterminer à l'avance, en examinant le sujet, s'il rentre dans l'une ou l'autre de ces deux catégories.
L'hj^pospadias n'étant pas douloureux, ne causant aucune incommodité, il est souvent difficile de décider celui qui en est affligé à se soumettre à une opération. Il n'est donc pas probable que, dans le cas qui nous occupe, l'intéressé, c'est-à-dire Henri II, ait demandé à son médecin de le., redresser *.
La version la plus répandue est que le roi, désespérant d'avoir des enfants, le conseil lui fut donné d'essayer si, pour la période pendant laquelle, comme
* D'ailleurs, Henri II pouvait se croire un bon générateur, puisqu'on lui attribuait en i538 la paternité d'une fille qu'il avait eue — nous l'avons dit plus haut — d'une demoiselle Philippine Duc, sœur d'un écuyer du Dauphin.
Cette fille était Piémontaise. Henri fit sa connaissance lorsqu'on 1537, il suivit le roi son père dans son expédition du Piémont. Après ses couches, Philippine Duc prit le voile. Sa fille fut nommée Diane et légitimée. Son père putatif, Henri H, lui fit épouser Horace Farnèse, duc de Castro, après la mort duquel elle se remaria ivec François, duc de Montmorency, pair de France. Elle mourut igée de 80 ans, le 11 janvier i6ig.