‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 5)Chapitre 14 sur 29 · FRANÇOIS II · texte numérisé non relu

FRANÇOIS II

Fernel reçut pour son intervention (c'était la 98 couche de la Reine ; ce fut aussi la dernière), une somme bien inférieure à celle que l'on a toujours prétendu qu'il avait touchée, somme considérai3le et tout à fait hors de proportion avec le service rendu.

Que ce soit grâce aux conseils de Fernel, ou par tout autre moyen, Catherine de Médicis cessa d'être stérile après neuf ans de mariage. Elle donna successivement le jour à dix enfants :

François II, né le 19 janvier 1543, mort à 16 ans, comme nous l'avons établi ailleurs1, d'une affection tuberculeuse de l'oreille 2 ;

Elisabeth, née le 2 avril 1545, à Fontainebleau, comme son frère aîné, et qui épousera Philippe II,

* Dans les Morts mystérieuses de l'histoire, 1" série.

2 « Bel enfant d'apparence, il hérite, en sa personne lymphatique et névrosée, de toutes les humeurs, de toutes les faiblesses originelles prises aux Médicis, au roi son grand-père, au Dauphin son père. De ce qu'il s'est jeté goulûment sur le sein de sa nourrice, Claude Gobelin, on le juge parti pour un long voyage, sauf que peut-être Fernel ou Chrétien, médecins de la reine, trouvent à ce nez serré d'en haut, à ces boursouflures du visage, quelque méchant présage. » H. Bouchot, op. cit. (Cf. La Mort de François II, par le docteur Potiquet).

roi d'Espagne, dont la descendance (deux filles) sera marquée de la tare névropathique ;

Claude1, née comme sa sœur et son frère, à Fontainebleau, le 12 novembre 1547, et qui s'unira à Charles II, duc de Lorraine, dont elle aura trois fils et quatre filles (cinq de ces enfants mourront sans postérité) ;

Louis, duc d'Orléans, né à Saint-Germain, le 3 février 1549, mort au berceau;

Charles-Maximilien2, le futur Charles IX, né le

1 Catherine montra beaucoup de sollicitude à l'égard de sa filleClaude. Ala suite d'un accident, les médecins lui ayant prescrit un corps (un corset baleiné), Catherine envoie le tailleur « qui fait les corps des filles de Mme la connestable pour luy en faire ». Elle mandeà la gouvernante de lui donner souvent des nouvelles de sa fille (V. le t. I des Lettres de Catherine de Médicis, édition H. de la Perrière, dans la collection des Documents inédits de l'Histoire de France).

» Le 25 mai 1551, Catherine écrit à Mme d'Humyères de bien s'assurer que la nourrice de son fils, Charles-Maximilien, soit bonne nourrice. Qu'elle soit « honneste et bien conditionnée », c'est de peu d'importance. La prudence et la sagesse ne donnent pas un meilleur lait. Qu'on la change, si l'enfant en souffre. Ce sont les mêmes recommandations que le roi fait à Mm<l d'Humyères : « Surtout, dit Henri II, qu'elle ait nourri plus d'un enfant et que son lait soit bon et assuré. » La maitresse royale s'en môle à son tour : « On dit que le lait n'est bon et que cella luy donne des émotions, parquoy il me semble que vous feriès bien d'y adviser. » Catherine, toujours préocccupée de la santé de son fils, envoie son médecin auprès de l'enfant, « pour ne bouger de là jusques à ce que l'on ayt trouvé une nourrisse » ; et dans un post-scriptum, écrit

27 juin 1550, à Saint-Germain, halluciné, cruel, demi-aliéné, qui succombera à 24 ans et, comme son frère François II, mourra de tuberculose.

Charles IX n'eut qu'une fille, morte en bas âge (nous ne parlons pas des bâtards) ;

Edouard-Alexandre, né à Fontainebleau, le 20 septembre 1551, le futur Henri III, le plus dépravé, mais le plus intelligent des derniers Valois, dont le poignard d'un assassin précipita la mort, à l'âge de 38 ans ; ses excès ne pouvaient le mener bien au delà de ce terme \. Henri III n'a pas laissé d'enfants ;

Marguerite, la reine Margot, née à Saint-Germain, le 14 mai 1553, qui sera Marguerite de Valois ; incestueuse2, mais à l'esprit très brillant; morte également sans postérité ;

François-Hercule, duc d'Alençon, dont la naissance est du 18 mars 1554. Lâche et perfide, il eut, a-t-on prétendu, des rapports avec sa sœur

tout entier de sa main, elle menace de se fâcher, si on l'oblige à rappeler encore ce qui leur tient tant à cœur, à elle, au Roi, et à la favorite. Elle n'est tranquille que quand la nourrice est enfin changée.

4 Son médecin Miron disait qu'il mourrait bientôt fou. Henri III aurait été, semble-t-il, atteint de syphilis (Samuel Fortmius, Relation sur le traitement de la syphilis de Henri III par l'usage de la bardane, Journal des Praticiens, 1901, 2 février, P 71).

* Cette accusation est, nous devons le dire, très contestée.

Marguerite et voulut un jour étrangler sa mère.

Mort sans alliance, âgé de 30 ans ;

Victoire et Jeanne, les deux « bessones », nées le 24 juin 1,556, à Fontainebleau, mortes en bas

âge.

Michelet écrit que c'est la maladie, à laquelle on veut que François Ier ait succombé1, qui nous délivra des Valois. Inutile d'aller chercher aussi loin.

Les Valois ont subi cette loi, fatale et implacable, de la dégénérescence, qui fait l'homme victime de son évolution. Ils ont disparu, accablés sous le poids de leur hérédité, non pas de l'hérédité syphilitique, mais de l'hérédité nerveuse et psychopathique, grandie et accumulée en eux par tous leurs ancêtres 2.

* Nous avons essayé de démontrer, dans le précédent chapitre, que si François I" fut atteint de syphilis, ce n'est pas à cette affection qu'il a succombé.

2 Cf. Psychologie des derniers Valois, parle docteur Dusolikr Lyon, 1895 ; thèse de doctorat en médecine.

Parlant de Henri IV, Bayle dit qu'il aurait été un héros accompli, s'il eût été réduit au sort d'Origène et d'Abélard 2.

Il est certain que l'amour des femmes pos-

1 Au XVIIIe siècle, on appelait ainsi les maladies contractées à la suite de rapports galants.

* Un distique latin, dont nous avons donné ailleurs (Les Curiosités de la médecine, Paris, Maloine, 1900, p. 149) la paraphrase, signifie qu'au nez on juge de la capacité génitale de l'individu. Or, Henri IV était des mieux pourvus sous ce rapport. Les portraitistes officiels, qui flattent toujours leur modèle, ont représenté le roi avec un nez busqué, mais de dimensions honnêtes. En réalité, il l'avait très grand et assez gros; de plus, il était remarquable par une verrue (cicer) à l'angle inférieur de la narine droite. On peut, à cet égard, comparer les deux portraits que nous reproduisons: l'un, de p'ure convention ou tout au moins considérablement flatté ; l'autre, qui nous semble bien plus conforme à la réalité, celui d'Hendrik Goltzius, peintre et graveur, né à Mulbracht en 1558, mort à Haarlem le 25 décembre 1616. Champfleury l'a donné dans son

séda « notre bon roi » à ce point, qu'il n'a pas trouvé grâce devant un historien qui a, d'ordinaire, des trésors d'indulgence pour les peccadilles des souverains. « Henri IV, écrit le Père Loriquet1, eut une passion effrénée pour le jeu et les femmes. On ne peut excuser la première, parce qu'elle fit naître quantité de brelans ; et encore moins la seconde, parce que les liaisons de Henri IV furent tout à fait publiques et scandaleuses. »

Le mari de la « grosse Margot2 » aima en tant de lieux — de mauvais lieux — qu'on l'avait sur-

Hisloire de la Caricature sous la Réforme, p. 133, et aussi V Imagerie d'Art, recueil illustré d'instruction populaire, édité par la Librairie de l'Art (Cf. la Revue des autographes, de Mm» V* Charavay, avril 1901, n° 102 et mars 1908, n° 96).

' Hist. de France, t. II, p. 26.

1 « Après que le roi Charles IX eut fait la Saint-Barthélémy, il disait en riant et en jurant Dieu à sa manière accoutumée, et avec des paroles que la pudeur oblige de taire, que sa grosse Margot, en se mariant, avait pris tous ses rebelles huguenots à la pipée. » Journal de l'Estoile. On prétend que Marguerite de Navarre, première femme de Henri IV, commença ses querelles avec son époux, parce qu'elle s'obstinait à coucher masquée. C'était la coutume, en ce temps-là, que les dames portassent des espèces de masques, des « loups » qui les garantissaient des injures de l'air. Diane de Poitiers, dont Brantôme vantait la beauté incomparable, à l'âge de 70 ans, suivait toujours les chasses de la cour avec un loup sur le visage et ne sortait jamais autrement que masquée (Cf. Variétés littéraires, etc., par de Saint-Olive, Lyon, vers 1860, p. 91).

nommé le Chevalier banal de France^. Disons, de suite, à sa décharge, que sa peu vertueuse épouse ne lui cédait en rien sur ce chapitre : sa couche était non moins hospitalière que le lit de son royal époux2.

On a eu la bizarre idée3 de dresser la liste des maîtresses de Henri IV ; leur nombre ne s'élève pas à moins de 56, et encore a-t-on négligé les passades, elles étaient trop !

La statistique galante du plus galant de nos rois ne nous tente pas outre mesure ; nous ne voulons marquer ici que quelques traits de la vie de ce monarque, qui ne fut pas un héros qu'à la guerre.

' Mémoires historiques et secrets concernant les amours des rois de France. A Paris, M.DCG.XXXIX. « On ferait un calendrier avec le nom de toutes les saintes que fêta ce dévot de la beauté. « Les Cotillons célèbres, t. I, p. 223 (Paris, Dentu, 1861).

2 Y. Ce que vaut le meilleur des rois, par A. Sanejouand, p. 14-15, et la notice mise, par L. Lalanne, en tête de son édition des Mémoires de Marguerite de Valois, Paris, Jannet, M. DCCC.LVIII.

3 De Lescure, Les amours de Henri IV ; Le Livre, 10 janvier 1885 ; A. Sanejouand, Ce que vaut le meilleur des rois ; De la Place, Pièces intéressantes, etc., t. V, p. 219 etsuiv. ; Roederer» Conséquences du système de Cour établi sous François Ier, p. 179 et suiv.

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S'il est une réputation que Henri IV na pas usurpée, c'est celle d'avoir aimé ses sujets, nous voulons dire ses sujettes, à quelque rang qu'elles appartinssent : entre femmes du commun et dames de qualité, il ne faisait point de différence. Il les abandonnait avec la même désinvolture, qu'elles fussent duchesses ou roturières1.

La fille d'un jardinier du château de Nérac,qui portait le doux nom de Fleurette, avait eu l'heur de plaire au roi de Navarre: la légende2 veut que, son caprice satisfait, le roi ait abandonné

1 « Henri IVdisoit bien que si l'on pouvoit obtenir une femme par souhait, il voudroit en avoir une qui eut beauté en la personne, pudicité en la vie, complaisance en l'humeur, habileté în l'esprit, fécondité en génération, éminence en extraction et grands Etats en possession; je crois, mon ami (disoit-il à M. de Sully), que cette femme est morte, voire peut-être n'est pas encore née, et n'estpas prête à naître : vous savez qu'il fit ensuite le portraitdes princesses de l'Europe, et c'est là où il dit ce plaisant mot de sa nièce de Guise, qui aimoit bien autant les poulets en papier qu'en fricassée, et où il dit tant de mal de la maison de Médicis, dont il prit pourtant la fille... » Journal de Mathieu Marais, édition M. de Lescure, t. III, p. 32G.

* Cette légende a rencontré des contradicteurs. La prétendue abandonnée auraitencore vécu trente-sept ans après son abandon (V. l'opuscule cité à la note suivante).

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