LA NUIT DE NOCES D UN ROI D ESPAGNE
La lettre, dont nous allons reproduire les extraits, fut adressée, en 1830, par Mérimée à Stendhal; il est superflu d'ajouter qu'elle n'était pas destinée à la publicité. Elle figure dans une plaquette rarissime, tirée à 25 exemplaires1, et communication nous en fut donnée naguère, àlafoispar M. Chambon, bibliothécaire à laSorbonne, mériméiste fervent, et par M. Casimir Stryienski, stendhaliste non moins zélé.
Le roi d'Espagne dont il s'agit dans cette épître doit être Ferdinand VII, fils de Charles IV, né en 1784, mort en 1833.
... Je vais vous écrire une histoire bien salope qu'on m'a racontée à Madrid. La reine saxonne que Ferdinand a épousée était une princesse confite en dévotion, et si chrétiennement élevée, qu'elle ignorait jusqu'aux choses de ce monde les plus simples, et que savent en Espagne les petites filles de 8 ans.
1 Sept lettres de Mérimée à Stendhal, 1 br., Rotterdam, 1898, p. 7-11.
C'est un ancien usage, lorsque le roi épouse une princesse présupposée vierge, que la princesse du sang mariée, la plus proche parente du roi, ait avec la reine un entretien d'un quart d'heure pour la préparer à la cérémonie. A défaut de princesse du sang, la camarera mayor est chargée de cette instruction. Or, la Saxonne étant venue, la belle-sœur du roi, femme de l'infant D. Carlos , et sœur de la feue reine Marie-Isabelle, à qui la reine saxonne succédait, déclara tout net que pour rien au monde elle ne mettrait cette Allemande en état de remplacer sa sœur. D'autre part, la camarera mayor, vieille p... dévote, protesta qu'elle n'avait jamais fait assez d'attention à ce que son mari lui faisait, pour pouvoir l'expliquer à d'autres. Il en résulta que la reine fut mise au lit sans aucune préparation.
Entre S. M. Représentez-vous un gros homme à l'air de satyre, très noir, la lèvre inférieure pendante. Suivant la dame de qui je tiens l'histoire, son m... v... est mince comme un bâton de cire à la base, et gros comme le poing à l'extrémité, d'ailleurs long comme une queue de billard. C'est en outre le plus grossier et effronté paillard de son royaume. A cette horrible vue, la reine pensa s'évanouir, et ce fut bien pis quand S. M. C. se mit à la farfouiller sans ménagement (N. B. La reine ne parlait que l'allemand, dont S. M. ne savait pas un mot).
La reine s'échappe du lit et court par la chambre avec de grands cris, le roi la poursuit, mais comme elle était jeune et leste, et que le roi est gros, lourd et goutteux, le monarque tombait sur le nez, se heurtait contre les meubles. Bref, il trouva ce jeu fort sot et entra dans une colère épouvantable. Il sonna, demanda sa belle-sœur et la camarera mayor, et les traita de P. et B. avec une éloquence qui lui est particulière, enfin il leur ordonna de préparer la reine, leur laissant un quart d'heure pour cette négociation . Puis en chemise et en pantoufles, il se promène dans une galerie, fumant un cigare.
APPENDICE 251
Je ne sais ce que le diable dirent ces femmes à la pauvre reine, ce qu'il y a de certain, c'est qu'elles lui firent une telle peur que sa digestion en fut troublée. Quand le roi voulut reprendre la conversation où il l'avait laissée, il ne trouva plus de résistance, mais à son premier effort pour ouvrir une porte, celle d'à côté s'ouvrit naturellement et tacha les draps d'une couleur tout autre que celle que l'on attend après une première nuit de noces. Odeur effroyable, car les reines ne jouissent pas de mêmes propriétés que la civette. Qu'auriez- vous fait à la place du roi? Il se sauva en jurant et fut huit jours sans vouloir toucher à sa royale épouse. Si j'avais plus de papier, je vous enverrais la relation de sa première nuit avec la reine portugaise l, mais ce sera pour une autre fois. Adieu, etc.
Le phénomène physiologique que signale l'auteur de ce récit, légèrement rabelaisien, est bien connu : c'est celui-là même qui se produit chez certains hommes, sous l'influence d'une vive émotion, sur un champ de bataille, à l'approche de l'ennemi. Henri IV, qui était pourtant brave à l'occasion, y était sujet ; mais dans les circonstances, le Vert-Galant aurait eu, à coup sûr, une autre attitude que le Roi Très-Chrétien.
1 Cette relation n'est pas connue.
On n'avait pas attendu que Louis XV eût atteint sa majorité pour songer à le marier; dès 1721, le Régent avait décidé de trancher cette grave question.
Le jeune roi, dont on voulait faire cesser le célibat, avait 11 ans. L'âge de la nubilité canonique était de 12 ans pour les filles, 14 ans pour les garçons, mais on fiançait les futurs époux bien avant cet âge. On trouve de nombreux exemples de ces mariages précoces rapportés parles mémorialistes des deux derniers siècles *. On ne dérogeait donc pas à la tradition en faveur du successeur de Louis XIV.
1 «Lorsque Mlle d'Arquien fut en âge d'être mariée, c'est-à-dire à 12 ans, on lui fit épouser, etc. » Mémoires du due de Luynes. « Dès' que Mlle de Mailly eut 12 ans accomplis, on la maria. » Mémoires de Sainl-Simon. « Mlle de Nantes a aujourd'hui 12 ans accomplis et Mme de Montespan est fâchée que les mesures n'aient pas été prises assez justes pour faire le mariage le
Saint-Simon a conté, avec la vigueur de style qu'on lui connaît, ce qui pourrait s'appeler la scène des fiançailles de Louis XV.
Celui-ci venait d'apprendre qu'on lui destinait l'infante d'Espagne ; il en resta un moment interdit. •
Mais voici qu'on annonce le maréchal duc de Villeroy, le Roi donne l'ordre qu'on le fasse entrer. Le maréchal, « secouant sa perruque tout à son ordinaire », dit, s'adressant au jeune prince: « Allons, mon maître, il faut faire la chose de bonne grâce. » A ces mots, Louis XV fond en larmes et ce n'est qu'à grand'peine qu'on le décide à se rendre au Conseil. Là, quand son tour fut venu de donner son acquiescement au projet qu'on avait arrangé pour lui, il répondit par un oui, mais « un oui sec et en assez basse note ».
L'infante avait sept ans de moins que le roi, ce qui donna l'occasion au jeune prince de dire à
lendemain. » Journal de Dangeau. L'union ne fut célébrée que six semaines plus tard. Les époux étant un peu jeunes, on les sépara le jour mêm.e, mais moins d'une année après ils étaient réunis, le mari ayant 18 ans et la femme 13. Les parents mariaient leurs enfants à un âge où ceux-ci ne pouvaient ni se défendre, ni même en sentir 1 intérêt. « On était tellement habitué à caser les filles de bonne heure, que Saint-Simon, pour décider le duc d'Orléans à marier son aînée, lui disait « qu'ayant « 14 ans, elle devait commencer à lui peser. » F. Giraudeau, Les Vices du jour et les Vertus d'autrefois, p. 73.
quelqu'un qui venait lui faire part de son mariage : « Je suis plus avancé que vous: j'ai une femme et même un enfant *. » Il eut, d'ailleurs, vite pris son parti, à la perspective d'une union qu'il savait lointaine.
Ce qu'on aurait peine à croire, si on n'en avait de nombreux témoignages, c'est que le roi qui devait donner plus tard l'exemple des plus viles dépravations, eut une enfance chaste, en dépit de toutes les tentations auxquelles il fut en butte. Il ne tolérait pas le vice autour de lui et le repoussait sévèrement, quand il se présentait à ses yeux. On connaît l'aventure du valet de chambre Bontemps, qui avait amené à- Versailles sa maîtresse. Le roi, l'apprenant, ordonna qu'on chassât cette femme et que le serviteur ne reparût plus devant lui.
Le bruit courut un moment que des jeunes seigneurs, qu'on avait donnés au jeune roi pour compagnons, avaient essayé de le corrompre. On alla jusqu'à dire qu'ils avaient, non sans succès, cherché à jouer le rôle que jadis avaient rempli les « mignons » auprès de Henri III2. On a même
1 Cf. Revue des Questions historiques, t. III.
2 « II y a débauche aussi des jeunes seigneurs entre eux et ils ne s'en cachent point. Le jeune duc de Boufflers, le marquis de' Rambure et le marquis d'AIincourt, étant allés dans un bosquet, le duc de Boufflers voulut violer Rambure et n'en put venir à bout. D'AIincourt dit qu'il voulait prendre la revanche de son beau-frère Boufflers. Rambure ne s'en défendit point et
porté contre l'un d'eux une accusation formelle, que précise ce passage du Journal de Mathieu Marais :
Le propre jour que le maréchal de Villeroy est venu à Versailles, on a découvert que le jeune duc de la Trémouille, premier gentilhomme de la Chambre du Roi, lui servoit plus que de gentilhomme, et avoit fait de son maître son Ganymède. Ce secret amour est bientôt devenu public,'et l'on a envoyé le duc à l'Académie avec son gouverneur pour apprendre à régler ses mœurs... Voilà donc le tour des mignons et l'usage de la cour de Henri III l.
Les dames le suivent, nous apprend le même informateur, mais il ne les aime ni ne les regarde.
On organise une réunion à Chantilly, au mois de juin 17242. Toutes les dames delà cour se sont
en passa doucement par là. Voilà les abominations que le voyage de Versailles a produites. » Journal et Mémoires de M. Marais, t. II, p. 319-320 ; Journal de Barbier, t. I, p. 227- 22Set p. 425-426; Correspondance delaPalatine ; Recueil Maurepas; Mémoires de Maurepas ; Mélanges de Bois Jourdain; Mémoires du régiment de la Calolle (1725) ; Mémoires du Maréchal de Richelieu, t. III, p. 317-320 et V, p. 49-50; Journal de Jean Buvat, t. II, p. 410 et p. 498-502.
1 Journal el Mémoires de Mathieu Marais, t. III, p. 114. « Dès son enfance, il (Louis XV) était bizarre, nerveux et adonné aux amours infâmes. » Docteur Jacoby, Études sur la sélection 1" édition, p. 407.
2 « On croit dans Paris, écrit Barbier, qu'on va faire du grandes affaires à Chantilly, mais le sujet du voyage du Roi
mises en frais 1 pour plaire au jeune monarque. « Elles ont fait une prodigieuse dépense en habits. » M. le duc (le duc de Bourbon) en a désigné dix-sept d'entre elles, choisies parmi les moins farouches et les plus séduisantes, qui sont chargées d'attenter à la vertu de ce prince, dont on commence à trouver le calme désespérant. Mais les « nymphes en furent pour leurs frais : rien ne put triompher de la sauvagerie d'Hippolyte, qui, de tous les plaisirs offerts, ne voulut prendre que celui de la chasse2 ».
est très croustilleux : on veut tâcher de donner au Roi du goût
pour les femmes et de lui faire perdre son p On espère
que cela le rendroitplus traitable et plus poli. C'est Mme de la
Vrillière qui est chargée de la commission ou de le faire
La petite duchesse d'Épernon, qui est très jolie et très jeune, etc. » Journal de Barbier, t. I, p. 362. Mathieu Marais écrit de son côté : « Il y a bien des choses préparées sans celles que l'on n'attend point. »
1 La duchesse de Retz, petite-fille du maréchal de Villeroy avait voulu un jour séduite le Roi.« Elle avait porté ses mains sur lui et- dans des endroits très cachés. Sur quoi le maréchal, entrant en fureur contre la duchesse, l'avait sur-le-champ fait sortir de la Cour, alors réunie à Versailles, et renvoyée à Paris. » Journal et Mémoires de M. Marais, t. IL loc. cit.
2 H. Druon, Histoire de l'Éducation des Princes, t. II, p. 248 et 255. A propos de la passion du jeune roi pour la chasse. Barbier consignait dans son Journal (t. I, p. 365): « Il ne parait pas qu'on ait réussi dans le dessein du voyage. Le roi ne songe qu'à chasser... J'avoue en mon particulier que c'est dommage, car il est bien fait et beau prince, mais qu'y faire ?... »
Louis XV avait subi les influences de ses précepteurs, plus particulièrement celle de l'abbé Fleury, qui s'était attaché à lui donner une éducation presque monastique. Le jeune roi avait une piété sincère et profonde : ne l'avait-on pas vu faire arrêter son carrosse, pour se mettre à genoux devant le Saint-Sacrement?
La duchesse d'Orléans — comme plus tard Mme de Mailly et Mme de Pompadour — se moquaient en vain des terreurs de l'enfant, au sujet de l'Enfer et de son horreur pour le Jansénisme. On avait tenté d'arracher Louis XV à l'influence de Fleury, et de s'attaquer à cette innocence qui se défendait avec tant d'énergie ; mais, à part l'opinion isolée que nous avons rapportée et qui est discutable, il semble que Louis XV soit resté pur, au milieu des entraînements et des séductions. Jusqu'à son mariage, jusqu'au moment où il eut une femme et non plus un enfant, il resta le prince qui faisait chasser la maîtresse d'un de ses valets, et fuyait avec une égale répulsion le monde et les femmes. Il était dans ces sentiments, quand on lui présenta pour la première fois celle qu'on lui destinait pour femme.
Le 2 mars 1722, l'Infante d'Espagne avait fuit
son entrée solennelle à Paris1. Le Roi s'était rendu au-devant d'elle, à quelques kilomètres de la capitale, à Berny.
Malgré toute sa grâce et sa joliesse2, la petite princesse de trois ans ne parut point faire une impression agréable sur Louis XV; il rougit en la voyant, comme un enfant honteux et contrarié, et il se borna à la saluer de ces mots banals : « Madame, je suis charmé que vous soyez arrivée ici en bonne santé. » Le lendemain, il lui fit présent d'une poupée de vingt mille livres et se tint ensuite fort à l'écart. « Tout le monde, ajoute l'avocat Barbier, trouve ce mariage-là original3. » 11 l'était tellement, qu'il ne devait jamais se faire.
Trois ans exactement après son arrivée en France, le bruit se répandait que l'Infante allait être renvoyée en Espagne et l'on parlait de marier le Roi à une autre princesse à peu près de son âge, afin qu'il pût bientôt « donner des successeurs à la couronne4 ».
1 Journal el Mémoires de Mathieu Marais, t. II, p. 249; Journal de Earbier, t. I, p. 195-197.
- « L'Infante m'a paru très jolie, très vive et pleine de petites grâces. » Journal el Mémoires de Mathieu Marais, t. III, p. 271.
3 Journal historique el anecdotique du règne de Louis XV, par Bai;bier, Paris, Renouard, éditeur, t. I, p. 132.
4 Journal de M. Marais, t. III, p. 158.
La petite Espagnole, disait-on, « est trop jeune pour le Roi (elle avait sept ans et le Roi en avait quinze)... Elle est petite et n'a pas crû d'une ligne en un an... Elle est nouée dans les reins et n'est pas propre à avoir des enfants, et toutes les grâces de son esprit ne servent de rien pour cet ouvragelà1. »
Le public, qui- veut toujours deviner, marie le Roi tantôt à une princesse d'Angleterre, qui se ferait catholique pour être reine de France, tantôt à Mlle de Vermandois ou de Sens, sœurs de M. le Duc (de Bourbon). Un autre jour, il se chuchote que la princesse destinée au roi est une Allemande, sœur de la princesse de Piémont : elle est à Annecy dans un couvent, et, entre toutes les belles, elle est des plus belles; blonde, assez grande, et seulement âgée de quatorze ans. Elle a toutes les séductions, mais elle ne prononce pas un mot de français2.
Un roi ne se marie pas comme un vilain, et quelques précautions , fort sages d'ailleurs , devaient être observées. On n'exigeait pas seulement de la future reine de France qu'elle fût pourvue d'agréments physiques, mais on la souhaitait surtout apte à perpétuer la race. C'était au
' Journal de M. Marais, t. III, p. 159. 2 Marais, op. cit., t. III.
premier ministre qu'était échue la mission, qui entraînait une si rude responsabilité, de chercher une femme au jeune monarque. Ce haut personnage s'en préoccupa activement, surtout du jour où il vit la santé du roi menacée.
Louis XV venait, en effet, de tomber gravement malade. Malgré plusieurs indispositions qui auraient dû lui servir d'avertissement, il avait continué à abuser du plaisir de la chasse à courre.
Au milieu du mois de février, Sa Majesté ressentit de violents maux de tête, avec fièvre ardente et abattement, malaises analogues aux symptômes déjà constatés quatre ans auparavant, lors de la maladie qui avait jeté l'épouvante dans le royaume1.
Le duc de Bourbon crut Louis XV perdu et se considéra lui-même comme à la veille d'être dépouillé du pouvoir. Son anxiété est dépeinte, dans les Mémoires du temps, comme^très vive. Il se représentait déjà Louis XV disparaissant à la fleur de l'âge et le duc d'Orléans mettant la main sur la couronne de France.
Est-il besoin de rappeler la scène qui se passa
1 « Par bonheur, le danger fut promptement conjuré : des saignées au bras et au pied arrêtèrent la fièvre et tirèrent Sa Majesté de l'assoupissement extraordinaire qui avait provoqué les craintes les plus sérieuses des médecins. Alité le 20 février, Louis XV put se lever le 24 et venir le lendemain au Conseil.» Le Mariage d'un Roi, par P. de Raynal, p. 115-116.
devant Mareschal, premier chirurgien de Sa Majesté, et que celui-ci conta lui-même à Saint- Simon ? M. le Duc logeait à Versailles, assez près des appartements royaux; un soir, au plus fort de la maladie, il se relève et pénètre seul, en robe de chambre et en bonnet de nuit, une bougie à la main, jusque dans la dernière antichambre de Louis XV. Mareschal entendit alors le duc de Bourbon s'écrier dans une agitation extrême : « Si le Roi meurt, que deviendrai-je ? S'il en revient, il faut le marier. »
Quand on se fut arrêté à cette idée, il fallut d'abord songer aux conséquences que pouvait provoquer la renvoi de l'Infante. Pour éviter une brouille avec l'Espagne, il fut convenu qu'on essaierait de gagner le confesseur du roi Philippe V, afin qu'il fit naître dans l'esprit pusillanime de ce souverain, confit en dévotion, des scrupules sur les dangers que pouvait faire courir à la vertu de Louis XV un célibat trop prolongé.
Llnfante étant encore trop jeune pour se marier c'était au Roi de France à fixer son choix ailleurs. Dans une lettre que Louis XV envoyait au Roi d'Espagne, il lui témoignait « la peine qu'il avait de se séparer de l'Infante; mais un Roi étant plus à son peuple qu'à soi-même, il n'avait pu se dispenser, depuis sa dernière maladie, de céder
COMMENT MARIE LECZINSKA DEVINT REINE DE FRANCE 2fi3
aux fortes et vives sollicitations de son peuple pour se marier précipitamment, et prévenir, par un successeur que Dieu voudrait bien lui donner, les troubles et les révolutions qui arriveraient, s'il venait à mourir avant que l'Infante fût nubile1 ».
C'étaient des raisons trop spécieuses pour que celui à qui on les donnait s'en trouvât satisfait; mais il fallait bien s'y rendre, faute de ne pouvoir faire autrement. %
Le principal ministre de Louis XV, le duc de Bourbon, emploiera désormais tout ce qu'il possède d'activité et de zèle à donner promptement satisfaction à son maître.
M. le Duc commence par faire établir une première liste de cent princesses, sur lesquelles le choix du jeune prince pouvait convenablement s'arrêter ; il réduira de lui-même le chiffre de cette première liste et en donnera une seconde, qui ne comprendra plus que dix-sept noms. Particularité piquante, celle qui sera Reine de France ne figurait pas sur cette seconde liste !
Le Duc passait ensuite en revue chacune des dix-sept princesses et énumérait leurs qualités et leurs défauts. Enfin, il arrivait à faire une sélec-
■ Marais, t. III, p. 179.
tion de quatre noms, entre lesquels Sa Majesté était invitée à choisir.
Voici le curieux rapport, conservé aux Archives nationales1, qui fut adressé, à cette occasion, au Roi, par le duc de Bourbon :