‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 5)Chapitre 25 sur 29 · L. -Henry de Bourbon · texte numérisé non relu

L. -Henry de Bourbon

A cette lettre était jointe la pièce à laquelle le Duc faisait allusion dans sa lettre au Roi :

1 Le chevalier de Vauchoux, qui avait servi en Pologne au temps du roi Stanislas, était resté le confident et le chargé d'affaires de ce prince.

2 Revue rélrospective, t. XV, p. 193-191.

28 avril 1725.

Je sais, Monsieur, les relations que vous avès avec M... qui vous donnent un accès facile pour lui parler. Je me reprocherais de ne pas faire passer jusqu'à lui ce que le hasard m'a fait apprendre dans mon voyage, touchant la princesse Stanislas. Une personne de probité, qui n'a aucun intérêt dans tout ceci, m'a assuré que cette princesse tomboit du haut mal; qu'elle en avoit vu toutes les consultations écrites même de la main de la reine, sa mère, à une religieuse qui avoit la réputation de guérir de cette maladie. Je lui ai fait écrire les noms de l'abbaye et de la religieuse qui a donné les remèdes, et de l'abbesse d'à présent qui ne l'étoit pas dans ce temps-là. Je frémis si ceci est vrai, comme je n'en puis douter par le caractère de la personne qui me l'a dit, du danger où le Roy seroit exposé et de l'horreur où M. le Duc se trouveroit d'avoir fait ce mariage, n'ayant d'autre intention que le bien du Roy et de l'État, en ayant même donné des marques dans tout ceci, et que son intérêt personnel n'y avoit aucune part. Par bien des raisons mon attachement est grand pour M. le Duc. Si le hasard m'a fait apprendre à R. ce que je viens de vous dire, il n'est pas possible que cela ne transpire à d'autres qui pourroient peut-être un jour et dans la suite des temps rendre par là de mauvais offices à M. le Duc, s'il n'a par devers lui des preuves certaines de l'information qu'il aura faite sur la santé de cetteprincesse. Je m'adresse à gens sages qui n'ont d'autre intérêt que celui de M. le Duc, bien de l'esprit, et par conséquent je n'ai rien de plus sur cela à vous dire.

Vous me ferez, s'il vous plaît, réponse par cette même voie, c'est-à-dire si cette lettre vous a été remise en main1.

En même temps qu'il écrivait au roi Stanislas, le duc de Bourbon prenait des informations auprès du maréchal Dubourg, à qui il adressait l'épître suivante :

6 mai 1725, à Versailles.

Le roi ayant pris le parti de rompre ses engagements avec l'Infante, vous jugez bien, Monsieur, que c'est pour se marier promptement; et, comme la princesse Stanislas est une de celles qui pourraient le mieux convenir, vous ne serez pas surpris que je vous demande des éclaircissements, sachant la confiance que j'ai en vous. Je vous prie donc premièrement de me garder un secret exact, et de me mander ce que vous en savez, surtout sur sa santé qui est le principal point, le Roi ne se mariant que pour avoir promptement des enfants bien conditionnés. Comme je sais que vous avez à Strasbourg un très habile médecin, il y a apparence qu'il aura été consullé plusieurs fois sur la santé de la princesse, et par conséquent il doit connaître son tempérament et savoir si elle aune bonne santé, et si elle a quelques incommodités ou si elle en a eu dans sa jeunesse, et de quelle espèce. C'est ce que je vous prie d'approfondir avec la dextérité dont vous êtes plus capable qu'un autre, et de

1 Archives nationales, K. 139, n° 24.

me mander tout ce que vous en savez, ou ce que vous en appréhendez. Vous sentez bien que, dans une pareille matière, il ne faut point de ménagement, mais qu'il faut parler naturellement. Vous n'en devez pas être inquiet, car il n'y a que moi qui verrai votre lettre, et pour cela vous n'aurez qu'à mettre deux enveloppes, en marquant sur la seconde que c'est pour moi seul; au moyen de quoi il n'y aura que moi qui la lirai. J'ai pris le parti de vous écrire de ma main, pour que cela fût encore plus secret. Je vous prie de me faire réponse le plus tôt que vous pourrez. Il ne me reste, Monsieur, qu'à vous assurer que personne ne vous estime plus, etc.

Louis-Henry de Bourbon.

Le chirurgien ordinaire de la reine, « le sieur Duphénix », recevait, lui aussi, une mission confidentielle, qui lui était exposée dans le « Mémoire instructif secret », dont le texte suit :

Depuis que le Roi a jeté les yeux sur la princesse Marie, fille du roi Stanislas, pour épouse, l'on a reçu sur la santé de cette princesse un avis qui mérite une attention particulière, et qui ne permet de prendre aucune mesure pour l'accomplissement du mariage de S. M., jusqu'à ce que Ion soit entièrement instruit à cet égard. Le sieur Duphénix, que Monseigneur le Duc choisit pour prendre toutes les informations nécessaires dans une chose aussi importante, verra par la lettre dont on joint ici la copie, que l'on suppose que la princesse, fille

du Roi Stanislas de Pologne, est sujette à tomber du haut mal et que même la reine de Pologne, sa mère, a, par plusieurs de ses lettres, consulté sur cette matière une religieuse de Trêves, que l'on prétend avoir des remèdes contre cette infirmité. Le sieur Dupbénix trouvera dans la copie ci-jointe le nom de la religieuse, celui du couvent de Trêves où elle est, et celui de l'abbesse. C'est pour éclairçir ce mystère important que Monseigneur le Duc souhaite que le sieur Duphénix parte sans retardement, et qu'observant le plus grand secret à tous égards, il se rende à Trêves par Chalons, Metz et Thionville. 11 sera de l'intelligence du sieur Duphénix de s'informer, lors de son arrivée à Trêves, s'il n'y a pas dans le couvent dont il trouvera le nom dans la lettre ci-jointe, une religieuse connue par plusieurs remèdes qu'elle a contre différentes maladies, et, après avoir pris à cet égard toutes les premières informations qu'il pourra, il se rendra au couvent en question, et, après s'être adressé à la religieuse dont il s'agit, il s'instruira, sans découvrir de quelle part il vient, sur le tempérament de la princesse Marie, fille du Roi Stanislas. Il cherchera le moyen de savoir, dans le cours de la conversation, si elle n'est pas sujette à aucune infirmité principale, et si la reine de Pologne ne l'a pas consultée quelquefois sur la santé de la princesse sa fille. Enfin, il se tournera de tous les sens qu'il pourra imaginer, sans découvrir l'origine de sa mission, pour savoir quel peut avoir été le fondement de l'avis qui a été donné à Monseigneur le Duc, et si effectivement l'infirmité que l'on attribue à la princesse Marie a lieu ou non.

Comme il pourrait être que la religieuse à qui le sieur Duphénixdoit s'adresser ne parlerait pas français, il faudrait que, dans ce cas, il tâchât de suppléer à cet inconvénient, soit par le moyen de l'abbesse, soit par quelque autre religieuse du même couvent. Après que le sieur Duphénix aura exécuté ce que Monseigneur le Duc lui confie, il partira de Trêves pour se rendre par la même route à Metz, d'où il pourra rendre compte par lettre à Monseigneur le Duc de ce qu'il aura appris dans son voyage. Il se rendra ensuite de Metz, par Sarrelouis, à Weissembourg.

Comme le mariage de S. M. n'a point encore été déclaré, le sieur Duphénix ne doit s'ouvrir avec personne qu'avec le Chevalier de Vauchoux, à qui il s'adressera d'abord, et à qui il remettra la lettre que Monseigneur le Duc lui fait écrire, et à laquelle S. A. S. enjoint une pour le roi Stanislas, concernant l'avis en question.

Après que le sieur Duphénix se sera instruit, par le chevalier de Vauchoux, de toutes les circonstances qui regardent la santé de la princesse, il lui demandera de le présenter secrètement au roi de Pologne, comme un de ceux qui ont été choisis pour veiller à la santé de la princesse, sa fille, lorsqu'elle sera en France. Comme le Chevalier de Vauchoux remettra en même temps au roi Stanislas la lettre de Monseigneur le Duc, le sieur Duphénix pourra paraître instruit; il est probable que la question sera agitée sur-le-champ. Le sieur Duphénix aura soin alors de s'expliquer avec tous les ménagements possibles, et avec toutes les expressions propres à faire connaître au roi Stanislas que, quoique S. A. S. n'ait

ajouté aucune foi à l'avis qui lui a été donné, elle a cru, et pour le roi Stanislas et pour elle-même, ne pouvoir chercher avec trop de soins tous les éclaircissements propres à confondre ceux qui auraient donné des avis faux sur la santé de la princesse. Il ajoutera que Monseigneur le Duc n'a voulu chercher ces éclaircissements que dans la bonne foi et la sincérité du roi Stanislas luimême, persuadé que, s'il en était quelque chose, son intérêt personnel, qui ne serait alors que passager et momentané, céderait à ce qu'il doit au bonheur du Roi et à celui du Royaume. Le sieur Duphénix écoutera alors la manière dont le roi Stanislas s'expliquera sur la santé delà princesse sa fille ; il rassemblera toutes, les circonstances qui pourront le faire juger non seulement sur la vérité de l'avis qui a été donné à Monseigneur le Duc, mais encore sur la santé de la princesse en général, sur les incommodités auxquelles elle a été plus sujette, des remèdes qu'on lui a donnés le plus ordinairement, de ceux qui sont les plus convenables à son tempérament et des autres détails dont la connaissance peut être nécessaire pour gouverner sûrement une santé aussi précieuse que celle de la princesse. Le sieur Duphénix observera de régler ses questions de manière que les réponses le mettent en état de juger de la vérité du secret qu'on lui confie, du tempérament de la princesse et des espérances que l'on peut en augurer pour la postérité du Roi. Comme le sieur Duphénix verra la princesse le plus souvent et le plus particulièrement qu'il lui sera possible, il sera en état déjuger par lui-même du véritable état de sa santé et de son tempérament.

Il est inutile de recommander au sieur Duphénix le plus grand secret sur le voyage qu'il aura fait à Trêves ; il en sentira aisément la conséquence ; et, après qu'il aura pris, sur l'importante affaire que Monseignenr le Duc lui confie, toutes les notions qu'il aura pu rassembler, il se rendra auprès de S. A. S. pour lui en rendre compte.

Le sieur Duphénix s'acquitta de sa mission en conscience, ainsi que nous l'apprend cette lettre du chevalier Yauchoux :

A Weissembourg, 12 mai 1725.

Monseigneur,

Le sieur Duphénix arriva hier soir sur les sept heures du soir et me remit la lettre de Votre Altesse Sérénissime; je fus aussitôt la porter au roi Stanislas. Ce prince n'est point étonné qu'un bonheur comme le sien lui attire les derniers traits de la calomnie. Toute l'Europe en doit être jalouse, et il n'a point douté qu'on ne fit les efforts nécessaires pour le troubler. Grâce au Ciel, il met Votre Altesse Sérénissime en état de confondre l'imposture, ayant mis les sieurs Mourgue et Duphénix en situation de juger par eux-mêmes de la santé de la princesse Marie.

Le certificat ci-joint instruira mieux Votre Altesse Sérénissime que tout ce que je pourrais lui en dire. Le roi Stanislas ne m'a paru touché dans cette conjecture que des inquiétudes qu'il juge que vous pouvez avoir.

Le sieur Duphénix rendra compte à Votre Allasse

Sérénissime de ce qui a donné lieu au bruit qu'on répand sur la santé de la princesse.

J'ai l'honneur d'être avec un très profond respect, etc.

Vauchoux.

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