‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 5)Chapitre 26 sur 29 · CERTIFICAT DES MEDECINS · texte numérisé non relu

CERTIFICAT DES MEDECINS

Nous soussignés, conformément aux ordres dont Son Altesse Sérénissime nous a honorés, certifions nous être transportés à la cour de Sa Majesté polonaise, pour prendre connaissance de la constitution de Son Altesse Royale la princesse Stanislas, de sa santé ou de ses infirmités, si elle était atteinte de quelqu'une. Après avoir eu l'honneur de voir Son Altesse Royale, examiné sa taille et ses bras, le coloris de son visage et ses yeux, nous déclarons qu'elle est bien conformée, ne paraissant avoir aucune défectuosité dans ses épaules ni dans ses bras dont les mouvements sont libres ; sa dent saine, ses yeux vifs, son regard marquant en même temps beaucoup de douceur. A l'égard de sa santé, M. Kast, son médecin, natif de Strasbourg, nous a déclaré que depuis deux ans qu'il a l'honneur d'être à la Cour^ elle n'a eu d'autres maladies que quelques accès de fièvre intermittente en deux différentes saisons, qui ont été terminés chaque fois par une légère purgation et un régime.

La vie sédentaire de Son Altesse Royale et le long espace de temps qu'elle passe dans les églises dans une situation contrainte, lui ont aussi causé quelques douleurs dans les lombes, produites par une sérosité échappée des vaisseaux, gênés par la tension des fibres muscu-

leuses, laquelle sérosité nous jugeons être toute extérieure,^ moindre friction ou le mouvement la dissipant de même que la chaleur, ce qui fait que pendant l'été elle n'en n'a point été attaquée. Nous devons ajouter qu'il nous a été rapporté par le dit sieur Kast que la princesse est parfaitement réglée, ses règles d'une louable couleur et ne durant qu'autant qu'il est nécessaire. On peut juger de la vérité de ce fait par son coloris qui, quoique un peu altéré par les derniers accès de fièvre qu'elle a eus récemment, ne paraît cependant que très légèrement changé; la carnation étant naturelle et assez animée pour juger de son rétablissement et de la régularité de ces mouvements périodiques.

En témoignage de quoi nous avons signé le présent certificat, ce 12 mars \ 725, à Weissembourg.

DUPHÉNIX,

Mourgue, médecin, inspecteur des hôpitaux du Roi.

Enfin, un sieur Delaborde, qui habitait Metz, fut chargé par M. le Duc d'aller interroger la religieuse qui, disait-on, avait livré à Marie Leczinska des remèdes contre l'épilepsie. La réponse de Delaborde ne fit que confirmer les renseignements donnés par Duphénix et les médecins.

A Metz, ce 9 mai 1725.

Monseigneur,

Les noms de l'abbaye, de l'abbesse et de la religieuse de Trêves se sont trouvés conformes à ceux que V. A. S.

m'a donnés. Hier au matin, j'ai eu une conversation de plus de deux heures avec la religieuse en question, par le secours d'une interprète, aussi religieuse du même couvent. Après lui avoir fait toutes les questions nécessaires, elle m'avoua qu'il y avait quelques années qu'elle avait été consultée par la Reine de Pologne, au sujet d'une indisposition qu'avait alors une demoiselle qui lui était attachée, et qu'elle aimait infiniment; cette indisposition était ce qu'on appelle le haut mal. La reine ne lui a point écrit elle-même, parce qu'elle ne savait point écrire en allemand, mais elle lui a fait écrire par un chanoine qui lui était attaché, et en qui elle avait beaucoup de confiance. La religieuse me dit aussi qu'elle avait encore beaucoup de ses lettres. Je la priai instamment de vouloir bien m'en faire expliquer quelques-unes par notre interprète. A force de sollicitations, elle se détermina à en aller chercher deux, écrites et signées par le chanoine dont je marquerai le nom ci-après. Ces deux lettres sont de 1716, dans l'une desquelles il y a un détail des symptômes et accidents qui paraissent confirmer le caractère du mal marqué ci-dessus. Il est auss^ marqué clans cette, lettre que la demoiselle pour qui on consulte était âgée pour lors de trente ans l, et qu'il y en avait sept qu'elle avait eu les premières attaques ; que cependant elle rie tombait que très rarement dans cet

1 Cet âge ne pouvait s'appliquer à Marie Leczinska, alors âgée de 13 ans. Cela n'a point empêché certain de nos confrères d'en tirer argument en faveur de l'épilepsie de Marie Leczinska (cf. le chapitre : Marie Leczinska était-elle épileptique ? dans nos Indiscrétions de l" Histoire, première série

accident. La religieuse dit qu'elle lui a fait l'espace de deux ans des remèdes contre cette indisposition, et une faiblesse d'estomac dont elle est, à ce qu'elle prétend, entièrement guérie. Pendant les années 1716 et 1717, elle a reçu à ce sujet au moins vingt lettres de la part de la Reine de Pologne, toutes écrites et signées par le chanoine.

Delaborde.

>'om du Chanoine : TAidovicus Mabiszenski. L'endroit d'où les lettres sont écrites : Zweybrtick.

Le Duc de Bourbon, éclairé par tous ces renseignements concordants, s'empressa de faire part de la bonne nouvelle au cardinal de Rohan, qui s'était montré inquiet :

Page 1