PRÉFACE XI
Ils sont guides autrement sûrs, ces probes écrivains qui ont nom Augustin et Amédée Thierry1.
Mais nous revendiquons surtout comme précurseurs, le subtil et profond analyste qui a consumé sa vie dans l'édification d'une œuvre impérissable, l'écrivain des Lundis, vous avez nommé Sainte- Beuve ; et le mieux informé des historiens physiologistes, un modèle qui eût approché de la perfection, s'il avait apporté plus de sérénité dans ses jugements, l'auteur des Origines de la France contemporaine, Hippolyte Taine.
Taine n'est pas, comme Michelet, un visionnaire, qu'égarent trop souvent ses facultés divinatoires. L'œuvre de Taine, comme on l'a clairement vu2, est une œuvre positive et sévère, essentiellement objective, bien différente de celle, tout imaginaire et purement subjective, de Michelet.
Taine, comme Littré, dont nous nous réclamons aussi, avait reçu une forte culture scientifique, et si l'un et l'autre ne pratiquèrent point, ils étaient au moins préparés, par leurs études antérieures, à devenir les médecins des esprits, comme ils auraient été, s'il leur eût convenu, les médecins du corps.
Il faut avoir, déclarons-le sans fausse modestie,
' Chronique médicale, loc. cit., p. 546.
* V. l'article du docteur Gallamand [Chroniqae médicale, loc cit.j.
XII PRUFACE
plus qu'une teinture des sciences biologiques, pour aborder les questions complexes que soulèvent les multiples problèmes de l'Histoire. L'érudition ne suffit pas pour accomplir cette tâche entre toutes difficultueuse. Nous dirions presque qu'il est indispensable de posséder ce que nous nommerions le sens médical, c'est-àdire la faculté d'observation aiguë, le don de la notation brève et précise, la recherche du trait pictural et pittoresque.
Nous réclamons un autre droit que celui d'exprimer sans ambages notre pensée, de ne pas l'envelopper de conventionnelles et hypocrites précautions de langage; nous prétendons apporter quelque clarté dans l'étude de certains faits, la psychologie de certains personnages, qui s'éclaire véritablement à la lumière de la science médicale.
Si l'on considère non plus isolément, selon la méthode habituellement suivie, le type soumis au creuset de l'analyse, mais qu'on le relie à la chaîne dont il n'est qu'un anneau ; si on étudie son ascendance et sa descendance, on arrive à donner une explication scientifique de la dégénères cence d'une race, au lieu de la rattacher à la fatalité, Yullima ratio des Anciens.
Sans admettre dans sa rigueur la théorie de l'École lombrosienne,il est indéniable qu'il existe, dans l'Histoire comme dans là Littérature, des