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LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUH IO

Vivant, peu de temps après la publication, ainsi que Mirabeau en faisait la constatation, il n^était plus possible d'en découvrir un seul.

Après une existence si remplie, — il était octogénaire quand il mourut — , Quesnay n'avait pas à s'alarmer de voir approcher sa fin. Accablé do travaux et d'infirmités *, il sortit de la vie, suivant le mot d'un poète ancien, comme d\in festin, sans dcgoùt, mais sans regret, avec toute la tranquillité d'un sage. Comme son domestique pleurait à chaudes larmes :

— « Console-toi, lui dit-il avec douceur. îe n'étais pas né pour ne pas mourir. Regarde le portrait qui est devant moi ; lis au bas l'année de ma naissance ; jngo si je n'ai pas assez vécu.* »

Il ne se doutait pas, à cette heure snprômc, que son dernier voyage le conduisait aux portes de l'immortalité *.

* Dès l'Age de vingt ans, Il élaUgotiUcux, ce qui le détermina plus tora A abandonner la chirurgie pour lo médecine. Il devint docteur en rocdccine A cloquante ans; depuis vlngt-siz ans, il exerçait omciellemcnt la chirurgie.

■ Nous avons publié, dans la Chronique médicale (30 mars 1902), l'acte d Inhumation et l'inventaire des biens après décès de François Quesnay* Nous avons appris depuis que cet inventaire avait été publié dans le Bulletin du Çomilé des Travaux hiatoriquea (Sciences économiques), 1891, p. 12 16.

■ I,n slntiip do Quesnay a été innuguréo h M«^ré, près Montfort-VAninury, en 1«m;.

GUILLOTIN EST IL L'iNVKNTEim DE LA GUILLOTINE?

A-l-on calomnie^ GnîUolin **, en lui attribuant une in-

* Jusepli-Iî^nace Guillotin, né le 28 moi 1738 à Soinlos(Churciilc intérioure). était le flls d'un ovocai. Il lit «es cludos à Bordeaux, où il reçut, le 11 décembre 1761. le Utre de t}ia(7ifl(er artiiim. Plus tard, il fut Dommé professeur au Collège dos hiandois. do Bordeaux, tenu par les Jésuites. Il ne put longtemps 8*accoininudcr do lu règle do l'ordro el viul ù Taris étudier la médecine.

Sa première Inscription date de 1763 l\ suivit les cours d'Antoine Petit pendant plusieurs années, mais s'éloigna de lo capitale en 1768, pour passer les examens du doctorat ù Roi ma, sa fortune modeste ne lui permettant pas d'acquitter les droits ôluvés (8 000 francs environ de notre monnaie), que coûtait alors une promotion 6 la Faculté de Paris.

Reçu docteur le 7 jonvier 176S, il revient aussitôt à Paris, où le i7 du même mois, après un brillant concours, il est nommé pupille de la Faculté . Il reçut enfln. lo36 octobre t*70. <lc:i mains de Poissonnier, la barrette do docteur parisien, lui conférant le droit du pratiquer dons Paris. Peu après, il obtint de ses collègues lo titre de lioc/eur-rt'ycnL

Le crédit dont Jouissait Guillulin est allcalc par sa nomination cooiiue membre d uno Commission royolo ciiargcc,cn 178 i, de rechercher ce qu'il/ avait de fondé dans la doctrine et les expériences du fameux Mesmer. La Faculté choisit, dans la circouslonce, Guillotin el trois de ses collègues, luxqucls. »iir leur domoudo, furent ad|juiuls cinq membres durAcadémio

. GUILLOTIN EST-IL L*1NVBNTEUR DE LA GjUILLOTlNE ? lOQ

vcntion que d^autres pourraient plus légitimement réclamer? N'y aurait-il pris, comme d'aucuns voudraient rinsinuer, la plus légère part ?

Sans refaire ici Tbistorique de la guillotine, rappelons en quelques lignes le rôle véritable joué par Guillotin.

Jusqu'en 1789, on faisait usage des supplices les plus variés. Le bûcher, la noyade, la potence, les divers instruments de torture, la mutilation, étaient infligés à des malheureux, coupables pour la plupart d'insignifiants délits. Ce fut dans un but essentiellement humanitaire que Guillotin proposa de substituer à tous

des sciences : Lavolsicr, Frenkliii et Boilly élolcnl do ces (Icrnicrs L'enquCto, menée d'oprès une mélhodo slriclcrocnt scientiflquc, dura six mois, de mors à aoûl 178i.

Le li juillet 17d7, le docteur Guillotin épousoil Marie-Louise Saugrain, nile d'Antoine Saugraln, mettre libroire, et de Moiie Drunct. Elle lui survécut, oprès de longues années de lo plus parfaite union.moissans laisser de postérité. Les Saugraln formoicnt une véritable dynastie d'imprimeurs, comme les Panckouke.

Nous passons sur le rôle politique de Guillotin ; noua retrouvons lo médecin, ou plutdl l'hygiéniste, dans le discoors qu'il prononça, le 17 juin 1789, contre l'Insalubrité de la sailo des Menus o(r siégeait l'Assemblée. L'air no s'y renouvelait pas assez Tncilement, ce qui pouvait devenir dangereux au cours d'aussi longues séances; la distribution des bancs trop rapprochés était insalubre; lo manque do dossiers pouvait entraîner de graves inconvénients, etc. L'Assemblée chargea également Guillotin du soin de l'éclairage, des tribunes publiques et de tout ce qui touchait è rinstallation matérielle. Il remplissait, eo somme, les fonctions di; qucslour dons notre Chambre octuollt (Cf. Lb Rt^volulion ^rançaiae, 13* année, n« 5, 14 novembre 1893).

ces procédés barbares un moyen plus prompt et moins inramant. Le 10 octobre 1789, Guillotin demandait que les délits du même genre fussent punis par le môme genre de peine, quels que fussent le rang et TiHatdes coupables*.

Le !•' déccnibro, il remontait à la tribune de l'Assemblée, et faisant une peinture^ aussi pittoresque qu*émue. des supplices effroyables qui avaient encours

• L« docteur Chcrcau a retrouvé aux Archives la minute môme do la rédaction définitive des articles décrétés le 10 octobro 1789 et le 21 janvier 1700. Il a reproduit ce texte dans sa curieuse et Introuvable brochure, GuUlolin et U GuiUoline ; Paris, aux bureaux de VUnion médicale, 1870, p.C

Voici ce que dit le Afontfeur :

• M. Guillotin lit un travail dans lequel II établit en principe que la loi

• doit cire égale pour tous, quand elle punit comme quand elle protôgc, et « chaque développomonl de ce principe am&no un aiticlc que ll.Guillutin ■ priqiobc & ia dclibùralion de rAsbcniblée.

• Ce discours csl fréquemment interrompu par des applaudissements ;

• une partie do l'Assemblée, vivement émue, demande à délibérer sur le c champ, mais une autre partie parait vouloir s'y opposer.

• M. le duc de Liancouil, ajoute le Moniteur, fait observer que des

• citoyens sont prêts à subir des arrêts de mort, qu'il est dès lors Indis-

• |»ensable de no pas diiïérer d'un jour, puisciu'uu Instant do retard peut

• les livrer à la barbarie d'un supplice que l'humanité presse d'al>olir,

• puisqu'un Instant peut ainsi livrer au dcshonncur, dont un préjugé

• absurde flétrirait les parents, des coupables qu'une loi juste et sage

• doit flétrir à son tour. »

L'orliciu proraier, mis en délibéraliun, est décrclé à i'uuoiiiuiité eu ces le* ini-:i :

• Les délits du même genre seront punis par le même genre de pi-ine,

• qu«ls que soient le rang et l'état des coupables. •

GUILLOTIN ESTrlL l' INVENTEUR DE LA GUILLOTINE? III

jusqu^olors, et qui déshonoraient Thumanité : le gibet, la roue, le bûcher, il concluait à ce que, « dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accuse, le supplice sera le môme, quelle que soit la nature du délit dont il se sera rendu coupable. » 11 ajoutait: «le criminel sera décapité; il le sera par TefTet d'un simple mécanisme ».II serait même allé jusqu'à faire devant ses collègues la description de la mécanique. Oubliant un instant qu'il était législateur, il aurait prononcé cette phrase où, dans leTeu de l'improvisation, les termes allaient bien au delà de sa pensée : « La mécanique tombe comme la foudre, la tôte vole, le sang jaillit, Thomme n'est plus*. »

L'assemblée, tout en approuvant en principe la motion de Guillotin, prononça l'ajournement sur le modo do supplice qui devait être inflige aux coupables punis de la peine de mort. Guillotin avait seule*ment obtenu que nobles ou vilains seraient punis d'égale façon.

Ce n'est que le 3 juin 1791, soit vingt mois après le premier discours de Guillotin, que Lepeletier de Saint-

1 Dons son IliBlolrè de là ConBliluanlc, Dnclicz prétend qu'au cours de celle discussion, emporté par son ardeur, l'orateur so serait écriô : « Avec ma machine, Je vous fais sauter ia tôto en un clin d'œil, et vous lie sourrrez point. » Celle exclamation, qui ne se trouve dans aucune rela> lion orflcleile, nous parait un de ces mots iiistorlqucs inventés longtemps après les circonstances dans lesquelles Ils auraient dû être prononcés (La Révolution française, loc. cit.)*

lia LE CABINET SECRET DE L IIISTOIMB

Fargcaii faisait voter que « tout condamné à mort aurait la tôte tranchée' ».

Restait à faire fabriquer la machine assez expéditive pour épargner des souffrances inutiles aux patients qui devaient en faire Tessai*.

Montfctir, 4 Juin 1791.

■ • U suffit, en efTct, de jeler les ycui sur le récit des décûpHaUons les plus célèbres pour voir ft combien do hasards ôlaleni exposés les pDlicnls ; plus la vlcllmo éloll élevée, plus elle monlroil do couroge el do résignoUon, plus elle couroil de dongci-s. Voyez llorio Sluarl : elle crojroll, dît son éloqucnl lilsloricu, qu'on la froppcrail coinino en bVonce, dans uuo olUludo droite et avec lu glaive. On l'aida à poi>or sa têtu sur le billot ; le bourreau ému la frnppa d'une main mal aiiHiirèo ; la Iiacbe, au lieu d'alluindro lo cou, tomba sur le dorrl6ru du la tcto et la blus.sa sans qu'elle fit un mouvement, sans qu'elle proféiût une plainte ; au second sculcmout, lo bourreau luiabotlitla tôle. Pour le Jeune de Thou, ce fut bien autre chose : condamné ù mort pour n'avoir pas trahi Cinq- Mars, il ne fallut pas moins de sept coups pour nlinUrccclU* noble této, el les condamnés n'ignoraient pas qu'on pourrall ninsi les manquer 1 Le flis naturel de Cheilos II, Monmouth, en véritalilo Anglais, s*adrossanl •u bourreau, lui dit: • Tiens, voilù sli guinéeh; no va pas me hacher comme lu l'as fuit à lord Uussel. • Lo premier coup ne fit qu'une légère blessure. Monmoutli leva la lélo el Jeta au bourroau comme un regard do reproche : U fallut quatre coups pour achever cette sauglante tragédie. L'idée d'élro manqué préoccupait aussi le Jeune chevalier do U Barre { mis en faco du bourreau de Paris, qu'un avait fait venir pour l'eiécutor, cet liérulquo enfant lui dit résolument : • Tes armes sont elle* bonnes T Voyons-les. — Cela ne se montre pas, Uunsieur, lui répondit

10 bourreau. — Ëst-co toi, reprit lo cliovolier, qui us exécuté le comte de I^llyT — Oui, Monsieur. — Tu l'as fait souffrir T — C'esl sa faute,

11 était toujours en mouvement. Placez-vous bien, et Je ne vous manquerai pas ; soyex en sûr. • En eiïct, ce matlro bourreau balança plusieurs fois son arme et enleva la tête «l'un seul coup. • Extrait des Ric/iirc/ies /lisCoriqucs vit les derniers joun dtLouii el de Vicq d'Azyr^

CUILLOTIN E8T-tL l'iNVENTEUR DE LA GUILLOTINE? Il3

L'Assemblée nationnlc, prise de court, songea^ pour se tirer d'embarras, à s'adresser au secrétaire perpétuel do l'Académie de chirurgie, Antoine Louis, dcjh connu par des travaux scientifiques de haute valeur. Louis s'empressa de rédiger un « avis motivé sur la décollation». Son rapport*, adopté

discours lu è rAcadémle de médecine par M. Dubois d'Amiens, secrétaire perpétuel (Bulletin de l'Académie de médecine i Paris, 186G, L XXXII. p. 9 et suiv.)*

i Cette consultation chirurgicale d'un Douveau genre mérite d'être conservée dans notre recueil de curiosités historiques. En voici les parties essentielles : elle a été publiée in exlemo dans la Revue des docu» menls historiqueSt t. lU, p. 47.

Coneullalion du Secrétaire perpétuel de l* Académie de chirurgie* « ... Personne n'ignore que les instruments tranchants n'ont que peu ou point d'effet lorsqu'ils rrnppcnt perpendiculairement. En les examinant fin liiicrnscopo, on voit qu'ils no sont qno ^\oA scies plus ou moins fines, qu'il Tout rairo n^ir en glissant sur les corps à diviser ; on ne réussirait pns & décopitcr d'un seul coup avec une hache ou couperet dont le Iran* chant serait en ligne droite, mais avec un Ironchant convexe, comme aux anciennes haches d'armes ; le coup asséné n'agit perpendiculaire' ment qu'au milieu de la portion du cercle ; mais l'instrument, en pénc- Iront dans la continuité des parties qu'il divise, osur les cOtés une action oblique en glissant et atteint sAreraent ou buL En considérant la struc* turc du col, dont la colonne vertébrale est le centre, composée de plusieurs os dont la connexion formo des cnchovauchurcs do manière qu'il n'y pas de joint à chercher, il n'est pas possible d'être assuré d'une prompte et parfaite séparation en la confiant h un.agent susceptible ût varier en adresse par des causes morales et physiques ; Il faut certainement, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens méconlques invariables, dont on puisse également déterminer la force et l'effet . c'est le parti qu'on a pris en Angleterre.

« Le corps du criminel est couché snr le ventre, entre deux poteaux

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