‹ Le cabinet secret de l'histoireChapitre 9 sur 109 · LE MKDISGIN DE MADAME DE POMPADOUR · texte numérisé non relu

LE MKDISGIN DE MADAME DE POMPADOUR

Il avait néanmoins pour Louis XV une admiration sans mélange, soit qu'il approuvftt ceux qui en disaient hautement du bien, comme Turgot ou Duclos, soit qu^il portât lui-même un jugement sur le roi.

— Louis XIV, disait-il, a aimé les vers, protégé les poètes : cela était peut-être bon dans son temps., parce quMl faut commencer par quelque chose; mais ce siccle-ci sera bien plus grand, et il faut convenir que Louis XV, envoyant au Mexique ci au Pérou dets astronomes pour mesurer la terre, présente quelque chose de plus imposant que d'ordonner des opéras. Il a ouvert les barrières à la philosophie, malgré les criailleries des dévots, et l'Encyclopédie honorera son règne.

D'un génie positif, très porté vers les sciences exactes, Qucsnay, peu disposé à goûter les beautés des vers, parlait, avec un dédain marque, de la protection accordée parle grand Roi à la poésie. Comme on lui demandait un jour s'il n'admirait pas les grands poètes :

— Comme de grands joueurs de bilboquet, ripostat-il, sur ce ton qui rendait plaisant tout ce qu'il disait. J'ai cependant fait des vers, et je vais vous eu dire : c'est sur un M. Hodot, intendant de la marine, qui se plaisait à dire du mal do la médecine et des médecins. J'ai fait ces vers pour venger Esculape et Ilippocrate :

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Antoine so médicina,

lin décriant la médecine

Et de ses propres mains mina

Les fondements de sa macliine;

Très rarement il opina

Sans liumcur lii/arre ou rhn^'rino,

Kt Tcsprit qui le domina

Etait affiché sur sa mine.

Qucsnny, lo grave Qnesnay, ne dédaignait pas de faire le bel-esprit*, heureusement ce n'était qu*u do rares intervalles qu'il se permettait cette débauche do mauvais goi\t. D'ordinaire, ses propos étaient moins enjoués.

Le premier médecin du roi se trouvant un jour chez Mme de Pompadour, ou se mit à parler de fous et de folie. Le roi, qui s'intéressait beaucoup à tous les sujets du ressort de la pathologie, écoutait avec attention.

— Je me fais fort de counaitre six mois à Tavauce les symptômes de la folie, dit Quesnay.

• 11 était tpiritiicl à SOS heures, aiiiMi qu'en l^inoi;;ne celle aoecdola m|ii»orlcc |»or M. 1*'. Lorlii.

Des médecint avaluul cU: oppcl^s en consuUuUon pour un cas grave' Il s'ogissaild'un grand personnni,'o. l/avl.s do Tun d'eux ayant prévala (ce n'élaU peul-£tre pas le bon), 11 crut devoir aller demandera Quesnay ce qu'il en pensait, sous prétexte Je rendre lioninia^'e à sa science.

— • Monsieur, répondit Quesnay, il m'est arrivé «inciquerols comme à TOUS do mettre & la loterie , mais jamais quand elle i-lait tirée. •

LE MÉDECIN DE MADAME DE POMPADOUR lo3

— Y aurait-il des gens à la cour qui doivent devenir fous ? dit vivement le roi.

Et Quesnay de répondre : « J'en connais un qui sera imbécile avant trois mois. »

On le pressa de le désigner ; il s^en défendit quelque temps ; puis, de guerre lasse, il en prononça le nom : « C'est M. de Séchelles, contrôleur général. Il veut à son âge faire le galant, et je me suis aperçu que la liaison de ses idées lui échappe, d Le roi se mit à rire ; mais, trois mois après, il vint chez Madame et lui dit : (( Séchelles a radoté en plein conseil ; il faut lui donner un successeur*. »

Quelque temps après, c'était le tour du garde des sceaux Benior, dont Quosnny avait prédit, quatre jours auparavant, qu'il tomberait en apoplexie : ce qui se vérifia exactement.

Quesnay avait un coup d'oeil d'une finesse pénétrante. Il jugeait les hommes à la première rencontre, lisant au fond de leurs âmes, les dépouillant pour ainsi dire à leur insu. Puis il les caractérisait d'un mot, avec un rare bonheur d'expression. Un jour, comme on parlait de M. de Choiscnl, le ministre musqué :

— Ce n'est qu'un petit-maître, dit le docteur, et, s'il était plus joli, fait pour être un favorid'llenrilll.

Une autre fois, le comte de Saint-Gcrmnin, qui se

* Mme DU IIausset, op. c<l.

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vantait de transformer les petits diamants en gros, venait de faire des expériences à la cour.

— M. de Saint-Gormain peut grossir les perles, c'est possible, dit Quesnay. Mais il n'en est pas moins un charlatan, puisqu'il a un élixir de longue vie et qu'il donne h entendre qu'il a. plusieurs siècles.

Il ne manquait aucune occasion de stigmatiser les charlatans, comme ils le méritaient. Un certain médeciDiappelé Renard, et qui justifiait bien son nom, avait prescrite Mme de Pompadour, qui souiïraitde palpitations violentes ^ de se promener dans sa chambre, de soulever des poids et de marcher vite, (c Si le mouvement accélère les battements, lui avait-il dit, c'est une preuve que cela vient de Torgane; sinon, cela vient des nerfs. >» Comme on rapportait à Quesnay cette étrange médication :

— C'est la conduite d'un habile homme, se contenta-t-il de répondre.

Chose singulière, une seule fois*, la reine, côté du

Voir, dansltts Indiicrélionê deVHiiloire, 9* s^rio, le chapitre i Une ContulUlion pour la Pomptdour,

• Une êeule foie n'esl peul-étro pas tout à fait eiact ; en tout cph, Mme de roiu|iadour n cul que rarement rocouri aux nolut du «on uié* docln on Ulro. Ou trouve quolquoi va;;uoi runsielgnumunU aur la aaulâ de la favorite daaa un recueil, qu'on aouge raremeat & consulter et qui cooliont pourtant de précieuses Inrormallons : c'ost lo Ca(a(o<;ufl Mortiêon, qui n'esl pas dans le commerce ot dont nous devons l'obligeante cooimunlcalloo à M. NoAl Charava/ (Cf. C/ironitjue médicale, l'A)l, 1* décembre, p. 751 q.)

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cœur,eul recours aux bons offices de Quesnay. C était un an ou quinze mois avant sa disjifr&ce. Etant à Fontainebleau S elle s'était placée devant un petit secrétaire pour écrire ; il y avait au-dessus un portrait du roi. En fermant lo secrétaire, après avoir écrit, le portrait tomba et frappa assez fortement sa tôte. On envoya quérir Quesnay. Il se fit expliquer Taccident et prescrivit des calmants et une saignée.

Les relations entre le médecin et lâ femme de chambre de la marquise paraissent avoir été plus étroites, bien qu'il ne soit nullement prouvé qu'il y ait eu entre eux autre chose qu'un commerce d'amitié.

Mme du Haussct ne nie pas,- du reste, la sympathie que le docteur lui inspirait, les soupers qu'elle acceptait chez lui, les entrevues ici où là qii'cllo lui'niénagcait. Elle proclanio, eu maiutM endroits, « (pi'ii avait de l'esprit », « qu'il était fort gai », qu'elle le consultait « comme un oracle »> ; mais nous ne voyons nulle part Tombrc d'un compromis.

Elle dit encore qu'il « était un grand génie » ; mais, ajoutait-elle, « tout le monde le dit ».

11 aimait à causer avec elle de la vie des champs

t Quesnay accompagnait Mmo de Pompadour dans ses déplacements.

Les inventaires do Suint-Hubcrt nous apprennent qu'il y avait, au ciiStcau do Saint-Hubert, une cliambre réservée à Quesnay. Cette chambre était située au premier étngo du chiVlcau. Dons r/nven(aire des meubles du château de Saint- llnbe ri, 17G2, on trouve la description du mobilier de la chambre de Quesnay (Lorin, op. cit., p. 145).

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et, comme elle y avait été élevée, il lui faisait parler des herbages de Normandie, du Poitou, de la richesse des pommiers, et delà manière de cultiver. Mme du Hausset convient qu'il « était bien plus occupé, à la cour, de la meilleure manière de cultiver la terre que de tout ce qui s*y passait. » Mais là s'arrêtent ses confidences.

Quesuay avait, d'ailleurs, trop la passion du travail pour s'en laisser distraire par la bagatelle.

Le travail était un besoin pour son activité. Dans le mois qui précéda sa mort, il fit trois mémoires d*économie politique, (\\\\ firent dire à un homme <mi place qu'il avait une tète de 30 ans sur un corps de 80.

A 70 ans, il s'était livré avec ardeur à l'étude des mathématiques, et avait fait imprimer, malgré les supplications do ses amis, sa prétendue découverte de la quadrature du cercle. Il écrivit aussi sur la théologie. Du moins avait-il eu le bon goût de s'en rapporter, sur ce chapitre, au R. P. Desmarets, confesseur du roi, qui lui fournit d'utiles indications.

Son Tableau économique donne mieux la mesure de sa compétence ; avec 1 Exlrail des Economies royales de Sully y il fut imprimé à Versailles, par ordre exprès du roi, qui avait tenu h en tirer luimême quelques épreuves. Mais les exemplaires furent si soigneusement séquestrés, que, même do sou

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vivant, peu de temps après la pu1)Hcation, ainsi que Mirabeau en faisait la constatation^ il n^était plus possible d'en. découvrir un seul.

Après une existence si remplie, — il était octogénaire quand il mourut — , Quesnay n'avait pas à s'alarmer de voir approcher sa fin. Accablé de travaux et d'infirmités ^, il sortit de la vie, suivant le mot d'un poète ancien, comme d\m festin, sans dégoût, mais sans regret, avec toute la tranquillité d'un sage. Comme son domestique pleurait à chaudes larmes :

— « Consolc-toî, lui dit-il avec douceur. îe n'étais pas né pour ne pas mourir. Regarde le portrait qui est devant moi ; lis au bas l'année de ma naissance ; juge si jo n'ai pas assez vécn.' »

Il ne se doutait pas, à celte heure suprême, que son dernier voyage le conduisait aux portes de l'immortalité*.

* D6s rage de vingt ans, il 6toit goutteux, ce qui le détermina pins tara à abandonner la chirurgie pour lo médecine. l\ devint docteur on rocdccinc & cloquante ans; depuis vingt-six ans, il exerçait orflciellemcnt la chirurgie.

■ Nous avons publié, dans la Chronique médicale (30 mars 1902), l'acte d inliumotion et l'inventaire des biens après décès de François Quesnay* Nous avons appris depuis que cet inventaire avait été publié dans le But- Ictin du Comité dea Travattx historiques (Sciences économiques), 1891, p. 12 16.

■ f,n sl^nlur doQucsnajra éU^ inniigurcc h M«^ré, près Montfort l'Aniaury, en IBUt'i.

GUILLOTIN liST IL l'iNVENTEIIH DE LA GUIIXOTINEÎ

A-l-on cnlomnîr^ Gnillolîn **, en liiî attribuant une in-

* Jusepb-Ignace Guillotin, né le 28 luai 1738 à Soinlcs(CliurciiU} loférioiire). élait le Ois d'un avocai. il lit ses cludos à Bordeaux, où II reçut, le Il décembre 1701, le lilre do ma(7i«(er arliuin. Plut lard, Il fut noianiù professeur au Collège dos Irlandais, do Bordeaux, Icnu par les Jcsultei. Il 00 pullonglorops t'accominudcr do lu règle do l'ordro el vint ù VavU étudier la médecine.

Sa première Inscription date de 17G3 l\ suivit les cours d'Antoine l*cUt pendant plusieurs années, mais s'éloigna de la capitale en 17C8, pour passer les examens du doctorat ù nuims, sa fortune modeste ne lui permettant pas d'acquitter les droits éluvés (8 000 franco environ de outre monnaie;, que coûtait alors une promotion & la Faculté de Paris.

Reçu docteur le 7 janvier 176S, il revient aussitôt à Paris, où le i7 du même mois, après un brillant concours. Il est nommé pupille de la Fa» culte . Il ro^ut enfln. loSâ octobre t*70. des mains de Poissonnier, la l>arrelie do docteur parisien, lui coufcraiit io droit de pratiquer dans l*aris. Peu après, Il obtint de ses collègues le titre de docleurréycnt.

Le crédit dont Jouissait Guillotin e»t allcatc par sa neminntioo comme membre d une Commission royale cliargcc,cn 176 î, do rechercher eu qu'il/ avait de fondé dans la docUine et les espétioncesdu fameux Mesmer. La Faculté choisit, dans la clrcouslanco, Guillotin et trois de ses collègues, luxqucU. »iir leur demande, furent a^jgluts duq luembics dul'Acadtmiu

. GUILLOTIN EST-IL L*INVENTEUR DE LA G.UILLOTINE ? lOQ

vcniion que d^autres pourraient plus légitimement réclamer? N'y aurait-ii pris, comme d'aucuns voudraient rinsinuer, la plus légère part ?

Sans refaire ici riiistorique de la guillotine, rappelons en quelques lignes le rôle véritable joué par Guillotin.

Jusqu'en 1789,on faisait usagedes supplices les plus variés. Le bûcher, la noyade, la potence, les divers instruments de torture, la mutilation, étaient infliges à des malheureux, coupables pour la plupart d'insignifiants délits. Ce fut dans un but essentiellement humanitaire que Guillotin proposa de substituer à tous

Jcs sciences : Lavolsicr, F|'8nkli:i et Boilly étaient de ces derniers L'enquôtc, menée d'oprès une métliodo strictement scientiflqnc, dura six mois, do mars A ooût 178i.

Le 11 juillet 1787, le docteur Guillotin épousoil Moric-Louiso Saugrain, nile d'Antoine Sougrain, maître libroire, cl de Morlo Drunct. Elle lui survécut, oprès de longues onnées de la plus porroite union.maissons laisser de poslêi ilé-Les Sougrain formolcnt une véritoblo dynastie d'Imprimeurs, comme les Panckouke.

Nous passons sur le rôle poliliriue de Guiliolin ; nous retrouvons le médecin, ou plutôt riiygtéaiste, dans le discours qu'il prononça, le 17 Juin 1789, contre l'Insalubrité do la sollo des Menus oft siégeait l'Assemblée. L'air ne s'y renouvelait pas osscz rnciicment, ce qui pouvait devenir dangereux au cours d'aussi longues séances; la distribution des bancs trop ropprocliés était insalubre ; le manque do dossiers pouvait entraîner do graves Inconvénients, etc. L'Assemblée chargea également Guillotin du soin de l'éclalroge, des tribunes publiques et de tout ce qui touclioit & rinslallallon matérielle. Il remplissait, ao somme, les Tonctlons di; qucslour dons notre Chombrc actuelle (Cf. La Rt^voluUon française, 13* année, n* 5, 14 novembre 1893).

ces procédés barbares un moyen plus prompt et moins infamant. Le 10 octobre 1789, Guillotin demandait que les délits du même genre fussent punis par le môme genre do peine, quels que fussent le rang et TiHat des coupables '•

Le 1"' décembre, il remontait à la tribune de PAsscmblée^ et faisant une peinture, aussi pittoresque qu'émue, des supplices effroyables qui avaient encours

• Lb doctear Chcrcau a retrouvé aux Archives la minute même de la rédaction déOnltive des articles décrétée le 10 octobre 1789 et le 21 janvier 1790. Il a reproduit ce texte dans sa curieuse et introuvable brochure, Guillotin et la GiiiUoline ; Paris, aux bureaux de VUnion miîdicala^ 1870, p.ft.

Voici ce que dit le Moniteur :

• M. Guillotin lit un travail dans lequel il établit en principe que la loi

■ doit ctro égale pour tous, quand elle punit comme quand elle protvgc, et

• chaque développement do ce principe omèiie un aiticlc que M. Guillotin

■ pi«>|H>»e à la dclibûration de IWiiscnibiée.

• Ce discours est fréquemment interrompu par des opplaudissements ;

• une partie do l'Asscmbice. vivemeni émue, demande à délibérer sur la

• champ, mais une autre partie parait vouloir s'y opposer.

• M. le duc de Liancourt, ajoute le A/oiii(eur, fait observer que des

• citoyens sonl prêts à subir des arrêts de mort, qu'il est dès lors Indis-

• |>ensable de no pas diiïérer d'un jour, puisqu'un instant do retard peut

• les livrer à la barbarie d'un supplice quo l'humanité presse d'abolir,

• puisqu'un Instlaut peut ainsi livrer au désiionnour, dont un pn'jugé

• absurde flétrirait les parents, des coupables qu'une loi juste et sage

• doit flétrir à son tour. •

L'ai liclu prumier, mis en déllbéraliuii, o»t ilocrclé à l'uiiuniiuitc un ces tu. Ilti :* :

• Kes délits du mcme genre seront punis par le niôinc goure de pi-ine,

• quel!» que soient le rang et l'étal des coupables. •

GUILLOTIN ESTrlL l'iNVBNTEUR DE LA GUILLOTINE? 111

jusqu'alors, et qui déshonoraient Thumanité : le gibet, la roue, le bûcher, il concluait à ce que, « dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le môme, quelle que soit la nature du délit dont il se sera rendu coupable. » Il ajoutait : « le criminel sera décapité ; il le sera par l'effet d'un simple mécanisme ».I1 serait même allé jusqu'à faire devant ses collègues la description de la mécanique. Oubliant un instant qu'il était législateur, il aurait prononcé cette phrase où, dans leTeude l'improvisation, les termes allaient bien au delà de sa pensée : « La mécanique tombe comme la foudre, la tcte vole, le sang jaillit, l'homme n'est plus*. »

L'assemblée, tout en approuvant en principe la motion de Guillotin, prononça l'ajournement sur le modo do supplice qui devait être inflige aux coupables punis de la peine de mort. Guillotin avait seule*ment obtenu que nobles ou vilains seraient punis d'égale façon.

Ce n'est que le 3 juin 1791, soit vingt mois après le premier discours de Guillotin, que Lepeletier de Saint-

I Dans son Histoire de la ConsUlunnlc, Diiclicz prétend qu'au cours de celle discussion, emporté par son ardeur, l'orateur se serait c'crié : m Avec ma machine, Je vous fais sauter lo tôlo en un clin d'œil, et voua ne souiïrcz point. ■ Celte exclamation, qui ne se trouve dans oucune relation orflcielle, nous poralt un de ces mots historiques invent<^s longtemps après les circonstances dans lesquelles Us auraient dû être prononcé* (La Révolution /rançaUe, loc. cit.).

lia LE CABINET 8ECRI2T DE L IIISTOIIIB

Fargcau faisait voter que « tout condamné à mort aurait la tôte tranchée' ».

Hestait à faire fabriquer la machine assez oxpéditive pour épargner des souiïrances inutiles aux patients qui devaient en faire Tessai*.

âionifciir, 4 Juin 1791.

■ • Il suffit, en efTct, de jclcr les ycui sur le récit des décûplUliont les plus célèbres pour voir ft combien do hnsards élaleni eiposcs les pDlienls ; plus la victime étolt élevée, plus elle montrait de courage el do résignation, plus elle couroit de dongcrs. Voyez llorie Stuari : elle croyait, dit son éloquent historien, qu'on la frapperait comme en France, dans une attitude droite ot avec lu glaive. On l'aldu à po>er sa têtu sur le billot ; le bourreau ému la frappa d'une niuin mal apurée ; la liacbe, au lieu d'alluindro le cou, tomba sur le dorri6ru du la télo ut la bles.<ia sans qu'elle fit un mouvement, sans qu'elle proférait une plainte ; au second sculemeut, lo bourreau lulahotlitla tôle. Pour le jeune de Thou, ce fut bien autre chose : condamné ù mort pour n'avoir pas trahi Cinq- Mars, Une fallut pas moins de sept coups pour nlinUrecellt' noble télé, el les condamnés n'ignoraient pas qu'on pourrait ninsi les manquer I Le Qls naturel de CImiIos II, Moninouth, en véritalilu Anglais, s'adre^tsani •u buurreau, lui dit: • Tiens, voilù sii guinées; no va pas me hacher comme tu l'as fuit à lord Uussel. • Le premier coup ne flt qu'une légère blessure. Monmoutli leva la lélo et Jeta au bourroau comme un regard de reproche : 11 follut quatre coups pour achever cette sanglante tragédie. L*idée d'être manqué préoccupait aussi le Jeune chevalier de la Uarre { nlfl an face du bourroau de Paris, qu'un avait fait venir pour l'eiécutor, cet hérulquo enfant lui dit résolument : • Tes armes sont elle* bonnes T Voyons-les. — Cela ne se montre pas, Uunsiuur, lui répondit le bourreau. — lisl-co tui, reprit lo cliovalier, qui us exécuté le comte de I^ily T — Oui, Monsieur. — Tu l'as fuit souffrir T — C'est sa faute, Il était toujours en mouvement. Placez-vous bien, et Je ne vous manquerai pas ; soycf en sûr. • En eiïel, ce maître bourreau balan^-a plusieurs fois son arme et enleva la tête d un seul coup. • Mitralt des Ric/isrc/iM /lisloriyucj sur (e« damiers jours dtf Louis el de Vicy d:Ai^r^

GUILLOTIN E8T-tL L*INVENTBUR DE LA GUILLOTINE? Il3

L'Assemblée nationnle, prise de court, songea^ pour se tirer d'embarras, à s'adresser au secrétaire perpétuel do l'Académie de chirurgie, Antoine Louis, dcjn connu par des travaux scientifiques de haute valeur. Louis s'empressa de rédiger un « avis motive sur la décollation». Son rapport*, adopté

discours lu è rAcadémIe de médecine par M. Dubois d'Amiens, secrétaire perpéluol (Bulletin de l'Académie de médecine ; Paris, 186G, L XXXII. p. gel suiv.)*

i Cette consultation chirurgicale d'un nouveau genre mérite d'être conservée dans notre recueil de curiosités liistoriques. En Toici les parties essentielles : elle a été publiée in extenso dans la Revue des documents hiêtoriques, t. III, p. 47.

Consultation du Secrétaire perpétuel de V Académie de chirurgie, « ... Personne n'ignore que les instruments tranchants n'ont que peu ou point d'eiïet lorsqu'ils Trappcnt perpendiculairement. En les examinant au inicrnncopc, on voit rpiIlM noRonl que do.^ scies plus ou moins fines, qu'il Tout rairn n^ir en glissant sur les corps è diviser ; on no réus.siralt pns & décapiter d'un seul coup avec une hache ou couperet dont le Iran* client serait en ligno droite, mais avec un tranchant conveie, comme aux anciennes hachos d'armes ; le coup asséné n'agit perpendiculairement qu'au milieu de la portion du cercle ; mais l'Instrument, en pénétront dans la continuité des parties qu'il divise, a sur les cOtés une action oblique en glissant et atteint sAreracnt ou buL En considérant la struc* turc du col, dont la colonne verlcbrale est le centre, composée de plusieurs os dont la connexion Terme des cnchovauchures do manière qu'il n'y a pas de joint à chercher. Il n'est pas possible d'être assuré d'une prompte et parfaile séparation en la conflant é un.agent susceptible dt varier en adresse par des causes morales et physiques; Il faut certainement, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens mécaniques invariables, dont on puisse également déterminer la force etrefTeté c'est le parti qu*on a pris en Angleterre.

« Le corps du criminel est couché sur le ventre, entre deux poteaux

vi-S

ll/| LE CAUINBT SËCIIKT DK L IIISTOIRK

sniis discussion, fut iinpriino dans le Moniteur ^ Il ne s*agissait plus que do faire construire la machine. Une correspondance active fut échangée à ce sujet entre Louis, le procureur-syndic du département de Paris, Rœdcrer, et le ministre des contributions publiques, Clavicre*. (luillotiu no fut consulté que pour la forme. Vax rivalité, Louis présida à toutes les opérations ^

barrés dans lo haut par une traversa d*où ron foU tomber sur le col la liaclio convexe ou moyen d'un déclic. Lu dos de rinstrumcut doit êlru asscx fort et assez lourd pour ogir cfllcaccmunl, comme le mouton qui scrl ù enfoncer les pilotis ; ou sait «piu sa force ougmcnlo en raison do lu liauleur d'où il loiube.

• \\ est ai»é do faire construire une pareille mochino dont rcITet sera lniitiaiM|unble. I.a dccopilalion sera faite en un inslani, suivant lu vœu et l'r.Hprit do In loi. Il s»cru fucilo d'un fairo Irpicuve sur les cadavres «*t mriiie sur un iiiiMilnu \ivaul.

• Ou verra s'il ne aeiait pas nécessaire de lixer la lèle du patient |wir nn croissant qui emhroHseruitIo col uu niveau do la base du crâne ; les C(M ue^ uu priilun^fenienls de eu croissant pourraient 6lru urri^tt's par don clavettes sous rC'cbafuud ; cet appareil, s'il parait néccHsnIru, no furoit aucune sensation, il serait 6 peine apcri^u.

« Cuniftullé à 1*0 ri s, le 7 mars \TH.

« Louis, • HtcréUirt perpétuel de l'Académie de chirurgie. •

Quand le décret du 20 mars 17Ui fut rendu, GuilloUn n'était plus législateur.

* La correspondance de Itœderer et do Clavièru a été publiée dans la Aeoua rétrospectif, de Tascbereau, Janvier IbitS, p. ô et suiv.

* Ce fut Louis qui recommanda & Itœderer le facteur de pianos Sclimidt, qui était venu lui offrir un plan do niai.iiiue à décoller ; ce fut le mémo

GUILL0T1N EST-IL l'iNYENTEUR DE LA GUILLOTINE? Il 5

Il demanda d^abord au charpentier ordinaire du domaine un devis estimatif de la dépense qu'allait occasionner la construction du nouVel appareil, mais devant les prétentions exagérées du « sieur Guidon », qui n'exigeait pas moins de 5.660 livres pour u la première machine », alléguant surtout « la difficulté de trouver des ouvriers pour des travaux réputés infamants », Clavière et Rœderer décidèrent d'un commun accord de se passer de son concours.

Louis fit alors appel à un c autre artiste», un c faC'" leur de pianos n d'origine allemandc,Tobia8 Schmidt*, qu'il recommanda au Directoire. Le 17 avril 1792, à dix heures du matin, les premiers essais avaient lieu avec la machine définitivement construite, dans TàmphithéAtre ou dans une petite cour adjacente de Bi-

Louls qui, sur l'ordre du Directoire, avail donné ses InslrucUons au chorpenller du domaine pour la conslruclion de rinslrument { son rôle a donc élé capital en l'espèce (Cf. Revue deê documenta hisloriqueêt i. III, loc. cit.),

« Sur Scbmidt, voir le Dutletin de la Société de l'Histoire de Paria, t. XVI, p. 123 ; le Moniteur 21 septembre. 17»l, et ftl décembre 1799, et la brorliure de Chercnu précitée.

Ce Sclimidt s'nmouracha, sur le tard, d'une cfanscuso du nom do Cbamerol, qui passait pour être au mieux avec Eugène de Oeauharnals. Sclimidl avait connu la c belle impure • dans le salon do la Grazini (ou Grassini), vers 1800. Le grossier soupirant, réduit au rôle d'amoureux surnuméraire, fournissait à la danseuse les sommes qu'elle ne pouvait Urer de la bourse, fort plate, du militaire ft qui elle avait réservé son cœur. Sclimidt était, au contraire, très rlcbo, ayant gnfçné plusieurs millions dans les entreprises do construction dont II avait été chnrf^é.

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et, comme elle y avait été élevée, il lui faisait parler des herbages do Normandie, du Poitou, de la richesse des pommiers, et delà manière de cultiver. Mme du Hausset convient qu'il t était bien plus occupé, à la cour, de la meilleure manière de cultiver la terre que de tout ce qui s'y pnssait. » Mais là s'arrêtent ses confidences.

Qucsnay avait, d\ûlleurs, trop la passion du travail pour s'en laisser distraire par la bagatelle.

Le travail était un besoin pour son activité. Dans le mois qui précéda sa mort, il fit trois mémoires d*éeouomie politique, cpii firent dire à un homme en place qu'il avait une tète de 30 ans sur un corps de 80.

A 70 ans, il s'était livré avec ardeur à l'étude des mathématiques, et avait fait imprimer, malgré les supplications do ses amis, sa prétendue découverte de la quadrature du cercle. Il écrivit aussi sur la théologie. Du moins avait-il eu le bon goût de s'en rapporter, sur ce chapitre, au R. P. Desmarets, confesseur du roi, qui lui fournit d'utiles indications.

Son Tableau économique donne mieux la mesure de sa compétence ; avec 1 Extrait des Economies noyâtes de Suttij^ il fut imprimé & Versailles, par ordre exprès du roi, qui avait tenu & en tirer luimême quelques épreuves. Mais les exemplaires furent si soigneusement séquestrés, que, même de son

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