‹ Le cabinet secret de l'histoireChapitre 16 sur 109 · UN MÉDECIN, MAIRE DE PADIS EN 1798 1G · texte numérisé non relu

UN MÉDECIN, MAIRE DE PADIS EN 1798 1G

çois, lui qui est l'objet du plus vif amour de ceux mêmes qui no sont pas assez heureux pour Tapprociier? Qu'on ne s*dlonne donc pas de la force des senlinicnts qu'il inspire A ceux r|iii iViivironncnl, puisqu'il fnitnntlrc dons les cœurs les plus endurcis et les plus incapables d'aimer, dos émolions douces qu'ils navoicnt jamais senties, et qui les entraînent vers lui, malgré la résistance qu'ils opposent à ces émotions qui les subjuguent. Tels sont les aides qui répareront avec vous les malheurs de la Franco.

11 est ordinaire dans les cours de sacrifier une princesse ù des vues politiques ; et en suivant ce système, dont je n'examinerai pas la valeur ou la nullité, il pouvoil vous paraître juste de ne point nourrir vos premiers enlanis* parce que l'espoir de la France et la tranquillité de l'Europe demandoicnt à grands cris des princes de votre sang : maintenant que Icspérance d'en accroître le nombre est ravie à Votre Altesse, tous s6s soins et tous ses moments sont dus à son auguste enfant: j'ai, à ce qu'ilmc semble, assez solidement prouvé qu'elle doit le nourrir de son lait, comn)e elle Ta créé de son sang; quand môme je n'aurois égard qu'à la stabilité de la sanlé de l'une et de laulre. Je prie qu'on veuille bien permettre quelques preuves confiimalives de mon opinion, qui est celle des Anciens que les vrais savans de l'univers vénèrent commo leurs maîtres.

Je pose d'abord en fait que le lait d'une nourrice, aussi saine qu'elle puisse paroitre, n'a pas toujours les qualités qu'on lui suppose. On voit tous les jours des vices cachés dans (pn'li|uos gcucralions successives, se reproduire dans lu race de ceux en (fui les vices s'étoient manifestes dans les

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Icinps aiiti^riciirs. Sous ce rapimrt on ne peul donc pas ^Iro russuré sur le sort d'un enfant allailiS par une nourrice étraiigôrc, d*aulant que le développement du vice des parens de celle nourrice sera plus facile à susciter et plus fréquent chez le sujet dont rallèlcincnt lui est confié que dans les descendants de la famille mcmc en qui il a subsisté autrefois.

Admettons maintenant que la nourrice choisie ne sera entachée d aucun vice particulier, nous ajouterons (ce qu'on no peut pas nier) que le lait d'une mère qui no jouit que d'une médiocre force de santé est plus avantageux au succès de rallôlemcnl (luc celui d'une autre femme. Je vais plus loin, et j'avance sur la parole du mtMecin t|uc la <iriVc a lu plus exclusivement vénéré et dont la gloire n*a pu être uttatiuée follement (pie dans les temps de démence où nous vivons; j'ajoute, dis-je, que le lait d'une mère qui neseroit|)as tout ù fait pur nourrit mieux IViifaiil qui vient ddic, que celui d'une antre femme qui seroit parfaitement saine. Pourquoi la chose se |)asse-t-elle ainsi? (^est que l'enfant de la première, dit encore l'uuleur que j'ai indi(|ué, continue l'usa^'e d'un aliment au(piel il éloil acrouliimé, et dont il a été formé ^

Un homme rohusle, et à plus forte raison un enf.int naissant, habitué à s'alimenter de siibstaiiees peu salubres, no peut pas chauffer toul à roiip sou légiine en un meilleur sans encourir de grands dangers: qu'on fasse l'application de cette maxime, on concevra pourquoi les nouveau-nés

* Ces conaidcraUuna démontrent, chez leur oiileiir, un wtvk% cliniquo Iniil à Toit rcinaniiiablo (Cf. l'arUcle de M. Géuùvrier, précité, sur (Viuia6oii dû A/onlaïuc, pédikWt).

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sont lounnculês d accidelils graves ou mortels en prenant le sein d'une nourrice saine ou vigoureuse, après avoir été formés d'un autre sang: le contraire a lieu s'ils lôlcnt le lait do leurs mères. Si la santé d'un nouveau né a besoin d'une surveillance active (et l'on pourrait ajouter conlimicUe), qui s'étende à la durée de plusieurs mois, mettra t-on en doute que les soins d'une bonne mère ne soient dirigés avec plus d'intelligence que ceux d'une étrangère? La nature a mis dans le cœur d'une mère une finesse particulière de sens qu* lui fait mieux distinguer les besoins divers de son enfant, qu'une simple nourrice, quelque zèle que celle ci apporle à remplir ses devoirs. 11 parott qu'il existe une relation d'instinct, si l'on peut parler ainsi, qui est la cause pour laquelle une mère juge avec plus de précision que nulle autre personne ce que son enfant demande d'elle. Toutes les femmes disent que l'assistnncc d'une nourrice n'est pas comparable il celle de la mère sur la nature des soins variés qu exii*» l'allèlement. La tendresse de l'une sans cesse occupée du bien être de son nourriçon lui fait en quelqua sorte deviner ce qui lui convient le mieux. Jusque dans lcsomnieil,elleparolt conserver une certaine portion de l'exercice des sens internes, veillant sans interruption sur les choses qui concernent la conservation de son enfant: espèce de sentiment in Irrieur qui ne peut pas subsister dans une nourrice étrangère. Persunne n'ignore (|uc les qualités morales, bonnes ou mauvaises, comme les perfections, ou Imperfections pbysi(iuos, se transmettent souvent de génération en génération, abstraction faite des eflels de l'éducation. L'expérience a si pleinement confirme cette vérité dans tous les siècles, qu'elle est devenue uu axiome commun jusque clicx les agri-

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cul leurs. De lu procèdent les précautions qu un prend pour la multiplication des races d'animaux qui ne prclient |>oiut parle caractère de leurs inclinations particulières: qu'on me pardonne celle compuraison dont on ne peut pus s'olTcn* scr, car si la sa;;eâSo niômo se révélait dos formes do In nature humaine pour converser (amilièrcmont avec nous, elle ne le désapprouverait pas. Je dois donc conclure de mes raisonnements précédents qu'un prince ou une princesse issu de Monseigneur le duc de Berry cl de Votre Altesse naîtra avec des qualilJs si éminenles qu'il surpassera nos espérances, par la réunion de celles qui se manifesteront dans sa personne; mais sa confiance à cet égard suppose que le sang de cet enfant no sera ni modilié ni alléré par l'usago d'aucun lait étranger.

Si l'on m'objectoit que la faiblesse de la constitution de Votre Altesse s'oppose à l'allèlemeul, je demandcrois sur quoi repose la base de cette objeclion, quand trois grossesses successives dans un court espace do temps n'ont pas porté la moindre alleinle à sa santé? On ajoutera que Votre Altesse ne supporlcra pas les faliguesde rallèlemont jusqu'à sa terminaison. On oublie donc combien l'amour d'une mère lui donne de forces réelles. On dira encore que Tenfant en grandissant ne puisera pas assez de lait dans les seins do sa mère pour satisfaire ses besoins, etc. Depuis des siècles on a éltwé des enfants qui sont devenus des hommes robustes, sans qu'ils aient pris une seule fois du lait; on no peut pal ignorer celle vérité; j'en ai fuit élever ainsi avec lo plus parfait succès. Supposons dans une accouchée une quantité ne lait insufflsanle, ce ne sera pas encore un motif pour donner ù l'cnfaul une nourrice étrangère. Il n'y a qu'une

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