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c^était aussi compromettre, sacrifier même sûrement la vie de neuf cents malades ou blessés contenus dans Thôpital : « L*homme, rapporte le D' Hanot, ne répondit que par monosyllabes, réitéra ses ordres, nous ordonna de nous éloigner, et tourna les talons. »
Le directeur de T Hôtel-Dieu était encore le fonctionnaire nommé par la Commune; les internes le font prévenir; il descend et entame avec l'officier un colloque, qui dura une demi-heure environ, temps pendant lequel les objets demandés avaient été successivement remis.
Il revient ensuite vers les jeunes gens et leur donne Tassurance que Notre-Dame ne serait pas immédiatement incendiée ; qu'on en référerait au Comité de Salut public, auquel on exposerait la situation, et que, sUl était nécessaire, Tadministration serait prévenue & l'avance. L^officier se retira avec sa troupe.
c( Quelques instants après, environ cent religieuses se présentaient à la grille de Thôpital, demandant l'hospitalité. Ces pauvres femmes, toutes tremblantes, fuyaient un couvent de la rue d'Enfer, qui venait d'être incendié. Elles étaient cependant escortées par quelques fédérés, qui n'eurent rien de plus presséque de déclarer avec jactance qu'eux-mêmes avaient allumé l'incendie. La supérieure apprit qu'on avait dû laisser soit en route, soit même dans le couvent, quinze infirmes qui n'avaient pu suivre le cortège ! »
aGb LE CABINET 8ECRBT DE L*I1IST0IRB
Sur cos entrefaites, le jour était venu.
Vers onze heures, un ouvrier, qu» s v:ût vu sortir de la fumée de Notre-Dame, vint donner Tévcil à T Hôtel- Dieu. Un interne 6D pharmacie se trouvait 1& ; il court avertir ses collègues alors & table. Six de ces jeunes gens, & la fois pleins d'anxiété et d'indignation, s'empressent d'aller trouver le directeur •et rengagent à fournir des hommes et la pompe de rilôtol-* Dieu, pour éteindre le commencement d'incendie. Cette démarche n'ayant pas abouti, ils se rendent eux-mêmes à l'IIôtel-Dicu.
L'ouvrier qui avait donné l'alarme leur montre une petite colonne de fumée qui sortait par une lucarne ; quelques voisins se joignent à eux. Faisant* alors appel à l'humanité, ces internes représentent qu'il y a à l'IIÔtel-Dicu cent cinquante malheureux blessés défenseurs de la Commune, qui vont être anéantis par son ordre. Cos quelques mots soulèvent rindignation des assistants, qui se joignent à la petite troupe.
Le sonneur et le bedeau, malgré les menaces qu'avaient faites les incendiaires, livrent les clefs. On ouvre alors la porte d'entrée de la rue du Cloître-Notre-Dame. La petite troupe où les femmes, les jeunes filles, les enfants abondaient, était déj& assez imposante. Quelques-uns se risquent au milieu do cette atmosphère épaisse et brûlante, chargée do vapeurs de pétrole; l'obscurité était complète.
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Après dix minutes d'anxiété et de reohcrches pénibles, — car à chaque instant les plus forts venaient reprendre haleine à l'extérieur, — on allait renoncer à Tentrcprisc, lorsque survient un pompier; on le prie de prêter son concours, ce qu'il s'empresse do faire, malgré la défense faite par la Commune.
Un brasier est découvert à la hauteur du chœur. On se rend maître du feu en cet endroit. Les plus aventureux marchent ensuite sur les débris fumants, et découvrent un autre brasier à la hauteur du maitrcautel.
Nouveaux cfForts couronnés d'un nouveau succès.
Pendant ce temps, quelques travailleurs cassent les vitres, afin d'amener un peu d'air dans cette fournaise; — ces vitres sont choisies au milieu des vitraux modernes de peu de valeur.
D'autre part, on force une des grandes portes, et l'atmosphère devient un peu plus respirable.
Un troisième brasier se trouvait à la hauteur de la chaire ; on en vient à bout assez facilement ; là, on avait amoncelé des chriiscs, des pupitres, dos balustrades. Cet immense bûcher allait jusque sous le grand orgue, et se joignait &un autre, dressé^autour d'un grand Christ et d'une statue de la Vierge, amenés là tout exprès ; des papiers étaient à la base : le pétrole avait manqué sans doute, et le feu devait atteindre ce bûcher en continuant ses ravages.
Peu à peu, le jouir se fait dans la cathédrale ; l'air devient respirable ; hommes, femmes, enfants, déménagent ces chaises, ces balustrades amoncelées, et les portent sur la place du Parvis, sans songer à la barricade du pont d'Arcole et sans se laisser arrêter pal les balles qui sont envoyées de la caserne de la Cité.
Ce travail achevé, on put se rendre compte des ravages causés par le feu : tous les troncs avaient été brisés ; les tabernacles, les reliquaires défoncés et pillés ; le lutrin de bronze brisé ; le grand lustre crevé et renversé.
L'heureuse intervention des internes avait rendu peu graves les dégâts causés par le feu : les boiseries du chœur avaient été préservées presque complètement ; la chaire et les orgues étaient intacts ; les livres saints, les chaises, les fauteuils, avaient été en partie brûlés. Les chapelles latérales n'étaient pas endommagées, mais le sol était souillé en différents endroits.
Le premier sauvetage terminé, on commença la visite de l'étage souterrain ; puis on examina les orgues et les galeries ; les tours, où se trouve une forôt ^e charpentes qui remontent à huit siècles et dont le salut ne fut dû qu'à Toubli ou à l'ignorance des insurgés.
Pendant ce temps, les fédérés étaient toujours maîtres des barricades des quais Saint-Michel et Montebello, ainsi que de l'île de la Cité.
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On organisa cependant une garde pour essayer de conserver ce qui avait été si heureusement sauvé ; plus de quarante personnes se firent inscrire ; chacun monta \i garde à son tour, sans être inquiété.
Vers onze heures du soir, enfin, Tlle de la Cité étnit au pouvoir de Tarmée, et la magnifique basilique était définitivement sauvée.
Notre-Dame, et par suite THôtel-Dicu, ne furent pas tes seuls monuments qui, gr&ce à l'intervention courageuse du corps médical, furent garantis contre la fureur des incendiaires.
Le palais du Luxembourg, dans la cour duquel une tourie de pétrole avait été déjà apportée, fut également préservé de Tincendio, par Ténergique insistance des médecins et chirurgiens des ambulances établies dans ce palais.
Voici en quels termes notre honorable confrère, M. do Ranse, a rapporté cet incident émouvant :
Le luDdl 92 mal, à oDze heures du matin, deux commandants fédérés, Tun d'artillerie, l'autre des c Vengeurs de la République >, se présentent au palais du Sénat et font arrêter dans la cour une prolonge renfermant une tourie de pétrole. Ils ordonnent en même temps. révacua lion de l'ambulance en deux heures.
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On peut traîner en longueur jusqu'à six heures et Ton obtient un sursis jusqu'au lendemain. Le pétrole est déposé dans le poste, sous la garde de trois soldats do la Commune. «
Le lendemain mardi, à huit heures du matin, nouTello sonunation, faite par cinq gardes nationaux, d*évacucr Tambulance en deux heures, délai après lequel on doit mettre le feu au Palais.
Le chef des hommes de peine, M. Defauz, qui s'est montré très courageux et très utile dans cos circonstances, sert d'intermédiaire entre les envoyés de la Commune et M. Danet, resté en permanence ù Tambulance, avec MM. Drochin, Ferdut, plusieurs jeunes aides-majors, Dlondeau, pliarniocien, etTofllcier comptable, M. Iléuault.
On répond aux insurgés qu'il est impossible d'évacuer Tambulance en deux heures, et que deux cents blessés des leurs (on force à dessein le chiffre) seront grillés si on met le feu.
Pendant ce temps, on arme les officiers malades, pour soutenir au besoin un assaut, et un capitaino blessé du 402* bataillon de la garde nationale, M. Colas, accepte la mission de se rendre auprès do la Commune, pour demander un nouveau sursis. Il est accompagné d'un sergent infirmier. Celui-ci revient et api)orle la.ré|)Onse que le délégué au VI* arrondissement a donné sa parole d'honneur quo la Palais ne sera brfilé qu'après le df^parl du dernier malade. En même temps l'ordre est donné d'enlever le pétrole: cet ordre est exécuté.
Le soir, les fédérés doivent revenir, pour réaliser leur projet d'incendie. Mois à midi les Versaillais, marins on
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lête, péDètrent dans le Palais et les soldats de la CommuDe fuleot du côté du Panthéon. Ils se vengent une heure après en mettant le (eu a la pouorière, dont Texplosion a brisé toutes les (cnôtrcs et toutes les glaces du Palais et des maisons des quartiers du Luxembourg et de l'Odéon.
L'ambulance a doue préservé le Palais de l'incendie : les fédérés ne pouvaient s'arrêter, dans leur fureur, que devant leurs compagnons d'armes blessés. La protection n'a pu être aussi efficace contre les balles et les obus dirigés par la batterie fédérée du Panthéon. Le côté du Luxembourg qui fait face à la rue Soufflot a été criblé de projectiles. Les salles de malades avaient été, quelques instants auparavant, évacuées; il n*y a eu aucun blessé.
Cependant, Tétat-major du général de CIssey prenait possession du petit-Palais, refoulant l'ambulance dans le grand Luxembourg. Bientôt celui-ei était disputé par toutes les administrations que l'incendie a chassées âdcs autres palais, en Irc autres par l'administration préfectorale et l'administration judiciaire. M. Ferry, arrivé le premier, a commencé de suite à y installer ses bureaux. L'ambulance a dû lui céder la place ; elle a évacué ses malades et ses blessés sur le Val-de-Gràce ou l'ambulance Saint-Sulpice.
Ouverte le 14 septembre 1870, fermée le 31 mai 1871, l'ambulance du Sénat a rendu de nombreux services pendant le siège et sous le règne de la Commune. Grâce à elle, Paris possède encore, au milieu de iani de ruinée, F un de ees plus beauçc monuments.
Les deux épisodes que nous venons de relater montrent que partouti soit dans rexercice de leur
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profession, soit en présence d*un danger quelconque, les médecins savent élever leur courage à la hauteur des circonstances.
Cette nouvelle constatation valait d*être faite; elle est tout à rhonneur du corps auquel noua Bommes fier d'appartenir.
UN nOMAN VECU A TROIS PERSONNAGES.