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Un mois ne 8*était pas écoulé depuis la publication de Lélia^ que Musset et George Sand étaient... les meilleurs amis du monde ; George Sand Tannonçait, sans lui demander le secret, à Sainte-Beuve,
gner un procédé inrernal:!! olTrli à Musset, avec un sourire des plushypo- • crites, des bonbons de chocolat ; à peine le poète eut-il .absorbé deux ou trois de ces bonbons, qu*ll fut tourmenté du désir... d'aller rejoindre lo sonnet d'Oronte. En sa qualité do (Ils de pharmacien, Planche atalt A ^ sa disposition tous les produits de l'offlclne, et ce qu'il avait donné à Musset c'étaient... des bonbons purgatirs !... Planche émule des Borgia, qui l'eût jamais supposé T
On s'étonna généralement que Planche se fût constitué le bravo de Mme Sand et la petite presse ne manqua pas d'en faire malicieusement 1q remarque. De là à dire que G. Planche était l'un des amants de G. Sand )1 n'y avait qu'un pas et qui fut vite franchi. C'était on méchant potin : G. Sand s'en est expliqué avec son directeur de conscience, Sainte-Beuve en termes qui respirent la plus grande franchise : « Planche a passé pour être mon amont : pou m'importe. Il ne l'est pas. Il m'importe beancoup mointenant qu'on sache qu'il ne l'est pas, de même qn1l m*est parfnl tement indlCTércnt qu'on croie qu'il l'a été. Vous comprenet que Je ne pois vivre dans l'intimité avec deux hommes qui passeraient pour avoir avec moi dos rapports do môme nature ; cola ne convient A aucun de nous trois. • Lettre du 95 août 1833.
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qu'elle avait pris depuis peu pour confesseur '• Le ménage s'accorda tout d'abord & merveille. George Sand parle de son nouvel ami en termes enthousiastes. « Je trouve une candeur, une loyauté, une tendresse qui m'enivrent^ écrit-elle à Sainte- Beuve*. C'est un amour de jeune homme et une ami-
* Musset avait pris le m6me confident. Un de dos amis, if. ifaurica Guibert, possède une lettre de Musset ou critique dea Lundis^ dont II a bien fonlu noua autoriser A prendre copie. Bien qu'elle ne soit pas datée, elle se rapporte, selon toute Traisemblance, k répeque de la liaison do Musset avec G. Sand. Quant à l'authenticité de Tautographe, elle eat Indiscutable : le père de M. Gulbert tenait la lettre de M. Aag. Lacauasade, ancien aecrétaire de SainIrBeuve, è qui celui-ci raralt doonéa. Voici le document :
« Je ne vais plus vous voir, mon ami, e'ost que Je ne le puis, ah mon ami, si vous avez jamais soufTerl do ce misérable mal d*amour, plaignoi. mol on vérité. J'aimerais mieux avoir les deux Jambes cassées.
• Voilà deux Jours que Je ne l'ai vue, et qui sçalt quand ce sera f Bito est gardée — Adieu ~ J*al le cerveau en capilotade, aoyez-mol discret. J'en suis honteux.
« A vous de cœur,
• A. Di M. ' • Mercredi motin. • Nous avions cru tout d'abord qu'il s*og1snait dana celte lotira dé G. Sand. Mais, d'après M. Maurice Clouard, elle s'appliquerait plulAt aux relations de Musset avec une autre femme. Elle serait de la même data (1H28 ou 89) qu'une autre lettre que M. Clouard avait en aa possession, el qui porte pour toute .dale : Lundi.* J'ai passA la soirée, écrit Mussol,aveo la plus belle femme que J'aie vue de ma vie. C'est une flile enlratonoe et très bien... • Ces deux lettres sont adressées à Sainte-Beuve, 10, ma Notre-Dome de»-Champs. Or. en 1833. SalnleBeuve hubi tait déjà, depuis deux ou trois ans, boulevard Montparnasse, 1 1er, près de Victor Hugo, • La première lettre de G. Sond à Sainte-Deuvedale du 5 Juin 1833,
UN ROMAN vécu A TROIS PERSONNAGES â85
lié de camarade... Je suis heureuse, très heureuse... Chaque jour je m'attache à lui ; chaque jour je vois s'effacer en lui les petites choses qui me faisaient souffrir*. »
On aurait pu augurer que cette association, où jeunesse et talent étaient mis en commun, serait à jamais indissoluble; les deux amoureux n'avaienti semblait-il, qu'à goûter en paix leur bonheur et à en savourer toutes les ivresses. Mais la destinée devait autrement en décider. Jamais, il est vrai, elle ne réu-. nit deux êtres plus disparates. <x Les deux forçats do Tamour rivés à la même chaîne n^avaient entre eux aucun point de rapport, ni dans les habitudes de travail, ni dans les tendances intellectuelles, ni dans les aptitudes, ni dans les sentiments ; seules, les sensations ont pu les rapprocher. » Une chose encore les séparait, la différence d'âge qui existait entre eux deux : George Sand n'avait pas moins de trente ans, Musset en avait tout au plus vingt-trois, à Tépoque où fut projeté le voyage en Italie*.
L'histoire ne dit pas lequel des. deux amants en conçut le premier désir. Sans douto, la jeune femme
* Lctlre du 85 août précitée. Bile yonalt de quUter Prosper Mérimée, qu'elle avait • connu • huit Jours. (Cf. F. CoAMBOif, Notée $ur Proêper Mérimée; Paris, Dorbon, 1903, p. 40-M.)
* Nous passons rapidement sur cette période de l'existence amoureuse des deux Jeunes gens, leurrraie lune de miel, parce qu'on la troure tout au long exposée tant dans LiU et BU» que dans Blte et Lui,
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eu (lut être rinspiratrico, et Alfred n*eut qu'à se laisser conduire. Le biographe de Musset, son frère Paul, a conté que ce no fut que sur . l'insistance de George Sand que le consentement de la* mère d'Alfred fut donné ou plutôt arraché dans un -moment d'émotion ^ Le 22 décembre 1833, les deux amants, après avoir fait un court séjour à Lyon, descendaient le Rhône jusqu'à Avignon. Ils se rencontrèrent sur le bateau avec Stendhal (Henri Beyle), quL allait prendre possession de son poste de consul à Civita-Vecchia.
Après être restéd quelques jours à Gènes, où George Sand fut prise de fièvre, les deux amants se dirigèrent sur Livourne, puis de là sur Pise, et enfin vers Florence*. Les voyageurs ne firent que traverser Bologne et Ferrure, pour arriver bientôt à Venise (19 janvier 183&). Le jour mémo de son arrivée, George Sand prenait le lit ; elle était souffrante depuis Gènes. Elle y fut retenue pendant deux semaines par la fièvre.
Le 28 janvier, elle annonce à son ami Boucoiran qu' a elle va bien au physique comme au moral ». Mais
« Sur le départ, voir: P. de Mussbt, Biographie d'Alfrtd de Mutêct, p. lïl ; et P. DK Mussirr, Lui et Elle.
* C'est CD lisent les chroniques florcnliiies qu'il vint k Alfred de Hueset l'idée d'écrire une œbvre dramatique dunt le titre n'étoil pas encore arrêté dans aon esprit : ce fut l'origine de Lorenzaccio (P. de Moaan Biographie d' A Ih'ed de Miuêet, p. 1S8).
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Taccalmie (levait être de courte durée. Uue semaine après, George Sand était tourmentée, cinq jourA durant, par la dysenterie, et annonçait à son correspondant que son compagnon était molnde aussi. « Nous ne noud^'én vantons pas, lui disait-elle, car nous avons à-'^àris une foule d'ennemis qui se réjouiraient en disant : a Ils ont été en Italie pour s^amuser, . et ils ont le choléra I quel plaisir pour nous ! ils sont malades *• »
C'est vers le milieu de février que Musset avait été pris de fièvre cérébrale. On fit alors appeler
* un médecin italien qui demeurait dans le voisi-
* nage. Ce praticien, qu'on avait envoyé chercher à midi, n'était encore pas arrivé à quatre • heures. L' Angélus sonnait aux églises lorsque, enfin, se
* présenta Villustrissimo doctore Rebizzo^- (ou Berizzo)f un vieillard de quatre-vingts ans, cpiffé d>une perruque, jadis noire et roussie par le temps, dont
I Arvède Babinb, Alfred de Musset; Paris, Hachette, 1893.
■ Louise Colet (L7(a{ie des Italiens, t 1, p. 848) prétend que le rleux
docteur appelé auprès de Musset s'appelait SaDlInl ; qn*elle tenait ce
' détail du maître de l'hôtel Danlell M. Barblera, dans ses articles de 17(-
lustrkzionê It^liana» parus au mois de noTembre 1896, articles visible*
mekit liidpirés par la famille Pagello, confirme le dire dé Mme Colet
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sa personne oiïrait remblème décrépit ^ Après ezomen du malade, il fut décidé qu'on lui ferait une saignée ; mais le vieux docteur^ qui n'y voyait goutto^ eut la plus grande peine h drcoiivrir la veine, et finalemeut déclara que, coiirunt risqua de ne pas piquer au bon endroit, il prérûriiit i^abstenir. Il promctlait d'ailleurs d'envoyer uii jeune confrère, qui tirerait autant do palelles de sang que le s/^/ior français le pourrait désirer. Le soir morne se faisait annoncer, àTliôtel Danieli, situé sur le quai des Esclavons, où Musset et George Snnd avaient pris une chambre, le jeune docteur en question . il s'appelait Pielro Pagcllo.
Ce n'était pas la j^remière fois que le docteur Pagello se trouvait en présence de G. Sand : il loi avait déjà donné des soins quelques jours auparavant; Pagelloa lui-même conté dans quelles circonstances*:
Cest en février 1834, écrit-Il, que je connus G. Sand et de ' la (nçon suivante. Un domestique de l'auberge Danieli, située sur la Riua degli Schiauoni(h Venise), viol me chercher pour une dame française malade. Je partis de suite et vis eetta dame couchée sur un petit lit, coidée d'un foulard rouge. Prés
i Cf. Lui eCEUe, p.191.
■Ca D'est qu*ea !88!, o*esi-à-dire prèi d'un deml-iiècle après révéïM. menl. que ragollo conseotil à rompre, pour U première fois, la altooM u»que-lè gardé- Un jouniêl de la Pénlnaule, VlUuêtrêXiomê /itolteiM, du 1*' niai 1881. recueillit tes promièrea coondencea.
GKOHGK SAND