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RELIQUES ANAT0MIQUE

Dantis ossa

Denuper revisa die lerlio Junij

Prévenus immédiatement, les ingénieurs Lanciani cl Conli accoururent, et bientôt vinrent se joindre à eux le syndic et la municipalité de Ravenne, assistés de plusieurs notaires, qui dressèrent acte de la découverte.

La cavité, longue de m. 1)0, haute do m. 335, avait été pratiquée dans les liriquos employées à condamner la porte ; du côté regardant Tintérieur du portique, elle îiurait été formée par un simple lattis cimenté.

La caisse qui était renfermée dans cette cavité était formée de planches brutes de sapin assemblées grossièrement avec des clous ; sa longueur extérieure était de Om. 77, sa largeur de m. 284, et sa hauteur dcO m. 30 ; elle était un peu rongée par le temps et l'humidité. Lorsqu'on Teut extraite, une seconde inscription, plus importante encore, tracée sur la face opposée, apparut aux regards ; elle était composée de c(;s in(»ls, tracés égah^mont à roncre on gros caractères:

Danlis ossa

Ame fre Antonio Santi

hic posila

A no 1677. Die 18 oclobris.

74 LE CADINET SECRET DE l/llISTOIRB

I.es ossements, qui étaient entassés piMc-méle dans rct étroit espace, furent recueillis avec le plus grand soin, et deux habiles anatomistes, les professeurs Giovanni Puglioli et Claudio Bertozzi, purent reconstituer le squelette presque entier.

Les ossements étaient en parfait état et de couleur brune ; quelques-uns seulement manquaient, dont les principaux étaient la mAchoire inférieure, la plupart des phalsinges, le talon droit, etc. Le squelette ainsi rétabli mesurait seulement 1 m. 55, du sommet de la tête à la plante des pieds. Boccace dit, il est vrai, quo le Dante était de taille médiocre, di médiocre slaiura ; cependant , d'après les portraits qui sont restés de lui, soit au Bargello^ soit à la cathédrale de Florence, on n'aurait pu croire qu'il eût été d'une taille au-dessous de la moyenne.

Pour n'avoir plus de doute sur Tauthenticité de la découverte, il restait à faire une dernière et décisive vériiication. Le 7 juin, le sarcophage renfermé dans lo chapelle funéraire fut ouvert, en présence de la municipalité et d'une commission nommée par lo gouvernement, et, comme il y avait lieu de s'y attendre, il fut trouvé vide. Au milieu d'un peu de terre et de qu(>l(pi(;s morceaux déciment, tombés sans doute à Tépoque où le couvercle du tombeau avait été rescellé, en 1781, on recueillit seulement quelques feuilles de laurier desséchées et trois phalanges, dont deux appartenant à la main et une aux pieds.

RELIQUES ANATOMfQUES 'jb

Ces ossements étaient justement iln nombre de ceux manquant au squelette découvert. ••

« Je ne sais personne, écrivait naguère M. Aimé Giron, en parlant de Duguosclin, dont la dépouille ait été plus disputée et plus déchiquetée, les tombeaux plus mutilés et plus déplacés, les cendre^ plus maltraitées que celles du connétable. »

Duguesclin avait exprimé la volonté d'être transporté h Dinan, dans la chapelle funéraire de sos ancêtres. On 80 mit en route pour la Bretagne. Le Puy était la première étape. Lh^ au couvent des Jacobins, un service devait être célébré, le corps exposé un jour, puis embaumé, malgré la règle, en pareil cas, de le brûler, puis d'en coudre les ossements dans un sac. En eiïet, le 23 juillet, <c grande pompe et toute habondancedetriumphes mortuaires », avec cinquante torolies de cire, un drap d'or armorié brodé de noir — plus une oraison funèbre par le théologien du couvent.

Or, les vicomtes de Polignac avaient leur sépulture dans l'église des Frères Prêcheurs. Se croyant un peu chez eux et les obligés du connétable venu à leur secours, ils déclarèrent tout à coup leur volonté

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formelle d'en garder les entrailles, qui furent bel et bien (( tumulées dans un beau monument... »

Deux siècles durant, à peu près, le repos éternel du capitaine breton ne fut point troublé. Mais, en 1567, le chevalier de Malte défroqué, Blacons, lieutenant du baron des Adrets, à la tète de 8.000 roligionnaires, campa dans le couvent et n*en déguerpit qu'après avoir vandalisé Tégliso et mulilé le monument. Tel resta celui-ci jusqu'en Tan Vlil do la Hépublique, où certain préfet voulut voir et vit « les dites entrailles >k«

ICu 18it3, le tout fut transporté ot restauré dans une chapelle. On trouva dans le sarcophage une double boite ronde en plomb. Sur la plus petite, toute moderne, on lisait : « Ici reposent les cendres du cœur et viscères du connétable Duguesclin, ensevelis dans Téglise Saint-Laurent et exhumés le 5 complémentaire de l'an VIM de la République française sous la préfecture du citoyen Lamothe. »

Cette petite botte ouverte ne contenait que quelques pincées de vieilles cendres. Des prêtres étaient seuls là, autour, curieux, respectueux, silencieux et penchés sur cette relique, lis respiraient à peine. Un souffle eût sufli à disperser ce qui demeurait des entrailles du grand connétable.

Donc, en 1380, le corps du connétable partit du Puy dans son cercueil. Ses écuyers étaient déjà au Mans, quand une ti*oisiàmo volonté — celle de (Ihar-

fllIIJ^UËS ANATOMIQUCS 77

les V — les y allcignit et 8*imposa. Le roi ordonnait que le corps de Duguesclin fût inhumé à Saint- Denis c( en haute tombe, à grande solennité, en la chapelle que pour luy-môme il avait fait faire », dit Froissard.

Le corps fut donc dirigé sur Saint-Denis, « où le roy lui fit faire des obsèques comme s'il eût été son propre fils »: On lui tailla une statue de marbre blanc sur un tombeau de marbre noir, devant lesquels une lampe devait brûler jour et nuit.

La lampe de Duguesclin brûla jusqu^en 1709, où des réparations la déplacèrent et Téteignirent. Quatre-vingt-quatre ans après, la Révolution viola en bloc les sépultures de la basilique. Il ne restait du connétable que de rares ossements, mais la tête tout entière, à laquelle on arraclia les cheveux. De ces débris, jetés pêle-mêle dans la même fosse que les cendres royales, le crâne fut pieusement soustrait. On «m'affirme, ajoute M. Giron, qu'il est à Paris, en possession du curé de Saint-Thomas-d'Aquin, M. l'abbé Rigat. Mais je n'y suis point allé voir*. »

Quant au cœur du connétable, il reçut asile dans leglise cathédrale do Saint-Sauveur, Un cénotaphe de marbre blanc lui fut dédié, et, sur un écusson, brille en lettres gothiques d'or cette vieille inscription : Ci" yît le cœur de messire Bertrand du Géaquin^ en

Cf. le Figtivo octobre 1895

78 Li: CABINET SECRET DE L*II1ST01HK

son oivanl conneslable de France, qui Irespassa le XVI 11^ jour de juillet Van mil III^^ III I^"^ dont son corps repose avec ceux des roys à Sainl-Denifs en France.

Les grands hommes — en raison de leur grandeur même — ne sont jamais assurés du repos définitif. Sous prétexte d'honneurs à leur rendre, on viole leur sépulture, on disperse leurs cendres au vent, quand sonne Theure des réactions triomphantes.

Poursuivi par ses détracteurs à la cour d'Isabelle et de Ferdinand, Christophe Colomb était mort à Séville, en 1506, dansledénuemont et lechagrin. Son fils Fernand avait, se conformant à la volonté paternelle, fait transférer ses restes à Saint-Domingue, eu 1536, d'où ils furent portés déltnitivement à la Havane, en 1795, dans la cathédrale. Or, Cuba, dont la Havane est la capitale, est devenue américaine, à la suite de la guerre dont les événements sont encore présents à toutes les mémoires. Les Espagnols ont tenu à ce que leur mort national ne reposât plus on pays ennemi, et ils ont obtenu du gouvernement américain do rapatrier les cendres de Christophe Colomb. Do grandes et imposantes cérémonies ont eu lieu, à Toccasion de l'arrivée en Espagne du navire qui appor-

RELIQUES ANATOMIQUES jg

tait CCS précieuses reliques et de leur transfert dans leur sépulture définitive.

fj'liistoire des cendres de Marceau, qui ont fini par échouer -r- une partie du moins -^ au Musée de T Armée, est trop récente*, pour que nous la narrions b nouveau. Par contre, les anecdotes que nous allons rapporter, si elles sontconnues de quelques-uns, sont, pour la plupart, oubliées.

Quand mourut la grande Mademoiselle, Louis XIV voulut que la pompe funèbre se fit avec le plus grand cérémonial. Le corps de Mademoiselle fut exposé et gardé pendant plusieurs jours par une princesse, par une duchesse et par deux dames de qualité.

Quand vint la cérémonie, et pendant qu'on rendait ces tristes devoirs, arriva un accident qui causa un vif émoi. « Au milieu de la journée, dit Saint-Simon, et loutes les personnes de la cérémonie présentes, Turne qui contenait les entrailles, et qui était sur une crédence, tomba et se brisa avec un bruit épouvantable. A rinstant, voilà les dames, les unes pâmées d'cITroi, les autres eu fuite. Les héraults d'armes, les Feuillants qui psalmodiaient, s'étouiïaient aux portes avec la foule qui se sauvait.

« La confusion fut extrême, la plupart gagnèrent lo jardin et les cours. C'étaient les entrailles mal embau-

* Voir les journaux de 1901.

80 LB GAU1NI£T SCCRBT DB l'iUSTOIRE

mées qui avaient causé ce fracas. Tout fut parfuma et rétabli, et cette frayeur servit de risée à la cour. »

Le corps fut conduit à Saint-Denis, on porta les entrailles aux Célcstins, le cœur au Val-de-GrÂcc. L'abbé Anselme, fameux prédicateur, prononça l'oraison funèbre. Mlle de Montpensier appartenait à Thistoire*.

N'est-on pas allé jusqu'à prétendre que le cœur du grand Roi lui-même a subi le sort le plus fantastique? Ija légende est trop divertissante, malgré que le sujet en soit quelque peu macabre, pour no pas être recueillie.

Voici ce que nous relevions naguère dans un vieux numéro de journal, dont il nous a été impossible de préciser le titre ni la date.

M 11 y a une dizaine d'années environ, au u^ lO/i de lame du Faubourg-Poissonnière, existait une maison où était installée une école professionnelle catliolique de jeunes filles, dirigée par les Dames patronesses. MM. Corbon fils et Cie, propriétaires, ont fait démolir cette maison et eu ont supprimé le jardin planté d'arbres : le tout est remplacé par trois maisons, construites d'après le plan de M. Ricbefeu, arcliitecte.

> Lt Luxembourg {\9uO-id»i), par Louis Favri. p. 77.

RELIQUES ANATOMrQUBS 8l

« Un souvenir, extrêmement curieux et à peu près ignoré, se ratttiche à cette vieille maison. Avant la Révolution, elle était habitée, en partie du moins, par \u\ Angliiis fort riche, le docteur Buckland, dont le nom est, pour ainsi dire, devenu légendaire, a cause d*un fait qui n*a peut-être pas de précédent dans rhistoirc.

« Un jour, raconte Labouchère, on lui présenta le cœur de Louis XIV, afin d^avoir son opinion sur cette singulière relique. C'était quelque chose de sec et de ratatiné^ ayant une assez grande 'ressemblance avec un morceau de cuir. Le savant docteur examina la chose avec la plus grande attention, la flaira longuement, si longuement qu'il finit par Tavaler.

« Le fit-il exprès, ou par inadvertance ? On ne Ta jamais bien su. L'aventure fitun bruit énorme, comme on se rimagine; mais comme une restitution était impossible, Taffaire en resta là. Ajoutons que les restes du docteur Buck|and reposent îi Westminster, mais le cœur de Louis XIV était digéré depuis longtemps, lorsque mourut le docteur. »

Une découverte récente vient contrarier, malheureusement, cette légende. Le Musée Carnavalet est entré, il y a environ dix ans, en possession d'une lettre du comte de Maurepas, ministre de Louis XV, datée do Versailles, 19 mars 1730. M. de Maurepas y informe le duc d'Artois que, suivant l'ordre du Uoi, le cœur de Louis XIV sera déposé le surlendemain 21

82 I.E CARINBT SBCKET DE l.*lllSTOinB

innrs, en Tégliso ilcs lucres Jébuile» du lu ruo Sainl- Antoine. Il Tinvite à s*entendre avec M. Robert de Cotte, architecte des bâtiments du Roi, et l'intendant Jules de Cotte, pour faire placer le cœur « sur le mau- 8olco construit pour le recevoir. » A cette lettre est joint le procès-verbal do la cérémonie, qui eut lieu, en elTel, dans la matinée du 21 mars.

Puisque nous en sommes au siècle de Louis XIV, sait-on que le corps do Turenne fut longtemps conservé au Muséum d'histoire naturelle?

Après la violation des sépultures de Saint-Denis \ où le maréchal reposait au milieu des rois, son cercueil avait été enlevé et déposé dans le grenier do ramphithéi^tre do chirurgie, au Jardin des Plantes*,

* SoD corps, parfoUeniciit conservé, élait cnlièrcmenl desisécliè lura des exliumationt de 17U3 ; Il fut heureutement oublié dans la cliapolle où on l'avait roomenUinémeat déposé et, par conséquent, ne fut pas Jeté dans les fosses conununes (Des Sêpulturtê n&tionëles, par Lborand d'Ausst, p. 38t n).

* I^s odiniiiislrateurs du Muaûuin d'histoire naturelle le réclamèrent comme objet d'art, et 11 resta doux années dans une cage en verre dans le cabinet Transporté ensuite au musée des rellta-Augustins, Il fut placé dans un tombeou ovcc cotte insciiption : l'aâmnt, va dire aux enfauU «l<* àÎMri que Turenno eêl <Uni ce tombeuH. Les consuls lu liront trana* porter aux Invalides, où on n'tabllt son tombeau de Saint-Denis. Cctt« Inslololion fut très |K>mpeu8« ; (tii remarquait, A la snilo du corps, la

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OÙ il était encore au départ du général Bonaparte pour l'Egypte.

Le duc de Rovigo se rappelait l'y avoir vu à cette époque, lorsque le général Desaix visita cet établissement ; on le montrait avec vénération, quoiqu'il fût confondu avec les autres squelettes qui gisaient dans le grenier.

Plus tard, le citoyen Lenoir, ayant obtenu Tautorisalion de réunir dans le couvent des Grands- Âuguslins, qu'il avait transformé en Muséum des momimcnls français^ les mausolées échappés aux outrages de Saint-Denis, avait fait transporter dans ce lieu le corps de Turenne. C'est là que le gouvernement le fit prendre, pour le transférer aux Invalides.

C'est a Beaumarchais que l'on doit d'avoir retiré le corps de Tiironno du Mn.séuiu d'histoire naturelle, pour le transporter au Musée des Invalides, où le célèbre guerrier est évidemment mieux a sa place.

Voici la hîttrc, peu connue, dans la([uclle l'auteur du Mariage de Fif/arOj s'adressant à François de Ncufchâtcnu, alors ministre, sollicitait la a cessation de ce scandale » ;

cuirasse, Técharpo do ce grond homme, et le boulet qui le tua. Ces objets avaient été piétés par le duc de Bouillon, & qui ilsappartenaienL Legrand d'Ausst, loc. cit.)

Auciloljen Françoii de Neiifchôleau»

ai brumaire an VII (ii novembre 1798).

Citoyen Ministre,

Les soins constants que vous mettez pour embellir le jardin national, conservatoire des piuntcscxoliqucs, dcfsarbrcs et des animaux qui arrivent de tous les points du globe, nous prouvent que vos sages vues s'étendent à tout ce qui peut être utile au public, ou sembler digne do sa curiosité. Mais j'avoue qu'au plaisir de voir ces collections se mêle en moi un sentiment pénible, toutes les (ois que j*y retrouve au coin d'un luborntoirc de chimie, duns la poussière des fourneaux, des matras et des matériaux servant à des distillalions, le corps exhumé de Tiircnne, sans que je puisse m'expliqiier les molifs d'un pareil dédain pour les rcsles d'un chef d armée que le roi le plus fier de son rang jugea digne de partager la sépulture de sa maison.

Oue peut donc avoir de commun le squelette du Grand Turénne avec les animaux que votre enceinte nous conserve V

Qu'aurait dit Montecuculli de voir son vainqueur figurer au milieu d'une ménagerie?

lui cherchant s'il n'y avait point à Paris quelque dé|>ùt moins indécent pour les rebtes de ce grand homme qu'un laboratoire de chimie ryiii nous dégrade et non pas lui, j'ai retrouvé son tombeau d'un grand style, au mu^^éiim de nos monuments funéraires, enclos des Petits-Augustins, où ses restes si révérés manquent autant & son tombeau que le tombeau manque à ses restes.

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Le marbre noir placé dessous le bas-relief de la bataille de Turckcim en 1675, après le gain de laquelle Turenne perdit la vie en visitant un poste dangereux, ce marbre peut être enlevé; un cadre, des verres en sa place, laissant voir le corps du héros, commanderaient notre respect, apaiseraient rindignation qu*on éprouve en voyant rare/inc auprès des fœtus et des monstruosités qui attirent la foule.

Je suis même très étonné que les ingénieux auteurs du muséum le plus philosophique de tous, quoique dans un logeai mesquin, n'aient pas sollicité la cessation d'un tel scandale, en vous priant, citoyen ministre, do confier le dépôt provisoire des restes du grand homme dont lisent sauvé le tombeau, en attendant que la nation lui décerne enfin des honneurs dignes de sa réputation ; eux qui, pendant que iignornnce exaltée mutilait tous les monuments de nos nrlislcs, ont eu la pensée courageuse de préserver, et la conception profonde de classer par suite de siècles, les tombeaux des hommes puissants dont Thistoire ofiriralt le muséum moral, si Ton pouvait les y embrasser d'un coup d'œil comme on le fait aux ci-devant Augustins.

Ce rapprochement désirable de Turenne aucc son tombeau renforcerait l'un des buts si frappants qu'on sent qu'ils ont voulu remplir en coniposant leur uuiséum : celui de nous montrer par quels degrés nos sculpteurs et nos architectes se sont élevés à l'honneur de rivaliser avec les grands artistes de la Grèce; celui d'y rappeler cette pensée philosophique, qu'avant que l'on eût érigé ce grand royaume en république, la mort seule avait le pouvoir d'y ramener les choses privilégiées à celle égalité que la république consacre; enfin, l'honorable but de prouver à tous les penseurs

8() l.l£ CAIIINKT SEClIbT UB l.*IIIST01llii

de 1 lûiro|»o (|iic la DalioD française est loin de partager la barbarie qui nous a privés, eu peu d'heures, des monuments de douze siècles. Si notre muséum central, par la réunion des chefs d'œuvre qu on y expose, donne un plaisir délicieux & ceux qui savent en jouir, celui-ci nous élôve h de grandes |H*iisécs ; et le désir d*y voir dé|Miser provisoirement les cendres de Turenno en est une des plus morales.

Je vous prie donc, ministre ami do l'ordre, dont la haute magistrature est de surveiller les objets de décence publique de prendre en considération cette remarque sur Turenne, qu'un bon citoyen vous soumet.

Je pourrais bien signer mon nom, ou même en donner l'unugranune, si cette singularité ajoutait quehpie chose an mérite d'un aperçu : Quiniporlt qui je sois, si Je dis la vérité f c est de cela seul qu'il s'agit.

Lo corps do Turcnne n'est pas la seule reliriue humaine que le Jardin des Plantes possède ou ait possédée : le corps de Daubcnton y repose ou y reposait dans un coin du labyrinthe, sous un petit monument du temps ^ Victor Jacquemont, Guy do la Hrosse y ont aussi leur sépulture*. Mais, .au moins pour ceux-là, on ne songera pas à protester. Ce sont des naturalistes, des gloires de la Maison ; ils sont chez eux, au milieu des fleurs.

• GAtêUû antcdolique, 16S5. p. 91.

* Les corps i)e V. Jacquemoat cl G. de la Brosse sont restés enfouis dan» les caves du àliiséum Jusqu à ces dernières années ; Il y a «luclques années sculoiucnt qu'on leur • donné une sépulture convenable.

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On demandait dernièrement où était le cœur de Turenne, que les Allemands affirmèrent longtemps être déposé dans une petite chapelle située aux environs d'Achcm, près do Sulzbacli.

En réalité, le cœur de Turenne est conservé en France ; il n'y a aucun doute à garder sur ce point, désormais incontestable.

Le û nivôse an II (24 décembre 1793), le précieux viscère fut placé, par les soins de M. Guichard, maire dcCIuny, dans les archives de cette ville, où il resta jusqu'au commencement du règne de Louis XVIII.

Une ordonnance royale ayant décidé que les cœurs des généraux seraient rendus à leurs familles, une enquête fut établie, sur les ordres des ministres de rintérieur et de la guerre, afin de constater Tidcntité du cœur de Turenne, réclamé par le comte do la Tour d*Auvorgne-Lauraguais.

Le procès-verbal d'enquête fut rédigé, le 30 août

1818, par le marquis de Vaulchier, préfet de Saôneet-Loire. Le 16 décembre suivant, le cœur do Turenne était adressé, par le préfet de Saône-et-Loire, à son collègue de l'Aude, pour être remis au comte de la Tour d'Auvergne .

Cette remise eut lieu à Garcassonne, le 2 janvier

1819, par M. Gromot de Fougy, conseiller d'État, préfet de l'Aude. Depuis cette époque, le cœur de Turenne est conservé au cliAtcau do Saint-Paulet, dans une boite sur laquelle on lit ces mots :

La présente botte de carton ^ contenant le cœur de Turenne^ a été scellée par nous^ préfet de Saône-et- Loire et maire de Clunij{ù Clnny^ le 30 août I8l8. — Signé : Fiuiin^ maire de Cluny.

La boite cllc-ipèmo, conionuo dnus uno cnvcloppo de plomb, revêtue d'un sao de velours cramoisi, est accompagnée de la note suivante :

Ici est renfermé le cœur de très haut et très puissanl prince Henry de la Tour d'Auvergne^ vicomte de Turenne^ colonel général de la cavalerie légère de France^ gouverneur du haut et bas Limousin et maréchal général du camp et armées du roi.

Le cœur de Turenne » avait si peu de volume, qu'on l'examinant, les chirurgiens de l'armée qui l'embaumèrent no pouvaient revenir de leur surprise. Ce héros leur fournit un sujet d'étonncMuent de plus : il n^avait qu'un rein.

Combien de débris funéraires qui ont eu des péripéties mouvementées !

• La découverte do prétendu Coiur de êalnt Louiê, faite à la Salnlo-Cliapelle, le 15 mal 18^3, a donné lieu A uno publicxilion critique de M. La* raoN.^B (Parie, ISiU Noue avons parlé du cœur do diffcrcnlt grands personnages dans nos Cttriosiléê de U htédeciue, et do l'odyssée du cœur du prétendu Louis XVU, dans nos Morte mysiérieuêeê de l'i/utoire.

DEMQUES ANAT0MIQUE8 89

S'il ne fallait Be borner, que de révélations imprévues pourrions-nous encore faire ! Nous sera-t-il permis de rappeler cependant une indiscrétion dont nous nous rendîmes jadis coupable et qui souleva, h Tépoque où elle se produisit, un assez gros tapage ?

En feuilletant un ouvrage d'anecdotes médicales, nous avions découvert un fait inattendu : les médecins (|ui avaient pratiqué raulopaîc du grand empereur avaient dû, pendant la nuit, interrompre leur besogne, et le lendemain, le cœur de Napoléon ne se ' retrouvait plus..., parce qu'il avait été mangé par les rats ! Je tenais le détail de mon érudit confrère et ami, le docteur Bremond, r|ui avait recueilli ce détail dans les Mémoires du docteur Anlommarchi^ un de ceux qui assistèrent aux defniers moments de Tcxilé de Sainte-Hélène.

Ainsi, les quelques milliers de curieux qui avaient défilé devant le tombeau des Invalides s'étaient agenouillés devant un cœur... de mouton; car on avait substitué le viscère de ce doux animal & celui du vaiii(|ucur du monde'!

Pareille mésaventure était arrivée au cœur d'Arnaud, le solitaire de Port-Royal, ainsi qu'au cœur du Régent. Un chien, un beau danois, sans respect

« Voir ïniermédiairû des chercheurs et dee curieux, 18^1, pp. «0. 46 1865, p. 48 i 1879, pp. 98, 151 ; 1887, pp. 549, 668.

QO LE CABINKT SECRET DE r/llISTOlKE

pour ce muscle iuauimé, les avait dévorés suns autre façon *.

Une siin])1e rcdexion en terminant : Y a-t-il intérêt à conserver, dans nos musées, le cr&ne de Richolieuou la cervelle de Talleyrand, à moins toutefois quils ne présentent quel(/ae particularité au point (le vue anthropologique ?

Les cheveux de Maxiniilien llohospiorre ou la prétendue tête de Charlotte Corday devraient-ils avoir leur place à côté des chefs-d'œuvre les plus remarquables de Tart ancien ou moderne ? D'autant qu'on est exposé, à tout instant, aux plus grossières mystifications, celle-ci, entre autres : on avait retrouvé la niAchoire de Tauteur de Tartufe. M. Darcel, qui Tavait reçue, pour le musée de Cluny, des héritiers du docteur Cloquet, l'avait offerte à Tadministrateur du Thétktre-Français, la seule sépulture digne d'une telle dépouille '.

• Vuir, |H)ur lc:i Ciutirê itiaiiydg, V intermédiaire, nibO, pp. M otttC

* Vuir. ttur le iiiAcliuIre de llullère, r/nleniirfdiaire, 1, pp. lou.tUi; VIU, pp. 4&i, 638; X, p. 681 ; la brochure iiiUiulèe la Relique de Molière^ par M. UlrichRicliard DcmIx, et l'arUclc de M. F. Cbomboo, daDt la Chronique médicële du 15 mon 1901 {Un fragment de la mâchoire de Molière I la Sorbonue), 11 est queaUoo, dans l'opu^culo de M. Denaix, d'uo reliquaire apparlcnant A Vivaul-DeDoo et qui coutvoalt, outju un

IIELI^IUl^S ANATOMigUKS 9I

Il n'y avait qu'un malheur, c'est que rauthenticito en était fort contestée. Un irrévérencieux humoriste alla même jusqu'à insinuer que celle mftchoire do Molière élait tout au plus de llcgnardl

Si encore ces supercheries nous guérissaient do notre aberration; si on finissait par comprendre que le souvenir d'un grand homme et surtout Texemple de son œuvre valent mieux que cette abdication de la raison devant une matière vouée fatalement à la destruction !

fragment (Tos de Molière, des cheveux d'Agnès Sorcl et d'/nés de Castro^ une porlie de la mousloclie de Henri IV, un morceau du linceul do Turcnne, dos cheveux du général Desaix, une dent de Voltaire, des frog mcnfs d'os d'i/éloFs'î et Aheilard, du Cid el de Chimène, de la Fontaine et rnfln une nicchc des cheveux do NnpoUion /•'.

Consiillcr, sur lo crAnc do Sophocle, NouvoUcs do llnlernxédiairc^ 30 aoiU 1893, p. 47-48 ; sur les débris anolomirpies du Dante, l'Amateur d'autographes, t. IV, pp. 175 et 192 ; sur la tôle de CoUgny, Vlntermédtaire, XXV, pp. 385, 430, 49S, 593, 655 ; sur la tête de Pascal, Intermédiaire, 1875, pp. 383, 464 ; 1878, pp. 3, 61 ; sur la destinée du cadavre . de La HrUyère, Intermédiaire, 1887, p. 678 ; sur le codavre de tk'scarlca, le Journal de Médecine de Paris, 1890, p. 062-6G3, et le Butte- Un de la Société archéologique de Touralne, XIII, 1901, p. 55-80; sur le corps de Voltaire, émietlô un peu partout : Ped'le Revue, 1866, t. XI, p. 182; Intermédiaire, 1,62 ; 111,8; XV11I,389, 452, 536; XXI, 12; Revue des autographes, 15 août 1866 ; Revue de la Révolution, Documents inédits, t. VII, p. 109; sur le crâne de Mirabeau, V Intermédiaire, XX, 452 ; sur la tête do Stofflet, V Intermédiaire, 1892, t. II, pp. 15 et 303; sur riiisloire posthume de quelques personnages célèbres, cf. (a Corrcs^ pnndance historique et archéologique, 1897, n* 39.

LE MLDECIN DE MAHAME DE POMPADOUR

No va-t-on pas s'aviser que lo dix-liintièmc siècle, si fouillé et pourtant si fécond en surprises, ïiesl pas seulement I*époque des soupers fins, des femmes h paniers, des vapeurs et des mouches ? Cesseraiton de lo représenter comme une perpétuelle féerie, où libertins et oisifs jouaient seuls la partie? Nous auraient-ils donc trompés^ les annalistes grivois, en déroulant sous nos yeux le spectacle d'une sarabande folle, où marquises et abbés de cour, petits-maîtres et nobles duchesses, s'entremêlent joyeusement?

Quand on nous parle du règne do Louis XV, c'est avec un air entendu, le sourire sur les lèvres. Ali! le beau temps pour les scandales à huis clos, les enlèvement:» discrets, Tarbitraire et la licence sans frein ! S'il est pourtant un caractère de cette époque qu'on n'a pas mis sufHsamment en relief, c'est lo contraste qu'il nous offre d'une vie de plaisirs faciles et celle d*un travail opiniâtre.

LE MéDECIN DB MADAME DE POMPADOUH g3

On attribue communément aux Encyclopédistes le mérite d*avoir été les pionniers de la Révolution, de ravoir préparée par leurs écrits ; on oublie qu^ils ont été secondés dans cette besogne par des hommes^ d'allures plus modestes, qui ont accompli leur oeuvre sans ostentation ni fracas. Ces hommes, on les peut compter; ils sont une poignée, tout au plus, ces factieux qui conspirent dans Tentresol même de la favorite du moment, de cette bourgeoise parvenue, hier encore Mme d'EtioUes, aujourd'hui la vraie reine de France : Mme de Pompadour.

Tandis que, dans une pièce voisine, la maîtresse s'essaie à réveiller les sens blasés de son royal amant; alors que, de sa main fluette, elle signe les disgr&ccs et distribue les faveurs ; pendant qu'elle courbe, sous le talon de sa mule, lesChoiseul, le^ Bcrnis, les Machault et autres courtisans empressés à la lui baiser dévotieusement, des philosophes agitent les plus graves problèmes dans son propre appartement^i sans s'inquiéter qu'on écoute aux portes.

< Au-dessous du logement de Quosnay, se trouvait le • cabinet parti* cullcr » où Mme de Pompadour recevait le roi et les pcrsonnogcs Importants, • pour ses affaires secrètes ». Mémoires de Mme du H&tuset^ p. 51.

Le duc de CrojP parle « d'an arrière-cabinet de laque rouge », où il est reçu par la marquise etparoù, & Timprovlsle, arrive le roi {Mémoireê de Cro^.p. 132) : ce devait être, d'après M. de Noibsc {LeChêleau de Ver- 8aiUe8 80U8 Louia A V, p. il3),le « cabinet particulier ; dont il vient d'être question et qu^on passage reliait à an escalier Intérieur réservé au roi.

Mme d'EUolleSfdeveDue Mme de Pompadour, occupa aa cbflteaade Ver-

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II cht lies jciiirs 011 lo bruit dos «liscus.sions dciit ébranler les murs, car les conversations sont des plus animées. La présence de Thôtesse de céans, qui daigne s^isseoir à la table où voltigent les plus ingénieux paradoxes, les plus audacieuses théories, n*est pas pour en ralentir le feu.

Dans cette assistance de choix, on reconnaît la plupart de ceux qui prendront plus tard la plume pour stigmatiser les abus, anéantir le passé et préparer Tavenir. On y voit, devisant ensemble, d'Alembert,au masque narquois; Duclbs, si bien défini par Jean- Jacques : un homme droit et adroit ; Diderot, cpii rumine dans son vaste cerveau la vaste encyclopédie; Marmonlel,le prêtre dérroqué, l'auteur de Contes iliis moraux^ probablement par euphémisme ; Buiïou, riiomme aux manchettes, ce qui ne Tempéche pas d'être un naturaliste de génie; enfin, un personnage grave entre tous, qui ne parle que par sentences, le médecin <|ui a toute la confiance do la favorite : le docteur (hiesnay*.

Millet divor» a|i|iuiU'iuvnU; le ilernier, où cllo mourut, était tilué dons raile du Nord, au rez-dc-cliouittiée (i/u(. </e Urne du liarry, L 111, pur Cu. Vatkl).

*r.'c:al pur Mme illCnliuiIcH, piireiito ilo ^U^\c «It: IViniiiniloiir, t|u«) Ou«t4* iitijr ûlult uiiliù ou icl.iliiiu!» avuc la faMiiilu «lo I.ouIh XV. Vu jour Mme d'E«tradeft,en voiture avec le ducdeVilleroy.s'élant trouvée nial.Quesnay fut appelé auprèa d'elle. Mme d'Estrades, satlsfaUe des suliis que lui avait donnés ^uesnay, recomuianda le docteur à sa cousine, Mme de Pompa* dour.

Co ne rut <|Uo veri 1748 ou 1749 que ^ucsnny devint lu méducin de

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