CHAPITRE VU
DE LA RECHERCHE DE L EXCELLENCE DANS l'art du BIEN DIRE ^
TOUS les hommes doivent chercher à atteindre la perfection dans Tartdebien dire. Mais évite, ô mon fils, le mensonge et crée-toi une réputation de véracité telle que si tu te trouves dans le cas de devoir altérer la vérité, tu en sois cependant approuvé. Ne dis donc rien que de vrai ainsi que Texprime ce distique :
— Vis de telle sorte que si tu profères un mensonge — Les gens sincères ajoutent foi à tes paroles.
Cependant, un mensonge qui a l'appaence de la réalité est préférable à une
vérité invraisemblable, car, Pun c«t plus conforme à la vérité que Tautre. Evite donc d'émettre une vérité invraisemblable afin de ne pas te trouver dans la même mésaventure qui m'est arrivée avec le prince Abous'sovâr, Chavour, fils de Fazl, que Dieu ait pitié de son âme!
ANECDOTE
Sache donc . qu'au temps de l'émir Abous'sovâr, l'année même que je revins du pèlerinage, je me rendis à Guendjé * pour m'enrôler, car ayant fait la guerre dans l'Inde, je désirais aussi la faire en pays romain. Abous'sovâr était un grand prince, puissant, intelligent, administrateur éclairé, juste, brave, éloquent, pieux, prévoyant, ainsi que doit l'être tout souverain digne de ce nom. Il était à la fois grave et plaisant.
Lorsque je lui fus présenté, il me fit le plus gracieux accueil, engagea une conversation sur divers sujets ; mes réponses parurent lui plaire; il me témoigna une grande bienveillance, ne voulut pas me permettre de m'éloigner et, reconnaissant de ses bienfaits, je passai plusieurs années à Guendjè
J'étais admis à la table du prince qui prenait plaisir à m'interroger sur les
contrées que j'avais parcourues et sur les souverains que j*a vais approchés. Un jour que la conversation tomba sur mon pays, il me pressa de questions sur le Gourgân ^.
En citant les choses remarquables des diverses parties de la province, je me pris à dire qu'à une certaine distance d'un village se trouvait une source oîi les femmes venaient en troupe, chacune portant une cruche; après avoir puisé de l'eau, elles prenaient leurs cruches sur la tête et s'en retournaient précédées d'une de leurs compagnes qui marchait à vide en examinant attentivement le terrain afin d'écarter du chemin un certain ver de couleur verdâtre qui se rencontre aux abords de ce village, car s'il arrive que par mégarde une des femmes marche sur ce ver et l'écrase, l'eau de sa cruche se corrompt instantanément de sorte qu'elle est obligée de la jeter, de retourner à la source et d'y rincer sa cruche avant de la remplir de nouveau.
A ces paroles, l'Emir fronça les sourcils et détourna la tête. Je me retirai et je m'aperçus qu'il n'avait plus pour moi les mêmes attentions qu'auparavant. Enfin, un jour, Pirouzân le déïlimite * me dit :
— « L'Emir se plaint de loi et trouve étrange qu'un homme aussi bien né, aussi sérieux, lui ait fait des contes d'enfant :
il se demande comment un homme tel que toi a pu oser proférer un aussi
absurde mensonge en présence d^Qir personnage d'un rang aussi élevé? »
J^expédiai sur le champ à Gourgân un courrier avec ordre de faire rédiger une attestation signée par le gouverneur, le prédicateur, par tous les hommes de bonnes mœurs ^, les ulémas ^ et les notables du pays, déclarant l'existence du village et la réalité de celle du ver ainsi que des circonstances que j'avais relatées. Quatre mois plus tard, je reçus ce document et le présentai à l'Emir qui Payant pris, le lut, se mit à sourire et me dit qu'il pensait bien qu*un homme de ma naissance s'adressant à un personnage de son rang n'avait pu se permettre un mensonge ; mais, a)Outa-t-il, « que penser d'une vérité dont la constatation demandait quatre mois de délai et l'attestation de deux cents personnes honorables '^? »
Sache, ô mon fils, qu'il est quatre genres de sujets sur lesquels on peut discourir : 1° Les matières qu'on ne doit pas connaître et sur lesquelles on ne doit pas discuter; 2° celles qu'on peut savoir et dont on peut traiter ; 3»* celles dont on peut parler sans les connaître , et 4" enfin, celles dont la connaissance est permise, mais dont on ne doit point parler.
Les sujets dont la connaissance et la discussion ne sont point permises, sont ceux qui sont de nature à attaquer la religion.
Les^JMIjiâts dont on peut parler sans les approtoilKirir sont les paroles du Livre saint * et les traditions du prophète *. Les commentaires des savants théologiens diffèrent parfois, pariicuhèrement ceux qui ont trait aux miracles, à la révélation ou autres sujets de ce genre. Celui qui sattache à les interpréter ne se rend pas agréable à Dieu.
Les sujets qu'on peut connaître et dont on peut traiter sont ceux dont les deux parties peuvent retirer quelque avantage.
Les sujets qu'on peut connaître et dont on ne doit point parler sont ceux qui se rapportent aux vices ou aux défauts d'un supérieur ou d'un ami ou que l'on peut présumer nuisibles au bien public. En effet, personne n'est obligé, à encouriren parlant, le ressentiment d'un personnage puissant, le risque d'offenser un ami ou de susciter quelque trouble public, ce sont là sujets que tu peux connaître mais dont tu ne dois pas parler.
Chacun des quatre sujets de discours que je viens de citer peut être traité d'une manière agréable ou désagréable. En t'adressant à quelqu'un, fais en sorte d'user d'un langage poli afin de te rendre agréable et de gagner l'estime d'autrui ; on juge de l'élévation de l'esprit d'après le langage et non pas d'après l'apparence de celui qui le tient ; l'homme est caché sous l'impression de sa pensée comme le dit ce proverbe
arabe : — « L'homme est caché sous sa langue » "^ — Parle donc de façon à ce qu'en t'écoutant, l'esprit se sente rafraîchi.
ANECDOTK
J'ai entendu raconter que Haroun ar Rachid ** eût un songe pendant lequel il lui semblait perdre toutes ses dents. 11 Ht aussitôt appeler un interprète ^- et lui demanda la signification de ce rêve. — * Que les jours du prince soient prolongés! s'écria celui-ci, cela signifie que tous tes parents mourront avant toi et qu'aucun des tiens ne te survivra ». — Le khalife ordonna d'infliger cent coups de bâton au malheureux devin et l'accabla d injures pour lui avoir fait cette affligeante prédiction que seul, il survivrait à tous les siens. Il rit ensuite appeler un autre interprète et lui demanda l'explication de ce songe. « Ce songe indique, répondit ce dernier, que tes jours dépas seront ceux de tes parents w. — Ces deux hommes, reprit le khalife, ont interpiété mon songe dans le même sens, mais quelle différence dans la manière de s'exprimer î qu'on donne cent dîners au second!
Quoique ce livre ne soit. pas un recueil d'historiettes, je consignerai cependant
une seconde anecdote qui me revient en mémoire et cela en venu du proverbe. — « Un fait digne d'être noté à propos ne doit pas être mis de côté. »
ANECDOTE
On m^a conté qu'un certain personnage partageait le lit de son esclave ; au milieu de la nuit, il lui dit : « Tourne ton c...
de ce côté. — O Maître, répondit Tesclave, ne saurais-tu t*exprimer plus convenablement? — Et de quelle façon dois je m'y prendre? — Tourne ton visage de tel côté, répartit l'esclave, le sens eût été exactement le même et tu te serais épargné d'émettre un mot inconvenant. — Tu as, ma foi, raison, dit le maître, j'ai entendu et compris; aussi pour réparer ma faute, je te donne la liberté.
Il faut donc être attentif au choix des expressions et n'employer que les plus heureuses de façon à ce que la forme et le fond soient également polis et proportionnés. Sj tu ne prêles pas attention à ce conseil, et si tu discours sans con-
naître à fond la science du bien dire quelle différence y aura-t-il entre toi et Toiseau appelé perroquet *^ qui parle en effet, mais sans savoir ce qu'il dit.
Le vrai bien diseur est celui qui se fait comprendre de ses auditeurs; c'est seulement ainsi qu'on peut être compté au nombre des êtres intelligents, car, en cas contraire l'homme n'est qu'un animal ^* sous une figure humaine.
Respecte le langage qui est d'origine céleste ; ne te refuse pas de parler à propos, mais évite de le faire inconsidérément afin de ne pas faire injure à tes connaissances.
Ne dis que la vérité ; que le mensonge ne souille pas tes lèvres. N'affiche aucune vaine prétention : en tous cas, attache-toi moins à la justifier qu'à t'excuser. Ne prétends rien savoir de ce que tu ignores.
Etudie donc de manière à acquérir les connaissances qui peuvent être utiles au but que tu te proposes, et sois bien convaincu que tu ne réussiras jamais par le moyen d'une science que tu n'auras pas étudiée
ANECDOTE
On raconte que sous le règne de
Khosron ^^, une femme se présenta devant Bozourdjemhir et lui adressa une certaine question. Le vizir songeant probablement à tout autre chose répondit brusquement :
« Je ne sais pas. » — Tu ne sais pas, reprit la postulante, mais alors pourquoi reçois-tu donc un salaire de notre souverain ? — Je suis salarié pour les connaissances que je possède, répondit le vizir, mais non pas pour ce que j'ignore ; si tu n'ajoutes pas loi à mes paroles, suis moi et demande à notre Maître s'il me paie pour ce que Je ne sais pas !
N^apporte pas une trop grande ardeur dans les affaires, crois que l'excès est un défaut; choisis un juste tempérament; d'ailleurs, le promulgateur de notre sainte loi l'a dit : — « Pour réussir il faut un juste milieu ».
Fais-toi une habitude de ne rien dire et de ne rien entreprendre sans avoir réfléchi mûrement. Préfère être blâmé pour avoir agi lentement et sagement à être loué pour l'avoir fait avec légèreté et inconsidérément.
Ne cherche pas à connaître un secret qui ne peut t'iniéresser en bien ni en mal.
Ne découvre ton secret à personne, car
aussitôt que tu en as parlé, ce n'est déjà plus un secret.
Ne parle pas à voix basse à quelqu'un en présence d'autres personnes, car quoique ce que tu dis puisse être à leur éloge, on est généralement enclin à supposer le mal de la part des uns et des autres.
En toute affaire, en toute entreprise, en tout état, n'agis qu'en raison de tes forces. N'exprime que des pensées qui corroborent la véracité de ton langage.
Si lu veux acquérir un bon renom de sagesse et de sincérité et si tu cherches à ne pas être jeté par toi-même dans quelque embarras, ne te porte jamais témoin ou garant d'un fait quelconque. Mais s'il t'arri ve de le faire, agis avec la plus grande circonspection et rends témoignage sans aucune partialité.
Prête l'oreille à tout ce qu'on te dit, mais ne te hâte pas d'agir, ne parle jamais sans avoir réfléchi; que chez toi, la réflexion précède l'expression de la pensée atin que tu n'aies pas à te repentir ; rappelle-toi que la réflexion est une seconde vertu. Ne regrette jamais de réfléchir si tu dois en retirer quelque profit ; sinon, écoute de façon à ne pas demeurer sans argument et à ce que tu ne perdes pas ainsi l'avantage de la parole.
Evite d'employer un langage sec et désagréable qui engendre l'inimitié
Si tu es devenu savant, considère toi
comme un ignorant, afin cjue la porte de l'étude te reste ouverte. N'interromps jamais une conversation et conduis-toi de telle sorte qu'on ne puisse découvrir les côtés forts ou faibles de ton argumentation.
Que ton langage soit à la portée de ceux à qui tu t'adresses : élégant avec les gens bien élevés, simple avec ceux du commun, afin de ne pas t^écarter des bornes de la sagesse.
Ne te préoccupe pas des opinions de les auditeurs, à moins quMs ne se laissent convaincre ni par tes preuves ni par tes arguments; en ce cas, abonde dans leur sens, et tu pourras les quitter sans téire compromis.
Ne tais pas montre de ton savoir; au contraire, parais moins savant que tu ne l'es, afin de ne pas demeurer court. Pense beaucoup et parle peu; car on l'a dit avec raison : — « Le salut est dans le silence — Et l'abondance des paroles n'est qu'une sottise. » — Un grand parleur, quoique doué d\ine certaine intelligence, passe généralement pour un sot; et tout au contraire, le silence d un sot est considéré comme une preuve de son esprit
Ne te vante ni de ta droiture, ni de ta piété; personne ne prêtera l'oreille aux éloges que tu te prodigueras; fais en sorte d'être admiré par les autres plutôt que par toi-même.
Si tu possèdes quelque savoir, exprimetoi de façon à ce que tes paroles ne tournent pas contre toi, ainsi qu'il est arrivé à un Alide *® de Zengân ^"^^
ANECDOTE
On m'a conté qu'au temps de Saheb '* vivait à Zengân un vieillard, savant jurisconsulte, considéré, descendant d'un des compagnons de Omar (puisse-t-il être traité comme il le mérite!) *® qui exerçait les fonctions de Mofti *", de receveur de la taxe des pauvres *^ et de prédicateur *".
En même temps habitait à Zengân un jeune homme, de descendance alide, fils du gouverneur de la ville et également jurisconsulte et prédicateur. Ces deux hommes se détestaient et ne se ménageaient pas les épigrammes. Un jour, du haut de sa chaire, le jeune homme traita le vieillard d'infidèle *^. On rapporta cette injure au vieillard qui, à son tour, dans un discours, appliqua à son rival Pépithète de bâtard. Celui-ci, instruit du fait, entra dans une violente colère, partit aussitôt pour Reï **, porta plainte contre l'offenseur et s'écria en pleurant : — « O seigneur! sera-t-il permis, sous ton gouver-
nément, qu'un descendant du Prophète soit traité de bâtard ? »
Sâheb, fort ému, dépécha aussitôt un courrier à Zengân avec ordre d'amener le vieillard. A son arrivée, il convoqua les magistrats et les séyids -^ de résidence à Reï et siégea en lit de justice. L'offenseur comparut, et Saheb s'adressant à lui : — « Toi qui descends des compagnons d'Omar, toi qui es savant, avancé en âge, qui touches à la tombe, te sied-il d'avoir traité de bâtard un descendant du Prophète (que le salut soit sur lui !). Fournis la preuve de ce que tu as avancé*^ ou sinon, je t'infligerai un châtiment terrible et exemplaire, afin qu'à l'avenir personne n'ose se rendre coupable d'un tel mépris des convenances, ainsi que l'ordonne notre sainte Loi.
— Cet Alideest, en sa propre personne, le meilleur témoin à ma décharge que je puisse produire, répondit le vieillard, n'en exige pas d'autre; selon mon dire, sa naissance est pure de toute souillure, mais, selon le sien, elle est entachée de bâtardise. — Que veux tu dire? repartit Saheb.
— Toute la ville sait, reprit le vieillard, que c'est moi qni ai célébré le mariage du père et de la mère de mon accusateur qui, du haut de sa chaire, m'a traité d'infidèle.
S'il a dit vrai, un mariage célébré par un infidèle étant nul de fait, il résulte de son propre aveu qu'il n'est qu'un bâtard. Si,
au contraire, son dire n'est pas fondé, il a proféré une calomnie et a encouru une peine corporelle. En tout cas, il est ou un bâtard ou un calomniateur; or, le descendant du Prophète ne peut guère se rendre coupable d'un crime aussi honteux, qualifiez-le donc comme il vous plaira, mais il est évident qu'il ne peut être que l'un ou 1 autre. »
Le jeune Alide, couvert de confusion, ne put répondre et comprit que sa parole imprudente lui avait tourné à mal.
Parle donc toujours sérieusement et non pas avec légèreté, car parler sans réfléchir est une espèce de folie. Avant de l'engager dans une discussion, prends garde si celui à qui lu t'adresses est disposé à t'écouter et à se laisser convaincre; en ce cas, que rien ne te retienne et agis en toute liberté; sinon, parle avec réserve et n'abonde que dans le sens de ton interlocuteur. Avec les hommes, sois homme; avec les êtres qui ne sont humains que d'apparence, sois comme eux, car il faut distinguer entre les deux *^.
Que celui qui veut agir prudemment conforme sa conduite à mes avis.
Ne te lasse pas d'être un auditeur attentif, c'est en sachant écouter qu'on acquiert
la sagesse et Part de bien dire; les enfants nous en fournissent la preuve. En effet, supposons un enfant qui, dès sa naissance, serait enfermé dans un caveau, y serait allaité, nourri, auquel sa mère ou sa nourrice n'adresserait jamais une parole ni une caresse, qui n'entendrait aucun son, il est évident que, devenu grand, il resterait muet et incapable d'émettre une parole à moins que, par quelque hasard, il n'eût l'occasion d'entendre et ainsi d'apprendre à parler. Une autre preuve de ce que j'avance est ce fait que tout sourd de naissance est en même temps muet; ne voit- on pas que tous les muets sont sourds?
Pénètre toi des dictons des souverains et des sages; mettre en pratique les maximes des grands hommes, c'est éclairer l'intelligence; la sagesse est le collyre ** et Tornement de l'esprit. 11 faut donc prêter à ces maximes l'oreille du cœur et en f^iire le guide de sa conduite.
11 me vient en ce moment à l'esprit les excellentes et précieuses maximes de Anouchirvân le Juste : je les consignerai ici pour que tu t'en pénètres, tu les étudies et tu les appliques. C'est pour nous, qui sommesdela racedecegrand prince '^ une obligation plus étroite encore de nous y conformer.
J'ai vu dans les chroniques des khalifes défunts que le khalife Mamoun "" était allé visiter le lieu oii repose Anouchirvân
le Juste. Il serait trop long de rapporter ici toutes les péripéties de ce voyage. Bref, le khalile pénétrant dans le cimetière ^' aperçut les restes d'Anouchirvân réduits en poussière. Au bas de la plate forme ainsi que sur la face intérieure des murs de l'enceinte, il vit un grand nombre d'inscriptions tracées en lettres d'or et en caractères pehivis. Mamoun Ht mander quelcjues vieillards parsis, leur fit lire les inscriptions et leur ordonna de les traduire en langue arabe. Elles commençaient ainsi :
« Pendant tout le cours de mon existence, toutes les créatures de Dieu ont vécu à Pombre de la justice ; personne ne s'est présenté devant moi sans que je ne lui aie accordé quelque faveur ou quelque secours. Maintenant que je suis affaibli par le poids des années, j'ai jugé que rien ne pouvait être meilleur que de faire graver ces maximes sur ces murs afin que tous ceux qui viendront visiter ce monument en prennent connaissance, de sorte que je leur sois ainsi de quelque utilité en les récompensant de la peme qu^ils auront prise.
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