STROPHE
— O Keikaous^, tu es affaibli et saisi
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par les serres de Tâge, — Prépare-toi à quitter ce monde; car tu as atteint l'âge de soixante-trois ans. — En tous cas, il est temps pour toi de faire la prière de l'après-midi.— Car la nuit arrive promptement quand le temps de la prière suivante est venu "^^
Le vieillard ne doit donc, pour ce motif, ni penser ni agir comme un jeune homme.
Sois bienveillant à Tégard des personnes âgées; car la vieillesse est une maladie pendant laquelle on ne s^empre^se guère de visiter ceux qui en sont affligés, et à laquelle le médecin ne connaît d'autre remède que la mort ; la souffrance, en ce cas, ne cesse qu^avec la vie. Dans toute maladie, le patient nourrit Tespérance d'une amélioration de son état, mais la vieillesse s'aggrave de jour en jour, sans laisser place à l'espoir.
J'ai lu quelque part que Thomme se développe jusqu'à 1 âge de trente ou quarante ans et que, passé cet âge, la croissance s'arrête et demeure stationnaire, de même que, lorsque le soleil a atteint le méridien, il semble s'arrêter et se mouvoir plus lentement jusqu'à ce qu'il commence à décliner. De quarante à cin-
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qualité ans, Thomme ressent, chaque année, un certain affaiblissement peu sensible jusqu'alors; de cinquante à soixante ans, ce déclin des facultés est perceptible de mois en mois; il s'accentue chaque semaine jusqu'à soixante-dix ans; chaque jour jusqu'à quatre- vingts ans, et enfin chaque heure passé cet âge.
On ne jouit donc pleinement de l'exercice de ses facultés que jusqu'à l'âge de quarante ans. Si tu parviens à ce degré de l'échelle de la vie humaine, prépare-toi à la redescendre; car, sans aucun doute, tu devras revenir au point de départ. Heureux celui qui, en un point quelconque de son existence, ressent un chagrin ou une souffrance dont il a été exempt jusque-là.
O mon fils, rafraîchissement de mes yeux ^, si je me suis aussi longuement étendu sur les maux qu'entraîne la vieillesse, c'est parce que j'ai beaucoup à m'en plaindre. N'en sois point surpris, car l'âge est un ennemi et l'on est en droit de se plaindre d'un ennemi, ainsi que je l'exprime en ce distique :
— w Ne sois point surpris de l'amertume de ma plainte, — car c'est un fléau dont j'ai raison de me lamenter. »
Tu es ce que j'ai de plus cher au monde, et, à qui se plaindrait on d'un ennemi, si ce n'est à un ami ?
Je supplie le Très-Haut qu'il prolonge
assez tes jours pour que tu puisses de même porter tes plaintes à tes petits enfants. A propos des lamentations sur la vieillesse, je me rappelle quelques vers que j'ai insérés dans le Zâhidi '-^ :
— « Hélas ! à qui confierai-je les regrets que me causé la vieillesse? — Moi, dont le mal n'a pas de remède plus efficace que toi ! — Viens, ô vieillard, que je te conte mes peines! — Car les Jeunes gens ne sauraient y compatir. »
En effet, personne ne connaît ce mal mieux que celui qui en est affligé.
ANECDOTE
Au nombre des chambellans de feu mon père ^° était un certain Kamil âgé de plus de quatre-vingts ans. Un jour qu'il désirait acheter un cheval, le maquignon lui en présenta un en bonne condition, de belle robe et sain des quatre membres; il en débattait déjà le prix-; mais, à Tinspection de la bouche, il s'aperçut qu^il était vieux et il rompit le marché J'appris qu'un autre avait acheté le cheval et je demandai à Kamil pourquoi il avait refusé un animal qu'un autre s'était empressé d'acquérir. — « L'acheteur est jeune, me répondit-il, et il ignore les défauts
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de la vieillesse, il est donc excusable de s'être laissé séduire par Tapparence et Ja beauté de la robe de ce cheval; mais je ne le serais pas si je commettais la même taute, moi qui ai Texpérience de la faiblesse et des défauts qu'amène le poids des années. »
Songe, lorsque tu seras vieux, à t'établir dérinitivement en quelque résidence; le voyage ne convient pas aux vieillards, surtout à ceux qui sont sans fortune, car la vieillesse et Tindigence sont deux ennemis en la compagnie desquels il ne serait pas sage de s'aventurer. Cependant, en un cas pressant, si lu ne peux te dispenser de soriir de chez toi ou si tu trouves quelque avantage à te déplacer, ne te laisse pas dominer par un amour excessif de ton lover •', va hxer ta résidence dans le lieu où tes intérêts réclament ta présence et fais en ta patrie malgré radaf;e — tt I.a patrie est une seconde mère. » Ne te tourmente pas à ce sujet et ne considère que tes intérêts; on Ta dit : — « Les gens bien doués considèrent avant tout ce qui peut leur être profitable ; les gens de peu de sens seuls ne songent <\^'à. ne pas s'éloigner de leur foyer. »
Dans toute entreprise qui te paraîtra
avantageuse, ne néglige rien pour réussir, et jusqu'à ce que tu n'aies pas assuré le succès, ne tiens rien pour achevé; autrement, ce serait t^exposer à un échec et on a dit avec raison : — « Le mieux est l'ennemi du bien et on ne recueille aucun fruit si Ton exige trop. »
Ne vis pas sans l'imposer une règle de conduite si tu recherches Tesiime de tes amis et de tes ennemis; tes qualités aussi bien que ton expérience doivent être évidentes au commun des hommes. Ne le conduis donc pas légèrement, mais d'une manière réglée et ordonnée.