‹ Le Cabous namè, ou Livre de Cabous de Cabous Onsor el-MoaliChapitre 32 sur 114 · A N KG DOT K · texte numérisé non relu

A N KG DOT K

On raconte qu'un jour un criminel comparut devant Mo'tessem '^ qui ordonna de lui trancher la tète. — « Prince, s^écria le malheureux, au nom du Très -Haut et du Prophète (que les bénédictions soient sur lui et ses descendants!) fais -moi d'abord, à titre dhôte, donner une gorgée d'eau, car je meurs de soif, et fais ensuite de moi ce que tu voudras. » Mo'tessem fit donner à boire à cet homme qui, s'étant désaltéré, dit selon la coutume arabe :

— « Puisse Dieu accroître ta fortune ! ô prince; par le don de cette gorgée d'eau, )e suis devenu ton hôte; si la grandeur d'âme permet de faire mourir un hôte, envoie-moi au supplice! Sinon, fais-moi grâce et je jurerai, entre tes mains, un sincère repentir *^. — Tu as raison, reprit le khalife, l'hôte est un être sacré, je te fais grâce, repents toi et jure de ne plus recommencer.

L'hospitalité est donc un devoir de rigoureuse obligation, mais il ne s'en suit pas qu^on doive l'exercer envers le premier venu qui s'impose, et, par celte seule raison qu'il est un hôte, lui témoigner toute sorte d'attentions. Tu sauras discerner ceux que tu pourras admettre et à qui tu devras des égards.

Choisis aussi ceux dont tu seras le convive, parce que tu pourrais te compromettre en acceptant l'hospitalité du premier venu. Lorsque tu seras in vite, n'arrive chez ton hôte ni affamé, ni entièrement rassasié, car, en ce dernier cas, ne pouvant rien manger, tu le blesserais, et, dans le premier, tu commettrais une inconvenance en mangeant avec trop d'avidité.

En entrant, assieds toi à la place qui convient à ion rang '^. Invité chez un de les amis ou de tes intimes, ne bois et ne mange (ju'avec modération et ne donne aucun ordre aux serviteurs de façon à leur faire entendre que tu te considères comme étant de la maison ; en un mot, ne sois pas un convive impertinent. Evite surtout de passer quelque morceau à tes gens, car on l'a dit : « Le morceau (donné ainsi) constitue une offense » ,"*.

Ne bois pas avec excès, mais de façon que rien dans ta démarche ne trahisse Ti-

vresse; si tu juges à propos de l'enivrer, fais-le dans ta propre demeure. Si, n'ayant pris même qu'une seule tasse de vin, tes subordonnés commettent un millier de fautes, garde-toi de les punir, Peu^seni-ils même mérité, parce que personne n'admettra que dans ce cas tu châties justement, mais on dira que tu agis sous Tinfluence de l'ivresse. Par conséquent, ne fais rien qu'à jeun, afin que Ton soit persuadé que tu agis en connaissance de cause et non par caprice; car Ton attribue au caprice tout fait commis pendant l'ivresse; ainsi que le dit le proverbe : « La frénésie est une duperie. » Il est divers genres de folies ainsi que de caprices; et Tivresse est une espèce de folie.

Evite tout ce contre quoi je cherche à te prémunir, en fait de folies ou de caprices dont on ne peut user envers tout le monde indistinctement.

Ne le livre pas à Tivresse en présence d'un étranger, mais seulement au milieu de ta famille et de tes serviteurs.

En fait de musique, ne t'attache pas de préférence aux airs légers, quoiqu'ils soient tort estimés, afin qu'on ne t'accuse pas de manquer de gravité.

-c^stOia

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