CHAPITRE XIII
DES REGLES A OBSERVER DANS LA PLAI- SANTERIE ET AUX JEUX DE TRIC-TRAC ET DES ÉCHECS.
SACHE, ô mon fils, que selon le proverbe arabe : — ««La plaisanterie est l'avant coureur du mal. » — Évite autant que possible les jeux de mains * : en tous cas, garde-toi de plaisanter en état d'ivresse, parce qu'alors, les querelles s'élèvent plus.promptement. Rougis des plaisanteries grossières et obscènes, soit à jeun, soit échauffé par le vin, et spécialement pendant que tu joues au trie trac ou aux échecs, parce que les joueurs ayant l'esprit très occupé supportent moins facilement la plaisanterie.
^e te fais pas une habitude constante
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de jouer; ne considère le jeu que comme un passe temps. N'intéresse jamais la partie, à moins que l'enjeu ne soit une poule, un repas ou quelque bagatelle. Le jeu intéressé n'est qu'une spéculation honteuse % et, en outre, il est bienséant de ne pas jouer d'argent.
Si tu es habile au jeu, évite de faire la partie des joueurs d'habitude ou de profession, afin de ne pas être taxé du même vice.
S'il t'arrive de faire la partie de personnes d'un rang supérieur au tien, voici les règles que tu dois observer : ne touche pas tout d'abord aux pièces du jeu et laisses-en le choix à ton adversaire; au jeu de tric-trac, présente-lui les dés et offre-lui de les jeter le premier; au jeu d'échecs, laisse-le aussi débuter, au moins à la première partie.
N'intéresse jamais le jeu avec des gens ivres, des vagabonds, des gens querelleurs et des indigents, afin d'éviter les disputes.
Ne discute pas trop vivement avec ton adversaire sur les points amenés par les dés, et surtout n'afferme jamais par serment à ce propos, car dirais-tu vrai, personne te croirait ^.
La plaisanterie étant la source du mal et des querelles, abstiens-t'en quoiqu'elle ne soit ni un vice ni un péché.
Le Prophète (que les bénédictions de Dieu soient sur lui et ses descendants!)
f)laisantaît parfois. Un jour, une vieille emme se trouvant avec lui chez Aïchè "* lui dit •. € O prophète de Dieu, d'après mes traits, peux-tu me dire mon destin futur? suis-je prédestinée à entrer au Paradis ou bien à être envoyée en Enfer?
On dit que : l'Envoyé divin ne disait que la vérité même en plaisantant. » 11 répondit donc : « Dans le monde futur, il n'y aura pas en paradis une seule vieille femme. » La vieille fort affligée se prit à pleurer. Le Prophète sourit : « Consoletoi, dit-il, car je n'ai dit que la vérité, elle n'a rien qui doive t'attrister ; en efifet, il n'entrera en Paradis aucun vieillard parce que, au jour de la résurrection, toute créature se lèvera du tombeau en état de jeunesse. » La vieille femme se retira toute joyeuse.
La plaisanterie est donc permise sous condition de n'être ni grossière, ni injurieuse. Ne plaisante ni en paroles, ni en actions avec tes inférieurs afin de ne pas t'aîtirer une réponse compromettante pour ta dignité. Ne plaisante qu'avec tes égaux, de sorte que si tu t'attires quelque répartie, tu ne puisses en être blessé. Quand tu adresseras quelques paroles piquantes, entremêle-les de quelques mots obligeants.
Evite, en tous cas, toute parole offensante quoique, en somme, la plaisanterie implique toujours quelque critique, à laquelle cependant il est certaines limites;
il est diverses manières et diverses mesures de plaisanter; apprends à entendre des autres ce que tu te permets de leur dire et attends-toi à ce qu'ils agissent envers toi comme tu te conduis à leur égard.
Evite avec toutes sortes de gens les querelles qui ne seient point aux personnes bien nées, mais sont le fait de gens de peu, des jeunes gens mal élevés et des enfants. Si, par hazard, tu te trouves engagé dans quelque dispute, ne dis pas toute ta pensée et ne dévoile pas toutes tes impressions, agis de manière à laisser la porte ouverte à une réconciliation.
Nfe sois ni brouillon ni impudent, car la vexation et l'efFronterie sont les pires défauts, et la courtoisie est, au contraire, le plus excellent des dons divins; celui qui la possède est à Tabri des envieux.
Evite d'interpeller fréquemment une personne quelconque par cette expression vulgaire : « Eh ! Thomme ! j> parce que celui qui remploie à tout propos dégrade ainsi son interlocuteur ^.
Si tu bois, plaisanie et te livre à l'amour avec mesure, tu agiras de la manière la plus convenable sans t'exposer à des critiques trop rigoureuses de la part de ceux qui, quoique libres d'agir de même, s'en abstiennent par raison.
J'ai dé6ni les règles de Tusage du vin et de la plaisanterie, je toucherai maintenant quelques mots de Tamour, j'ignore si tu
profiteras de mes conseils, car imposer des règles au cœur est encore difficile.