‹ Le Cabous namè, ou Livre de Cabous de Cabous Onsor el-MoaliChapitre 49 sur 114 · DE L ACCUMULATION ET DE LA CONSER- VATION DES RICHESSES · texte numérisé non relu

DE L ACCUMULATION ET DE LA CONSER- VATION DES RICHESSES

SONGK, ô mon fils, à amasser du bien, mais dans ce but, ne t'expose pas cependant à quelque risque et n'acquière que d'une manière légitime afin d'avoir la conscience en repos. Quand tu auras amassé quelque bien, ne le dissipe pas légèrement, car s'il est difficile d'amasser, il l'est encore plus de conserver. Si tu es obligé de faire quelque dépense utile, hâte toi d'en combler le déficit, sinon posséderais tu les trésors de Kâroûn ', tu en verrais bientôt l'épuisement. D'autre part, ne t'attache pas aux biens temporels comme s'ils étaient impérissables, de sorte

que s'ils te manquent un jour, tu ne l'en affliges pas outre mesure. Si tu possèdes une grande fortune, ménage-la avec ordre et économie et souviens-toi que le peu bien administré profite plus que l'abondance à laquelle ne préside aucune sagesse.

Je préférerais te voir quelque peu gêné pendant ta vie, si tu dois laisser de grands biens après toi, car on a dit qu'il vaut mieux abandonner quelque chose à ses ennemis que de se voir dans l'obligation de recourir à ses amis, et aussi qu'il est préférable de conserver rigoureusement que d'amasser constamment. Fais-loi un devoir de ne pas entamer ton capital quelque restreint quMl puisse être, car qui ne sait conserver peu est incapable de conserver un capital considérable.

Occupe-toi de l'administration de les biens plutôt que d'en charger quelque autre. Garde-toi de l'indolence qui est la servante de riniortune. Ne redoute point le travail qui, au contraire de la nonchalance, peut seul donner quelque profit : ce qui est acquis au prix de grandes peines se dissipe fréquemment par insouciance. Les sages ont dit : — « Soyez laborieux et vous prospérerez; sachez borner vos désirs et vous serez riches ; soyez modestes et vous serez recherchés. » — Il serait insensé de perdre par indolence ce qui a été le fruit de peines et de fatigues,

et une fois ruiné, le repentir ne te servirait à rien.

Mais si, d^un côté, tu as acquis avec difficulté, de l'autre, jouis cependant de ta fortune; quoiqu'elle soit précieuse, n'épargne pourtant rien pour vivre d'une manière conforme à ta situation, parce que, en tous cas, nul n'emporte ses biens dans la tombe.

Règle tes dépenses selon tes revenus affin de ne pas t'exposer à la gêne. La misère n'entre pas seulemenfdans la demeure de rindigent, mais elle pénètre bientôt dans une maison où les dépenses excèdent d'une obole * le montant du revenu ; or, cette maison connaîtra toujours la gêne Mais la misère n'abordera pas une famille dont les dépenses sont inférieures d'une obole au total du revenu, parce que quiconque dépense moins qu'il ne reçoit sera toujours à l'abri de l'infortune.

Sache te contenter de ce que tu possèdes; la modération des désirs est déjà une fortune; rappelle-toi que, quoiqu'il arrive, tu recevras toujours la part qui t'a été assignée par le destin ^.

Quant une affaire peut réussir par de bonnes paroles ou par l'intercession d'un autre, ne fais aucun sacrifice d'argent afin de ne pas gaspiller ton avoir, car l'homme sans fortune ne jouit jamais d'aucune con sidération. Sache qu'on recherche et qu'on aime les riches quand même on n'en reçoit

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