‹ Le Cabous namè, ou Livre de Cabous de Cabous Onsor el-MoaliChapitre 53 sur 114 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

DE l'achat des esclaves

L'achat d'un esclave doit être entouré de grandes précautions, car c'est une affaire bien épineuse; il arrive qu'un esclave de belle apparence au premier abord ne résiste pas à un examen sérieux. Bien des gens s'inaaginent qu'il en est de Tachât d'un esclave comme de toute autre transaction commerciale et ignorent qu'il y faut apporter une science qui tient à la philosophie. Quiconque achète une chose dont il ne peut apprécier la valeur ne larde pas à s'apercevoir qu'il a éié trompé; à plus forte raison, si l'objet de la transaction est une créature humaine dont les qualités et les tares sont nombreuses; il arrive qu'une seule tare détruit

mille qualités, comme aussi qu'une seule qualité peut compenser mille tares.

On ne peut apprécier une créature humaine que par Tapplication de la physiogn^nnonie et Texpérience. La physiogno- " ^!tst une sorte de don divin que seuls

^^jâPophc^s ont possédé en perfection de iMiAciiîillr découvrir à première vue les qualitiÂ'ft les défauts d*un homme. Mais en ce qtiî concerne Tachât des esclaves, je te dirai de cette science ce que j'en sais.

Sache donc qu'en matière d'achat d'un esclave, tu dois être guidé par trois principes généraux :

i" Savoir distinguer par Tinspection du corps et du visage les tares apparentes ou cachées du sujet;

2'» Savoir reconnaître à certains signes les affections internes dont le sujet peut être atteint;

3° La parfaite connaissance des races humaines et des qualités et des défauts propres à chacune d'elles.

Tu appliqueras le premier principe en examinant attentivement le sujet mis en vente. 11 est deux sortes d'acheteurs; les uns ne s'occupent que du visage, sans se soucier du reste; les autres, négligeant le visage, ne se préoccupent que du corps et ne recherchent que la délicatesse des membres, ou la corpulence, ou l'embonpoint. En fait, celui qui jette les yeux sur un esclave commence par examiner le

visage avant le corps; il est donc préfe'rable de choisir un visage agréable que tu dois avoir constamment sous les yeux.

Tu inspecteras d'abord les yeux et les sourcils, puis le nez, les lèvres et les dénis et enfin la chevelure, parce que Dieu a placé la beauté de l'homme dans les yeux et les sourcils, le charme ^ dans le nez, la douceur dans les lèvres, la fraîcheur dans la peau, et enfin, il a fait de la chevelure le couronnement du tout.

Il faut donc procéder à un examen détaillé et successif de chacune de ces parties et si l'on y trouve les qualités que je viens d'énumérer, on peut faire emplette de Tesclave sans prêter attention au corps et aux autres organes.

Si Tesclave ne réunit pas toutes ces qualités, il devra au moins, pour obtenir ta préférence, posséder le charme qui, selon moi, peut attirer sans être joint à la beauté, ce que ne saurait faire la beauté dépourvue de charme. J^a jouterai que l'esclave que tu veux acquérir, quelque soit le but que tu te proposes, doit éire bien proportionné, de taille moyenne, de juste embonpoint, de teint ni trop pâle ni trop coloré; il faut que son col ne soit ni gros ni mince, ni long ni court, que sa chevelure ne soit ni crépue ni flasque ; les fesses doivent être rondes, la chair doit être ferme, le corps délicat, la peau fine, la charpente bien équilibrée, les cheveux

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seront châtains, les yeux noirs, les sourcils arqués, le nez sera droit, la taille mince, le menton rond ; les hanches seront saillantes, les dents blanches et bien rangées et tous les membres proportionnés aux organes que je viens de décrire.

Tout esclave qui, à ces avantages physiques, joint un bon caractère, la modestie et la douciéur sera un bon et agréable serviteur.

Les autres indices à remarquer chez un esclave intelligent et de bon augure ^ sont : une stature droite, un embonpoint modéré; un teint égal nuancé de rose, le développement de la ceinture, la largeur de la paume des mains, un front large, des yeux noirs, les sourcils arqués, le visage souriant. Un tel esclave sera propre à recevoir de l'instruction, et à diriger une maison ; il apprendra facilement à lire et à écrire et sera apte à remplir les fonctions de trésorier ou tout autre de ce genre.

Les signes à observer chez un esclave destiné à être musicien sont : la ferm»!é des chairs; la poitrine et le dos peu charnus; ni embonpoint, ni maigreur; les doigts effilés. Refuse celui dont les joues sont bouffies, il est incapable d'apprendre quoi qiecesoit. Cet esclave doit encore avoir la paume des mains douce, les doigts écartés, la peau ferme, les cheveux ni trop longs, ni trop courts naiurelle-

ment; ni trop noirs, ni trop rouges; les yeux noirs et la plante des pieds plate.

Un tel esclave sera doué d'une grande facilité pour apprendre un art manuel, surtout la musique.

Les signes à observer chez un esclave destiné à porter les armes sont : une chevelure épaisse, une stature haute et droite, une forte constitution, la chair ferme, une charpente solide, les articulations proéminentes, les veines tendues, les muscles visibles et assortis, les doigts gros et la paume de la main large; la poitrine et les épaules bien développées, le col puissant et la téie ronde; la chevelure rare sur la partie antérieure du crâne est un signe excellent; cet esclave doit encore avoir le ventre large, les fesses saillantes, les muscles de la cuisse se relevant pendant la marche, une contenance sévère et les yeux rouges. Un tel esclave sera éminemment propre à la guerre, courageux et de bon augure.

Les indices à rechercher chez un esclave i(Auque destiné au service des femmes sont : une peau noire et rude, la physionomie désagréable, un tempérament sec, la chevelure rude, les cuisses maigres, les lèvres épaisses, le nez épaté, les doigts courts, *4g\aille voûtée, le col mince; tel doit éltt' Tesclave propre au service du gynécée. Tu ne le choisiras pas de race blanche, ni de teiflit coloré. Refuse celui

dont la chevelure est de nuance châtain, particnlièrement si elle est flasque, ainsi que celui dont Toeil est humide, car ou il aime les femmes, ou il est disposé à servir d^entremetteur.

Les signes à observer chez un esclave impudent et fripon et destiné au service du chenil ou de l'écurie sont : les sourcils fournis, les yeux bien ouverts, la poitrine largement développée; les mains et les pieds larges et courts, surtout s'il est bossu, la chevelure châtain et les yeux bleus, la sclérotique veinée de rouge, les lèvres et les dents longues, la bouche grande. Un tel esclave sera impudent, méchant et ne cherchera qu'à mal faire ^.

Les signes à observer chez l'esclave destiné à la cuisine ou à la chambre sont :

un extérieur et un visage agréables, la face ronde, les extrémités fines, les yeux bleus foncés, la taille élancée, l'air modeste, la chevelure plate et châtain. Un tel esclave conviendra aux services précités.

Tels sont les principes pour juger d'iM^ esclave d'après les signes extérieurs. Je passerai maintenante l'examen des qualités et des défauts généralement inhérents à chaque race en particulier.

Les Turcs se divisent en neuf^milles dont chacune a un caractère et ui$|empérament qui lui sont propres. Lis pires d'entre eux sont les^^hiftchâks et les

Ghèz; les mieux doués et les plus soumis sont les Khatnis, les Khaloukis. les Nakhchabis et les Thibélains; les plus indolents sont les Tchikélis; les plus courageux et les plus braves sont les Grecs; les plus capables de supporter la fatigue et les durs travaux sont les Tartares, les Tchébans et les Yaghmayis^.

Il ressort de mes observations que Tenssmble de la physionomie des Turcs plaît, quoique les traits puissent pécher par le détail; en effet, si Ton examine aitentivement un Turc, on s'apercevra que la léte est trop grosse, le visage trop large, que les yeux sont trop petits, le nez trop gros, les dents et les lèvres sont défectueuses; si, dis-je, on s'arrêie à examiner chacun de ces traits, on conviendra de leur irrégularité, et cependant Tensemble de la physionomie forme un tout agréable.

Si, au contraire, on soumet un Indien à un examen aussi attentif, chacun de ces mêmes traits observé séparément pourra âivQ parfait, mais si Ton en considère l'ensemble, il plaira moins qu'un Turc qui possède une fraîcheur et un éclat de teint dont rindien est dépourvu; mais ce dernier surpasse tous les autres en délicatesse. Bref, on peut dire que, si chez le Turc la beauté est parfaite, en revanche, la laideur est chez lui horrible.

Les défauts habituels du Turc sont la

pesanieur de Tintelligence, lignorance, la ruse, une disposition à se quereller; il est souvent mécontent, injuste et méchant en état d'ivresse ; prêt à disputer sans motif, il a de la difficulté à s^ex primer, est poltron dans l'obscurité et, par suite, incapable de déployer pendant )a nuit le courage dont il fait preuve pendant le jour.

Les qualités ordinaires au Turc sont le courage, la franchise, le zèle à remplir les fonctions dont il est chargé, la souplesse des membres, un commerce a4;réable et aucune autre race ne le surpasse en élégance.

Le naturel des Slaves, des Grecs et des Alains ^ se rapprochent de celui des Turcs, mais ils supportent mieux la fatigue; au contraire des Turcs, les Alains sont braves dans l'obscurité; ils sont aussi plus attachés à leur maître, et, quoique leur caractère ait plusieurs traits communs avec celui des Grecs, ils sont, ainsi que les Turcs, plus élégants. Mais ils ont aussi plusieurs défauts; ils sont fripons, peu soumis, peu fidèles, cachottiers, ils manquent de patience, sont lents, à Toccasion trahissent leur maître et sont prompts à s'enfuir. Ils se disiini»uent, d'autre part, par la finesse de la peau, l'élégance des proportions, la vivacité de l'intelligence, la réflexion, la sincériié, le courage, la bonne conduite et Tacuitéde la mémoire.

Les défauts des Grecs sont, la difficulté à s'exprimer dans une langue étrangère à la leur, la méchanceté, la lenteur et la paresse; ils s'irritent facilement, sont envieux et adonnés aux jouissances matérielles. Leurs principales qualités sont la réserve, la compassion et une odeur agréable; ils font de bons intendants, ont un caractère ouvert et sont peu bavards.

Les Arméniens répandent une odeur désagréable, ils sont faux, fripons, malpropres, s'enfuient facilement et sont désobéissants, menteurs, traîtres, méchants, faibles, peu attachés à leur maître; ils sont de plus enclins à rapporter au dehors ce qui se passe dans la maison ; bref, ils ont plus de défauts que de qualités, mais ils sont parfois fidèles, travailleurs et ont une certaine, vivacité de Tintelligence.

Les Indiens ont, en général, peu de facilité à s'exprimer, et principalement, les femmes esclaves ne sont pas en sûreté avec eux. Ils ne ressemblent pas aux autres peuples dont le sang se mélange sans cesse; chez eux, au contraire, depuis l'époque d'Adam, les unions n'ont lieu qu'entre individus de même caste; ainsi un épicier ne peut épouser que la fille d'un épicier ; un boucher celle d'un boucher; un boulanger celle d'un boulanger; un soldat celle d'un soldat; un Brahmane celle d'un Brahmane, etc., etc. Chaque caste a un caractère particulier, et je ne

saurais les définir toutes sans m'écarter du plan de cet ouvrage. Je me bornerai à dire que parmi les Indiens, les meilleurs, ceux qui réunissent la douceur, rintelligence et le courage, sont les Brahmanes.

Les Kerans ont en partage Tintelligence, les Birâvèt le courage, et les Kerâr font de bons intendants ^.

Les Nubiens et les Abyssins ont moins de défauts que les esclaves des autres races, surtout les derniers qu'on doit préférer, car on rapporte que le Prophète (que les bénédictions soient sur lui !) a fait, en maintes occasions, leur éloge.

Telles sont les connaissances qu'on doit posséder au point de vue des qualités et des défauts ordinaires aux diverses races humaines.

Nous passerons maintenant au troisième principe, la connaissance des vices et des tares apparents ou cachés des créatures humaines.

Quand tu te proposes d'acheter un esclave, tu ne te contenteras pas d^un examen superhciel parce qu'il arrive que tel individu qui, à première vue, semble peu satisfaisant, se trouve être un excellent sujet, et qu^au contraire, tel atitre dont Pextérieur est séduisant, se trouve être défectueux. Il faut tenir compte de ce fait que l'expression de la face humaine est fort variable, et est tantôt agréable et tantôt le contraire.

Tu examineras attentivement le corps de Tesclave, de manière que rien ne t'échappe, parce qu'il est grand nombre de maladies qui existent en germe sans s'être déclarées et qui peuvent se manifester après quelques temps; mais il est certains indices à l'aide desquels il est possible de les reconnaître.

Ainsi, une tache jaunâtre au coin de l'œil, la décoloration des lèvres, les yeux battus et cernés indiquent une prédisposition aux hémorroïdes. Le gonflement habituel des paupières annonce Thydropisie. L'inflammation des yeux et la tension des veines frontales sont les indices d'une constituion épileptique. La vibration persistante des cils, la rudesse de la chevelure et l'habitude de mordiller les lèvres sont les signes de la mélancolie "^ . La déformation de l'os nasal et la déviation de cet organe indiquent une fistule. Si les cheveux sont d'un noir foncé, de teinte inégale et rudes, on peut en conclure que leur couleur est artiticielle.

Si tu remarques sur le corps de l'esclave quelque tache semblable à une empreinte au fer chaud, mais sur un endroit autre que celui auquel on l'applique généralement, assure-toi si elle n'est pas un indice de la lèpre.

La décoloration des lèvres accompagnée de la teinte jaunâtre de la scléroti-

que indique la jaunisse ou quelque affection scrofuleuse.

Fais coucher sur le dos l'esclave que tu marchandes, presse-lui les flancs et observe s'il n'existe aucun gonflement et s'il ne paraît pas souffrir de la pression ; dans le cas contraire, il sera certainement atteint d'une affection du foie ou de la rate.

Après avoir recherché les maladies cachées, assure-toi des qualités et des vices apparents, tels que Todeur de la bouche et du nez, les fistules, l'oblitération partielle ou totale de l'ouïe, le bégaiement, la facilité d'élocution, la démarche, le Jeu des articulations, la fermeté des gencives.

En agissant ainsi, tu t'épargneras des déceptions.

Quand tu auras mis en pratique les recommandations que je viens de te faire, si tu as bien examiné l'esclave et reconnu ses qualités, fais en honnêtement Tacquisition, et qu'il demeure honnêtement chez loi.

Procure-toi autant que possible un esclave étranger de préférence à un Persan, car tu peux plier le premier à tes goûts, ce que tu n'obtiendras jamais d'un Persan ^,

N'achète jamais une esclave sous Fimpulsion d'un désir sensuel, parce que Tardeur de ce désir te fera paraître agréable un objet qui serait tout le contraire. N'en-

tre en pourparlers qu'alors que ton désir sera apaisé.

N'achète pas non plus un esclave qui a été choyé chez son maître, parce que, si tu le traitesavec douceur, il ne t'en aura nulle obligation, se souvenant d'avoir été traité de même ailleurs; si, au contraire, tu ne le ménages pas, il s'enfuira, te demandera de le vendre ou deviendra ton ennemi.

Achète, au contraire, un esclave qui aura été maltraité, de sorte qu'il sera reconnaissant de tout léger ménagement et s'attachera à toi.

Donne de temps à autre quelque légère gratification à tes esclaves; si tu les laisses sans argent, ils seront induits forcément à chercher à s'en procurer.

Achète de préférence un esclave de haut prix, car la valeur de toute chose est en proportion de ce qu'on la paie.

N'achète point un esclave qui ait passé en beaucoup de mains ; une femme qui a épousé plusieurs maris et un esclave qui a eu plusieurs maîtres sont peu recommandables.

N'achète en toutes choses que ce qui peut fructifier chez toi.

Quand un esclave te demandera de le vendre, loin de t'irriter. cherche à t'en défaire, une femme qui réclame sérieusement le divorce et un esclave qui demande à être vendu n'apportent aucune satisfaction dans la maison.

N^essaie pas de corriger la paresse voulue d'un esclave, non plus que ses fautes volontaires; ce serait perdre ton temps, jamais il ne s'amendera, défais t*en au plutôt, car un être endormi ne s'éveille point par un cri, et l'on ne peut infuser Tactivité au nonchalant. D'ailleurs, rappelle-toi que le petit nombre de serviteurs est une seconde fortune.

Traite tes esclaves de manière à ce qu'ils ne soient pas tentés de s'enfuir, et prends soin d'eux parcequ^un être bien portant vaut mieux que deux valétudinaires.

Ne laisse pas tes esclaves de Pun ou Tautre sexe contracter entre eux des unions fraternelles ; il en résulterait des conséquences fâcheuses pour ton repos ^.

N'exige de tes serviteurs libres ou esclaves qu'en raison de ce qu'ils peuvent ; demander davantage serait t'exposer à être désobéi.

Sois paré de l'équité afin d'être distingué parmi tes pairs.

L'esclave doit considérer ses maîtres comme ses parents.

N'achète pas un esclave d'un individu qui en fait le trafic; l'esclave doit craindre le traitant comme l'âne redoute le vétérinaire.

Ne t'attache pas à l'esclave qui demande sans cesse à être vendu et qui ne rougit pas d'être l'objet d'un trafic réitéré, car tu

n'en retirerais aucun profit, attache-toi de préférence à tout autre.

Recherche donc un esclaye^^ii|i réunisse les conditions que j'ai énumérietf et tu t'épargneras bien des soucis.

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