‹ Le Cabous namè, ou Livre de Cabous de Cabous Onsor el-MoaliChapitre 54 sur 114 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

DE l'achat DtS IMMEUBLES

EN matière d*acquisition d'une terre ou d'une maison \ considère, ô mon fils, d'ailleurs comme en toutes choses, la convenance de la vente aussi bien que celle de Tachât. Profite, pour acheter, du moment de la dépréciation des biens immobiliers, et pour vendre, celui pendant lequel ils sont en faveur. Ne rougis pas de chercher ton intérêt, car ainsi qu^on l'a dit :

— « Fais, s'il le faut, des courbettes, quand tu désires acheter. »

Ne crains pas de marchander non plus que de chercner à faire hausser les prix, car savoir pousser à la hausse est la moitié des talents d'un vendeur.

Il ne faut contracter un marché qu'après en avoir pesé les bénéfices et les charges. Si tu veux éviter la ruine, ne dépense pas des bénéfices non encore réalisés, et si tu ne veux pas entamer ton capital, abstiens-toi de bénéfices douteux qui peuvent entraîner quelques pertes.

Ne sois ni envieux, ni jaloux, afin de ne pas être appauvri par tes désirs.

Ne te lance imprudemment dans aucune affaire: l'imprudence est une lourde sottise.

Ne néglige, en aucun cas, tes intérêts; la négligence est une absurdité.

Sois patient en toutes choses: la patience est une des formes de l'inielligence.

Si parfois, tes affaires n'allant pas selon ton gré, tu te trouves dans quelque embarras, crois qu'elles ne tarderont pas à se débrouiller; patiente donc jusqu'au jour oïl elles s'éclairciront, car, dans les nioments difficiles la précipitation ne peut amener aucuns bons résultats.

Mais revenons au sujet de ce chapitre.

Si tu achètes une maison, choisis-là dans un endroit dont les habitants sont paisibles; ne la prends pas à Tune des extrémités de la ville, ni auprès du mur d'enceinte. N'achète pas une maison en mauvais état par ce seul motif qu'elle est cédée à bas prix. Enquiers-toi, en premier lieu des voisins, car on l'a dit : — « Pense d'abord au voisin, ensuite à la maison: »

Abou Zourdjemhir * dit que quatre choses sont intolérables : un mauvais voisin; un nombreux domestique; une femme de mauvais caractère, et Tindigence.

N'achète pas une maison dans le voisinage des princes, des magistrats ^ ou des courtisans. Fais en sorte de rétablir dans un (quartier où tu seras le plus puissant; choisis cependant des voisins conciliants.

Lorsque tu auras fixé ta demeure, traite tes voisins avec égard selon la maxime :

— € Le premier invité est de droit le voisin. »

Entretiens de bons rapports avec les habitants de ton quartier; enquiers-toi de Tétat des malades ; fais tes compliments de condoléance à ceux qui sont en deuil; accompagne les défunts au cimetière; prends part à tout ce qui touche tes voisins, réjouis-toi avec eux quand ils ont quelque motif d'allégresse. Envoie leur de temps à autre et selon tes moyens, quelques présents en provisions de bouche ou en vêtements ; tu te créeras ainsi un bon renom dans le quartier. Embrasse les enfants, prends-les dans tes bras et caresse-les ; respecte les vieillards. Rendstoi à la mosquée paroissiale et n'omets pas d y faire porter, pendant le Ramazân, des cierges et des lampes, car les hommes rendent généralement aux autres les traitements qu'ils en ont reçus, et d'ailleurs,

— 2ir —

sache que nous recueillons le bien ou le mal en raison de ce que nous avons semé.

Ne fais donc pas ce dont tu dois ^abstenir ei tais ce que tu ne dois pas dire. Il arrive ce qui ne doit pas arriver à celui qui fait ce qu'il ne doit pas faire.

Fixe, autant que possible, ta résidence dans une grande ville et fais choix de celle qui sera le plus à ton gré. Fais en sorte que la terrasse de ta maison surpasse en hauteur celle de tes voisins afin d^étre à l'abri de leurs regards; mais, de ton côté, évite de les gêner de toutes façons.

Si tu achètes une ferme, ou un bien rural quelconque, prends garde que sa situation ne soit pas isolée ni dépourvue de quelque source *.

N'achète aucun immeuble grevé d'hypothèque ^. En un mot, ne fais choix que de biens libres et tant que tu pourras trouver un immeuble dont la réputation est faite ^ et sur lequel ne plane aucun doute, abstiens-toi d'en acquérir un autre qui serait placé dans des conditions opsées.

Que ton bien soit donc ce qu'il doit être, l'objet d'un placement à rabri de tout danger. Mais lorsque tu en es devenu le maître travaille sans cesse à son entretien, apportes y chaque jour quelque amélioration, afin d'en augmenter chaque année le rendement, car sa valeur sera proportionnelle à son revenu. En effet,

sî tu possèdes une terre sans produit,;, rien ne t'empêche de t'imaginer que le désert tout entier t'appartient; or, le terrain de Dieu''' n'acquiert quelque valeur que par sa mise en culture et par les villages et les fermes qu'on y élève. Les domaines n'existent donc en réalité que par le revenu qu'ils produisent et ce re-venu ne peut être alimenté que par l'entretien et Tamélioration du fonds.

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