CHAPITRE XXV
DE l'achat des chevaux '
QUAND tu achèteras quelque cheval :
prends bien garde de ne pas tetromfer. "il en est de cet animal comme de homme; un homme et un cheval parfaits ne sont jamais trop estimés, et un homme et un cheval mauvais ne sauraient être assez méprisés. Les sages ont dit de l'homme qu'il est un résumé du monde, et du cheval qu'il est un résumé de rhomme. Le plus beau des animaux est le cheval dont le dressage fait partie des talents d'un maître de maison et d'un homme bien élevé. Il est un proverbe ainsi conçu : « Prends soin de ton cheval et de tes vêtements et ils te préserveront en retour. »
Il est plus difficile de discerner les qualités d'un cheval que celles d^un homme.
En effet, si Ton peut juger un homme d'après son langage et ses manières, on ne peut juger un cheval que d'après les apparences; examine donc tout d'abord l'apparence du cheval, car si l'on peut se tromper sur ses qualités, on ne doit point faire erreur sur son extérieur. En général, la beauté des formes d'un animai est un indice favorable de ses qualités.
La beauté d'un cheval est ainsi définie par les maîtres en l'art vétérinaire :
Les dents doivent être petites, blanches et bien rangées; la lèvre inférieure doit légèrement dépasser la lèvre supérieure ; les naseaux doivent être longs, ouverts et droits; le front large et uni à la base des oreilles; les oreilles doivent être longues et bien ouvertes; le col doit être curviligne et mince à la nuque; l'encolure large et allongée; le dos ramassé; les hypocondres doivent être étroits; la poitnne doit être large; la culotte bien ouverte; la queue longue et bien fournie, avec la racine mince et courte; les testicules doivent être noirs ainsi que les yeux et les paupières; le pas doit être ferme et assuré: les pâturons doivent être unis; les hanches et la croupe pleines; les fesses écartées et les reins courts; le cheval doit aussi être apte à comprendre les mouvements de son cavalier.
Les indices que je viens dénumére:
doivent se trouver réunis cliez tout cheval afin qu'il soit supposé être un bon animal. Passons maintenant aux signes particuliers aux individus, à la nuance de la robe, etc.
De toutes les robes, la nuance baibrun, couleur de datte, avec la queue et la crinière noires, est la préférable ; elle est d'abord agréable à Tœil et ensuite les chevaux de cette robe supportent aisément la fatigue, la chaleur et le froid.
Le cheval de robe grise est généralement faible, à moins cependant que les testicules, Tentre-cuisse, la croupe, les sabots, les pieds, la poitrine, le toupet et la queue ne soient noirs.
La robe alezan doré, surtout si elle est jaunâtre, est un indice excellent, particulièrement si elle est tachetée de noir, et si les testicules du cheval, la crinière, l'anus, Tentre-cuisse, les yeux et les lèvres sont également noirs.
Les mêmes remarques s'appliquent aux chevaux de robe crème.
La robe bai clair doit être unie et sans balsanes.
La robe noire doit être brillante, mais on doit se garder d'un cheval de cette robe s'il a les yeux rouges, car la plupart des chevaux dont les yeux sont rouges sont fougueux et défectueux.
Le cheval rouan est rarement bon.
La robe grise miroitée est généralement un mauvais indice, surtout si le cheval a les yeux, Panus, les testicules et les sabots blancs.
La robe gris fer, si elle est accompagnée des indices que j'ai signalés au sujet de la robe alezan doré et si le cheval a les quatre aplombs noirs, annonce un bon animal.
La robe pie ne plaît pas, en général, et, d'ailleurs, les chevaux de cette robe sont rarement bons 2.
Telles sont les qualités à rechercher dans un cheval; tu dois encore en connaître les défauts et les tares.
Sache quMl est divers genres de tares et de défauts; ceux qui rendent le cheval impropre à un bon service, et ceux qui choquent la vue et qui, n'entachant en rien les qualités serviables de l'animal, sont, cependant, de mauvais augure ^ et entraînent parfois la perte du maître du cheval. Certains indices peuvent servir à découvrir certaines tares et certains défauts dont quelques-uns peuvent être tolérés, tandis que d'autres sont inadmissibles. Chacun de ces défauts, chacune de ces tares est désigné par un nom spécial que je te ferai connaître; ainsi que les indices auxquels on les peut découvrir.
Un cheval lourd et mauvais marcheur se reconnaît à ce que si, même en liberté, il voit une jument, il ne hennit point.
Le cheval myope ne voit pas pendant la nuit; on le reconnaît à ce qu'il ne s'effraie pas, dans Tobscurité, d'un objet qui fait faire un écart aux autres chevaux et qu'il se dirige, sans broncher, partout où on le guide.
La surdité est une tare capitale; on la reconnaît à ce que le cheval qui en est atteint ne répond pas au hennissement des autres chevaux et à ce qu'il tient constamment les oreilles couchées.
Le cheval gaucher ne vaut rien et est sujet à broncher, on reconnaît ce défaut en faisant reculer le cheval qui recule d'abord du pied gauche de l'avant train.
Le cheval dont la vue est courte et qui voit mal pendant le jour est mauvais; on reconnaît ce défaut à la pupille de l'œil qui, en ce cas, est d'un noir verdâtre et à ce qu'ayant l'œil ouvert, le cheval ne cligne pas. Ce vice affecte parfois un seul œil et parfois aussi les deux yeux.
Le strabisme est un défaut qui n'affecte que l'apparence du cheval : les Arabes et les Persans s'accordent pour décider qu'un animal qui en est atteint est de bon augure et j'ai entendu dire que Doldol en était affectée *.
U ne seule balsane est de mauvaisaugure, surtout si elle existe à l'un des pieds du côté du montoir.
Les yeux bleus ne constituent pas une tare ; mais si un seul œil, particulièrement
le gauche est de cette couleur, il faut rejeter le cheval.
Il en est de même du cheval vairon et du cheval rouan.
Le cheval à Tencolure droite ne devient jamais bon.
Le cheval dont les jambes sont, selon le terme persan, dites arquées, est sujet à tomber.
Le cheval dont le garrot est garni de poils est de mauvais augure ; il en est de même de celui qui porte des touffes de poils sous les aisselles, surtout si elles existent des deux côtés. Cette remarque s'applique encore au cheval dont la couronne est garnie de poils en dedans; si ce défaut existe en dehors, il est indifférent.
Le cheval dont les sabots sont tournés en dedans est un mauvais animal; il en est de même de celui dont l'avant-irain est plus élevé que Tarrière-train, car il ne peut servir tant dans les montées que dans les descentes.
La queue plantée de travers est une tare au premier chef; le cheval qui en est affecté est aussi appelé exposant, parce que, par cette disjîosition de la queue, les organes génitaux sont visibles.
La queue de chien est un indice de la mauvaise qualité du cheval.
Il faut encore rejeter le cheval qui emboîte mal le pas, c'est-à-dire, dont le pied
de derrière ne s'applique pas exactement sur la trace du pied de devant.
Les éparvins sont une tare qui cause la claudication du cheval; celui qui en est affecté est désigné par le terme de Esbak.
Les siemes constituent une tare très grave. Le eheval qui en est atteint est désigné sous le nom de ^Eroùn si c'est aux jambes de devant, et sous celui de Ekrèn si c'est aux jambes de derrière.
On doit refuser le cheval rétif ou têtu ou ombrageux, celui qui hennit bruyamment et à tout propos, ou lance des pétarades, des ruaaes, dont les déjections se font lentement et celui dont le pénis pend plus que d'ordinaire.
Les yeux gris bleus constituent une tare parceque le cheval qui les a de cetie couleur ne voit pas pendant là nuit ^.
ANECDOTE
On m'a conté qu'un jour, le berger de Ahmed Férikoiin ^se présenta devant lui.
Or ce jour-là était la fête du Noroûz "^ ; après les félicitations d'usage, le berger dit au prince : « Excuse-moi si je ne t'apporte pas le présent accoutumé, mais j'ai à te donner, en échange, une nouvelle préfé-
rable à tous les présents du monde. » — Ahmed l'engageant à lui communiquer cette nouvelle extraordinaire, le berger répondit : a Réjouis-toi, seigneur, car hier mille de tes juments ont mis bas chacune un poulain aux yeux bleus! i» — Ahmed lui rit appliquer cent coups de bâton, car, dit-il, quelle bonne nouvelle est celle de la naissance de mille poulains qui n'y voient point pendant la nuit. »
Maintenant que je t'ai fait connaître les vices et les défauts ordinaires aux chevaux, il te faut encore savoir les maladies dont ils peuvent être affectés et dont chacune porte une dénomination particulière, telles que :
L'inflammation nerveuse; la morve; le suros de la couronne ; la roideur du paturon ; les gerçures du paturon ; les ex- .,s^j^ coriations; la distension du jarret; les ^fep» callosités; la lèpre vive; la lèpre sèche; ^ la paralysie des tendons ; les fissures du sabot; l'enflure du jarret ei celle du paturon ; la pousse; la maladie des vertèbres; le vice de conformation qui est cause que le cheval se donne des atteintes; la pourriture de la sole; la hernie ou l'hydrocèle ; la blessure du garot; Taffection dite khândk ; l'inflammation de la trachée; l'asthme ; Taffeciion dite roboud ma'al ;
celle dite 'Assds; celle dite nesbel ; celle dite sé/ti; la toux; la blessure â la fourchette et la rogne *.
Je me suis borné à lenumération de ces diverses maladies, car le détail spécifique en eut été trop étendu.
De toutes les tares que j'ai citées, la plus grave est la vieillesse, parceque si quelques-unes de ces tares peuvent être tolérables, la vieillesse ne saurait l'être.
Ne fais acquisition que d'un cheval de haute taille, ou tout au moins de cinq dângs ®, car quelque soit la stature du cavalier, il paraîtra ridicule monté sur un cheval de petite taille.
Sache aussi aue, généralement, on compte chez les cnevaux une côte de plus sur le flanc droit; doiic, s'il t'arrive d'en rencontrer un dont les côtes soient en nombre égal, paie-le, sans hésiter, audessus du prix qu'on en demande, car tu n'en trouveras pas facilement un autre qui le dépasse en rapidité.
En résumé quelque acquisition que tu fasses, en chevaux, en immeubles, en choses quelconques, fais-la en vue d'en tirer profit pendant ta vie et de sorte qu'après ta mort, ta famille et tes héritiers en recueillent quelque avantage.
Tu prendras sans doute femme et tu auras des enfants, car ainsi que le dit Lébibi i«.
— « Quiconque mérite le nom d'homme doit prendre femme, y*
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