DU MARIAGE
SI tu prends femme, ô mon fils, n'épargne rien pour elle ni pour tes enfants.
Il dépend de toi que ta femme soit vertueuse et que tes entants soient soumis, ainsi que je Texprime en cet hémistiche :
« Ton fils sera selon la manière dont tu l'élevés, et ta femme selon celle dont tu la traites. »
En contractant mariage, ne recherche pas la fortune, ne recherche pas davantage la beauté, cela n'est bon que s'il s'agit d'une maîtresse ^ Il te faut choisir une femme pudique, pieuse, capable de diriger une maison, aimant son mari, modeste, chaste, parlant peu, réservée, éco-
nome et prudente, car, ainsi qu'on Ta dit : « Une bonne femme est le maintien de l'existence. »
Si tu as pris une femme affectueuse, agréable et qui t'aime, ne te livre pas tout d'abord et ne t'abandonne pas entièrement à elle. On demandait à Alexandre pourquoi il n'épousait pas la tille de Darius, princesse d'une merveilleuse beauté. — « C'est que, répondit-il, il serait honteux que moi, qui ai conquis Tunivers, je fusse, à mon tour, vaincu par une femme. »
Ne prends pas une femme de condition supérieure à la tienne. Ne prends une veuve que si tu n^as pu trouver une fille, afin qu'elle n'ait dans le cœur nulle autre affection que pour toi, et qu'elle s'imagine que tous les hommes sont semblables; elle ne désirera pas ainsi en connaître d'autre que toi.
Fuis la femme incapable de dévouement et dépourvue des qualités d'une matrone; on a comparé le maître delà maison à un fleuve et la maîtresse à une digue qui le contient.
Ne laisse pas cependant ta femme s'emparer de la direction de toutes tes affaires, de manière à ce que tu ne sois plus maître chez toi, car, en ce cas, les rôles seraient intervertis, ta femme te posséderait sans que tu la possédasses.
Il te faut chercher une femme dans une
bonne et honnête famiHt,/Ne la choisis as trop jeune, car on pr^d femme pour a direction du ménage et non pour la satisfaction des sens; pour ce dernier bur, on trouve toujours une esclave au marché, ce qui occasionne moins de dépenses et de soucis. Tu choisiras une femme bien formée, capable de discernement, qui ait pu apprécier la conduite et la sagesse de ses parents dans leur économie domestique et en ait profité. Si tu rencontres une telle femme, ne néglige rien pour la rechercher et fais tout le possible pour l'obtenir.
Une fois marié, garde-toi de témoigner de là jalousie, sinon tu ferais mieux de garder le célibat. En effet, être jaloux, •c'est vouloir imposer la chasteté par violence. Sache que, par suite de la jalousie dont elles ont été Tobjet; les femmes ont causé la perte de beaucoup d'hommes, et que, pour le même motif, beaucouj? d'entre elles se sont livrées aux gens les plus vils.
En ne témoignant pas de jalousie, en faisant avec elle bourse commune, en la traitant selon les moyens que le Très- Haut t'aura départis, elle te sera plus attachée que ton propre père, que ta mère et tes enfants, et tu n'auras pas de meilleur ami en ce monde; mais si, au contraire, tu lui témoignes de la jalousie, tu n'auras pas de pire ennemi. On peut se
garder contre5*inîmitié d'un étranger, mais on ne le saurait être contre celle de sa femme.
Si tu as pris pour femme une fille, ne te rends pas auprès d'elle chaque nuit, afin que, d'une part, elle ne se lasse pas de toi, et que, de l'autre, elle ne s'imagine pas que c'est là un usage général. 11 peut encore arriver qu'un jour tu sois empêché par un motif quelconque, tel qu'un voyage, et il serait alors à craindre que ta femme ne pût supporter ton absence; en effet, si elle est habituée à te posséder chaque nuit, le désir peut s'éveiller en elle pendant que tu seras éloigné, désir qu'elle ne pourra que difficilement contenir.
N'expose jamais les femmes de ta famille à la vue d'aucun homme, quelque soit son âge ou sa laideur. N'emploie jamais au service de ton gynécée un jeune eunuque, fût-il noir ou idiot; mais lu peux tolérer la présence d'un nègre, âgé, laid et difforme. Observe strictement, à l'égard de ta femme, les lois de l'honneur, car celui qui ne se respecte pas à ce sujet est indigne du nom d'homme et est assimilé à celui qui est sans croyances *^.
Si tu as pris femme, si tu l'as traitée selon les avis que je viens de te donner, et si Dieu t'accorde des enfants, il te faudra penser à leur éducation.
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