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— Tu ne ressens ni ma peine, ni ton propre chagrin ;
— Tu étais un mauvais compagnon, tu m'as quitté, tant mieux !
— Mieux vaut la solitude que mauvaise compagnie. »
Garde-toi de nuire à qui que ce soit, surtout à tes amis, si tu ne veux encourir la réprobation générale : on a dit, en effet, que le mépris atteint les ingrats et ceux qui nuisent à leur ami.
L'ami véritable se reconnaît dans deux circonstances : en premier lieu, celle oii son ami se trouvant dans la détresse, il n'épargne rien pour le secourir, et, en second lieu, celle où il ne se détourne pas d'un ami que le malheur a frappé, à ce point que si cet ami est enlevé aux siens, il recueille ses enfants, sa femme, ses amis même et leur fait du bien; il visite fréquemment le tombeau de cet ami et témoigne d'une vive et profonde douleur de sa perte ; bien que ce tombeau ne renferme pas, en fait, son ami, mais bien seulement son enveloppe matérielle, ainsi que je Pai entendu dire de Socrate.
Un jour qu'on frappait rudement ce sage pour le contraindre à adorer les ido-
les 5, il s^écria : « A Dieu ne plaise que j'adore l'œuvre d'un artisan ! » — On le conduisit au supplice et ses disciples qui raccompagnaient en gémissant le prièrent de leur dire, maintenant qu'ils ne pouvait éviter la mort, en quel lieu il désirait être inhumé. Socrate répondit en souriant :
— « Puisque vous devez me revoir un jour, inhumez-moi oti vous voudrez»; entendant dire ainsi que peu importe, car ce n'est pas moi que vous ensevelirez, mais seulement le corps qui me sert d'enveloppe.
Lie-toi d'amitié, mais n'attends rien de ceux auxquels tu te seras attaché ; aie beaucoup d'amis, mais sois surtout le tien; songe à tes propres intérêts et ne compte pas en cela sur tes amis, mais bien sur toi-même; aurais-tu mille amis, aucun ne t'aimera autant que toi-même.
Eprouve tes amis dans la fortune et dans l'adversité; dans la fortune, par des largesses et des égards; dans l'adversité, par le bien ou le mal qu'ils te font.
Ne traite pas du nom d'ami, mais de simple connaissance celui qui ne hait point ton ennemi. Sois avec tes amis d'humeur égale, dans la peine comme dans la joie. En somme, attache-toi à celui que tu crois devoir te payer de retour. Ne confie pas à ton ami ce qui, dans le cas où ses sentiments changeraient à ton égard, pourrait lui fournir des armes
contre toi, car un repentir tardif ne te servirait à rien.
Si tu es pauvre, ne recherche pas Tamitié d'un homme riche, car la pauvreté n'inspire guère d'attachement, surtout aux puissants ; choisis un homme de condition égale à la tienne; cependant , si tu es riche, tu peux sans inconvénient te lier d'amitié avec un homme pauvre.
Si tu veux vivre en sécurité, ne te livre pas entièrement à ton ami. Si un de tes amis rompt avec toi sans motif plausible, ne te presse pas de le rappeler, il en serait indigne.
Garde-toi d'un ami avide et ambitieux, l'affection qu'il te témoigne ne saurait être sincère et ne serait dictée que par son intérêt. Ne cherche pas à te lier avec un envieux, tu perdrais tes peines, Tenvie est un vice incorrigible et n*engendre que le mal et la haine; quelle affection pourrait te porter un envieux?
Maintenant que tu peux te guider dans le choix d'un ami, il me faut te prémunir contre tes erfhemis:
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NOTES DU CHAPITRE XXVllI
1. Bi reg o poust ; littéralement, sans peau ni muscles; c'est-à-dire que si Tamitié est d'autant plus forte qu'elle est unie à la fraternité, Tinimilié est d'autant plus faible qu'elle émane d'un liomme réduit à la misère-
2. L'édition imprimée à Téhéran porte un sens tout opposé : ne contracte qu'un petit nombre d'amitiés, etc., etc., mais le manuscrit que nous possédons et celui de la traduction turque ont celui que nous avons adopté et qui nous semble justifié par la conséquence qu'on tire l'auteur.
3. C'est-à-dire abandonne- le, quitte-le, ne t'en préoccupe pas.
4. Nédim, compagnon de fredaines, se dit particulièrement de celui qui, admis dans l'intimité d'j souverain, partage ses plaisirs.
3. Socrate, Platon, Aristote w\i«|^ patriarches de la Bible passent, dans rop|i»(b|^'^ltes théologiens musulmans, pour avoir a||r43wt: la foi orthodoxe. . ' .r.