DE LA MEDECINE
SI tu fais choix de professer la médecine , il te faudra connaître à fond tant la théorie que la pratique de cette science. Sache d^abord que la constitution du corps est composée de naturalia et de non naturalia. Les naturalia se divisent en trois catégories : i® Les choses qui soutiennent et maintiennent la constitution ; 2" celles qui sont la conséquence des premières ; 3® celles qui produisent quelque mutation dans la constitution ou agissent sur elle en quelque manière.
Les non naturalia peuvent causer quelque perturbation dans la constitution, soit par leur action directe, soit par celle d'un intermédiaire quelconque.
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Les choses qui maintiennent et soutiennent la constitution tiennent de la matière ou de la forme. Les choses matérielles sont ou plus éloignées de la matière, telles que les éléments ^ au nombre de quatre : le feu. Pair, Teau et la terre, ou s'en rapprochent davantage telles que les tempéraments*, au nombre de neut dont un est régulier et huit irréguliers; parmi ces derniers, quatre sont simples et quatre sont composés.
Se rattachent aux tempéraments les humeurs au nombre de quatre : la bile, l'atrabile, la pituite et le sang.
Se rattacnent encore à ces dernières les organes capitaux au nombre de quatre selon les uns, et de deux seulement selon d'autres ^.
Je veux dire par ceci que les organes capitaux sont composés des humeurs, les humeurs dérivent des tempéraments qui dérivent eux mêmes des éléments, les principes matériels les plus distants de la matière proprement dite.
Les parties qui tiennent de la forme se divisent en trois catégories : les facultés, les choses produites et les esprits^.
Les facultés se divisent en trois classes : les facultés cérébrales ou nerveuses, les facultés cordiales et les facultés hépathiques.
Les facultés cérébrales sont au ® nombre de cinq : la vue, Touïe, l'odorat, le goût et le toucher.
Les facultés motrices "^ se divisent ainsi que les organes qu^elIes font agir en trois catégories : Timagination, la pensée et la mémoire.
Les facultés cordiales^ sont au nombre de deux : la faculté agissante et la faculté patiente.
Les facultés hépathiques ® sont également au nombre de trois : la faculté génératrice, la faculté organisatrice et la faculté digestive.
Les choses qui sont produites suivent l'ordre des facultés cérébrales, cordiales et hépathiques parce que les esprits sont soumis aux tacuhés et, par conséquent, les choses produites se divisant en autant de catégories que les facultés, elles sont aussi en nombre égal à celui de ces dernières.
Les choses conséquentes de celles qui maintiennent et soutiennent la constitution sont, par exemple : l'embonpoint, qui résulte d'un tempérament froid; la maigreur, qui résulte d'un tempérament chaud; la coloration du teint, qui résulte d'un tempérament sanguin ; la pâleur, qui résulte d'un tempérament bilieux, le battement des artères, conséquence de la faculté cordiale agissante; Temportement, conséquence de Pexcès de la faculté agissante; le courage, conséquence de l'équilibre de la faculté cordiale; la continence, conséquence de l'équilibre de la faculté concupiscible ; la sagesse, consé-
quence de la faculté raisonnable et ainsi de toutes les complications et circonstances qui résultent de la matière ou de l'esprit.
Les causes qui ont pour effet quelque perturbation ou quelque mutation dans l'économie corporelle sont appelées causes inévitables ^^ et sont au nombre de six : le climat, Talimentation, le mouvement, le sommeil, la disposition à la gaîté ou à la mélancolie et les accidents cérébraux tels que la colère, le chagrin, la crainte, etc. etc. Ces causes sont appelées inévitables parce que nulle créature humaine n'est à Tabri de leur influence et que chacune opère une action particulière sur Téconomie corporelle.
L'état de santé est en proportion de l'action de ces causes; si elles agissent également, le corps se trouve dans un équilibre parfait, mais si, au contraire, l'action de Tune ou de quelques-unes déciles prédomine, le corps en ressent le contre-coup et la maladie et certaines altérations apparaissent infailliblement par suite de la pléthore (jui en résulte.
Les non naturalia se divisent en trois catégories : celles qui affectent les organes dont toutes les parties sont semblables entre elles 11, celles qui affectent les organes dont les parties ne sont pas semblables **, et celles qui produisent la désagrégation d'un organe.
Les premières sont celles qui produisent une affection ou chaude, ou froide, ou humide, ou sèche. Dans le premier cas, on les divise en cinq classes, en huit dans le second et en quatre dans chacun des deux derniers.
Les secondes, celles qui affectent les organes dont les parties ne sont pas égales entre elles, produisent une affection de réconomie générale *'^ ou une affection de quantité, ou de localité, ou de nombre, ou enfin ont pour effet le retranchement ou l'accroissement d'un organe ou d'une partie de cet organe.
Les causes de Taffection générale sont celles des maladies externes ou internes qui se divisent en sept catégories : elles sont aussi celles des affections rugueuses ^* et des affections molles *^ qui se divisent chacune en deux classes.
Les causes des affections de quantité sont de trois espèces : celles des affections de localité et de nombre sont chacune de deux espèces et celles qui produisent une désagrégation ^^ sont de quatre sortes.
Les maladies '"^ se divisent en trois catégories : celles qui affectent les organes dont les parties sont homogènes; celles qui affectent les organes dont les parties sont dissemblables.
Les premières sont de huit espèces dont quatre simples : chaude, froide, humide ou sèche, et quatre composées : chaude
humide, chaude sèche, froide humide et froide, sèche.
Les secondes sont de quatre espèces :
les maladies générales, de quantité, de localité et de nombre.
Les maladies générales ^* sont de quatre catégories : externes, internes, de nature rugueuse ou molle.
Les maladies de quantité ^® sont de deux genres : celles qui causent l'accroissement d'un organe et celles qui causent un retranchement.
Les maladies de localité *® sont de deux espèces : elles ont pour effet le déplacement d'un organe ou son altération ou celle d'une articulation.
Les maladies de nombre*' sont de deux sortes : celles qui agissent par voie de section et celles qui ont pour effet une addition quelconque.
La désagrégation atteint les organes dont les parties sont homogènes, ou ceux dont les parties sont dissemblables, ou les uns et les autres à la fois.
Les complications *- sont de trois catégories : celles qui touchent aux choses produites; celles qui louchent à Tétat du corps et celles qui sont relatives aux évacuations.
Tu sais déjà que la médecine se divise en deux parties: la théorie et la pratique.
Je viens de traiter de la partie théorique, je t'indiquerai maintenant les ouvrages
que tu devras consulter pour chacun des sujets dont j'ai parlé sommairement, afin que tu connaisses les principes et que tu aies un clair aperçu sur chacun d'eux.
J'ai puisé dans Galien et spécialement dans son ouvrage des sei^e"-^^ les notions que je possède et je n'ai appris que bien peu en dehors de ce livre.
Tu trouveras ce qu'un médecin doit connaître des éléments dans le chapitre des sei\e mtitulé : des éléments ; les tempéraments, chapitre sous ce litre du même ouvrage; les humeurs sont traitées dans le second discours du livre des facultés hépathiques qui fait aussi partie des sei\e ; les organes dont les parties sont homogènes sont définis dans le livre de Vanatomie mineure ; ceux dont les parties sont dissemblables sont définis au chapitre de Vanatomie majeure, ces ouvrages sont autres que les sei\e ; il est parlé des facultés cordiales dans le livre du battement des artères du même ouvrage; pour les facultés cérébrales ou nerveuses, tu te référeras au livre des conseils d'^Hippocrate et de Platon -^. Cet ouvrage est aussi de Galien, mais ne fait pas partie des sei\e.
Si tu veuK pousser plus loin tes études, puise la connaissance des éléments et des tempéraments dans le traité de l'être et v^r de la dissolution -^ dans celui du ciel et * de Vunivers '^\ pour les puissances et les
choses produites, réfère-toi au livre du cerveau et à celui de la perception et des choses perçues; la science des organes est traitée dans le livre des créatures animées; les diverses maladies sont spécifiées dans le livre des maladies et des complications qui fait partie des sei:[e divisions; les causes sont expliquées dans le second livre du même ouvrage ; les diverses complications sont décrites dans le sixième livre; les causes des maladies sont définies dans les quatrième, cinquième et sixième livre de cet ouvrage.
Maintenant que j'ai traité de la théorie médicale, je ne puis passer sous silence la partie pratique quoique je doive m'étendre quelque peu longuement sur ce sujet, la théorie étant à la pratique ce que l'esprit vital est au corps qui ne peuvent exister que par une coopération mutuelle, ne peuvent se compléter que Tun par l'autre et ne peuvent être Tun sans l'autre.
Quand tu seras appelé auprès d'un malade, fais bien attention au régime que, *lon son âge, tu dois prescrire ; le iraiment peut être entrepris de deux façons ; par la diète ou par l'alimentation.
Le médecin ne doit entreprendre aucun
traitement avant d'avoir acquis une connaissance parfaite de la force du malade, de la nature et de la cause de sa maladie, de son tempérament, de son âge, de sa profession, de sa façon de s'exprimer, de sa constitution, des conditions de sa résidence, de la température, de la pulsation, de la race dont est issu le malade, de quelque afTeciion externe dont il peut être atteint, des complications apparentes, des sympiômes favorables ou lâcheux, de la nature des sédiments, des symptômes de quelque affection interne.
Le médecin doit aussi connaître les signes qui annoncent une crise ainsi que les différentes espèces de fièvres afin de pouvoir remédier aux affections aiguës. Il doit, en même temps, être habile pharmacien, selon les préceptes des maîtres et connaître l'application des différents genres de traitements. Si je devais définir chacun de ces sujets, je m'étendrais trop longuement, je me contenterai de l'indiûuer les ouvrages où tu pourras, en cas de besoin, puiser certaines connaissances sur ces divers sujets.
En fait d'hygiène, tu consulteras le traité complet qui fait partie des sei:{e divisions; pour la symptômatie, les prémisses de la science et les sections d Hippocrate; pour le battement des artères, % pulsation majeure et mineure \ la connaissance des urines, le premier discours
du livre des crises de l'ouvrage des seize divisions de Galien qui est différent ae celui des sei^e divisions proprement dites '-^
Pour les symptômes des maladies internes, tu consulteras le livre intitulé : « La maturité des bourgeons » ; des sei^e divi" sions ; pour les crises, le traité des crises du même ouvrage ; pour les fièvres, le traité des fièvres' encore du même ouvrage, et pour le traitement des affections aiguës, le livre intitulé : « Ueau d'orge qui fait partie des œuvres d'Hippocrate, la maturité des bourgeons déjà cité et rart de guérir; quant à la pharmaceutique, tu recourras à la pharmacopée de Galien.
Le médecin doit faire de nombreuses expériences, mais il évitera de choisir pour &ujet une personne notable; il devra aussi servir dans les hôpitaux ** afin de mettre en praticjue les connaissances qu^il aura puisées dans les livres et d'acquérir une certaine habileté pour ne pas se trouver embarassé. Il se pénétrera des recommandations d'Hippocrate afin d'apporter, dans ses cures, la plus grande droiture. Il aura soin de se vêtir décemment, d'approcher le malade avec un visage souriant et de lui adresser de bonnes paroles d'en-
couragement, car c'est là un puissant auxiliaire.
Le médecin examinera attentivement la face du malade, s'il le croit endormi. S'il interpelle le malade et si celui-ci répond sans le reconnaître ; s'il ouvre les yeux et retombe soudain dans l'assoupissement, ce sont-là autant de symptômes fâcheux.
11 en est de même si le malade a l'œil hagard et s'il est agité; s'il pousse des cris, si ses doigts se crispent ; si la sclérotique et la prunelle sont plus brillantes qu*à l'ordinaire, si le malade passe fréquemment la langue sur ses lèvres, et s'il respire avec difSculté. Un résultat fatal est à craindre si le malade est atteint de vomissements Incessants et si les déjections stomachales sont de deux nuances rouge, jaune, blanche et noire.
Si le malade est atteint de consomption et de toux, le médecin recueillera de sa salive sur un morceau de linge et la fera sécher et si la salive laisse quelque trace après le lavage, ce sera un symptôme défavorable, si le malade, outre la toux, est abattu et irritable, il souffre, en ce cas, d'un asthme.
Dans le cas que je viens de citer et tant que les symptômes que j'ai signalés persisteront, tu t'abstiendras de prescrire aucun médicament, ce serait inutile; mais s'ils disparaissent, il y a quelque espoir de guérison. En ce cas, observe le pouls du
malade, s*il est élevé et marq[ué, c'est le sang qui domine; s'il est faible et fréquent, c'est la bile; s'il est faible et lent, c'est l'atrabile; s'il est lent et dur, c'est la pituite; s'il est irrégulîer, recherche à quelle catégorie la maladie peut être attribuée et règle ton traitement d'après ton observation.
Après avoir constaté l'état du pouls, tu passeras à l'examen des urines. Si elles sont blanchâtres et troubles, le malade est atteint de quelque chagrin; si elles sont blanchâtres et limpides, la maladie a pour cause le mauvais air et l'humidité malsaine; si elles sont claires, le malade souffre de dégoût; si la teinté en est orangée et si elles contiennent quelques particules solides; elles annoncent une affection intestinale ; si elles sont onc»
tueuses et contiennent des filaments, c'est le signe d'un résultat fatal et prochain; une teinte safranée est l'indice d une fièvre bilieuse ou d'une affection bilioso-sanguine; noirâtres et surmontées d'un liquide jaunâtre, elles résultent d'une hypertrophie de la rate; en ce cas, ne prescris aucun remède, de même que dans le cas où le liquide émergeant est dia* phane, si les mêmes laissent un sédiment jaunâtre ou verdâtre, elles annoncent une amélioration prochaine de Tétat du malade.
Si quand le malade délire, l'urine est
d'un rouge foncé mêlé de déjections sanguines et si elle écume, abandonne toute prescription, de même que si tu y remarques une teinte brune et si un peu de sang caillé paraît à la surface ; si ayant la même teinte, Turine est surmontée de substances farineuses ou de sang caillé, prends con^é du malade.
L'urine jaune qui jette des reflets brillants ou qui est d un jaune tirant sur le rouge, est le signe d'une affection sanguine; en ce cas, ordonne une saignée et le malade ne tardera pas à recouvrer la santé.
Si Turine est jaune parsemée de filets rougeâtres, recommande le malade à Dieu; si elle est. jaune parsemée de filets blanchâtres, la maladie traînera en longueur; si elle est verdâtre, elle indique une affection de la rate. Si elle est verdâtre et noirâtre, retire-toi. L'urine verte et blanchâtre avec des filaments semblables à Tacarus du vinaigre est le signe d'une affection hémorroïdale ou de l'impuissance.
Après avoir constaté l'état du pouls et la nature de Purine, tu passeras au diagnostic, car les maladies sont de beaucoup d'espèces. Quand tu auras reconnu la maladie, dans tous les cas où la diète te paraîtra devoir suffire, ne prescris ni onguents, ni liniments, ni emplâtres, ni cataplasmes; dans les cas oQ ces palliatifs ainsi que les dilutions et les infusions
suffiront, ne prescris ni pilules, ni décoctions, ni aucuns composés.
N'abuse pas des médicaments, et tant que le calme et le repos te semblent être efficaces, ne donne au patient aucun vomitif ou purgatif, mais si le mal s'aggrave, n'hésite pas à employer les médicaments et ne te contente pas de la méthode expectanie.
Fais en sorte que le malade ne soupçonne pas la gravité de son état, encourage-le et ne va jamais jusqu'à déclarer qu'il est en danger.
Ne prescris pas une diète trop rigoureuse au malade grand mangeur qui ne saurait l'observer, mais alors combats habilement le mal que pourrait causer une alimentation trop abondante.
Une des connaissances les plus utiles à un médecin est la pharmaceutique.
Je me suis longuement étendu sur ce chapitre à cause de ma passion pour la médecine qui est une science vraiment utile. Je m^ suis arrêté parce qu'on se plaît à entendre parler les amis de l'humanité. Mais si le destin ne te conduit pas à cette étude, applique- toi à celle de l'astronomie qui est aussi une science noble parce qu elle se rapporte à un miracle de
l'envové divin, et une science qui a été ainsi honorée est, sans contredit, privilégiée *®.