A L. PRIX I ERES
Bah ! l'on vit histoire de vivre !
La vie est très peu.
Quelques pas dans la boue, au soleil , sous le givre, Orgueils, amours, espoirs, bons trafics avec Dieu,
Puis, brusquement, le couvre-feu.
Nous sommes déjà morts si le Néant succède
A nos mouvements vains.
Que le destin nous fasse une grimace laide, Qu'il vienne à nous portant des lys bleus dans les mains.
Que nos cœurs soient flots purs ou bien sources malsaines. Que Gê tourne légère et sur un axe heureux, Ou que le vieux troupeau s'agite sur ses scènes. Adultère, assassin et pantelant et gueux,
Qu'importe à Sirius et qu'importe à nous-mêmes. Puisque l'Homme, non moins ([ue les hommes, mourra. Puisque son jour est sûr et qu'il ne restera Rien de ce qu'il admire et rien de ce qu'il aime !
Ah ! que le Povei ello fende Les cœurs durs avec ses rayons Et que sa douce main répande Un blé de rêve en leurs sillons.
58 KKNK-Ai,nF«:Frr fi.kchv
Que Tliaïs sacrée ilhmiinc Une cité de son c()rj)s nu Ou ([ue la musulmane Aminé Aime un né^^rillon ingénu ;
Que les cloches, par brise et bise, Sonnent la fête ou le tombeau, Que le temple porte à sa frise Ht la colombe et le corbeau.
Que la souffrance nous géhenne, Qu'ils volent à nous les espoirs, Que la rose céruléenne Du mj'stère trouble nos soirs ;
Ah ! que compli([uée et naïve La cathédrale monte au ciel.
Que la Joconde nous poursuive Et que Salomé danse et que joue Ariel...
Il serait tout pareil que ces divines lampes. Ces étoiles d'argent et d'or n'aient jamais lui. Que blanche soit restée la feuille de l'estampe, Puisque le monde passe et qu'une morne rampe Plonge le souvenir lui-même dans la nuit.