LE VENT QUI NOUS POUSSE
Le vent qui nous pousse N'écoute pas notre clameur.
Très chère, très douce, Je ne sais rien sinon qu'on meurt.
Henéi^als, apôtres, Ils ne sont pas plus avancés
Les uns que les autres Quand une fois ils sont glacés
Par l'hiver suprême.
Ah! Pourquoi sur les larges eaux
Ton essor, trirème; Pourquoi la llùte de roseaux
Kt l'Amour lui-même; A quoi bon le teiuple et l'autel.
Le vaste tonnerre.
Le rêve inexprimable et tel
Qu'un rayon lunaire; Pourquoi, taillée en pur Paros,
L'Erechtéionide ; A quoi bon le saint, le héros
Au songe intrépide ; Et pourcpioi le chemin profond
Que les idées claires Avec leur grand pic d'orse font
Dans les durs mystères, A quoi bon, très chère, à quoi bon?
Autant être puce Si nous brûlons notre charbon
Pour le roi de Prusse.
62 HKNK-AI.HKirr l'IJCUHY
XKKiK
A l'dul CORM'
Sur la colline douce et ronde, à la lisière Du ciel où le couchant mauve épand sa beauté, O neij^e, comme on voit les clairières l'été, Tu parais un champ rose et léger de bruyère.
Un rire de malheur, d'ironie et de dol Convulsé durement la figure plâtrée D'un Pierrot mort d'amour et de haine rentrée. O Neige, Pierrot mort étendu sur le sol.
O Neige, gazon blanc où la pure nuit sème Des lleurs de lune étincelantes et menues. O Neige, blanc velours, o Neige épaules nues, O plage d'astres blancs pulvérisés en gemmes!
Cimetière infini dont les pierres tombales Portent des arbres nus comme de noires croix. Plumes aux frissons blancs gelés dans les airs froids; O colombes blessées dont nul n'entend les rûles.
Neige, tiède prairie aux flancs des Pyrénées ; Le soleil bienheureux a doré tes tapis, Et tu semblés propice aux pasteurs assoupis. Neige qu'appellent sœur les blondes matinées.
O Neige, illusions sinistres ou suaves.
Simulacres d'un rêve au néant emporté, F'onds maintenant, grossis les fleuves et les gaves, O vaine image de toute la Vanité.