‹ Le cadavre et les rosesChapitre 21 sur 31 · LES VOIX · texte numérisé non relu

LES VOIX

Si lu les entendais, les voix,

Qui sont dans mon cœur et qui chantent,

Qui chantent pour toi, Comme autant de cloches sonnantes !

Elles font un concert ardent.

Elles jettent de grandes Uammcs.

Elles sont douces cependant Ainsi que la pitié des femmes.

Elles sont en joie et en pleurs Tant j'ai d'amour, tant j'ai de crainte. Elles se revêtent de lleurs, Comme un triomphe altier, comme une douleur sainte.

Ouhlieras-tu les bois secrets?

Ah ! comme tu cherchais mes lèvres !

Quel charme inégalable errait Là-bas sur les coteaux de Sèvres !

Les voix disent notre légende.

L'idylle de feu nous brûla.

Hélas ! comme l'ombre était grande Alors (juc tu n'étais pas là î

Il Hi:M>Aijn:Kr iij:uin

Miiis lu revenais. () légère, Moins (le souplesse et moins d'éclat Sont aux roses et aux fougères.

Les voix (lisent aussi cela.

I/absence est une lleur llétrie Qu'il ne faut pas garder aux doigts.

Plus d'absence, les voix le crient, l^lles le crient, tu les entends, les voix !

J'ETAIS DANS LIvS FLAMMES

J'étais dans les tlamiiics D'un bûcher de roses.

J'ai brûlé mon à me Aux flammes des roses.

J'étais sur l'eau blonde D'un lac enivrant.

D'avoir bu l'eau blonde Me voici mourant.

Sous les feuillées hautes Le bonheur fut beau.

Sous les feuillées hautes, Il a son tombeau.

Mais chère lointaine Mire un cœur ardent Aux blanches fontaines Du passé vivant.

Tu verras l'absence Ne durer qu'un jour, Succomber l'absence Aux traits de l'amour.

Hi:Ni:-AIJiKHT FLKLHY

Hienlùl l'iu'urc chante Qui doit nous unir, lùilends-la qui chante Tout notre avenir

Et pose mon Ame En feu sur ton Ame.

Ri:xDi:z-vous

.4 Bernard X Al' DIX.

Au grondement continu Du train qui sourdement roule, Bruit de houle, bruit de houle, Je berce mon rêve nu.

Sous notre course elTarée, Les pays et les pays, De l'aurore à la vcsprée.

Se sont tous évanouis.

J'ai voyaj^é cincpiante heures Pour peut-être la revoir. Il est juste que tu pleures, () mon frêle, frêle espoir.

Je viens de si loin vers elle !

Sera-t-elle au rendez-vous?

Trouverai-je son cdHir doux 1^1 bai«^né d'amour plus belle,

Ou dur et sans souvenir De la promesse el des joies?

O mon rêve, tu te broies Sur l'instant (jui va venir.

70 hi;m':-ai.hkht i-ua'HY

N'oici la su|)rcMiic ^nre

l^t iiic voici sur le (luni.

Ah ! ah ! rendez- vous manqué !

Du malheur en moi s'ellare.

l^Llle enfin ! Kllc a|)|)araît

(]omme un parlum surabonde.

La beauté de la forêt

Est moins jeune et moins profonde.

« Toujours blanc, Prince des fous, « Prince d'Ombre et de Manie ! »

« — Eh oui ! c'est que, voyez-vous, « Je n'eus jamais d'ironie;

« Et c'est qu'aussi je me meurs « N'ayant pas la certitude... »

« — Ah ! je ne veux pas de pleurs, » Ordonne-t-elle à voix rude.

« Sois sage une bonne fois, « Cueille le fruit qui se donne. « Viens me prendre toute et sois « Un roi digne de son trône ! »

Et je la suis, mon cœur sème Des roses sur mes cyprès.

Je bondis, je tremble, j'aime !

Mais après, après, après?

LE cadavrl: kt lhs roses //

TRisTK i:ffi:t

Triste cflet des anciens charmes, Je me réveille la nuit, Très souvent, baigné de larmes.

Je les bois sans bruit.

Mais jamais le jour, jamais, Entendez ceci, très chère, O très chère que j'aimais Plus que mon père et ma mère,

Un seul pleur je n'ai versé, Un seul sanglot commencé Sur notre divin passé Jeté de vos mains au fossé.

Jamais, jamais, il n'arrive Que je reparle de vous.

Ne faut-il pas que je vive Comme les gens de chez nous Qui sont sans soucis et doux?

Ah ! je suis vraiment fort brave.

Sans pleurer, sans discourir.

On a dit : « Mais c'est très grave, Il en pourrait bien mourir ! »

78 HKNK-ALHKHT 1 LKLKY

i;i:THAX(ii: \'()va(;k

.4. C. AMI 1)1 El

Oh ! ce fut un voyage élranj^e.

Les Ilots nous sourircMit d'abord.

Le soleil, volant comme un ange, Nous versait la joie avec l'or.

La Bien-Aimée était si belle Qu'un murmure montait des mers.

La vie sortait, longue étincelle, De ses yeux fauves, grands ouverts.

Très longtemps, sur l'eau nous allâmes.

Le jour passait après le jour.

Le bercement calme des lames Etait un beau rhytme d'amour.

La Bien-Aimée était si tendre Que je rêvais d'éternité.

Le destin a fait de la cendre Avec mon ingénuité.

Soudain des merveilleuses lèvres Partit un rire dur et fou.

La mer eut une horrible fièvre, L'ouragan vint je ne sais d'où.

Je me trouvai sur une grève,

Blessé, brisé, taclié de sang.

« On voit que c'est son cœur ([ui crève »,

Dit une vieille, en nie pansant.

J'ai failli mourir d'infortune Dans la cabane d'un marin.

Mais c'est lini, le clair de lune A bu lentement mon chagrin.

Je ne gravis plus la falaise Pour guetter sur l'onde sans foi La barque de la Très Mauvaise Qui se repent et vient à moi.

Mon âme à présent se replie Sur elle-même et se tapit Au fond de sa mélancolie Comme un animal assoupi.

Je ne soulfre plus, je suis triste.

Oh ! je ne me tords pas les mains.

Mais à travers une améthyste, ^

Je vois le monde et ses chemins.

Je vis, je vis, comme l'on pleure, A la dérive, au fil de l'heure, En attendant le prochain leurre.

<S0 HKNK-AI.UKin ILKUHY

l'IX

Adieu ! Mon i)assé dorl dans un cercueil de verre

l^t coinnic un nionnrtjuc embaumé, Il res|)lendit encor d'une beauté si claire Qu'on en est alarmé.

Divin, mon passé dort sur les rubis farouches

Qui naguère étaient nos désirs, Nos râles, nos soupirs, la ferveur de nos bouches, La ferveur et l'etlroi de nos cœurs sans loisirs.

Tu peux venir le voir. Présence inofFensive, Tu n'éveilleras pas Lazare. L'air vivant Qu'il garde sur sa face éternelle et pensive Est profondément décevant.

S'il vit, c'est de lui seul, pour lui seul. Il se rêve.

Tes pleurs ne sauraient l'émouvoir.

Viens donc, regarde bien, ô pauvre petite Eve,

Tout est fini. Quitte l'espoir.

Viens, tu n'es plus délicieuse Que dans cet Autrefois sous tes yeux endormi. Aujourd'hui défleurie, hier si précieuse, Que par toi mon destin trembla, sombre et blêmi,

Viens le voir ce Passé. Plein de calme et de grâce. Superbe, il s'est couché dans son enchantement A l'heure que devint vaine toute menace De recommencement.

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