LE HAL
A G. DERYS.
La plage est blonde dans l'aurore Comme l'ambre clair cl le blé.
L'Orient léger la décore D'un éclat que rien n'a troublé.
Elle est étincelante el lisse.
Elle est toute vierge et la mer, Flatteuse, avec douceur y plisse La frange de son Ilot amer.
Sur les sables de nacre et d'or.
Faits d'étoiles pulvérisées, Apparaît la sœur des rosées, Kilharis, qui règle mon sort.
De soleil seulement vêtue.
Elle va vers la mer et veut S'envelopper, souple statue, Dans le pei)los immense et bleu.
L'Eau bienveillante et monstrueuse La i)resse d'un baiser câlin, h^lle sourit, volui)tueuse.
Dans la fraîcheur du vent salin.
Puis elle plonge dans les vagues Ses deux mains où brille à la fois Le cristal chatoyant des bagues Que l'Océan met à ses doigts.
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Sa chevelure constellée De goiittelelles de saphir I^-st connue une algue déroulée Par le souille d'un ««rand zéj)hyr; Son cor|)s a j)ris les molles poses Que la brise donne aux roseaux; Ht ses seins Ileuris sont deux roses Sur le gazon mouvant des eaux.
l^]t tout à coup, loin de la plage, Vers l'immense horizon serein, Helle mélodie, elle nage (Lomme à l'ajjpel d'un dieu marin, l^t l'évasement de ses hanches Ouvre un sillon de perles blanches Qu'envierait pour son col Vénus ; KUe vogue, la souveraine.
Parmi le dépit des sirènes, A des rivages inconnus.
L'Océan, son docile esclave, Polit comme ceux d'un vaisseau Ses lianes marmoréens qu'il lave Avec des rires de ruisseau.
Quand elle abandonne enfin l'onde VA rcssurgit au sable dur.
L'air, de sa grâce vagabonde, iMilace son corps jeune et pur, VA le ciel ébloui l'inonde D'une profusion d'azur.
LE CADAVHE ET LES ItOSES 15
INNOCENCK
A Mademoiselle M. (i AILLAI I).
¥\{\nuuQ, la Volupté rayonne sur deux èlres. Leur chair à la chaleur du délire se l'ond. I^l leur cœur s'hallucine, ii^norant d'autres Maîtres Que la si)lendidè étreinte et le baiser [)r()rond.
Or, voici : l'Amour tombe avec le bruit d'un chêne Dans la foret du siècle et la fait retentir. L'homme plein d'épouvante à la douleur s'enchaîne. 11 rêve d'abstinence et de long repentir.
Il a le dur frisson de l'exécrable orgie. 11 ruisselle des pleurs amers (ju'elle a coûtés, (^omme l'ermite en son désert se réfugie, Il s'enclôt dans sa honte et dans sa chasteté.
Mais un soir il te voit passer devant sa hutte, Heine du jour suave et de l'ardente nuit. N'entend-il pas encor chanter les douces llùles Qui, jadis, modulaient le chant d'amour pour lui?
Bas le froc et bas la prière et bas le jeûne! I^t l'orgueil? Le désir, vent farouche, l'abat. Plus que jamais trendjlant, impérieux et jeune Il est à tes genoux, ])rincesse de Sal)a.
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Il (lit : « L;i \crlii n'est (jiic leurre et (\uv Iblie. (( Je Imis les vaines j)eurs, les sordides remords. » Il ndore, il j^éniil, il ordonne, il suj)i)lie. II dit : (( Je veux sortir (\i\ l'oyaume des morts ».
Hcnaît alors pour lui la fête sensuelle. Il va par un palais sublime, émerveillé Que l'air en soit si pur et la voûte si belle, I^t de nulle infamie il ne se sent souillé.
Brusquement le j)alais d'extase et d'innocence S'écroule : un doigt d'enfant a fait tomber ses murs. L'homme est dans le nnstère et la stupeur, il pense : « L'Kternel m'a puni pour quelque crime obscur »
Le Bonheur nous absout, le Malheur nous accable Et nous montre le Châtiment dans son miroir. La famille d'Adam, fragile et révocable,
Vaine comme le sable.
Tremble, s'exalte, allirme et pleure et croit savoir.
LK CADAVHK HT Li:S liOSKS 17
LK CYPUKS
Le cyprès noir, l'arbre-corbeau, — Mine funéraire et revêche — Se tient sur la colline sèche • Comme sur la croix d'un tombeau.
Le haut cyprès ithyphallique Attend vainement le ctéïs D'une gigantesque Laïs, () grand phallus mélancolique !
Le haut cyprès perce le ciel, Cierge de la plus sombre cire, (ilaive aigu (jui voudrait occire Les astres blonds comme le miel.
H garde la même figure
Du matin rose au soir rougi,
I^ternel, sinistre, surgi
Kn vieux sorcier de malc-augure.
Mais, tout proche, un i)ècher fleuri, Doux page vêtu d'églanlines, Frais comme l'heure de matines, Arrête les sorls et sourit.