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mon camarade! Tudieu! quel poignet vous avez! Écoutez, en ma qualité de brigadier et de parrain, vous me devez doublement le respect ; mais je veux faire quelque chose pour vous, et a partir de cet iiislanl, je vous permets de me tulover...
Ce même soir, lorsque Antoine, en proie à une agitation bien facile à concevoir, renira al'bôlel, on lui remit un billet de son frère. Ce billet était ainsi conçu :
« Ne m'atleiids pas, cher Anioine. Après avoir fait un excellent dincr chez monseigneur le grand aumônier en compagnie du directeur du séminaire de Saint-Sul-
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pice, jft me déleruiine h entrer immédialemerit au bercail, persuadé qu'il ne faut jamais remettre au lendemain l'accomplissement d'une bonne résolution. Nous aurons bien des chosesà nous dire à notre première entrevue, qui sera prochaine, je l'espère. Jusque-la, puisse Vénus ne pas me faire oublier complètement par Mars!
C'était la première fois que les deux frères se séparaient. En se retrouvant seul dans cet appartement, oîi la joyeuse humeur d'Enguerrand ne laissait pas que de faire diversion aux préoccupations d'un amour jusqu'alors assez maltraité par le sort, Antoine sentit une larme perler au bord de ses paupières, puis il se coucha
Irislemeiit. Il eut beaucoup de peine k s'endormir, el l'iuiage de son frère Engueirand el la tabatière de monseigneur le prince de*** eurent une grande part dans ses rêves.
spectacle à la cour.
D('cidémenl la métamorphose est compièle. Voila M. de Beuvron-Hauteroche le cadet bien et dimicnt enrégimenté dans l'illustre compagnie des gendarmes de la garde du roi, et son frère aîné a pris
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place dans le bataillon d'élite des milices sacrées au séminaire de SaiiU-Siiipice. Ce mot seul de séminaire ne réveille aujourd'hui surtout que d'S idées fort peu attractives. Le dogme dans tonte son austeriié, la discipline dans foule sa rigueur, avec son cortège de réclusion , d'abstinence et de privations de toute sorte, apparaissent soudain devant les yeux de l'âme : pejjdanl que les yeux du corps voient se profiler a l'horizon des légions de jeunes lévites au teint bième, a la physionomie ascétique dont la plupart ont échangé la veste ou le sarroau de toile contre la sou lanepour remplir un office actuellement peu recherché, il faut bien le reconnaître, par les enfants de la noblesse, voire nième de la bourgeoisie, (i'est au plus si, parmi
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ces derniers, on en rencontre aujourd'hui qnelques-ims qui consentent à se faire médecins du corps; mais médecins de l'âme, fi donc! Il n'en était pas ainsi en 1814, alors que la ferveur des passions pniitit|ues et religieuses venait de faire surgir dans toutes les antiques ciiâleîlenies de France de jeunes catéchumènes tout prêts à morslrcr h lassnuf des consciences pour y piauler (ie vive force le drapeau de la foi nouvelle. C'est au séminaire de Sairjt-Sulpice surtout que venait se concentrer celle phalange biasonnée qui, depuis lors, a fourni à l'épiscopat français ses plus glorieuses recrues.
Enpuerrand de B<'uvron, parle nom de
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son père et par les liens de parenté qui l'unissaient k la famille de monseigneur le grand aumônier de France, devait se trouver particulièrement en relief parmi les néophytes du séminaire. Il était d'ailleurs arrivé à un âge où il devenait difficile de Tassujétir complètement a la règle commune, et oïl il importait d'abréger sensiblement pour lui les épreuves du noviciat. Aussi fut-il décidé qu'il aurait une chambre particulière dans l'établissement et qu'il lui serait permis de sortir assez fréquemment. Dans de telles conditions, on le voit, la vie du séminaire n'avait rien de bien pénible.
Avec quelle effusion les deux frères se
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revirent après quelques jours de séparalion ! Enj^uerrand ne tarissait pas sur les charmes du métier qu'il avait embrassé.
Le directeur du séminaire avait voulu qu'il n'eût pas d'autre table que la sienne, et il possédait une table fort bien servie et une cave k l'avenant. Quant à Antoine, on pense bien quel dut être le sujet de ses conversations avec son frère. Lorsqu'il en vint a l'histoire de la tabatière et du portrait qui en ornait le couvercle, En^uerrand neputs'empêcher de faire une légère ffrimace.
— Diable! diable! s'écria-t-il, cela se complique. Est-ce que, par aventure, ta belle amazone aurait cessé dètre rosière?
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El comme Anloiije se récriait avec indignation :
— Eti bien ! après tout, reprit son frère, il n'y aurait pas grand mal ^t la conquête n'en deviendrait (jue plus facile. Croismoi, les femmes ne valent pas générale- Jîient le quart de toutes les peines qu'on se donne pour les obtenir, il n'} a rien (ie tel que de marcher dans un chemin frayé pour ne pas se fatiguer. Que t'importe d'ailleurs qu'on ait eu, qu'on ait même encore des bontés pour le prince de *** ? Ce n'est jamais un rival bien dangereux qu'un Céladon sexagénaire, et le prince pourrait bien avoir cet âge, n'est-ce pas? Quel est sur tout cela l'avis de Saint-Andéol?
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— Je ne le lui ai pas deiuantlé, repartit A M loi ne lorl ellarouché des aphorisoies de son fièie eu jnalière de senliuieDl.
— C'est un tort. Ce Saint-Andéol me paraît avoir du bon, surtout quand il a fuuié suffisamment de cigares, et je suis fort aise de te voir délniterdansla carrière sous ses auspices. Tu feras l)ien de le consulter. Seulement, ne va pas lui dire que lu es mon cadet. Cela doit être un mystère pour tout le moi]di', jusqu'à ce que j'aie pu préparer iiotre père.
— r.h quoi, c er Fn;:uorrand, ne songes lu pas \\ le faire dès h présent ? .
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— Pas encore! Comme tu es pressé! On voit bien que tu portes l'épée aujourd'hui. Moi qui n'ai que la soutane, je m'en accommode à iiierveille jusqu'à présent; mais enfln, il faut voir si cela durera. En attendant, notre père me demande dans sa dernière lettre force détails sur la vie que je mène aux gendarmes de Is garde, et, en conscience, sans toi, je serais parfaitement hors d'état de lui en donner.
Voyons si je me souviens bien de tout ce que tu m'as dit à cet égard sur l'emploi de ta journée. D'abord, le matin, la diane \ puis la visite aux écuries, l'avoine, le rapport, la* parade, la promenade du roi. Peste! voila de Toccupalion ! Dicte-moi tout cela,, afin que je n'aille pas m'embrouiller dans ma lettre et placer une le-
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çon de théologie k la place d'une leçon de slralégie, el l'art de manier l'encensoir ou le goupillon au lieu de celui de tiier l'épée ouïe pislolet. Maintenant que j'ai pris mes notes, revenons a tes amours. Où en es-tu de les recherches s l'endroit de la Dulcinée ?
— Hélas ! je ne suis pas plus avancé que le jour où lîous nous sommes quittés.
— Tu n'as donc pas é(é dans les églises et dans les théâtres, comme je te l'avais conseillé ?
Si fait.
?ôi.