‹ Le cadet de familleChapitre 12 sur 13 · I.K CADi.T · texte numérisé non relu

I.K CADi.T

— Al!:5!'isi je vois (jti il l'an! que je m'en mêle, ^;a^s cehi !u ?u; réussiras jamais. Ah ! si j(> connaissais seuieinecil le boul de son nez, je l'eusse déjà découverte.

— Je n'en crois rien.

— Incrédule! je te convertirai. Tiens, rc^^irde-niui î)ien, nion cher Anioine, pendant que II! cherches et ne trouves rien, moi. qiii ne cherche }ias, j'ai ti-ouvé.

— Quoi donc?

Peu\-lu le (ienm rider? Écoule-nioi.

i)i; F/iMii,Lf:

D'iiî)!M'(i sao}i(\ mon ciitT Aiiloiiic. (jue (ie la loiiè(!*e(ie la cliamiire qu'on m'a (ioinirc au séminaire on tl<''t;ouvre un magnininie hôtel avec un jardin superbe piaulé dans le ^oùl de Le Nôtre, le janlin des Tuileries en miniature. Eh hien ! (i<2ure-toi que du liant de mon ohservaloire, je vois se promener là lous les jours la plus adorable créature (jue j'aie reficoutrée de ma vie; une charniante brune avec une taille de nymphe et des jeux comme il n'en existe pas a coup sûr (îans aiicun coin des monlaiines (l'Auveriine. Seulement, elle pavAil un peu In.sie, Cela n'est pasétonnaul : elle ne voit personne Pauvre petite femme, si jeune, si charmante et condamnée a une pareille solitude! C'est ailreux, n'estce pas? Quand je ûi'? {kt^wiiup, je me

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trompe, pourtant. Tous les jours, a la même heure, un parent ou nu ami, je ne sais encore lequel des deux, vient la visiter, un homme d'assez haute mine, mais de cet âge équivoque qui n'est pas encore la vieillesse et qui n est déjà plus la maturité. Le pei'sonnage dont il s'agit offre son bras, la jeune femme s'y appuie assez familièremeist, et dès lors, les voilà tous deux parcourant le jardin, comme si c'était le printemps et l'automne marchant de conserve et se faisant compagnie. Ce moment de la journée est le seul où un sourire paie comme cette maussade saison où nous sommes parvenus vient illuminer parfois l'adorable front de ma duchesse; £ùT tu sauras, frère, que c'est une duchesse.

— Qui le l'a dit?

— Eh mais, le direcleur du séminaire à qui je l'ai demandé.

— C'est un peu audacieux.

— Que veux-tu ? c'est ma devise, comme tu sais : Audaces fortuna... Je te fais grâce du reste.

— Et commrnt se nomme cette duc 11 esse?

— La ducliesse de Langerou.

— C est donc uiie veuve?

— Non pas. Elle a un mari, un pair de France, à ce qu'il parait.

— El lui, quel air a-l-il? esl-il jeune ou

vieux ?

— Ma foi, c'est. . . un mari.

— Tu l'as donc vu?

— Non pas , et je ne m'en inquiète guère. D'ailleurs, il est absent ou malade, cl puis ce n'esÉ pa^ h lui que j'ai aiïaire.

Ul'i FAMILLE ^uj

— Mais k qui doue?

— A sa femme, parbleu !

— Qu'enleuds-je ? Quels sont donc les projels ?

-^ Ils sont forl simples : ii s'agit d'aimer celle duchesse el de m'en (aire aimer.

— 0 ciel ! y songes-lu bien, Enguerrand, toi qui veux être d'Église.

— Jo n'en suis pas encore. Il faut bien {juc je jouisse de mon reste. Quand j'aurai prononcé mes vœux, je serai d'une réi:ii-

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larilé exemplaire; lu verras], je gage, qu'on en viendra k me canoniser.

— Mais, en attendant, cher Enguerrand, comment peux.-iu songer à aimer une feinme qui apj)arlieiit a un autre?

Enguorrand rougit saiis répondre, et eut pour la première fois un instant de remords.

— Et ce personnage de Iiaute mine qui vient la voir tous les jours, n'es-tu pas disposé a voir en lui un rival ?

-- En aucune façon. Je t'ai déjà dit que

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les rivaux ne nie faisaieiil pas peur, passé uu cerlaiu âge surtout.

— A la boiuie lieure! mais es~lu biea sûr de plaire à cetle duchesse?

— Je l'espère.

— Tu lui as donc déjà parlé?

— Jamais, Le moyen de me faire entendre d'elle? il me faudrait un porte- voix.

— Je comprends. Ainsi lu le trouves réduit au langaj»e des yeux?

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— Justement.

•— Et il y a réciprocité?

— Ce serait difficile. Sonate donc que presquejaniais madîïnie de Lanfreron n'est seule; «îuand ce n'est pas mon rival qui est avec elle, c'est loujours quelque donieslique. H y a surloul une cerlaine camérisle qui ne la quille pas plus que son omhre ; c'est un petil dragon renielle qu'on a placé là en serjtinelle dans le jardin des Hespérides, Mais, ou je me trompe foil, ou je j.ar viendrai a l'api^rivoiser.

— ComniPîii n>-hi fait, en ntîendniil?

— Penso>-tu donc qu'il n'y ait que deux manières de converser avec les femmes, la langue el les yeux ?

— Eh quoi ! tu aurais osé écrire à cette duchesse?

— Pourquoi pas? Aussi bien, il le fallait. L'hiver va venir, el adieu les promenades dans le jardin. Il n'y avait pas de temps à perdre.

.— C'est vrai. El lu as signé la lettre de ton nom ?

— Est-ce qu'on signe jamais ces <:hoses-

là?

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— Es-tu sûr, au ruoins, que ton billet soit parvenu a son adresse?

— Très sur, puisque voici la réponse.

— Oli ciel 1 est-il possible?

— Lis toi-même ce petit billet parfumé qu'un commissionnaire m'a remis ce matin, au moment oîi je venais de sortir <iu séminaire.

Antoine déplia la missive que lui tendait son .frère. Cette missive était ainsi conçue :

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« On a reçu votre billet. Prudence et espoir ! »

— Heureux Enguerraud ! reprit le jeune homme en faisant sur lui-même un triste retour, ce n'est jamais a moi que pareille bonne fortune arrivera.

— Je le crois bien, tu ne fais rien pour cela. Prends ma devise et fnis-en ta vè^le de cosiduile; alors tout changera pour toi.

— Ah 1 je sens que ton exemple m'enflamme et je veux le suivre.

-- Bravo! mais il faut que je te quille;

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c'est bientôt l'iieure de la promenade de Dja belle duchesse, et lu comprends que le moins que je puisse faire pour lui prouver ma reconnaissance de son billet, c'est de n^e montrer à ma fenêtre.

— Certainement.

— Adieu donc, cher Antoine; je vais soigner mes myrtes, comme eût dit notre vieux gouverneur l'abbé. Tu vois bien que j'avais raison de ne pas vouloir de tes lauriers.

Comme il descendait gaîment Tescalier, Enguerra«)d se trouva face à face avec un

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ciifare alluiné ; ic (uiueur, comme on le pense, ne i ouvail èhe aiilre que Sainl- AiicJc'ul le jeune. Euguerrand s'arréla devaul lui.

— Eh bien, chevalier, dit-il, ètes-vous conlenl de votre élève?

F.e brigadier des gendarmes de la ^arde n'avait pas encore, a ce qu'il paraît, fumé ce jour- la ses quatre cigares, et il élait giave et taciUirne comme nn Hollandais descendu de quelque vieille toile bien noire, peirite il y a deu\ c(mi1s ans. Il lança dans la ca^^e d{; l'escalier deux ou trois épaisses bouffées de tabac, puis il laissa

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tomber lenlemeut ces deux oionosyllabes : Oui et non.

— Comment l'entendez-vous ? reprit Eu^uerrand.

Saint-Ândéol se contenta, pour toute réponse, de poser l'index sur son cigare et de tiocher la tête en si^ne de négation.

— Je comprends, dit F^nguerrand, il ne fume pas; mais vous êtes salistait pour le reste.

Et comme Ci'fle fois îe f>rigadif'r abaiS'

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sait flef^^maliquemenl son menton sur son (îol, en signe (l'affirmation, le jeune homme s'empressa d'ajouter :

— Eh bien! vous n'êtes pas difficile.

J'ignore quels sont les talents que vous inculquez à votre élève, mais il y en a ua que" vous avez oublié à coup sûr, c'est le Iroisième talent du bon roi Henri IV.

A peine Enguerrand avait-il lancé cette boutade, qu'il s'échappa lestement, laissant son interlocuteur fort ébahi et cherchant dans les spirales de fumée qui s'échappaient de son cigare, quel |pouvait t'irc l(^ troisième talent du bon roi Henri IV.

li n'avait pas encore elï'cclué cet!c importante découverte, lorsqu'il entra dans la chambre d'Antoine. Celui-ci, déjà habitué aux façons de son parrain d'armes, lui tendit la main en lui indiquant du doigt un fauteuil. Saint-Andéol y prit place, puis après une assez longue pause, pendant la durée de laquelle il acheva de fumer son ciijare :

— Sais-tu, lui dit-il gravement, quel* était le troisième talent du roi Henri IV?

Une légère rougeur vint animer les joues du pudique Antoine, et il se mit h chantonner ce refrain si connu :

« Ce diable à quslre .\ le triple lalent De boire et de battre Et d'être un vert-galant. »

Le brigadier des gendarmes de la garde se frappa le front et demeura pensif pendant quelques instants, puis il choisit méticuleusement un nouveau cigare dans un étui qu'il avait en poctie, et, l'ayant allumé, il attendit en silence que ce nouveau cigare lut consumé. Alors il se leva.

— Camarade, s'écria-l-il, je viens te dire qu'il faut apprêter pour demain ton uniforme de grande tenue ; il y a spectacle à la coin , et lu es commandé de service. Bonjour!

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Cela dit, il sortit en chantonnant luimême entre ses dents le quatrain qu'il venait d'entendre. Antoine le reconduisit jusqu'à la porte de l'escalier avec le respect qu'un subordonné doit à son supérieur hiérarcliique , puis il revint sur ses pas, et tirant mystérieusement de son sein certain bracelet, précieuse relique qu'on se rappelle sans doute, il se mit à le baiser avec ferveur. En même temps, pour la première fois depuis qu'il était à Paris, un éclair de joie brilla sur son front.

€'esl qu'un de ces pressentiments secrets, qui tiennent tant de place dans la vie des amoureux , lui disait que du mooù il y avait spectacle u la cour, il ne

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pouvait manquer d'y renconirer sa charmanie inconnue. C'est qu'il oubliait en même temps tous les sombres nuages qui qui avaient traversé son esprit, en reconnaissant si malencoritreiisement cette image adorée sur le couvercle de la tabatière de M. le capitaine-lieutenant.

Et puis, qui sait si ce n'était pas là qu'il devait trouver la clé de tout ce qu'il y avait d'éniirmatique dans les diverses circonstances oîi le hasard l'avait mis face à fjice avec la personne devenue l'objet de toutes ses pensées et de tous ses rêves ?

La nature humaine est ainsi faite, que

tout cp qui est mystérieux et roinanesquc exalte nos sentiments, et que, par une bizarre anomalie, nous nous épuisons incessamment en investigations et en efforts «le tout ^enre pour arriver a substituer la froide et prosaïque réalité a t(»ute la poésie des plus séduisants mirages. C'est l'antapi^onism'e perpétuel entre l'imagination qui nous trompe parfois, mais qui nous trompe en nous enchanlanl, et la raison qui îious éclaire presque toujours en nous désespérant. Sous ce rapporl, il n'y a peut-être pas au monde un seul être véritablement épris (\in ne ressemble a ce curieux impcriuieul, le héros d'une des plus charmantes nouvelles de Miguel Cervantes. On aime; ensuile on veut savoir si l'on est ajmé : quoi de plus* naturel? Maison ne

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s'en lient pas là ; il faut encore qu'on sache le pourquoi, le comment, et puis si cela durera, et puis encore. . .

Tel n'était pas, dira-t-on, le cas d'Antoine de Beuvron, puisqu'il ignorait même si sa passion était pajée du plus léser retour, et qu'il lui importait d'ailleurs de savoir jusqu'à quel point il avait convenablement placé ses affections? A cet égard, nous n'avons rien à répondre, sinon qu'Antoine, au rebours de son frère Enguerrand, était de ces gens que l'inquiétude dévore, par cela même que leurs impressions sont plus vives et plus profondes, véritables bourreaux d'eux-mêmes, qui d'un bonheur parviennent souvrnt a se

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faire une souffrance. Seulement, par une cruelle aiilicipalion, Antoine éprouvait la souffrance avant même d'avoir connu le bonheur.

Avec quilîe lenteur les heures se traîuèrent jusqu'au moment ûxé pour le spectacle de la cour! Ja.iiais Antoine n'avait trouvé le temps si long, depuis le jour oii, condamné à la suite de sa lutte avec une louve furieuse, h garder le lit au fond du manoir paternel, il avait attendu avec une si fiévreuse anxiété l'heure où il pourrait se rendre a rermita<2^e de Saint-Gratien. Enfin le ciel, toujours plein de miséricorde pour les amoureux, eut pitié d'x\ntoine, et l'heure si impatiemment attendue apparut sur le cadran.

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Pas n'est besoin de drre avec quel soin le jeune de Beuvron-Hauteroche s'était occupé de sa toilette! comme it resplendissait sous son bel uniforme de grande tenue, où le drap écarlate, les parements et les retroussis de vf'lours noir et les passementeries d'or fin venaient se fondre ensemble d'une façon si harmonieuse ! En voyant passer ce cavalier, dont la taille élevée était si bien prise, en contemplant celte tète léonine qui se détachait de l'uniforme avec une grâce toute martiale, plus d'une jeune tille était demeuiée rêveuse, plus d'un citadin s'était écrié : a Pardieu 1 voilà un bel otficier ! »

11 était d'usage, au temps de la monar-

chie des BourboDS, les jours de speclacie a la cour, de placer eu faction de chaque côlé de la scène, au pied des deux loges dites du roi et de la reine, un de messieurs les gendarmes ou mousquetaires des comp «gnies rouges. On clioisissail pour cela niUurellement ceux(|uiélaientdoués d'une stalure avantageuse, et qui devaient à ce lilre offrir le meilleur type de l'illuslre compagnie à laquelle ils avaient l'honneur d'appartenir. Le hasard voulut qu'Antoine lût appelé le premier à faire ce service. Jamais occasion ne s'était offerte plus à pjopos pour faire connaissance avec le personnel féminin de la cour de France en 1814; car dans ce conciliabule où apparaissaient ça et là quelciues douairières, personnifiarU avec leurs rides et leur ieinl

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jauni un [>ass^ qui élail bien sombre, mais qu'on avait déjk presque oublié, on voyait s'épanouir, comme dans un parterre de fleurs après la tempête, bon nombre de jeunes fronts ceints de leur fraîche auréole de vingt ans. C'(*laient les filles de celles qui avaient tenu le sceptre de la beauté a la cour de Marie-Antoinette. Elles - étaient la douces et souriantes comme le souvenir, rayonnantes commeTespérance.

Quelle charmante revue pour un jeune gendarme de la garde! mais qu'importe h Antoine que celle-ci ail une de ces splendides chevelures blondesqui rappellent les plus beaux portraits du Titien, que cellelli ait des bras, des mains dignes dune déesse, que telle autre ait hérité des yeux

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noirs de soii^aïeuie, de ces jeux qui ont fait tourner tant de têtes sous l^ouis XV et et qui continueront leur office sous Louis XVIIl? Pour Antoine, comme pour tout hoiiime profondéuient et véritablement épris, il n'existe plus qu'une femme au monde et celte femme, il ne l'aperçoit pas encore. Ses yeux errent en vain sur toutes ces blanches épaules, sur tous ces visages où la b auté, ce (Ion céleste, étincelle plus encore que les plus riches pierreries ; mais hélas ! ce n'est pas elle.

Tout à coup, on entend dans le lointain des acclamations qui erossissent en se rapprochant. C'est le roi qui paraît avec les princes du sang et avec les grands officiers

de la couronne, Anioine demeure immobile dans l'attitude qui lui a été commandée et le cœur trisle de sa nouvelle déconvenue, puis le spectacle commence.

Ou jouait /a Pailie de chasse de Henri /^ , une pièce alors de circonstance et que les comédiens ordinaires du roi étaient venus représenter sur le théâtre de la cour. Les allusions politiques doiil cette pièce est remplie étaient saisies avec transport par une assemblée composée en grande parlic d'émigrés et de leurs familles. Aussi bien on était aux premiers jours d'une ère nouvelle qui avait été saluée comme uneère de paix et de réconciliation par le parti légitimiste. Onaffeclait d'oublier ou de rabais-

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ser 1rs gloires de rempire, ei de ue plus voir dans nos Irioiiiphes que le sang françiiis répandu sur lous les ctiauips de halailie de l'i-urope. La nionarcliie légiliine eu était encore à sa lune de miel.

Au moment ou les applaudissements ayant cessé de retentir, l'assemblée écoi!tail avec le plus d'attention le dialogue des acteurs, un magnifique bouquet, composé uniquement de bruyères et de camélias, vint à tomber sur la scène. En même temps, une voix du timbre féminin le plus suave et le plus cristallin, une voix presque enfantine éclata dans la salle comme une fusée et lit entendre celte exclamation naïve :

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— Ah! mon Dieu! mon bouqïiel!...

Au son de cette voix, Antoine tressaillit jusqu k la moelle des os, et sortant instantanément dej'immobilité qui lui était imposée, il tendit la tête presque convulsivement dans la diriclion où la voix avait retenti ; puis, par un mouvement spontané et irrésistible, oubliant les devoirs impérieux d'une consigne militaire, on le vit s'avancer sur le devant de la scène, se baisser ramasser lo bouquet, et le remettre entre les mains de celle qui l'avait laissé tomber et qui s'en couvrit immédiatement le visag^e pour cactier sa rougeur. Tout cela dura à peine quelques secondes ; mais ce ne fut pas sans exciter une «irandf^ surprise et même quelque

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