L». CAui-T
J'élonnail le plus à Paris, c'élail de s'y voir.
Cependant, an milieu de SfS rêveries, il ne pouvait s'empêcher, par intervalles, de penser a la réalité qui se traduisait pour lui sous les apparences toutes matérielles d'une soutane noire. Cette soutane, comme la tuni'que du centaure Nessus, allait s'attacher à sa chair, et, du moment où il l'aurait endossée, elle ne le quitterait plus qu'avec la vie. Devant cet épouvantait, toutes les cliarmanles illusions qu'enfante l'amour, s'envolaient a. tire-d'aile, et il tombait dans des accès d'une sombre mélancolie. Mais son frère, entraîné peutêtre par la légèreté et l'insouciance habi-
tuelles de son caractère, ne semblait pas s'en apercevoir.
Enivré iJu mouvement et du bruit d'une capitale, venant succéder pour lui, sans transition, à la placide monotonie d'une existence presque cénobitique, au fond d'un vieux château des montagnes d'Auvergne, En^iÇuerrand, les yeux et l'oreille aux aguets, le nez au vent, aspirait par tous les pores cette atmosphère nouvelle au milieu de laquelle il se trouvait appelé à vivre. Les murs et les plafondsdu luxueux hôtel garni où il était descendu, lui pesaient tellement, qu'il était incessamment dehors, arpentant en tous sens le pavé de la grande ville, pendant que son cadet, la
plupart du temps, gar(îai( le logis, l'esprit flollaiil alternaliveuieni entre une soutane noire, dans les plis de laquelle il se vovait emprisonné, et une belle amazone au doux sourire, caracolant sur un cheval isabelle.
Un jour, pourtant, comme Enguerrani, après avoir passé la matinée hors de l'hôtel, venait de se jeter tout haletant dans un fauteuil en s'essu vanl le front, Antoine, qui était encore plus mélancolique que de coutume, pensa que le moment était venu d'aborder un sujet fort délicat que par une sorte de convention tacite l'un et l'autre avaient soigneusement 'évité depuis leur arrivée k Paris.