‹ Le Cafard: Le Cafard est-il une psychose coloniale ?Chapitre 11 sur 19 · LES OPINIONS MÉDICALES · texte numérisé non relu

LES OPINIONS MÉDICALES

Le cafard n’étant pas une psychose caractérisée, et n’aÿant pas de manifestations déterminées, n’a guère attiré l’attention que de quelques médecins coloniaux qui l’étudièrent à titre de curiosité et rapportèrent quelques observations.

Cependant l’on peut distinguer, autant qu’il est possible de le faire pour une question si vague et si com préhensive, trois opinions différentes :

1° Les premiers, frappés de la fréquence du paludisme dans les régions tropicales, des anémies des pays chauds, de la fréquence de la syphilis, des détestables conditions d’hygiène alimentaire (conserves, manque de sel), n’ont voulu faire du cafard qu’un symptôme d'intoxication gastro-intestinale, une des complications du paludisme.

Voyez plutôt le tableau clinique qu’en fait Dautheville :

« Au début, quelques troubles digestifs, une lassi-

st) ——

« tude générale, une mélancolie sans raison, bien « nette. La céphalée et Finsomnie apparaissent en- « suite. Puis s’ébauche et se précise le délire de per- « sécution. Troubles digestifs, céphalée sourde et « continue, persécution, telle est la triade symptoma- « tique qui semble spéciale à cette affection. »

Cette description nous semble applicable aux troubles physiques que suscitent la mauvaise alimentation, la chaleur, l’intoxication gastro-intestinale, mais n'explique guère les manifestations psychiques du cafard.

2 D’autres, plus nombreux, font du cafard une phychose coloniale indépendante, déterminée, caractérisée :

Voyez cette description de M. Melnotte : « Céphalée « peu violente, mais obnubilante, paroles bizarres, « méchantes, gestes désordonnés ou mutisme absolu. « Impulsion, fugomanie, nostalgie de la verdure, des « symptômes spinaux, tels que secousses musculaires, « dérobement des jambes, cryesthésie, inappétence « et constipation. »

Quelle est cette psychose étrange? Ne serait-elle pas digne de prendre place parmi les grands syndromes mentaux, à côté des délires et même de la démence? A notre avis, toute cette catégorie d’auteurs, à cause du milieu où le cafard évolue, ne lui ont attribué une telle place que parce qu'ils ne l'ont étudié que chez des individus tarés au point de vue psychique.

Et, en eftet, 1l ne faut pas se dissimuler qu’ils foisonnent, les dégénéres movens ou profonds, les éthy-

ion liques et même les aliénés, dans ces corps d’épreuve, parmi les disciplinaires et les joyeux.

Rien d’étonnant à ce qu’on trouve parmi eux toutes les formes, tous les degrés du déséquilibre mental. Mais ce ne sont plus des gens qui ont le cafard, ce sont, autant leur donner leur véritable dénomination, des dégénérés, parfois des délirants.

Ainsi pour cette observation citée comme cas de cafard par Dautheville :

« J..., forgeron, soldat au ...° bataillon d’Afrique, « alcoolique et syphilitique. A la fin de l’année 190.., « malaises, insomnies, idées délirantes.… Il est « persécuté par son sergent et ses camarades. Les « nègres lui sont ennemis. Il souffre parce qu’on lui « en veut. Il voudrait se venger. Evacué. Il meurt à « l’hôpital d’Aïn-Séfra. »

Est-ce autre chose qu’un délire de persécution type ?

Cependant, 1l est à noter que des troubles qui peuvent paraitre extrêmement graves, s’améliorent ou disparaissent dès le retour en région tempérée. Mais c’est un fait constant que le surmenage aggrave tout état mental.

3° Refusant la première théorie exposée que nous appellerons « somatique », comme n’expliquant pas les faits exposés, un anémié ou un paludéen, ne faisant pas forcément du cafard — trouvant exagérée la seconde, théorie « psychique », qui assimile le cafard

RE

aux grands syndromes mentaux —nous croyons devoir dissocier la question :

[. — faire une large part aux psychoses détermi-

nées, si fréquentes à cause des individus et du milieu.

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