CHAPITRE V
Choix de l'espèce ou de la variété à cultiver. — Le planteur ne saurait donner trop d'attention au choix <les semences, car de ce choix dépend, en grande partie du moins, l'avenir de la plantation. Il convient tout d'abord d'apprécier, d'après les qualités du sol, d'après son exposition et aussi d'après l'altitude à laquelle peut se développer la culture si on doit planter le café de Libéria ou celui d'Arabie. D'ailleurs, quand l'Hemileia dévaste une région, il est sage de porter son choix sur le caféier de Libéria moins accessible aux attaques de ce redoutable ennemi. Il est rare qu'on soit amené à créer une plantation dans un pays où n'aient pas été pratiqués quelques essais de culture, et on s'inspirera toujours efficacement des résultats acquis. Il serait d'ailleurs à désirer de voir faire ces essais par les soins de l'administration ellemême dans tous les pays où la culture du café peut être tentée. C'est le but que se proposent et que remplissent les jardins coloniaux des colonies anglaises, et on trouve dans diverses publications, en particulier dans le Bulletin de Kew, des indications sur les résultats obtenus. Nous sommes obligé de reconnaître que nos colonies françaises ne nous offrent rien de semblable. Il y existe bien quelques jardins
d'essais; malheureiiseniont res jardins ne sont reliés à aucun organisme central chargé de faire connaître les résultats des tentatives qu'on y poursuit. Il en résulte que ces essais n'ayant aucune publicité perdent la plus grande partie de leur intérêt pratique. Il devrait exister dans toutes nos colonies tropicales des plantations de café d'Arabie, de café de Libéria, de café Maragogipe et de Rio-Nunez. Il n'est pas possible, en effet, de laisser ces essais à l'initiative privée qui manque des moyens de communication et de publicité dont l'Etat dispose largement. De plus, les essais dus à l'initiative privée sont souvent interrompus par la disparition de leurs auteurs, tandis que les essais tentés par les soins d'une administration publique sont indépendants des changements de personnes. Enfin, un particulier peut avoir intérêt à garder pour lui-même les résultats de ses expériences; l'Etat aurait toujours intérêt à les publier pour en faire profiter le plus grand nombre.
Quoi qu'il en soit, quand le planteur s'est décidé pour le choix d'un café déterminé, il doit apporter un soin méticuleux au triage des graines à mettre en terre. On doit choisir comme porte-graines les arbres adidtes les plus vigoureux et les mieux formés; il est bon de ne leur faire porter que la moitié de leur récolte ordinaire pour que les fruits soient plus beaux.
Quand il existe plusieurs variétés d'une même espèce, il est nécessaire de ne récolter pour les semis que les graines des variétés qu'on veut propager. Ainsi, il existe plusieurs sortes de caféiers de Libéria qui diffèrent non seulement par la qualité du grain, mais encore par le mode de croissance et par la puissance productive; il est donc nécessaire d'écarter les-
graines provenant d'arbres de qualité inférieure. Il convient surtout, d'après certains planteurs de Java, de rejeter un caféier de Libéria qui a les feuilles grandes, larges et épaisses et qui atteint une grande hauteur de tronc avant de fournir des branches ; il est en effet reconnu que ce caféier ne produit que tardivement, que ses récoltes sont peu abondantes et qu'il paraît tout particulièrement sujet aux atteintes de VHemzleia,
Dans certaines plantations, on met en terre la cerise elle-même non dépulpée, et il faut reconnaître que ce procédé a quelque raison d'être, car il fournit toujours beaucoup moins de manquants.
Le plus souvent, on emploie pour les semis les graines dépulpées, mais encore enveloppées de leur parche; quelques planteurs trient même ces graines et ne sèment que celles qui sont grosses et bien formées. C'est là une précaution qui n'exige pas grand travail supplémentaire et qui peut exercer une influence assez grande sur l'avenir de la plantation.
Aux indications qui précèdent, il n'est peut-être pas inutile d'ajouter quelques renseignements pratiques sur le poids des fruits et des graines.
Renseignements pratiques sur le poids des fruits et des graines, — D'après M. Chalot, il y a environ 290 cerises de Libéria pour un kilogramme. Sur ces ngo fruits, 210 contiennent 2 graines, et 80 en contiennent une seulement. Un kilogramme de cerises de Libéria fournit donc environ 5oo graines, soit environ iio grammes de café du commerce. Le rendement est dans ce cas de 11 pour 100; il peut monter à i3 pour 100.
Lecomtr. 5
Poids de l'enveloppe. ...... 600 grammes.
Poids des graines fraîches 4oo —
— sèches avec la parche. 190 —
— — sans la parche. 1 10 — Rendement : 11 pour 100.
Pour le café de San Thomé, les résultats sont très différents. Il y a environ 980 cerises au kilogramme, sur lesquelles 160 ne contiennent qu'une graine; soit un total de 1,800 graines ou semences par kilogramme de café en cerises.
Un kilogramme de café de San Thomé fournit 3oo grammes de café du commerce.
Poids de l'enveloppe 4oo grammes.
Poids des graines fraîches 600 —
sèches avec la parche . 36o —
— — sans la parche . 3oo — Rendement : 3o pour 100.
Enfin, M. Chalot nous renseigne encore sur le café du Kouilou (Congo), qui contient à peu près 1,260 cerises fraîches au kilogramme, correspondant à 2,4oo graines.
Poids de l'enveloppe 4oo grammes.
Poids des graines fraîches 600 —
— sèches avec la parche . 345 —
— — sans la parche . 280 — Rendement : 28 pour 100.
Ces renseignements d'ordre pratique peuvent être de quelque utilité pour le planteur qui veut réserver des fruits en vue des semis et qui a besoin de connaître à peu près exactement leur rendement en graines.
Les graines de caféiers ne conservant que peu de temps leur faculté germinative, il ne faut pas tenter
de créer des plantations avec des graines anciennes; mais il ne faut pas croire cependant, comme on le dit quelquefois, que les graines ont déjà perdu, au bout de quelques semaines, la faculté de germer; cette faculté se conserve beaucoup plus longtemps. D'ailleurs, M. Laurent, professeur à Flnstitut agricole de Gembloux, nous a dit avoir transporté des graines dans le vide, et ces graines avaient conservé leur pouvoir germinatif.