CHAPITRE IX
Nécessité des engrais. — Beaucoup de personnes trompées par l'exubérance de végétation que décrivent les voyageurs se font une idée tout à fait exagérée de la fertilité prétendue inépuisable de certaines terres tropicales. A la vérité, ces terres remarquablement riches, qu'une longue suite de récoltes ininterrompues ne 'parviendrait pas à appauvrir sensiblement^ sont très rares, si toutefois elles existent, et il faut se garder d'un mirage qui appelle de cruels mécomptes.
Mais c'est surtout quand il s'agit de cultures arbustives comme celles du caféier et du cacaoyer, qui doivent se perpétuer de longues années sur le même sol, prélever à chaque récolte une partie de l'azote et des substances minérales d^ la terre, qu'il convient de réagir, par l'emploi d'amendements ou d'engrais, contre l'appauvrissement progressif et inévitable du sol.
Ce n'est d'ailleurs pas seulement dans les régions tropicales qu'on est porté à négliger la fumure des arbres fruitiers ; la pauvreté du sol est, trop souvent, dans nos vergers, la cause première du dépérissement des arbres, qui perdent peu à peu leur vitalité et deviennent la proie des insectes ou des affections parasitaires d'origine animale et végétale. Si on areconnu enfin l'utilité du fumier de ferme et des engrais minéraux dans nos vignobles et dans les vergers,
foC LE CAFÉ
on conviendra qu'il ne peut pas en être autrement pour les plantations de caféiers et de cacaoyers.
En ce qui concerne spécialement les caféiers, on se contente d'habitude d'enfouir les mauvaises herbes autour du pied del'arbre tant que celui-ci n'a fourni aucune récolte; et cette fumure sommaire, qui n'est en somme autre chose qu'une restitution partielle, suffit, dans la plupart des cas, pour assurer la belle venue du caféier, excepté, cependant, quand la plantation est envahie psLrVBemileia; il est utile, dans ce cas, de répandre sur le sol des cendres de bois ; le caféier trouve en effet dans les cendres un réconfortant qui lui permet d'opposer à la maladie une vigoureuse résistance.
Mais quand l'arbre a déjà fourni quelques récoltes, il est bon de restituer au sol les matériaux prélevés, sinon le caféier commence à languir et les récoltes -diminuent progressivement. On se contente le plus souvent d'accumuler autour des troncs de caféiers la pulpe des fruits, et en effet cette pulpe, comme nous le verrons plus loin, renferme en proportions notables les principaux éléments que la récolte a prélevés sur le sol. 11 est bon aussi d'y ajouter du fumier de ferme, des cendres de végétaux, etc. Les caféiertfe viennent particulièrement bien dans les plantations créées en forêt et dont les arbres abattus ont été incinérés sur place, caria cendre de bois contient précisément l'acide phosphorique et la potasse que les récoltes enlèvent successivement au sol (i).
(i) D'après Boname, les cendres obtenues en incinérant les arbres des forêts présentent la composition suivante :