‹ Le café: culture-manipulation, productionChapitre 23 sur 116 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Époque de la récolte. — L'époque à laquelle se fait la récolte est très variable suivant les pays. Dans la province de Râmed, en Arabie, c'est vers la fin «d'août qu'on va ramasser le café; mais, en réalité, la récolte s'y fait en deux fois, tous les fruits n'étant pas mûrs en même temps.

Au Venezuela, d'après Marcano, c'est en moyenne ^u mois d'octobre que le fruit du caféier arrive à maturité. Cette époque de la récolte varie, naturellement, avec l'altitude, et pour une même localité, •elle est sous l'étroite dépendance des conditions météorologiques de l'année.

A Cuba, à la Guadeloupe et dans les autres îles «des Antilles, la récolte commence en août et se poursuit jusqu'en novembre et même en décembre.

Au Brésil (Van Delden), on commence déjà la récolte au mois de mai pour la terminer vers le mois de septembre. Cependant, comme les ouvriers ont à travailler dans les plantations avant le mois de mai, •d'une part, et après le mois de septembre, d'autre part, ils récoltent en passant les fruits mûrs qu'ils peuvent découvrir.

A Ceylan et à Java, les récoltes s'échelonnent d'avril à octobre ; mais les époques de grande fruc-

tification et par conséquent de grande récolte y sont très variables suivant Taltitude à laquelle se trouve la plantation.

Ce que nous venons de dire ne concerne que le caféier d'Arabie. En effet, le caféier de Libéria fournit des fruits mûrs à peu près toute Tannée, car il est beaucoup plus prolifique et il ne prospère d'ailleurs que dans les régions chaudes et humides où la végétation ne présente jamais de véritable période de repos. La récolte du café de Libéria offrirait donc de ^sérieuses difficultés si les fruits mûrs ne pouvaient, sans inconvénient, rester sur Tarbre pendant deux ou même trois mois.

La récolte du café de Libéria ne doit pas être cependant retardée trop longtemps. Si Ton attend que la plus grande partie des fruits soit mûre, on commet une erreur qui est Tune des principales causes de l'irrégularité des récoltes, principalement quand les arbres ont atteint un certain âge. On doit cueillir le fruit quand la cerise, ayant acquis une couleur rouge foncée, se montre tendre au toucher. Sans doute, en divisant ainsi les récoltes, il en résultera un surcroît de dépenses, mais sans cette précaution on n'obtiendrait qu'un café de médiocre qualité et on compromettrait en même temps les récoltes ultérieures.

On peut reconnaître de bonne heure les fruits qui sont appelés à se développer normalement, au moins quand il s'agit du café d'Arabie. Ils ont une belle couleur verte qui s'atténue peu à peu pendant que se montre une teinte jaune passant bientôt au rouge. Quand cette coloration rouge apparaît au milieu du feuillage des caféiers, on peut commencer les préparatifs de la récolte. Celle-ci ne doit être faite qu'au

moment oii les fruits ont atteint leur pleine maturité, ce qui se reconnaît à une couleur pourpre tirant sur le noir. Si on faisait la récolte avant la maturité, on n'obtiendrait que du café de mauvaise qualité; les Arabes de TYémen ne l'ignorent pas et ils se garderaient bien de récolter du café qui ne serait pas complètement mûr.

Les fruits qui ne doivent pas bien se développer ne présentent pas tout d'abord une couleur verte aussi franche que les autres; on voit apparaître une tache noire près de leur point d'attache et ils ne tar* dent pas à tomber.

Récolte au Brésil. — Au Brésil, d'après Van Delden, la récolte se fait de deux façons différentes : da terra ou da lençol. La première méthode est la plus généralement suivie. On attribue à un groupe d'ouvriers une surface déterminée de la plantation où la récolte doit être pratiquée ou bien seulement un certain nombre de rangées de caféiers. Ils parcourent alors la plantation, les uns à la suite des autres, saisissant les branches entre leurs mains et les dépouillant de leurs feuilles et de leurs fruits, en faisant glisser la main de la base des branches à leur extrémité. Feuilles et fruits tombent ainsi sur la terre, qui a été débarrassée au préalable des mauvaises herbes qui l'envahissaient. Cette méthode, on en conviendra, est peut-être très expéditive; mais elle est aussi très préjudiciable à la bonne tenue des caféiers et elle ne peut que nuire à leur développement en causant la destruction d'un grand nombre de jeunes rameaux.

Quand les ouvriers ont ainsi dépouillé les arbres d'une rangée ou d'une surface déterminée, on s'oc-

€upe de rassembler tout ce qui est tombé à terre et on en fait un premier triage à l'aide d'un crible qui laisse passer les fruits, la terre, quelques feuilles et quelques petits rameaux, mais qui retient les plus grosses branches et les plus grandes feuilles. Le produit ainsi trié est jeté dans des paniers, à l'aide desquels on transporte le café sur des charrettes.

Pour cueillir le café, les ouvriers n'ont point besoin d'échelles, car les caféiers du Brésil sont toujours des arbrisseaux dont il est facile d'atteindre les branches les plus élevées.

Dans la zone de Santos, on préfère la récolte au Jençoloa à la toile. Des ouvriers étalent une toile dans l'intervalle entre deux rangées de caféiers et ensuite ils dépouillent les branches tournées du côté de la toile; le café, les feuilles et les rameaux tombent ainsi sur cette toile et sont plus facilement rassemblés et tamisés. C'est cette méthode qui se rapproche le plus de celle qui est suivie par les Arabes de l'Yémen; mais, cependant, elle en diffère d'une façon notable, car les Arabes ne récoltent que les fruits très mûrs qui tombent d'eux-mêmes, quand on secoue l'arbuste. Ils évitent ainsi de faire tomber les feuilles des extrémités des branches et de détruire les boutons, ce qui arrive inévitablemeut avec la méthode brésilienne. Actuellement, la main-d'œuvre étant le principal obstacle au développement des cultures, on revient presque partout, au Brésil, à la récolte da terra; on compense d'ailleurs l'insuffisance de ce procédé par une préparation ultérieure plus soignée.

La cueillette proprement dite est absolument nécessaire, quand il s'agit de plantations de Libéria, car les fruits sont plus solidement attachés aux bran-

Lecomte. 9

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ches que chez le caféier d'Arabie et ne tombent jamais à la maturité. De plus, les arbres atteignent souvent une taille assez élevée pour que la cueillette directe ne soit pas possible. On se sert alors d'échelles en bambou qu'on transporte de caféier en caféier, et l'ouvrier attire à lui les branches les plus éloignées à Taide d'une sorte de crochet emmanché à l'extrémité d'une baguette légère.

D'après Van Delden, un ouvrier, au Brésil, pourrait dans une journée, au moment du plus fort de la récolte, cueillir des fruits en suffisante quantité pour fournir environ 5o kilogrammes de café sec et prêt à être livré au commerce.

Le planteur ayant toujours intérêt à contrôler le rendement des caféiers, il est bon d'attribuer à chaque ouvrier une partie déterminée de la plantation. On pratiquera ensuite une inspection minutieuse de la plantation pour se rendre compte du soin qui a été apporté à la récolte; tous les dégâts seront rigoureusement punis ettous les ouvriers incapables renvoyés. Il n'est pas mauvais d'accorder de légères gratifications à ceux qui s'acquittent de leur travail avec le plus de soin.

A Java, les ouvriers chargés de la récolte des fruits portent devant eux un panier suspendu à leur cou ; chaque fois que ce panier est plein, ils vont le vider dans un panier plus grand contenant environ un picul, et, pour chaque picul livré, l'ouvrier reçoit du contremaître un jeton de fer-blanc. Dans les plantations de Libéria qui se trouvent actuellement à Java, la récolte la plus importante se fait de juin à septembre, mais on peut récolter du café mûr toute l'année. Les ouvriers chargés de la cueillette sont toujours pourvus d'une échelle de bambou. On laisse même parfois les enfants grimper dans les arbres;

RÉCOLTE i3i

mais c'est là une pratique peu recommandable, car, en grimpant, ils arrachent de nombreux rameaux (i). 11 est bon de régler les salaires chaque soir, car les retards dans ce règlement de compte occasionnent toujours des erreurs et des difficultés.

Rendement des caféiers. — 11 est assez difficile de donner des indications générales sur le rendement des caféiers, car ce rendement varie suivant l'âge des caféiers, suivant les soins dont ils sont l'objet et aussi suivant la nature du sol. Cependant, on peut dire que les caféiers portent déjà dès la troisième année une floraison' assez abondante; à la quatrième année, ils fournissent une récolte presque suffisante pour couvrir les frais de culture de cette même année; enfin, la cinquième année, la récolte est plus abondante; à 6 ans, le caféier atteint sa période de plein rendement. Les récoltes du caféier d'Arabie se poursuivent pendant i8 ans environ ; celles du caféier de Libéria peuvent se conserver quelques années de plus. Mais il y a de nombreuses exceptions : des caféiers placés dans des conditions exceptionnelles peuvent conserver leur pouvoir producteur pendant un temps beaucoup plus long; ainsi, Tschirch a vu, à Java, un arbre qui ne comptait pas moins d'une centaine d'années et qui produisait encore. Dafert, de son côté, a observé le même fait pour un caféier de San Paulo qui avait environ 6o ans. Nous avons vu nous-même, aux Antilles, des caféiers qui produisaient encore et qu'on nous a signalés comme ayant 3o à ^o ans.

(i) P. Van Romburgh et H. J. Wigmann, dans Teysmannia, 1897, p. 5i.

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Dafert dit qu'au Brésil la première récolte d'un caféier d'Arabie est d'environ loo grammes de café décortiqué et sec.

Van Delden rapporte que les meilleures récoltes, au Brésil, atteignent i25-i3o arrobas (soit i836 k 1909 kilogrammes) par 1,000 arbres; mais une production aussi élevée est bien loin d'être regardée comme la règle générale.

Dafert, qui a recueilli de nombreuses observations sur les cultures de café du Brésil, fournit les chiffres suivants :

1° Sol épuisé (Etat de Rio) : 333 grammes par an et par arbre ;

2' Sol meilleur (vieilles plantations de la zone moyenne, à San Paulo) : 800 à 900 grammes par an;

3° Sol vierge (plantations de la Compagnie agricole de Riberrao Preto) : 1788 grammes par an.

Mais, il faut bien le remarquer, ces chiffres n'indiquent que les grandes récoltes qui n'ont pas lieu tous les ans. On a cru remarquer, en effet, que les récoltes de café suivent les mêmes fluctuations que celles de nos arbres fruitiers, c'est-à-dire qu'après une récolte abondante vient une année mauvaise ou deux années médiocres. Il est assez douteux que par la fumure on puisse empêcher cet épuisement passager; il est probable qu'une taille rationnelle serait seule efficace; mais il faudrait aussi opérer les récoltes plus prudemment qu'on le fait d'habitude.

A la fazenda de Monte-Bello, Dafert a noté une production moyenne de 7^^%4oo par arbre pour un carré comprenant 1,200 caféiers. On peut regarder ces chiffres comme tout à fait exceptionnels.

A Java et à Ceylan, les plantations de caféiers

RÉCOLTE i33

d'Arabie se font, comme nous Tavons déjà vu, en rangs très serrés; aussi les récoltes par arbre sontelles minimes. Au centre et à Touest de Java, chaque caféier d'Arabie donne de i5o à 3oo grammes de café marchand; cette production s'élève à 4oo-6oo grammes dans les provinces de l'Est. A Ceylan, le café est livré en parche ; chaque arbre en fournit environ 3oo-4oo grammes, ce qui correspond à 260- 3oo grammes de café marchand.

En résumé, on peut dire que si un hectare de caféiers d'Arabie fournit 900 ou 1,000 kilogrammes de café marchand, on doit considérer cette production comme une bonne moyenne.

Rendement du caféier de Libéria. — Les résultats en ce qui concerne le caféier de Libéria sont moins connus, car jusqu'ici la culture n'a pas été faite d'une façon aussi suivie.

Cependant, nous avons trouvé dans Quensland agricultural Journal des indications très nettes à ce sujet. Il s'agit d'une plantation de 70 hectares de caféiers de Libéria dans la colonie de Bornéo.

Les récoltes ont été les suivantes :

Pour les

34 premiers mois.

I picul * 96

Du 25® î

lu 3oe

mois (6 mois).

3ie

(6 mois).

4ae

(6 mois).

(6 mois).

(3 mois).

D'autre part. Van Romburgh et H.-J. Wigmann pour des plantations bien entretenues à Touest de Java ont donné les résultats qui suivent :

(i) Le picul est de 6i'^8:»',689.

- li 6 - ,/! -

— [o-ia lo ou [I |iiculs par boiiw.

On a même obtenu jusque i6 piculs par bouw.

Il est vrai que d'autres planteurs accusent une production bien moins élevée. Ainsi, un planteur de la Réunion dit avoir obtenu 378 grammes seulement par plant (intervalle 2 mètres); mais comme il ne donne pas l'âge de ses arbres et que, d'autre part, ces caféiers, trop rapprochés, se trouvent dans un sol médiocre, il n'est guère possible de tenir compte de ce résultat. Nous admettons de préférence les indications rapportées plus haut qui ramènent le chiffre de la production à 1,000 kilogrammes environ par hectare pour le Libéria, soit, en tenant compte de l'espacement à 4 mètres, i'*',3 à i'^%3 par arbre. Un planteur de Java qui a fourni une excellente étude sur cette culture (i) élève même le chiffre de la production par arbre à 3 livres hollandaises, soit i,5oo grammes dès la sixième année.

(1) Cochius, loc. cil.

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