CHAPITRE XII
Déprédations par divers animaux. — Les caféiers sont souvent visités par des mammifères ou des oiseaux qui en recherchent les fruits et finissent par endommager les arbres. De ce nombre, il faut compter les rats, les mulots, les civettes, quelques chauvessouris frugivores et même les singes. Mais les dégâts sont moins considérables et moins à craindre que dans les plantations de cacaoyers, car le fruit du caféier plaît moins à ces animaux que les cabosses du cacaoyer.
A la Nouvelle-Calédonie, les limaces rongent Técorce des caféiers, dans les saisons humides et sur les sols ombragés. 11 suffit pour les éloigner de placer au pied des caféiers une poignée de chaux vive ou même plus simplement encore de la sciure de bois. Celle-ci constitue un obstacle que les limaçons se résolvent difficilement à franchir. On peut encore arroser le sol avec de l'eau ayant séjourné quelque temps dans des fûts à pétrole.
Maladie vermiculaire. — Les insectes sont de beaucoup, dans le règne animal, les ennemis les plus redoutables de caféiers. Cependant, avant d'indiquer
ceux qui sont le plus à craindre, nous devons signaler une maladie étudiée par notre savant compatriote M. Jobert et qui sévit surtout dans la province de Rio-de-Janeiro. Elle y cause des ravages considérables et, en beaucoup de points, on a dû remplacer les cultures de caféiers qui ne produisaient plus rien, par des cultures de canne à sucre. Les caféiers les plus robustes paraissent atteints les premiers et par groupes ou par rangées. Le feuillage prend rapidement un aspect tout spécial. Les feuilles acquièrent une teinte jaunâtre, se plient et tombent sur le ^ol au bout d'environ une semaine. Les branches défeuillées commencent alors à se dessécher par leur extrémité et les arbres ainsi transformés sont généralement voués à une mort rapide.
Les racines des arbres attaqués sont coupées ou rongées. Sur les caféiers voisins qui paraissaient sains et dont la feuille avait la coloration normale M. Jobert a trouvé sur les racines des nodosités semblables à celles des vignes phylloxérées. Ce savant attribue la maladie à la présence dans ces nodosités d'un nombre considérable de petites anguillules du genre Tylenchtis qu'il y a rencontrées (1878). Après la sortie de ces animaux, la racine serait envahie par des moisissures et périrait rapidement. D'après le D' E.-A. Goldi, la « maladie vermiculaire » serait produite par le Meloidogijne exigua. Pour le D*" J. Ritzema Bos, directeur du « Phytopathologisch Laboratorium » d'Amsterdan, ce serait simplement VHeterodera radicicola, espèce commune sur un grand nombre d'autres plantes.
Quoiqu'il en soit, cette maladie sévit avec une certaine intensité sur nombre de fazendas et y cause des pertes considérables.
Lecomte. 12
Il est bon, en cas de mort d'un caféier par cette maladie, d'arracher et de brûler toutes les racines. Les arbres malades ou menacés seront guéris ou garantis par une désinfection du sol à l'aide du sulfure de carbone (3 kilogrammes à l'are) ou d'une dissolution du sulfocarbonate de potassium (6 à 8 kilogrammes à l'are). Le sulfure de carbone peut être distribué dans le sol à l'aide d'un pal injecteur à raison de 3 trous au moins par mètre carré. Il faut avoir soin cependant de ne pas faire ces trous à moins de o'",20 ou o"*,3o du tronc. On bouche le trou et on tasse la terre.
La solution de sulfocarbonate de potassium pourra être simplement déposée dans une cuvette creusée autour du tronc et qu'on recouvre de terre aussitôt que la solution (dans 4 ou 5 fois son poids d'eau) est absorbée par le sol (i).
Un engrais azoté directement assimilable comme le nitrate de sodium ou de potassium sera ensuite avantageusement fourni au sol, car le sulfure de carbone paraît entraver la nitrification.
Maladies produites par les insectes. — Au nombre des insectes ennemis des caféiers, nous citerons d'abord un Coléoptère du groupe des Clytines, Xylotrechus quadrupes Chevrotât (i863), appelé à tort un peu plus tard (1867) Cucujus coffeophagns, La larve de cet insecte établit des galeries dans le tronc ou dans les branches des caféiers (2), pénètre jusque dans la moelle et remonte ensuite jusque vers les parties
(i) V. Delacroix, Les maladies du caféier. Revue des cultures coloniales, no i3. p. 178.
(3) G. W. Dunning. On the Coflee-borer of Southern of India, 1868.
les plus jeunes. Tout le haut de la tige est frappé de mort et se détache au moindre choc.
Les colons anglais désignent cette larve sous le nom de « The Worm » (le ver) ou encore de « The Borer ». Mais, comme on le voit, ce n'est pas d'un ver qu'il s'agit ici, mais, en réalité, d'une larve d'insecte.
On ne connaît pas le moyen de lutter efficacement contre les ravages de cet insecte qui est répandu un peu partout et que nous avons même trouvé dans des plantations très récentes de la côte occidentale d'Afrique. On peut employer les femmes et les enfants à détruire tous les insectes qu'ils trouvent sur le tronc et les branches des caféiers. Si une partie du caféier est attaquée, on doit la couper sans merci et si la section n'est pas trop près du sol, il poussera de nouvelles branches et seule la récolte de l'année sera perdue.
Un planteur du Congo français, M. Wisser, a eu l'excellente idée d'introduire dans les trous creusés par l'insecte un tampon de ouate imbibé d'une dissolution de créoline dans le chloroforme et de boucher ensuite le trou avec un mastic à base de goudron. Il dit avoir obtenu par ce moyen la destruction des insectes.
Les insectes trouvés dans les galeries sont les suivants, d'après M. Lesne :
Apate monachus Fabr. dans le caféier du Kouilou {C. canephora)\
Monohammus serricola White : caféier du Libéria et caféier de San Thomé (C arabica)^
Monohammus sp. Dans le caféier de Libéria ;
Coptops fusca 01. Dans le caféier du Kouilou et celui de San Thomé.
i8o LE CAFÉ
Baraeus sordidus 01.
Ceroplesis sp. Caféier du Kouilou;
Eumimetes maculicomis Thoms. Caféier de San Thomé.
La figure 43 représente précisément les galeries produites dans une tige de caféier par les larves de VApate monachus F. Cet insecte a été trouvé dans les ' plantations de M. Wisser au Congo.
Au Cameroun, le D"^ Preuss a rencontré un Coléoptère, Herpetophygas fasciatus Fôhr, dont la larve se creuse des galeries dans les tiges de caféiers. Le D' Preuss pense qu'il serait bon d'ombrager soigneusement les caféiers pour éviter les dégâts causés par cet insecte (i).
Un Coléoptère assez commun dans les régions tropicales de l'orient, Chjtus coffeophagus Dunning^
(i) O. Warburg. Ein neuer Kaffeeschàdling aàs Afrika, Mitteilungen aùs dcn deutschen Schutzgebieten , VIII. Le D"" Kolbe (Die Thierweli Osi-Africas, livraison VI, p. 3a à 34) fournit les détails suivants sur cet insecte : « Le dépôt des œufs a lieu sur l'écorce des jeunes caféiers. La larve, aussitôt après son éclosion, perce Técorce; puis elle demeure vraisemblablement quelque temps entre l'écorce et laubier. Elle creuse sa galerie dans cette région, se nourrissant des tissus les plus tendres. Elle pénètre ensuite dans le bois et transperce le jeune tronc de haut en bas, suivant l'axe. Dans les troncs plus gros elle reste dans le bois le plus voisin de 1 écorce. Une rangée de petits trous décèle à l'extérieur le coursde la galerie. Ce sont probablement des trous d'aération et non des ouvertures par lesquelles la vermoulure est rejetée au dehors, car celle-ci reste dans la galerie ; la larve la repousse en arrière et sur les côtés pendant ses mouvements successifs de progression. Les trous d'aération sont distants l'un de l'autre de a à 4 millimètres. La larve, parvenue à la base du jeune tronc, ne reste plus dans le bois. Elle pratique tout autour du tronc, dans les couches cambiales tendres, une galerie circulaire, irrégulière, détruisant l'assise génératrice qui permet au bois et à l'écorce de s'accroître. Ce fait a irrévocablement comme conséquence la mort de la plante. On trouve la nymphe à la base de la tige, dans une loge creusée dans le bois, située tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du niveau du sol et remplie de sciure fine. » Le D"* Warburg recommande, contre cet insecte, l'emploi du pétrole et du sulfure de carbone. Les arbres fortement attaqués devront être brûlés.
LES ENNEMIS ET LES MALADIES DV CAFÉIER i8i
Xylotrupes coffea indica W. Pringle possède des larves térébrantes qui causent aussi des ravages nombreux dans les plantations de café du Coorg. Ces larves pénètrent dans le bois et finissent par obstruer le canal d'introduction, à l'aide d'une sorte de mastic composé du mucilage qu'elles sécrètent et de poussière de bois. C'est dans cette prison qu'elles se transforment successivement en chrysalide, puis en insecte parfait.
Le Zetizera Coffeœ est un Lépidoptère de l'Inde dont les larves attaquent aussi la tige des caféiers dans l'Inde et à Ceylan.
On m'a montré au pénitencier de Pariacabo, dépendance de Kourou, à la Guyane, â 4o kilomètres au nord de Cayenne, des branches de caféier complètement et très régulièrement coupées par un insecte. On attribuait ce méfait à un Coléoptère commun dans ces régions, le Macrodontia cerviconiis; mais, en réalité, i je crois que le véritable auteur de ce méfait est un Cerambijx.
Le D' Bidie recommande l'emploi des plantes à ombrage contre les insectes xylophages. Ces insectes paraissent rechercher, en effet, pour y déposer leurs larves les parties des caféiers les plus fortement échauffées par le soleil.
S3. — Galeries pn Iles dans une lige .
éier par I Anale mon.
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iSgy.
■ Si LE CAFÉ
L'ÉIacbÏBte. — MM. G. Menneville et Perrottet (i)
ont signalé, en i843, une maladie nommée rouille ou
i( fly » qui ravage les caféiers aux Antilles et qui est produite par la larve d'un inse<'te de la famille des Tinéites, auquel ils ont donné le nom de Ëlachista cuffeella.
Trente ans plus tard, M, B.
Pickmann Mann (2), naturaliste américain, chargé d'une mission par le Gouvernement brésilien, a de nouveau décrit le même insecte et sa larve sous le nom Cemiostoma coffeella Stainton. Un savant entomologiste français, Ragonot (3), a lOnfirmé plus tard que l'insecte lécrit par Guérln-Menneville est bien un Cemiostoma et non un Elackista. « Les chenilles de la Tinéite du caféier forment une plaque sur les feuilles, mangeant le parenchyme, détachant l'épiderme qui brunit ou noircit, se soulevant et
'^'féiet^'n^c'd"" im'iIm d*EÎ^- f^ssemblant à des ampoules,
chiaio, d'après nature à l'intéricur desquelles les
déjections de la chenille sont
disposées en lignes concentriques. Les chenilles
(1) G, Hennevîllc et Perrotlet. Mémoire eur un insecte et un champignon qui ravagent les caféiers aux Antilles. iSil.
(5) M. B. Pickmann Mann. The while Coflee-leaf Miner (1871) : in American Naturalial.
(3) Bull, de la Soc. entomol. de France. 1894.
LES ENNEMIS ET LES MALADIES DU CAFÉIER i83
sont isolées; mais une feuille porte souvent une dizaine de mines. Adultes, les chenilles quittent leurs mines et établissent, dans les plis des feuilles ou dans un autre endroit à leur convenance, leurs cocons fusiformes, d'un blanc pur, placés sous une petite toile tendue sur deux épais et courts cordonsde soie ».
« Le Cemiostoma coffeella forme de nombreuses plaques sur les feuilles du caféier, sans doute comme le fait notre Cemiostoma scitella dont les ampoules noirâtres défigurent les feuilles des pommiers, des poiriers et de Taubépine. »
« A Ceylan, d'après Nietner, Cemiostoma paraît remplacé par Gracilaria coffeifoliella Niet. qui mine les feuilles, formant des taches et des galeries blanches, mais qui est bien moins nuisible que Cemiostoma, »
Les larves du Cemiostom,a coffeella sont à peine longues de l\ millimètres et demi à 5 millimètres, assez minces, aplaties, d'un blanc jaunâtre, composées de II segments étranglés et en chapelet, non compris la tète et l'anus. « Les premier, deuxième, cinquième, sixième et septième segments sont plus larges que les autres; ils sont tous garnis de quelques poils, naissant de petits tubercules peu saillants. La tête est aplatie, terminée en pointe et armée de deux mandibules bidentées au bout. Les trois premiers segments portent chacun une paire de pattes écailleuses composées de trois articles^ et terminées par un petit crochet; les quatrième et cinquième, dixième et onzième anneaux n'ont pas de pattes; les sixième, septième, huitième et neuvième sont munis chacun de deux pattes membraneuses, couronnées de petites épines, et le tubercule
iSd LE CAFÉ
anal est lui-même terminé par deux mamelons garnis de brosses courtes, et destinées à servir de point d'appui à la chenille quand elle veut se pousser en avant ». Voici maintenant la description de Finsecte parfait :
« Son envergure est à peine de 4 à 5 millimètres, et la longueur de son corps de 2 millimètres et demi. La tête est surmontée d'une petite crête formée par des écailles relevées. Les premières ailes sont, en dessus, d'un blanc argenté très brillant, avec l'extrémité terminée par des écailles allongées qui forment un appendice un peu relevé, varié de jaune doré, de blanc et de noir bleuâtre. A la base de cet appendice, on voit une tache d'un noir bleu très luisant, à centre argenté, posée tout à fait à l'extrémité de l'aile, et il part de cette tache un petit trait oblique jaune, bordé de points bruns, qui va rejoindre le bord supérieur de l'aile un peu après le milieu de ce bord. La frange est brune et composée de poils très longs, attachés seulement, au bord inférieur et au sommet. Les ailes inférieures sont très étroites terminées en pointe, également couvertes d'écaillés argentées comme les supérieures et frangées de longs poils bruns. La tête, les antennes, les palpes, le corselet, l'abdomen, les pattes et le dessous du corps sont entièrement couverts d'écaillés argentées, et l'extrémité seule des cinq articles des tarses postérieurs est noire. Le dessous des ailes est brunâtre comme la frange.
« Ce petit papillon est très vif, très agile, et voltige dans toutes les directions en cherchant à s'accoupler. On le voit exécuter des bonds rapides, et son vol saccadé le fait reconnaître, inême à distance.
« C'est en mars que l'on peut commencer à étudier des larves ; mais on ne reconnaît le papillon qu'en avril. Dans les climats chauds, qu'il habite, ce lépidoptère se reproduit plusieurs fois dans l'année, comme cela a lieu pour le ver à soie qui, sous les tropiques, se renouvelle tous les quarante à quarante-huit jours environ. La larve reste environ quinze à vingt jours entre les deux extrémités des feuilles du caféier; elle en sort ensuite, travaille à son cocon, qu'elle achève dans les 34 heures, et, six jours après, la papillon en sort, s'accouple et pond des œufs, qui éclosent sept ou huit jours plus tard. »
On préconise contre le Cemiostoma de grands feux
LES ENNEMIS ET LES MALADIES DU CAFÉIER i85
allumés dans les plantations au moment de la métamorphose de la larve en papillon, ou bien encore la lampe Gayot. Si on a soin de secouer fortement, par les temps de pluie, le tronc des caféiers attaqués, les papillons s'envolent et sont détruits presque infailliblement par la pluie.
J'ai vu utiliser dans une plantation de la Martinique une lanterne dont la forme est indiquée par lafigure ci-contre.
Elle est placée au-dessus d'une sorte de réservoir conique contenant de Teau. Les insectes attirés par la lumière viennent F'»- 45- — Lanterne employée
, contre l'Elachiste à la Marti-
s y noyer. nique.
Coccidées. — Bug. — Les maladies connues par les planteurs anglais sous le nom général de « Bug» sont produites par d'autres insectes appartenant surtout à la famille des Coccidées. On distingue plusieurs de ces maladies :
« Brown Bug », produite par Lecaniit m Coffeœ\
« White Bug », produite par Pseudococcus adonidum;
« Green Bug », produite par Lecaniimi viride;
« Black Bug », produite par Lecanium nigrimi ;
« Coffee Bug », produite par Dactylopius adonidum ;
« Coffee Louse », produite par Aphis coffeœ (i).
On peut recommander, contre l'invasion des ca-
(i) Tropical agriculturist, 1897, p. 449-
M. Giard a signalé récemment deux Cochenilles nouvelles récoltées sur les racines du caféier à la Guadeloupe. On pourrait probablement les détruire par un arrosage à la solution de sulfocarbonate de potassium.
i86 LE CAFÉ
leiers par des Coccidées, le badigeonnage du tronc et des branches ou bien encore la pulvérisation du jus de tabac. Raoul conseille également une solution très faible de potasse.
Les principaux mélanges qu'on peut appliquer en pulvérisation contre ces insectes et d'ailleurs contre tous les autres sont les suivants :
I** Émulsion de pétrole dans l'eau (i de pétrole pour 3o d'eau). On a soin de saupoudrer ensuite les^ arbres avec un mélange de 75 parties de cendres pour 20 de chaux et 5 de salpêtre (Brown de Runnymède).
2® Emulsion de pétrole dans de l'eau de savon ; les proportions peuvent varier ; mais le mélange le plusemployé est le suivant :
Pétrole 18 litres,
Savon I livre,
Eau 9 litres.
On commence par faire dissoudre le savon dans l'eau et on le chauffe à 4o** C. au moins; on va même parfois à l'ébuUition.On verse ensuite cette solution chaude dans le pétrole en agitant fortement pendant 5 ou 10 minutes. Ce battage peut s'effectuer facilement à l'aide d'une baratte analogue à celle dont on se sert pour préparer le beurre; ou bien encore on fait passer le mélange dans une pompe. Le liquide qu'on obtient doit avoir l'apparence de la crème et augmenter de consistance par le refroidissement. Avant de le laisser refroidir, on peut même l'étendre d'environ 9 ou 10 fois son poids d'eau.
3° L'émulsion du pétrole dans l'eau de savon a l'inconvénient de laisser sur les feuilles une sorte d'enduit qui obstrue les stomates. D'après Indian Economie Entomology, on peut faire cette émulsion
en remplaçant l'eau de savon par du lait. L'opération se fait dans une baratte ou dans une pompe. Si on fait passer le mélange dans une pompe, on aura soin de répéter plusieurs fois cette opération et de conserver ce mélange dans un vase fermé. Au moment de l'employer, on y ajoute la quantité d'eau nécessaire.
Fumagine. — Les pucerons et les cochenilles du caféier ne contribuent pas seulement à affaiblir la plante par leurs piqûres réitérées; mais leur sécrétion visqueuse et sucrée qui finit par recouvrir les branches et les feuilles constitue un milieu de culture particulièrement favorable au développement des moisissures noires dont la présence constitue la maladie désignée sous le nom de ftimagine. Deux champignons principaux produisent la fumagine : le Capnodium coffeœ de Patouillard et le Triposporium Gardneri de Berkeley.
Pour éviter la fumagine, il faut autant que possible détruire les pucerons et cochenilles. On y arrive assez facilement pour les individus jeunes; mais l'enduit cireux qui revêt les individus adultes devient souvent un obstacle. On a proposé pour attaquer cet enduit cireux l'alcool, le lait de chaux, la solution d'hyposulfite de soude, le lait de chaux additionné d'un centième d'alcool, etc.
Divers insectes; fourmis. — On connaît encore un grand nombre d'autres insectes capables de causer des dégâts dans les plantations de café. Nous citerons :
Sericea pruinosa Burm ; Inde.
Agrotis segetum Schiff; Inde.
Crematogaster Dohrni Meyr ; Inde.
i88 LE CAFÉ
Mais les insectes les plus répandus, ceux dont on a peut-être le plus à craindre, sont les fourmis.
Dans les plantations du Brésil, on désigne sous les noms de Sauva, Sauba, ou encore de Tana-Jura, Fourmi à parasol y Fowmi manioc {Guyane)^ des fourmis brunâtres [JEcodoma cephalotes), qui minent la terre en la pénétrant d'allées et de trous. Elles attaquent tous les arbres et même le caféier, bien qu'elles manifestent une préférence marquée pour les orangers et les citronniers (i). Elles occasionnent parfois de terribles ravages, et dans les grandes plantations on est obligé d'avoir des ouvriers spécialement chargés de les détruire. On emploie à cet effet une substance appelée formicida qui contient une fort« proportion de sulfure de carbone et qu'on fabrique en grande quantité à l'île du Gouverneur, dans la baie de Rio-de-Janeiro. Quand les ouvriers ont découvert un certain nombre de trous de fourmis et qu'ils ont nettoyé le terrain de toutes les mauvaises herbes, on commence par verser de l'eau dans les trous à l'aide d'un récipient à long bec, afin d'humecter les parois. Ceci fait, oit verse la formicida et, quand les trous sont bien imprégnés, on y met le feu. 11 se produit une véritable explosion ; les fourmis sont étouffées,
(i) « A peine arrivées dans les plantations de caféier, elles grimpent sur les arbres et au bout d'un quart d heure chacune d'elles a taillé dans une feuille avec ses tenailles un morceau demi-circulaire d'un demi-pouce de long avec lequel elle s'en revient, le maintenant fortement à l'aide de ses mandibules au-dessus de sa tête. Quand, du haut d'une éminence, on embrasse du regard la grande route, sur laquelle s'avancent ces millions de petites bêtes en masse compacte, avec leurs étendards verts sur la tête, en croirait voir un énorme serpent vert rampant sur le sol. » (Bâtes.)
Pour débarrasser son jardin de ces hôtes dangereux, M. Belt eut recours à 1 acide phénique et les résultats furent men'eilleux. Du sublimé corrosif en poudre répandu sur le sol pendant un temps sec produit sur les ^codomcs un effet singulier car elles se mettent à courir dans toutes les directions en se mordant fréquemment les unes les autres.
LES ENNEMIS ET LES MALADIES DU CAFÉIER i8()
brûlées, ou bien ensevelies sous les décombres de leurs demeures souterraines.
Une autre fourmi (ciipim) se rencontre aussi dans les plantations du Brésil et forme autour des caféiers de petites pyramides de terre atteignant o"',4o et o™,5o de hauteur. Cette fourmi cause dans les plantations de café du Brésil les mêmes dégâts que les taupes dans nos vergers et nos jardins.
Coulure. — M. Boutilly (i) a signalé une maladie qui sévit sur les caféiers de la Réunion et qu'on désigne habituellement sous le nom de coulure du café bien que le nom de piqûre soit plus juste. Cette maladie n'a, en effet, rien de commun avec la coulure des fruits en Europe.
La larve d'une pyrale provoque la maladie. Cette larve, arrivée au terme de sa croissance, atteint une longueur de ii à 12 millimètres, avec un diamètre de 2 millimètres environ. Elle pénètre dans le fruit par la région voisine du pédoncule. Si la baie est core éloignée de sa maturité, la larve arrive jusqu'à l'albumen des graines qu'elle dévore; après avoir détruit une graine, elle passe à l'autre, et sort ensuite de ce fruit pour en attaquer un autre de la même façon. Quand, au contraire, la baie est arrivée près de sa maturité, c'est à la pulpe du fruit seulement que la larve s'attaque et elle creuse des galeries sous Tépiderme. M. Boutilly admet que la vie larvaire de cet insecte doit durer de 6 à 8 semaines et que chaque larve peut détruire au moins 5o baies de café pendant cette période.
(i) Rev. des cuit, col., n« i5, p. 34-
igo LE CAFÉ
Les divers moyens employés pour combattre cette maladie n'ont pas donné les résultats qu'on en attendait : le sulfatage des fruits, l'emploi des feux n'ont pas enrayé la dévastation. M. Boutilly pense que le procédé le plus efficace consiste, « aussitôt l'apparition de la maladie, à visiter les uns après les autres tous les pieds de café portant des fruits et à enlever à la main non seulement tous les grains atteints, mais encore tous Jes voisins immédiats. » Les baies atteintes depuis quelque temps se reconnaissent facilement à la couleur brune qu'elles ont acquise; elles sont le plus souvent entourées de débris pulvérulents qu'il est bon d'enlever soigneusement en même temps que les baies. Les fruits et débris enlevés doivent être détruits par le feu ou enfouis dans une fosse et recouverts de chaux.
M. Bordage, directeur du Muséum de la Réunion a signalé récemment le Thliptoceras octoguttalis Felder [=^Botys coffealis Bordage) qui est précisément le Lépidoptère dont parle M. Boutilly. D'après M. Bordage cet insecte cause de tels dégâts que la moitié de la récolte peut parfois être perdue.
Insectes qui attaquent le café dans les magasins. — Après la récolte, dans les magasins où on le conserve, le café n'est pas encore à l'abri des insectes. On a signalé à la Guyane un Coléoptère de la famille des Anthotribides, voisine de celle des Charançons ou Curculionides; cet insecte est VArœocenis fasciciilatus de Gœr = A. coffeae Fabr. = A, cacao Fabr. Il a encore reçu neuf autres noms. Cet insecte paraît cosmopolite, car il a été rencontré en Amérique, à la Nouvelle-Hollande, en Chine, au Japon, dans les Indes orientales, en Perse, au Cap de Bonne-Espé-
rance, en Angleterre, etc. Sa larve s'attaque au cacao et au café, ainsi qu'au gingembre et probablement à d'autres plantes (i).
On a conseillé des fumigations d'acide sulfureux dans les locaux où doit être emmagasiné le café et «ntre les récoltes. Mais Todeur d'acide sulfureux ne doit plus être appréciable au moment où on amène le café, car celui-ci s'imprègne très facilement de toutes les odeurs en présence desquelles il se trouve et l'acide sulfureux lui serait funeste.
Les ennemis végétaux. — Si les animaux, et surtout les insectes, sont pour le caféier, dans toutes les régions du globe où on le cultive, des ennemis redoutables, il faut reconnaître qu'il n'a pas moins à craindre du monde végétal.
Pendant la première période de croissance, il redoute l'exubérante végétation de toutes les mauvaises herbes qui ne tarderaient pas à l'étouffer. Plus tard, la végétation herbacée de la plantation peut encore nuire aux caféiers en prenant au sol une partie de ses substances nutritives. La patate, surtout, quand elle envahit une plantation, se propage avec une vigueur désespérante et il devient bien difiîcile de s'en débarrasser.
Au Brésil, à Java et dans la plupart des pays où on cultive les caféiers, les lianes et les plantes parasites portent un préjudice assez grave. Il faut surtout compter avec les Loranthtis qui vivent sur les arbres des pays chauds, comme le Gui (de la même famille) sur les arbres des régions tempérées. Les
(i) Pour la description de l'insecte et de sa larve, voir Ann. Soc. enlomol.j 1861, p. 399.
19a LE CAFÉ
mousses, les lichens, les champignons sont aussi très abondants et il est nécessaire de les enlever par des grattages. Quant aux Loranthus, on doit se garder de les arracher, car on déchirerait l'écorce des caféiers; il faut les couper à Taide d'un instrument bien tranchant.
Les Algues. — Le D"* Went qui a habité Java pendant assez longtemps, a signalé sur le caféier de Libéria une maladie qui sévit à Tegal et qui provoque la dessiccation d'un grand nombre de fruits. Cette maladie est due à une Algue qu'il a désignée sous le nom de Cephaleuros Coffeae Went de la famille des Confervacées. La même Algue produit à la surface des feuilles des taches ayant quelque ressemblance avec celles de VHemileia, mais qu'un peu d'habitude ne permet pas de confondre avec ces dernières (i).
Les champignons. — Les champignons qu'on a rencontrés soit sur la tige ou la racine, soit sur les feuilles du caféier, sont particulièrement nombreux. La plupart d'entre eux ne causent pas de dégâts, mais, comme nous allons le voir, il en est qui sont pour le caféier des ennemis dangereux contre lesquels il est très diflicile de lutter.
D'après Saccardo, les champignons recueillis sur le Coffea arabica sont les suivants :
Asterella pseudocuticulosa Wint (feuilles).
Atractiella Brunaudiana Sacc.
Capnodiiim coffeae Pat. f.
Capnodium trichostomum Speg. f. et ram.
(i) D"* F. A. F. C. Went, Cephaleuros Coffeae, eine neue parasilische Chroolepidee ; avec planche, 1895.
LES ENNEMIS ET LES MALADIES DU CAFÉIER iy3
Cercospo7'a coffeicola Berk. et Ciirt. f.
Clypeolum megalosporum Speg. f.
Dimerosporium coronatum Speg. f.
Beniileia vastatrix B. et Br. f.
Lœstadia coffeicola Speg. f.
Leplosphœria coffeigena (B. et C.) Sacc. f.
Leptothyrhim discoideum (Cke) Sace. f.
Micropeltis Tondiizii Speg. f.
Pellicularia Koleroga Cke f.
Phyllosticta coffeicola Speg. f.
Ranmlaria Gôldiàna Sacc. f. et rameaux.
Saccardinula costarice?isis Speg. f,
Sphœrella coffeicola Cke f.
Stilhum flaviditm Cke f.
Tonila Sphœrella Cke f.
Tryblidiella brachyasca Pass. Ecorce.
Tryblidiella rufula (Spreng.) Sacc. rameaux.
Sur le Coffea liberica Hiern :
Enryachora liberica Ond. Tronc.
Fusarium coffeicola P. Heun. f. pétioles.
Leptothyrium minimum AUesch. f.
Septoria coffeicola P. Henn. f.
Hemileia vastatrix B. et Br. f.
A cette liste déjà longue viennent s'ajouter tous les jours de nouveaux champignons trouvés sur les caféiers. Nous nous occuperons seulement ici des trois qui sont véritablement dangereux pour les plantations : Hemileia vastatrix^ Pellicularia Koleroga et Stilbum flavidum.
Hemileia. — La maladie des feuilles désignée par les colons anglais sous le nom de Leaf blight est produite par un champignon de la famille des Urédinées, VHemileia vastatrix B. et Br. Cette maladie fut recon-
Lecomte. i3
ig^ I.E '.MF/;
nue pour la piciiiiùic fois à Ceylan, en i869; en quelqnes annûrs, elle se répandit rapidement dans les plantations de l'Inde, de l'archipel malais, et atteignit les îles Fidji et Manrice. Dans ces dernières années, elle s'est propagée dans le centre et le sud de TAmérique. En 189^1, elle faisait son apparition dans les plantations de café des colonies allemandes de l'Afrique orientale. Warburg a d'ailleurs reconnu cette maladie sur des feuilles recueillies par Stuhlmann en 1892 , près du Victoria Njanza.
La maladie produite par VHeniileia se manifeste d'abord par des taches de couleur blanchâtre, puis orange, qui apparaissent à la surface des feuilles; cestaches apparaissent à la face supérieure; mais en réalité, le champignon se trouve surtout à la face inférieure, et V\a. ',fi. — Ffiiiilf iio iMfiirr «YBc c'est par translucidité qu'on ae» la.ho! ,1 /f™i(fi.r l'aperçoit. Les taches ont
un diamètre qui varie de i i\ 6 iiiillimètres et on voit bientôt à la face inférieure de la feuille, an milieu de chaque tache, un amas de spores microscopiques produites par un champignon dont le mycélium végète dans les tissus de la feuille. <^es amas de spores ont une couleur jaune orange qui
LES EN.yEMIS ET LES MALADIES DU CAFÉIER igS
est bien caractéristique et qui permet de reconnaître facilement la maladie à une première inspection.
Des études poursuivies par H. Marshall Ward, chargé d'une mission à cet effet par le gouvernement de Ceylan, il résulte que les spores d'Hemileia, tombant sur une feuille de caféier d'Arabie ou de Libéria, mettent de lo à i8 jours, suivant que la feuille est jeune ou âgée, avant de produire une tache visible. La moyenne est de i4 jours. Les premières spores apparaissent quelques jours plus tard. Les taches noircissent à leur centre deux mois environ après leur apparition, et les spores cessent de se produire 7 à ii semaines après le moment où elles ont commencé dé se former.
Marshall Ward (i) a entrepris de nombreuses expériences à ce sujet en portant les spores sur des feuilles de caféier. Le tableau ci-dessous résume quelques-unes des observations publiées par cet auteur :
CAFÉ
CAFÉ
CAFÉ
Date de l'ensemencement.