CHAPITRE III
Considérations générales. — Les personnes étrangères à l'agriculture — et c'est malheureusement le cas d'un grand nombre de celles qui se proposent de coloniser — s'imaginent souvent qu'il est possible d'établir, ne varietiir, les conditions dans lesquelles peut se pratiquer une culture donnée. On nous a fait parfois à ce sujet des questions qui marquaient nettement cet état d'esprit; il ne manque pas de personnes pour se figurer qu'on pourrait dresser iactuellement une carte rigoureuse des régions du globe où la culture du café est possible. Malheureusement, pour nourrir de telles illusions, il faut ignorer complètement que nous sommes très imparfaitement renseignés sur les conditions climatériques exactes d'un grand nombre de pays; il faut oublier^ en outre, que diverses circonstances réagissent les unes sur les autres; il est clair, en effet, que la nature du sol, l'altitude, la situation de la plantation en plaine ou sur la pente d'une colline exercent une influence considérable sur la végétation, et que, dans certains sols possédant une grande capacité d'absorption pour les eaux de pluie, le caféier pourra prospérer avec des chutes de pluie assez espacées, tandis que d'autres sols ne retenant pas l'eau exigeront des pluies plus fréquentes.
1x2 LE CAFE
D'ailleurs, il est bien inutile d'insister plus longtemps sur ce sujet; il suffît de dire que, malgré les nombreux travaux effectués sur la végétation des plantes de nos pays, il serait bien diffîcile à un agronome d'établir exactement, pour la betterave, la pomme de terre ou le blé, les conditions de sol et de climat, dont ces cultures ne doivent pas s'écarter; il serait encore moins possible d'établir une carte bien tranchée des parties de l'Europe où ces diverses cultures peuvent être tentées avec succès. Tout ce qu'il est possible de faire, c'est d'indiquer, soit d'après les considérations théoriques tirées de l'analyse des récoltes, soit d'après les résultats de l'expérience et les données de l'observation, quelles sont les conditions qu'il importe de rechercher et celles qu'il convient, au contraire, d'éviter. Il est clair, en effet, que les expériences tentées en divers pays pour la culture du café peuvent nous renseigner beaucoup mieux que toutes les considérations théoriques.
11 ne s'agit pas de savoir dans quels pays le caféier peut vivre; mais, bien plutôt, de rechercher dans quels pays et sous l'influence de quelles conditions climatériques il vit le plus longtemps et fournit les récoltes les plus abondantes.
Climat du Brésil. — La culture du café a pris au Brésil une telle extension; sa production tient une place si considérable dans la production totale du globe, qu'il faut bien regarder ce pays comme essentiellement favorable à cette culture; indiquer les conditions climatériques qui s'y trouvent réalisées, c'est donc fournir au planteur de café un ensemble de données particulièrement précieuses.
Le Brésil constitue un pays immense s'étendant sur environ 4o** de latitude et de longitude. La superficie peut être évaluée à 8,4oo,ooo kilomètres carrés, c'est-à-dire plus de quinze fois la superficie de la France. Aussi peut-on s'attendre à trouver dans un pays aussi étendu des climats très différents ; en eflPet, celui du sud (i), à Rio Grande, est salubre et tempéré, tandis qu'on rencontre, au nord, le climat chaud, humide et insalubre des régions équatoriales. La carte de la figure fait voir suffisamment ces différences notables de température moyenne pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y insister davantage.
Ce qu'il importe de retenir, c'est que la température moyenne annuelle de la zone de production du café oscille entre 20° et 24° c. (au niveau de la mer).
La température moyenne annuelle de Rio-de-Janeiro, situé près du tropique du capricorne, est de ^3° et on sait que c'est dans la région de Rio qu'ont été établies pendant longtemps les principales plantations de café (2). Au contraire, dans la région nord du Brésil, à San Luiz de Maranhao, par exemple, la température moyenne de l'année s'élève à 26^8.
La côte orientale d'Amérique, au sud de Pernambuco,jouità peu près de la température normale correspondant à sa latitude, car elle n'est que très peu influencée par le courant froid qui glisse le long de la côte nord, ni par les courants chauds venant des
(i) Les renseignements sur le climat de la zone à café du Brésil sont tirés en grande partie du Rapport de Van Delden Laërne.
(2) D'après Liais, directeur de l'Observatoire de Rio-de- Janeiro, la température moyenne dun parallèle quelconque rapportée au niveau de ia mer peut être représentée approximativement par la formule 56^,7 cos / — 28°. 7 dans laquelle / représente la latitude, ce qui donnerait 28®, 2 pour la température moyenne annuelle de Rio-de-Janeiro.
régions équatoriales et qui se portent au sud en se dirigeant très sensiblement dans la direction de l'est.
Mais dans ce qui concerne l'examen des températures, il est essentiel de tenir compte de l'altitude des régions considérées. D'après les calculs de Liais, la température, au Brésil, s'abaisse de i" par 2o3 mètres, à l'exception cependant des provinces du nord, où l'influence des courants froids se fait sentir et abaisse d'environ i® la température moyenne. Il faut d'ailleurs remarquer que cette dernière diminution se borne au littoral et qu'elle ne se fait pas sentir à plus de i5o ou 200 kilomètres dans l'intérieur.
Cette considération de l'abaissement progressif de la température avec l'altitude est d'autant plus importante que la plupart des plantations de café se trouvent établies à une altitude qui varie de 200 à 55o mètres pour la zone de Rio, par exemple, et de 600 mètres à 1,000 mètres pour celle de Santos, qui est plus à l'intérieur des terres et qui jouit principalement du climat continental non tempéré par l'ac-^ tion de la mer. Dans celte dernière zone, la culture du café d'Arabie ne présenterait guère de chances de succès au-dessous de 600 mètres. Mais le Libéria pourrait, sans doute, se trouver très bien dans les parties basses, car il s'accommode d'une température plus élevée.
D'ailleurs, il faut bien le remarquer, l'unique considération des températures moyennes annuelles ne constituerait pas un critérium suffisant; il importe encore que les variations ne soient pas trop considérables. Il ne faut pas surtout que la plantation de café soit exposée à des gelées qui compromettraient d'une façon irrémédiable le fruit de plusieurs années
de travail. Si l'air est sec et en repos, les caféiers peuvent soiiffrir, pendant une courte durée, une température voisine de o°; mais il n'en serait pas de même sous l'influence du vent. Les vents froids sont, en effet, désastreux et produisent des dégâts analogues à ceux qu'occasionnerait une gelée : on pourra toujours facilement, par des abris convenables, soustraire une plantation de café à l'action de ■ces vents; mais il n'en est pas de même de la gelée, -contre laquelle il est impossible de lutter; il ne faut •donc jamais installer une plantation de café dans des régions exposées à des abaissements de température atteignant o®.
Pour nous résumer, on peut dire, en somme, que les limites de température moyenne annuelle qui •conviennent le mieux à la culture du caféier d'Arabie oscillent entre 15** et 25° (i5** à 3o^ d'après Sémler, t2® édit.). Mais si la température moyenne s'élève audessus de 25°, l'inconvénient sera relativement faible, puisqu'on pourra toujours y remédier par un <3hoix judicieux d'arbres à ombrage. Pour le caféier de Libéria, les moyennes de température nécessaires ne devront probablement jamais descendre audessous de 20° (i). Mais il faut éviter par-dessus tout les régions exposées à la gelée.
La grêle cause parfois, dans certaines plantations du Brésil, des dégâts fort importants; on en voit
(i) Boussingault et de Hiimboldt admettaient que la limite de culture <iu café coïncide avec celles de l'oranger, du bananier et du bambou, car le caféier peut vivre dans des régions où la température est inférieure (i® pour l'oranger, 3° pour le bananier et 5° pour le bambou) à celles qu'exigent les trois plantes indiquées.
Un auteur anglais fait coïncider la zone de culture du caféier aAcc celle de la végétation du bambou ; mais ce sont là des données trop vagues pour être utilisables.
AG
souvent des exemples dans les provinces de Minas Geraes et de San Paulo, dans l'inlérieur; mais elles sont presque inconnues plus près de la côte où règne le climat maritime.
Les développements dans lesquels nous venons d'entrer sur le Brésil peuvent guider les plantations des autres pays.
Pluie. — Dans les provinces de Rio-de-Janeiro et d'Espirito Santo, il pleut pendant toute l'année, mais les pluies sont plus abondantes en été qu'en hiver (juin, juillet, août). A l'intérieur, ces trois derniers mois qui correspondent à l'hiver sont même secs de telle fiiçon qu'on peut diviser l'année en deux saisons : l'une, des pluies (octobre-mars), et l'autre, des sécheresses (avril-septembre). Les tableaux suivants, mieux que toutes les explications, feront comprendre le régime des pluies dans diverses localités du Brésil.
MOYENNE DES CHUTES DE PLUIE MENSUELLES A MORRO VELHO (PROVINCE DE MINAS GERAES), DE i855 A i87r>
Hiver
Allitude
Janvier.
Février.
Mars. .
Avril. .
Mai. .
Juin. .
Juillet.
Août. .
Septembre Octobre.
Novembre Décembre
Total de l'année. .
G95'» (d'après Van Delden).
2(j9 millimètres
2 millimètres
iimètres \
— .' io3 —
1,037 millimètres
Pendant cette période de vingt-cinq années, les plantations ont eu souvent à souffrir d'assez longue» périodes de sécheresse, surtout à l'époque de l'hiver. Ainsi, pour l'année 1869, les chutes de pluie furent nulles pour les mois de juin, juillet et août; mais, en somme, c'est là un phénomène commun à tous les pays, et nos cultures européennes subissent souvent des sécheresses très prolongées, sans être pour cela irrémédiablement compromises.
Pour fixer les idées, nous allons considérer deux autres localités du Brésil appartenant à la zone du café et pour une année choisie comme année moyenne»
PLUIES MENSUELLES (en pouces de o»,o2 54).
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre