‹ Le café, le chocolat, le théChapitre 8 sur 15 · Voyage autour du monde. Pion · texte numérisé non relu

Voyage autour du monde. Pion

commencement du xyii^ siècle, le seul intermédiaire entre l'Europe et ces contrées de l'extrême Orient.

En 1641, Tulpius, médecin hollandais, fait connaître les propriétés du thé et les avantages que son pays pouvait en tirer.

Vers 1660, la feuille chinoise devient en usage dans les cafés.

Bontekoe, médecin de l'Electeur de Brandebourg, vante les vertus du thé, en 1679, dans un ouvrage qui obtient un grand succès.

Lord Arlington fut le premier qui le transporta de la Hollande en Angleterre. En 1664, il était encore assez rare, et coûtait fort cher. Car nous lisons dans un ouvrage anglais que la Compagnie des Indes-Orientales, qui avait reçu le monopole du commerce du thé entre la Chine et l'Angleteire, acheta, cette même année, au prix de deux livres, 2 onces de thé destinées à être offertes en cadeau au roi.

Cette célèbre Compagnie conserva son monopole jusqu'en 1834.

Les services qu'elle rendit en Angleterre n'étaient pas sans compensation : pendant que les habitants de Hambourg, de New-York, d'Amsterdam, recevaient directement et librement leur thé de Chine, les Anglais payaient 1,500,000 livres sterling de plus , pour tenir leur thé des mains de ce coûteux intermédiaire , la Compagnie des Indes.

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Vers la lin du xviii* siècle, le thé était si peu connu en Ecosse, que la duchesse de Monmouth en ayant envoyé une livre dans ce pays, en 1785, à Tun de ses parents, sans indiquer la manière de le préparer, le cuisinier fit bouillir les. feuilles, et les servit comme un plat d epinards ! Inutile d'ajouter qu'il avait jeté- l'infusion.

En France, le thé parait avoir été conmi dès 1036. On sait par les lettres de Guy Patin, que deux thèses furent soutenues sur le thé, pour flatter le chancelier Séguier, ardent propagateur de la nouvelle boisson : l'une en 1648, dont la conclusion était que le thé « donne de l'esprit » (menti con^ fert)\ l'autre en 1057, en présence du chancelier et de plusieurs personnages illustres. Quant au spirituel auteur des lettres qui fournissent ces renseignements, il appelait le thé « une impertinente nouveauté du siècle. »

De tous les ouvrages où Ton peut recueillir, çà et là, quelques informations sur le thé, il est permis de conclure que l'usage de cette boisson se répandit plus lentement en Europe que celui du café.

Aujourd'hui la feuille chinoise n'a rien à envier à la fève d'Arabie.

Qu'on juge de sa destinée par les chiffres suivants empruntés à des documents ofïîciels :

Depuis longtemps l'Europe payait à la Chine,, pour le thé, un tribut annuel évalué à plus de 150 millions.

En 1869, la Chine a exporté 73,407,130 kilog. de thé !

Elle a reçu de l'étranger, pour ce seul article de son commerce extérieur, 213,548,016 francs.

L'Angleterre en a pris à elle seule pour 14S, 10 1,536 ^ Sa consommation annuelle approche de 50 millions de kilogrammes.

Dans l'année financière 1872-73, le gouvernement anglais a perçu, par les douanes, pour le thé seulement 80,672,512 francs.

La ville de Macao, peuplée de 125,000 Chinois et de 2,000 Portugais, en exporte chaque année pour 3,400,000 francs.

Nous n'avons pas de renseignements authentiques sur l'exportation du Japon et de quelques autres lieux de production, oii le thé a été acclimaté, ni sur les quantités, certainement considérables, qui sont transportées de Chine en Russie par les caravanes à travers l'Asie centrale. Le chiffre total doit en être sensiblement augmenté.

Si, en France, la consommation du thé, qui n'a pris quelque importance que depuis 1830, n'a pas suivi la même progression qu'en Angleterre, c'est en grande partie parce que chez nous le vin est abondant et d'un prix relativement peu élevé. Après tout, il n'y a pas lieu do s'en plaindre.

Elle ne dépasse guère 30U.000 kilogrammes par an.

Voici le tableau de la consommation de Paris, en iN.")!). d'après Husson :

Thés noirs :

kil.

Souchong 18,000

Congo 5,000

P koe 3,r)00 ) 28,500 kil

Pékoe orange, 1,500

Pouchong 500

Thés verts :

Hyson 4,000

Tonkay 1,800

Impérial 1,500

Hyson-Schouiang l,-200

Hyson-Skin 1,200

Poudre à canon 1,000

10,700 kil.

Total . 39,200 kil.

On peut évaluer aujourd'hui sans crainte d'exagération à plus de 40,000 kilogrammes la quantité de thé consommée à Paris.

Essais de culture du thé hors de la Chine et du Japon.

En voyant les progrès toujours croissants de la consommation du thé, et des bénéfices qu'il procure aux pays de provenance, les peuples tributaires de la Chine et du Japon ont dû songer de bonne heure aux moyens d'acclimater chez eux, ou dans leurs colonies, l'arbuste qui produit une telle richesse.

Ils y étaient d'autant plus portés^ qu'ils ne pou-

vaient recouvrer, par l'échange des produits de leur industrie, les sommes énormes qui allaient s'eng-ouffrer chaque année dans ces contrées lointaines, séparées de l'Occident par des préjugés séculaires.

Les Français essayèrent deux fois la culture du thé à Cayenne. On amena même dans cette colonie des Chinois, pour créer les premiers établissements et initier les colons à l'éducation de ce précieux végétal. Cette entreprise ne réussit pas.

Il en fut de même à la Martinique.

On tenta, sans plus de succès, de l'acclimater en Corse et en Provence. Cependant un journal disait récemment :

« Une expérience intéressante va être tentée en Sicile.

« Quelques savants, ayant observé que la nature du sol. en Sicile, était la même qu'au Japon et les conditions climatologiques de ces deux régions identiques , ont eu l'idée d'essayer d'acclimater le thé dans cette province. Sur la demande du gouvernement italien , le consul du Japon a envoyé des paquets de graines prises sur les différentes espèces de plante à thé, et leur a donné en même temps les instructions les plus détaillées sur leur mode de culture. Les initiateurs de l'entreprise prétendent que la Sicile n'est pas le seul pays dont le climat semble favorable à la culture du thé; l'Espagne et la Grèce seraient dans le même cas.

Il est probable que le thé obtenu en Sicile n'aura

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pas exactement les mêmes qualités que celui du Japon, mais c'est là le cas de toutes les plantes exotiques importées en Europe. Quoi qu'il en soit, cette expérience n'en vaut pas moins la peine d'être tentée ^ »

La comparaison du climat de la Chine avec celui de la France (Pékin est presque sous la même latitude que Marseille) avait fait croire que le thé réussirait chez nous, et deviendrait une source abondante de revenus. L'expérience semblait confirmer la théorie : les grands arbres de Chine viennent tous en pleine terre dans notre pays. Ceux que nous y avons transportés, surtout dans ces derniers temps, prospèrent comme dans leur patrie.

Mais l'espérance de naturaliser le thé en France, était une illusion comparable à celle des étrangers qui ont voulu transplanter sous d'autres cieux nos ceps de Bourgogne : tentative qui n'a point alarmé les propriétaires de nos grands vignobles. Ils savaient qu'on ne pouvait pas emporter leur terroir et leur soleil.

Les premiers pieds de thé vivants qu'on ait vus en Europe furent apportés, en 1763, à Linné, au Jardin d'Upsal.

Le premier que Ton ait planté en France y fut envoyé par Gordon, pépiniériste de Londres, au chevalier de Janssen, qui 1 éleva dans son jardin de Chaillot, d'où il s'est propagé. Beaucoup d'horticul-

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