‹ Le café, le thé & le chocolatChapitre 12 sur 51 · LES ORIGINES DU CAFÉ · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DU CAFÉ

Découverte du cafe. — Le gardeur de chèvres et le prieur du couvent. — Le manuscrit d'Abd-alkader. — Le café rapporté de Perse en Arabie. — Les preneurs de café persécutés à La Mecque et au Caire. — Introduction du café à Constantinople. — Succès qu'il y obtient. Les premières maisons de café. — Nouvelles persécutions. — Le café toléré et imposé. — Extraits des plus anciens voyageurs européens qui ont parlé du café : L, Rauwolf, Prosper Alpini, François Bacon, Édouard Terri, Pietro della Valle, Thomas Herbert, Pierre Dan, Duloir, Jean Vesling, — Le café apporté à Venise, puis à Marseille. — Lyon imite Marseille. — Récit du voyageur Jean de Thévenot. — Premiers cafés en France. — Le

- café est persécuté à Marseille. — Thèse médicale qui y est soutenue contre lui. — Relation du voyage fait en Perse par Adam OElschlæger. — L'usage du café NUE il l'impuissance?

A l'extrémité de l’Yemen, un Arabe qui gardait des chèvres — ou des chameaux —

et venait sans doute de conduire ses bêtes dans un pâturage nouveau pour elles, fut surpris de les voir toutes privées de sommeil et en proie à une excitation inaccoutumée !. Un couvent était voisin. Des moines, informés de l'événement, avertirent leur prieur qui résolut d'en rechercher la cause. Arrivé au champ occupé la veille, il constata que les animaux avaient montré une grande préférence pour les fruits d’un arbrisseau ? commun en cette contrée, et auquel l’on n'avait encore attribué aucune vertu spéciale. Il en cueillit quelquesuns, les fit bouillir dans l’eau, et ayant bu cette décoction éprouva une longue insomnie.

Le brave prieur avait eu son idée en agissant ainsi. Au contraire des chèvres, ses religieux dormaient trop, avaient trop de tendance au sommeil durant les offices de la nuit. Le breuvage expérimenté leur fut servi, et tout alla dès lors le mieux du monde dans le plus éveillé des couvents.

Ainsi furent découvertes les propriétés exci-

! « Non semel in hebdomada vigilare, imo per totam noctem præter consuetum saltitare. »

? « Invenit ibi quedam arbuscula, quorum fructibus! seu potius baccis vescebantur. Hujusce fructus virtutes voluit ipsemet experiri... »

tantes du café, s’il faut en croire Antonio Fausto Nairone, savant maronite * qui, né sur le mont Liban, devint professeur de syriaque à Rome, et y mourut vers 1710 *.

Où avait-1l puisé les éléments de ce récit, et à quelle date doit-il être rapporté? On l'ignore.

Nous ne savons pas non plus comment l'usage du café, déjà répandu en Perse, s'était perdu ou n'avait pas encore pénétré dans l'Arabie heureuse au milieu du quinzième siècle. Mais à cette époque, nous abandonnons le domaine de la légende, et les faits suivants présentent tout au moins quelques caractères de vraisemblance. Ils sont extraits d'un manuscrit arabe conservé à la Bibliothèque nationale et qui a été analysé par Antoine Galland, le célèbre traducteur des Mille et une nuits *. Sylvestre de Sacy l’a mis en français *.

1 Nom donné aux moines chrétiens établis sur le Liban; c'est un souvenir de Maron ou Maroun, leur premier instituteur. [ls sont regardés comme catholiques, bien que leur foi soit loin d’être orthodoxe.

? De saluberrima potione cahué seu cafe nuncupata discursus. Rome, 1671, in-18.

3 De l’origine et du progrez du cafe. Sur un manuscrit

de la Bibliothèque du Roy. Paris, 1699, in-18. 4 Chrestomathie arabe, t. 11, p. 224 et suiv.

L'auteur de ce manuscrit s'appelait tout simplement Abd-alkader ben Mohammed Ansari Djézéri Hanbali ; quant au véritable introducteur du café dans l’'Yémen, il portait le nom un peu compliqué de Djémal-eddin Abou-Abd-Allah Mohammed ben Saïd. Né à Dhabhan, ville située au sud de l'Arabie, il était en outre surnommé Dhabhani. Disons tout de suite que cet auguste personnage occupait un rang élevé parmi les dignitaires de l'Église d'Aden, et qu'il mourut en 1470.

Au cours d'un voYage en Perse, 1l rencontra des compatriotes qui faisaient usage du café et qui lui en vantèrent les propriétés. Les plus précieuses, disaient-ils, étaient « de dissiper le sommeil et l’engourdissement, de rendre le corps léger et dispos. » Revenu à Aden, Djémal-eddin s’habitua au café, et son exemple en fit naître le goût dans l’'Yémen.

Le savant et illustre Ebn-Abd-algaffar déclare ce fait exact, et il ajoute : « Il se peut faire que Dhabhani soit le premier qui ait introduit le café à Aden, comme c’est l'opinion commune; mais il n'est pas impossible que cette boisson eût éte introduite par quelque autre, et que néanmoins on lui en ait attribué l’ori-

ge, parce que c'est lui qui a été cause que

l'usage s'en est établi et qu'il s’est répandu. » Tout cela, comme on voit, n’est pas très précis, et Je le serais moins encore si je voulais raconter quand et comment le café a été introduit en Égypte, en Perse, en Abyssinie, en Éthiopie, etc. Une profonde obscurité enveloppe ces origines, et chercher à y porter la lumière constituerait un pénible labeur sans grand profit. Je ne dois pas oublier, d’ailleurs, qu'il m'est interdit de rester trop longtemps éloigné de Paris et des Parisiens.

D'Aden à La Mecque, les communications sont faciles et fréquentes , le café ne tarda donc pas à être connu dans la ville sainte de l'Islam, et c'est là qu'il subit sa première persécution.

En 1511, les fonctions de mohtesib!

étaient remplies par « l'illustre etrespectable » Kaïr bey Mimar. Sortant un soir de la mosquée, il aperçut dans l'enceinte du lieu sacré un groupe de personnages qui, à son approche, éteignirent leurs flambeaux et se dispersèrent. Il s’inquiéta, et une enquête bien conduite lui apprit que les gens surpris par lui étaient réunis pour boire en commun

Sorte de lieutenant de la police.

une liqueur dont, tout mohtesib qu'il était, il n'avait jamais entendu parler. « Le nouveau breuvage, lui dit-on, se nommoit kahwa; c'étoit la décoction des coques d'une baie que l'on tiroit du Yémen et quon appelait bunn. L'usage de cette boisson étoit devenu commun à La Mecque, et on la vendoit en cette ville dans des endroits semblables à des cabarets. Là se rassembloient des hommes et des femmes, avec des tambours de basque, des violons et autres instrumens de musique. Dans les lieux où l'on prenoit ce breuvage se rassembloient aussi des sens qui Jouoient aux échecs, au mankala et autres jeux semblables pour de l'argent, et 1l s y faisoit beaucoup d'autres choses contraires à notre saincte loi {que Dieu daigne la préserver de toute corruption jusqu'au jour où nous comparoîtrons tous devant Jui !!). »

Dès le lendemain, le mohtesib réunit des officiers de justice, des docteurs de la loi, des dévots, des habitants notables de La Mecque, et les consulta sur les mesures à prendre pour faire cesser ce scandale. Tous furent d'avis qu'il fallait d’abord savoir si

* Requête dressée 4 La Mecque au sujet du café, dans

S. de Sacy, t. II, p. 240.

l'usage du café présentait des dangers pour la santé. Deux médecins, mandés aussitôt, soutinrent chacun un avis opposé. Alors quelques-uns des assistants confessèrent qu'ils avaient parfois fait usage de la boisson soupconnée, et en avaient ressenti de déplorables effets : « Ils avoient éprouvé de l’aliénation des sens, s'étoient trouvés dans un état qui leur avoit paru condamnable, et leur raison en avoit été altérée. » Sur ces paroles, l’assemblée rendit son verdict, et le café fut proscrit. On ordonna la fermeture de toutes les maisons connues pour en débiter, et les grains que l'on trouva, soit dans ces maisons, soit chez les marchands, furent saisis et publiquement brûlés. En même temps, une lettre était adressée au khalife d'Égypte, de qui dépendait encore l'Arabie : on lui demandait de vouloir bien ratifier la sentence rendue contre le dangereux breuvage.

Il s'y refusa, déclara que, sans aucun scrupule, l'on prenait du café au Caire, et que les plus savants docteurs ne voyaient là rien de contraire à la loi musulmane. Les adversaires du café durent donc céder, maus ils ne désarmérent pas. Ils réussirent à le faire proscrire au Caire en 1523, puis à La Mecque en 1524 et

en 1543, interdictions momentanées, d'ailleurs, et dont il fut facile de triompher.

C’est seulement en 1555 que le café pénétra à Constantinople. Le manuscrit arabe cité plus haut nous apprend qu'au cours de cette année, deux hommes dont le nom mérite d’être conservé, Chems de Damas et Haken d'Alep, ouvrirent chacun « une maison de café »

dans le quartier appelé Takhtecalah. Ces établissements étaient installés avec un certain luxe, garnis même de sofas. Ils furent d’abord un lieu de rendez-vous pour les oisifs, puis commencerent à être fréquentés par des hommes instruits et de beaux esprits. On y voyait parfois réunies jusqu’à vingt ou trente personnes, qui S'y entretenaient agréablement. Pour faire diversion, on y jouait au trictrac et aux échecs, on y lisait des poésies nouvelles, on y discutait des questions littéraires et d'autres aussi. Dès cette époque, le café produit certains effets que nous retrouverons identiques partout où il apparaîtra, et qu'aucune boisson n'avait déterminés avant lui. Incapable d'amener l'ivresse , il stimule le cerveau, développe le goût de la conversation, constitue un élément de sociabilité.

À peu près seuls, les muezzins, les tinams,

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les muftis, les ulémas, les derviches, les dévots de profession s’abstenaient de fréquenter les cafés. Aussi ne tardèrent-ils pas à les attaquer, alléguant qu'il fallait les considérer comme des lieux de débauche, que leurs innombrables hôtes y censuraient les actes du gouvernement, négligeaient les devoirs de la religion et délaissaient les mosquées. Làdessus, Amurat III fit fermer tous les cafés. Ils se rouvrirent peu à peu, et des vizirs finirent par en subventionner plusieurs, qui leur produisirent d'honnètes revenus. Mais un grand vizir méticuleux, nommé Mustapha Koprili, entreprit, sous Mahomet IV, une nouvelle campagne contre ces établissements. S étant rendu incognito dans quelquesuns d'entre eux, il constata que les ordres de l’empereur y étaient l'objet d’ameres critiques, et que l’on n'y ménageait guère le grand vizir. La fermeture ne se fit pas attendre (1691). Malgré tout, la consommation du café ne diminua pas, car il n'y eut pas une famille, si pauvre fut-elle, où l’on n'en prit plusieurs fois par jour. Mustapha II se montra plus tolérant et plus avisé que ses prédécesseurs, 1l se borna à frapper le café d’un impôt (1698), et arriva ainsi à remplir son tré-

sor sans mécontenter personne. Abandonnons done l'Orient, et voyons comment le breuvage si cher aux Turcs fut introduit et accueilli en Europe.

On ne le connut d’abord que par le récit des voyageurs qui en avaient pris, ou vu prendre, durant leurs lointaines pérégrinations.

Le café n’est mentionné ni par Antomo Menavino qui, en 1548, énuméra les boissons dont usaient alors les Turcs ‘, n1 par Pierre Belon qui, en 1557, décrivit les principaux arbustes de l'Arabie ?. Il semble convenu que le premier récit de voyage où 1l en soit parlé est celui de l’Allemand Léonard Rauwolf, publié en 1582; c'est du moins ce que je lis partout. A vrai dire, cette unanimité ne me touche guère, et parmi ceux qui la composent, bien peu sans doute ont consulté l'ouvrage de Rauwolf, écrit en dialecte souabe , et devenu d’une extrême rareté.

Quant à moi, J'avoue que je n'ai pu me le procurer.

! J.-A. Menavino, Trattato de costumi et vita de Turchi. Florence, in-8°. Voy. p. 175 du vol.

* Portraits d’oyseaux, animaux, serpens, herbes, arbres,

hommes et femmes de l'Arabie et de l'Égypte. Paris, 1997, in-#°. Voy. p. 112 du vol.

Le médecin italien Prosper Alpini, mort en 1617, habita l'Orient pendant six ans. Voyageant surtout en botaniste, il eut l’occasion d'observer le café, et il lui consacra l’article suivant dans son Traité des plantes d "Égypte LE

J'ay veu un arbre dans le jardin de plaisance d’un Turc appelé Haly-Bey, lequel produit les graines communes qu'on appelle bon et ban, dont tous les Arabes et Égyptiens font.un breuvage très commun, qu'ils boivent au lieu de vin et qu'ils vendent dans les tavernes publiques? comme le vin parmi nous : ils l’appellent caova. L'on apporte ces graines de l’Arabie heureuse. L'arbre que je vous ay dit avoir veu ressemble fort à l’évonyme, mais toutefois 1l a les fueilles plus espaisses, plus dures, plus vertes, et mesmes il joüyt d’une perpétuelle verdure. Leur usage est connu d’un chacun pour faire ledit breuvage.

Les Turcs usent de cette décoction pour fortifier le ventricule{ trop froid, et pour en ayder la coction, comme aussi pour oster les obstructions des entrailles. [ls s’en servent aussi avec heureux suc-

1 Prosperi Alpini de plantis Æyypti liber. Venise, 1592, in-#°, cap. xvi, page 26. Je cite, en la confrontant avec le texte, la traduction qu'en à donnée Jean Girin, dans son traité De l'usage du caphée, du thé et du chocolate. Lyon, 1671, in-18, p. 12. :

? Il y a dans le texte : « In publicis œnopoliis. »

% « Evonomo similis. » Evonymus est le nom latin de notre fusain.

# L’estomac.

cez pendant plusieurs jours dans les tumeurs froides du foye et de la rate, comme aussi dans les obstructions invétérées desdites parties. Il est certain que c’est aussi un remède particulier pour les affections de matrice, puisqu'il l’échauffe et la débouche; estant une chose ordinaire parmi les femmes d'Égypte et d'Arabie, lors qu'elles ont leurs mois, d'en boire quantité, fort chaud, l’humant peu à peu, pour en ayder le cours, et de s’en servir de mesme en celles ausquelles ils sont supprimez. Et l'usage de cette décoction pendant plusieurs jours est fort utile, le corps ayant esté auparavant purgé!.

L'Anglais Édouard Terri, qui séjourna de 1615 à 1617 dans les États du ne Mopol, écrit de son côté :

Il y a beaucoup de personnes en ce païs à qui la religion ne permet pas de boire du vin. Ceux-là se servent d’une liqueur qui est plus saine qu’elle n’est plaisante à boire. Elle s'appelle parmy eux cahüa, et est faite d’une fève noirâtre que l’on fait boüillir dans de l’eau, à laquelle elle ne donne quasi point de goust, quoyqu’elle ne laisse pas d’avoir beaucoup de vertu pour aider à la digestion, pour réveiller les esprits et pour purifier le sang?.

Dans la curieuse relation de ses voyages,

l'Voy. aussi P. Alpini de medecina Ægyptiorum libri IV. 1645, in-#°, P. 118.

À Voyage d'Édouard Terri aux Indes orientales, p- 15.

Dans Thévenot, Relations de plusieurs voyages curieux, (a À

Pietro della Valle cite souvent le café, qu'il nomme cahué. Il écrivait de Constantinople, le 7 février 1615, à son ami Schipano ! :

Les Turcs ont un breuvage dont la couleur est noire, qui pendant l'été est fort rafraichissant, au lieu qu'il échauffe l'hiver, sans changer pourtant d’essence et demeurant toujours la même boisson. On l’avale chaud, parce qu’il passe par le feu, et on le boit à longs traits, non pas durant le repas, mais après, comme une espèce de friandise et par

gorgées, pour s’entretenir à son aise dans la compagnie des amis, et l’on ne voit guères d’assemblée parmy eux où l’on n’en boive. Ils nomment ce breuvage cahué?, ils le font avec la graine ou le fruit d’un certain arbre qui croit en Arabie vers La Meke. Si l’on veut croire les Turcs, il contribuë notablement à la santé, aide à la digestion, fortifiant l’estomac et arrêtant le cours des fluxions et des caterrhes. Ils disent aussi qu'après le souper il empêche que l’on s’assoupisse; et pour ce sujet, ceux qui veulent étudier la nuit en prennent pour lors.

Pietro della Valle écrit un peu plus loin :

Quand je reviendrai en Europe, jJ’emporterai un

1 Viaggi di Pietro della Valle. Rome, 1501, in-%°, t. I, p- 192. — Je cite la traduction abrégée qu'a donnée de ce passage Sylvestre Dufour, dans ses Traitez nouveaux et curieux du café, du thé et du chocolate. Lyon, 1685, in-12, p. 9%.

? « Che chiamano cahue. »

spécimen de ce simple et le révélerai à l'Italie, qui sans doute ne le connaît pas encore !.

Sir Thomas Herbert, chargé vers 1626 d’une mission en Orient, attribue au café des vértus extraordinaires * :

Il n’y a rien que les Perses aiment tant que le coho ou copha, que les Turcs et Arabes appellent caphé ou cahua. L’on peut dire que cette boisson a esté tirée du lac de Stix, tant elle est noire, espaisse et.amère. Elle est faite d’une sorte de graine ronde et grosse, ressemblant aux grains de laurier. Ils disent qu’elle est fort saine, prise toute chaude, car elle dissipe la mélancolie, purge la colère, engendre joye et aide admirablement à la concoction. Néantmoins, ils ne la considèrent pas tant à cause de toutes ces qualitez recommandables qu’à cause d’une tradition qu'ils ont qu’elle a esté inventée et composée par l’ange Gabriel pour restaurer les forces défaillantes du brave Mahomet, qui se vante luy-mesme de n’en avoir jamais pris qu’immédiatement il n’aitsenty une vigueur capable de désarconner quarante hommes et de contenter plus de quarante femmes.

l« Quando io faro di ritorno, ne portero meco, € faro conoscere all'Italia questo semplice, che in infin’ad hora forse le è nuovo.» Page 154. — Son retour eut lieu em 1626, mais s'est-il souvenu de sa promesse ?

? Relation du voyage de Perse et des Indes orientales, traduite de l’anglois de Thomas Herbert. Paris, 1663, in-#, p- 386.

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Ces merveilleuses propriétés n’ont pas été observées par le R. P. Pierre Dan, le premier Français, je crois, qui ait mentionné le café. Son chapitre relatif aux mœurs des Mahométans, écrit vers 1635, renferme le passage suivant :

C’est leur coustume de s’assembler dès le matin dans les grandes rues où il y a des marchands, et dans les places publiques où se tiennent les bazars ou les marchez. Là, sur le bord des boutiques, ils s'entretiennent à discourir et à prendre dans de petites escuelles de pourcelaine du cavé et de l’eau de vie. Ce cavé est une manière de breuvage noir comme de l’ancre, qui leur semble fort sain et qui desseiche grandement. Ils le boivent peu à peu, à plusieurs reprises, et employent à ce bel exercice deux ou trois heures du jour, dont le reste se passe à prendre du tabac en fumée. À quoy ils se plaisent si fort qu'ils ne s’assemblent jamais en aucun logis qu'on ne leur en apporte aussi-tost. Quand ils veulent faire la desbauche, ce qu’ils appellent entre eux faire soulfre, ils se retirent pour cet effet dans une chambre qui leur est particulière dans leur logis, sans que leurs femmes ny leurs enfans y osent entrer. Et c’est là qu’ils passent assez souvent le Jour ou la nuict à manger, à boire et à souffler le petun!.

1 Histoire de Barbarie et de ses corsaires, où il est traitte de leur gouvernement, de leurs mœurs, de leurs cruautez, de leurs brigandages, de leurs sortilèges et de plusieurs

Un autre Français, nommé Duloir, dont le voyage dura de 1639 à 1641, se montre plus indulsent :

[Quand en Turquie, écrit-il, on recoit la visite d’un ami,] on luy sert, dessus une sous-coupe de bois peinte de feüillages à la persane, une grande tasse de porcelaine pleine de cherbet, qui est un suc de limon et de citron confit dans le sucre, et qu’on délaye dans l’eau.

Après ce délicieux breuvage, on luy apporte, dans une tasse plus petite, le cahué, qui est une eau rousse qui prend son nom avec sa teinture d’une graine d'Égypte qu'on fait boüillir dedans, et qui est grosse comme un grain de froment.

Cette liqueur n’est bonne que toute chaude, tellement qu'à peine peut-on la succer du bord des lèvres, et on ne la prend qu’en soufflant, et à plusieurs reprises. La première de ces liqueurs est très délicate et rafraîchissante, et la seconde est d’un goust qui sent un peu la fumée, mais d’un effet merveilleux pour l’estomach et pour empescher que les vapeurs ne montent au cerveau !.

L'Allemand Jean Vesling, qui publia en 1638 une nouvelle édition du livre de Prosper

autres particularitez remarquables; ensemble des grandes misères et des cruels tourmens qu'endurent les chrestiens captifs parmy Les infidèles. Par le R. P.Pierre Dan, ministre et supérieur du convent de la sainte Trinité et rédemption des captifs, fondé au chasteau de Fontaine-bleau. Paris, 1637, in-#°, p. 236.

! Les voyages du sieur Duloir. 1663, in-#°, p. 169.

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