‹ Le café, le thé & le chocolatChapitre 20 sur 51 · DEUX JOUEURS DE DAMES · texte numérisé non relu

DEUX JOUEURS DE DAMES

1 Vie de J.-B. Rousseau, édit.Beuchot,t. XXXVII, p.491.

? Ibid., p. 484.

3 L'Académie écrit cafe dans l’édition de son dictionnaire parue en cette même année 169%; mais on trouve caffé jusqu'à la Révolution. Voy. ci-dessous, p. 251.

La mise en scène a le mérite de nous pendre l'aspect d’un café en 1694.

Le théâtre représente une salle de caffé où sont trois tables. Le poëte rêve d’un costé auprès des joüeurs de dames. L'abbé dort dans le fond, et de l’autre costé Coronis et La Sourdière disputent ensemble.

Que l’on composàt des vers dans ce milieu, cela nous est prouvé dès la première scène.

La Sourdière et le Gascon Coronis discutent une question politique; il s’agit de savoir si, oui ou non, la Turquie va attaquer Belgrade.

Le poète Carondas les interrompt en ces termes :

CARONDAS.

Ah! morbleu! que la peste soit de vostre babil! Est-il possible qu’on ne puisse faire icy quatre vers en repos, et que les plus belles pensées du monde y seront sans cesse immolées à la pétulante loquacité du premier importun?

CoRoNIs.

Quoy! vous faites des vers au caffé. Voilà un fort plaisant Parnasse !

CARONDAS.

Je rêvois à l’épithalame de monsieur Jobelin, le notaire, et de la fille du logis. Ils attendent qu'elle soit faite pour se marier, et j'ay bien voulu

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Y donner un de ces quarts d'heure précieux que Jemploye à chanter les loüanges des dieux et des héros.

À minuit, madame Jérôme prie ses hôtes de se retirer. Et pourquoi? Parce que, dit-elle, cest l'heure où les femmes remplacent les hommes dans les cafés. Ce passage est cu- TIeUX : |

Map. JérosMe.

Messieurs, 1l est minuit sonné, faites moy la grâce de vous retirer.

La SOURDIÈRE.

Volontiers.

LE CHEVALIER

Attens, attens. Et par quelle raison nous retirer, madame Jérosme ?

Map. JÉROSME.

Par la raison, monsieur, que voicy l'heure que les femmes viennent icy, et que puisqu'elles ne viennent pas vous incommoder le Jour, il est bien juste que vous leur laïssiez la nuit : chacun le sien n’est pas trop.

LE CHEVALIER

Vous estes pour les récréations nocturnes, madame Jérosme ?

Map. JÉROSME.

Oh vrayment, si on n’avoit d’autres rentes que

la dépense qui se fait icy de Jour, et sans le casuel de la nuit, on courroit risque d’avoir les dents bien longues.

Vous estes cinq ou six qui, pourveu que vous soyez toute une aprèsdinée icy à chanter des chansons, dire des fadaises, conter une histoire de celuycv, une avanture de celle-là, et faire la cronique scandaleuse du genre humain, ne vous embarrassez pas du reste. Cependant ce n’est pas là mon compte, et je ne dine pas de vos conversations. Vous voilà trois, par exemple, qui me devez de l'argent depuis longtemps, et qui ne parlez non plus de payer que si vous estiez icy logez par étape.

CoRoN1s.

Quant à moy, madame Jérosme, Je vous dois, je pense, trois écus, mais J’attens ma lettre de change.

LE CHEVALIER

Pour moy, je suis broüillé avec ma petite marchande de galon, et Je ne scaurois vous payer qu'après la paix.

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