ÉLOGE DU CAFFÉ
Si vous voulez sans peine Vivre en bonne santé, Sept jours de la semaine Prenez de bon caffé.
Il vous préservera de toute maladie, Sa vertu chassera, la la, Migraine et fluxion, don don, Rhume et mélancolie.
Sa force est sans égale Contre les maux de cœur; La glande pinéale!
Y trouve sa vigueur.
Quand on y met du lait, il guérit la poitrine, Au sang il donnera, la la, Sa circulation, don don, Dans toute la machine.
Ses petits corpuscules Tiennent lieu de tabac, Et mieux que les pilules Confortent l’estomach.
1 Le siège de l’âme, suivant Descartes.
Les peccantes humeurs par là sont adoucies, Et l’on ne sentira, la la, Nulle indigestion, don don, Nulles acrimonies.
Son aimable fumée Est favorable aux yeux, Quand elle est respirée C’est un baume pour eux.
Ce doux fumet qui monte en forme de nuage Nous dévelopera, la la, L’imagination, don don, Pour faire un bel ouvrage.
De la philosophie Malbranche ! le héros Avec cette ambroisie Ranime tous ses os.
Quand sa santé va mal, ce sublime génie Dans ce remède-là, la la, Sans consulter Purgon, don don, Va rechercher la vie.
Il ouvre les idées Aux plus scavans auteurs, Et fournit des pensées Aux grands prédicateurs.
Les fibres du cerveau par luy sont réveillées, Et la mémoire en a, la la, Les traces d’un sermon, don don, Beaucoup mieux imprimées.
1 Malebranche était Oratorien.
Voulez-vous dans l’église Ne rien perdre au sermon, D'une éloquence exquise Goûter l’expression?
Vous devez vous munir, surtout l’aprèsdinée, De cette boisson-là, la la.
Votre application, don don, Sera moins détournée.
Dès qu’un révérend Père Pour prescher est entré, Dans chaque monastère Il luy faut du caffé :
On passe dans le tour le petit équipage.
Cette pratique-là, la la, Sans opposition, don don, Est partout en usage.
Veut-on à l’audience Ne s'endormir Jamais, Veut-on avec aisance Rapporter un procès, Prononcer un discours, faire quelque lecture? Usez pour tout celà, la la, De l’utile boisson, don don, Sa force est toüjours sûre.
Malgré la bonne chère, Le convive est chagrin Si votre caffetière Ne finit le festin.
Dès qu’on la voit entrer, la joie est redoublée, Chacun se dit voilà, la la,
De ce repas si bon, don don, La feste couronnée.
Un ami vous visite, Offrez-luy du caffé, La dépense est petite, I] se tient régalé.
Du goblet sortira quelqu’aimable nouvelle, On politiquera, la la, La conversation, don don, En sera bien plus belle.
Si dans une reprise!
Quelqu'un perd son argent, Donnez-luy quelque prise?
D'un caffé restaurant.
Il se consolera de sa perte sans peine, Son chagrin tombera, la la, Se noyant dans le fond, don don, De votre porcelaine.