‹ Le café, le thé & le chocolatChapitre 30 sur 51 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

ne fut point connu en Chine avant la conquête des Tartares, dont on peut fixer la date entre 1220 et 1230 ‘. C’est aussi l'opinion de Nicolas Trigault : « L'usage du thé, écrit-1l, ne peut pas estre du tout ancien entre les Chinois, car en leurs plus vieux volumes, 1l ne se trouve aucun charactère hiérogliphique (tels que sont presque toutes les lettres des Chinois) pour le signifier ?.» E. Kæmpfer, qui écrivait vers 1700, reconnaît aussi que le thé « n’avoit pas de caractère propre dans la langue japonaise savante ; » mais cela prouve seulement qu'il n'existait pas de signe spécial pour le désigner, car l'Orient connut de très bonne heure le thé et ses vertus. Les Japonais, ajoute-t-il, lui attribuent une origine surnaturelle. Ils croient que Darma, fils d'un roi des Indes, aborda en Chine vers l’an 519 de l’ère chrétienne, et qu'il entreprit de répandre dans cet empire la connaissance du vrai Dieu. Il s'imposait des privations et des mortifications de tous genres, ne vivait que d'herbages, passait ses jours et ses nuits dans la contemplation

1 Simonis Paulli commentarius de abusu tabaci et herbæ thee, 1665 et 1708, in-#°, p. 710 et 734.

? Histoire de l'expédition chrestienne en la Chine. 1618, in-8°, p. 24.

DPOCAFÉ. LE THÉ ET LÉ CHOCOLAT. lil

et la prière, sans jamais céder au sommeil.

Après plusieurs années de cette vie austère, il lui arriva une nuit de s'endormir. Au réveil, honteux de sa faiblesse, il se coupa les paupières et les jeta à terre. Un miracle se produisit aussitôt : de chacune des paupières naquit un arbrisseau jusqu'alors ignoré.

Darma surpris en mangea quelques feuilles, qui rendirent le calme à son esprit et la force à ses membres. Il recommanda ce précieux dictame, qui n'était autre que le thé, et révéla ainsi au monde ses propriétés merveilleuses ”. Elles devaient être d'autant plus appréciées par les Chinois que l'usage du vin et même de la bière leur était interdit *, et qu'ils se trouvaient réduits pour boisson habituelle à l’eau saumâtre de leurs fleuves. L'addition de quelques feuilles de thé la rendit plus agréable et plus saine, et de là à regarder ces feuilles comme une panacée, il n'y avait qu'un

pas:

1 Engelbert Kæmpfer, Histoire naturelle, civile et ecclesiastique du Japon, traduite en français par J.-G. Scheuchzer. 1729, in-folio, t. 11, appendice p. 3. — La figure xxx1x du tome I représente Darma et ses paupières.

2 Mémoires concernant l'histoire, les sciences, les arts et les mœurs des Chinois, par les missionnaires de Pékin,

t. IV, p. 328.

La feuille de thé, écrit le Père Duhalde, est bonne pour les tumeurs ou apostumes qui viennent à la tête et pour les maladies de la vessie. Elle dissipe la chaleur causée par les phlegmes ou les inflammations de la poitrine. Elle appaise la soif. Elle diminuë l'envie de dormir. Elle dilate et réjouit le cœur. — Ceci est tiré des livres de Chin nong.

Elle ouvre les obstructions. Elle aide à la digestion. Elle est fort bonne quand on y ajoute la graine de tchu yu, de l'oignon et du gingembre. — Ceci est tiré de Sou cong.

Elle est bonne contre les échauffaisons et chaleurs d’entrailles. Elle est amie des intestins, si lon en croit Tsang ki.

Elle purifie le cerveau. Elle éclaircit Les yeux. Elle est bonne contre les vents qu’on a dans le corps. Elle guérit la léthargie. —-C'est Hao cou qui le dit.

Elle guérit les fièvres chaudes. En la faisant boüillir dans du vinaigre et en la donnant à boire au malade, elle guérit le cours de ventre, letenesme, et on en voit de grands effets. — Ces recettes sont tirées de T'chin tching.

En faisant rôtir cette feuille, puis boüillir, on la donne à boire et elle guérit la gale qui vient d’une chaleur maligne, et le tenesme, tant celui où les excrémens sont teints de sang que celui où ils sont mêlez de matière blanche. — Ou loui a donné ces recettes.

Faisant boüillir cette feuille en quantité, elle fait sortir les vents qui sont dans le corps, et cra-

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