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LE COMPTOIR D'UN CAFÉ EN

D'après Les contemporaines de Rétif de la Bretonne.

poration des limonadiers *, leur nombre fut limité à deux cent cinquante! On en comptait déjà dix-huit cents en 1788 * et quatre mille en 1807 °. Ces chiffres comprennent tous les industriels qui débitaient de la bière et de l'eau-de-vie, mais on n'y fait fisurer ni les cabaretiers ni les marchands de vin. A la fin du dix-huitième siècle, les cafés proprement dits ne dépassaient guère le nombre de sept à huit cents *, et presque tous avaient vu disparaître la clientèle littéraire qui s'était plu à jeter un si grand éclat autour de leur berceau. Ils étaient devenus, comme ceux d’aujourd’hui, le refuge des oisifs et la ressource des paresseux. Séb. Mercier écrivait en 1782 :

« Il n’est plus décent de séjourner au café, parce que cela annonce une disette de connoissances et un vuide absolu dans la fréquentation de la bonne société *.» Le soir toutefois, dit un ouvrage imprimé en 1779:

1 Voy. ci-dessus, p. 196.

2 S. Mercier, t. XII, p. 297.

3 Prudhomme, Le miroir de Paris, t. I, p. 283.

# Mercier, t. I, p. 227. — Étrennes à tous les amateurs de café (1790), p. 59. — Ileinzmann, Voyage d’un Allemand à Paris (1798), p. 75.

5 Mercier ajoute :

« Un café néanmoins où se rassembleroient les gens instruits et aimables seroit préférable à tous nos cercles, qui

Les cafés sont fréquentés par d’honnêtes gens qui vont s’y délasser des travaux de la journée. On y apprend les nouvelles, soit par la conversation, soit par la lecture des papiers publics. On n’y souffre personne de suspect, de mauvaises mœurs, nuls tapageurs, ni soldats, ni domestiques, ni quoi que ce soit qui pourroit troubler la tranquillité de la société.

Il semble que l’on ait voulu, depuis quelques années, imiter les cafés turcs, qu'ils appellent cavéhanes, où l’on admet des joueurs d’instrumens, que le maître paye pour divertir ceux qui prennent du café. Les musiciens ne sont que passagers dans les cafés de la ville, maïs ils sont à la Journée dans ceux des promenades, comme aux boulevards. On y exécute de bonnes symphonies, des bouffons y chantent des ariettes avec tout le burlesque dont elles sont susceptibles, et des cantatrices des airs d’opéra-comique. Les voix sont passablement

sont parfois ennuyeux. Nos pères alloient au cabaret, et l’on prétend qu'ils ÿ maintenoient leur bonne humeur : nous n'osons plus guère aller au café, et l’eau noire qu'on’ y boit est plus mal-faisante que le vin généreux dont nos pères s’enivroient. La tristesse et la causticité règnent dans ces sallons de glaces, et le ton chagrin s'y manifeste de toutes parts. Chaque café a son orateur en chef; tel, dans les fauxbourgs, est présidé par un garçon tailleur ou par un garcon cordonnier. On courtise les cafetières : toujours environnées d'hommes, il leur faut un plus haut degré de vertu pour résister aux tentations fréquentes qui les sollicitent. Elles sont toutes fort coquettes, mais la coquetterie semble un attribut indispensable de leur métier. » Tableau

de Paris, t. 1, p. 229.

bonnes. Ils font tous de leur mieux pour amuser le public, mériter ses suffrages, et en tirer quelques pièces de monnoïe à la fin de chaque air : il est rare que l’on ne donne point à chaque quêteuse. Il y a des cafés où s’assemblent les étrangers ; d’autres où il n’y a que des juifs, et d’autres pour les praticiens, les marchands, les négocians, les artius: etc.

On voit que nos cafés-concerts datent à peu près de cette époque. C’est au Palais-Royal qu'ils débutèrent; mais quatre autres ne tar-

dèrent pas à s'établir sur le boulevard du

Temple, c'étaient les cafés des Arts, d’Apollon, Alexandre et Goddet. On y jouait même parfois la comédie, « sans autre rétribution que le bénéfice des raffraichissemens *. »

1 Hurtaut et Magny, Dictionnaire historique de Paris, 11, p.10.

2 P. de la Mésangère, Le voyageur à Paris, t. II, p. 207.

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