LES CAFÉS DE PARIS DEPUIS LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Rareté des documents relatifs à l’histoire des cafés de Paris. — Notice des principaux cafés de Paris depuis le dix-septième siècle.
On possède très peu de documents sur l'histoire des cafés de Paris. Même en ce qui concerne les plus renommés d’entre eux, il est bien difficile d'établir leur filiation, de retrouver les noms qu'ils ont successivement portés. Les propriétaires m'ont paru, en général, assez peu soucieux de connaître le passé de leurs immeubles, et les recherches que J'ai faites chez quelques notaires ne m'ont fourni que des résultats insignifiants; elles ne m'ont pas permis, par exemple, de déterminer avec certitude l’origine et l'emplacement des nombreux cafés qui existèrent sur le quai de l'École. Après tout, le sujet n’a pas une impor-
tance si grande qu’il faille beaucoup regretter cette disette de renseignements, et c'est surtout à titre de curiosité que je publie les notes suivantes :
Caré ALEXANDRE. Sur le boulevard du Temple.
« Ce caffé est un des plus anciens et des plus beaux de ce boulevard. Un orchestre très bien composé y forme une espèce de concert pendant tout le temps de la belle saison !, »
Un autre cArFÉ ALEXANDRE, d’aspect beaucoup plus modeste, existait dans la rue Saint-Germainl’Auxerrois.
CAFÉ ALLEMAND, CAFÉ DES Muses ou CAFÉ Bou- RETTE. Rue Croix des Petits-Champs.
Café littéraire qui jouit d’une grande vogue au milieu du dix-huitième siècle. Il la dut à sa propriétaire Charlotte Renière® Curé, devenue par son second mariage Charlotte Bourette.
Sous le titre de La muse limonadière?, elle publia deux volumes contenant les mauvais vers faits par elle et les réponses des personnages à qui elle avait la manie d’adresser ses essais poétiques. Il faut reconnaître qu’ils étaient parfois bien recus, car en
1 Almanach Dauphin pour l’année 1777.
? Et non Renyer, comme le dit la Biographie universelle. Voy. La muse limonadière, t. IT, p. 68.
3 La muse limonadiere, ou recueil d'ouvrages en vers et en prose. Par madame Bourette, cy-devant madame Cure. Avec les différentes pièces qui lui ont été adressées. Paris,
1755, 2 in-12.
retour d’une ode ! qui fut louée par Fréron?, le roi de Prusse envoya à l’auteur un étui d’or. C'était lui faire trop d'honneur, et en dehors des habitués de son café, les littérateurs contemporains ne la prenaient guère au sérieux. Grimm, par exemple, écrivait en décembre 1750 : « Nous avons ici une cafetière à qui la fureur des vers a tourné l'esprit. Elle en fait pour tout le monde et n’en fait de bons pour personne. Elle vient d’en faire im-
l « De tous mes ouvrages, celui qui m’a coûté le moins et qu'on a loüé le plus, c'est mon ode au Roi de Prusse. Je fus saisie en la composant d’une espèce de fureur poëtique, qui m'éleva au-dessus de moi-même; l’enthousiasme en fut l’auteur. J'ai recu du fond du nord, pour cette pièce, des complimens aussi chauds que ceux de l'Orient. » La muse limonadiere, préface, p. xI.
? « Les caffés sont les licées des génies naïssans. C’est dans ces académies qu'ils font leurs premiers exercices. Combien de beaux esprits aujourd’hui célèbres doivent à ces doctes écoles leurs brillantes éducations. Mais ce qu’on n'avoit pas encore vü, ce qui rehausse la gloire de notre siècle, c’est qu’une maitresse de caffé elle-même ait changé la moitié de son comptoir en pupitre, et que les vers coulent de sa veine avec autant d’abondance que le nectar qu’elle verse aux dieux assemblés autour d'elle... Son ode au Roi de Prusse est en prose et l’épitre dédicatoire est en vers; la prose m'a paru très poëtique et les vers très prosaïques : comme il y a du génie, de la noblesse, de la force et des grâces dans sa prose, cela justifie selon moi le parti qu'elle a pris de s'abstenir de la rime et de la mesure. » Jugement de M. Fréron sur l’ode au Roi de Prusse, dans ses lettres sur les écrits du temps. Voy. La muse limonadiére, t. I, p. 63.
3 Voy. Remerciment à M. Dammon, envoyé du Roi de Prusse, sur l’étui d’or que j'ai recu. T. I, p. 59.
primer pour le roi de Prusse, qui ne sont pas les moins mauvais qui soient sortis de son cerveau. Les vers sont accompagnés d’une ode en prose, où il y a des strophes heureuses et qui ne peuvent être de cette femme !. » Pourtant, Fontenelle lui donna un exemplaire de ses œuvres en huit volumes?. Le duc de Gèvres signa son contrat de mariage et fut le parrain de son enfant. Madame Denis lui reinit un éventail4. Voltaire, persécuté par ses louanges, lui offrit une tasse et une carafeÿ.
1 Correspondance de Grimm, etc. Édit. Tourneux, t. IL, p. 1#. Voy. aussi t. II, p. 58.
? Voy. Compliment a M. de Fontenelle, et Remerciment au mesme sur le présent des huit volumes de ses œuvres. Don La muse limonadiére, t. II, p. 123.
« J'ai > Monseigneur, encore une grâce à vous demander : comme vous m'avez fait l'honneur de signer sur mon contrat de mariage, daignez protéger le fruit de cet hymen en m'’accordant la grâce de tenir l’enfant dont je dois accoucher dans le mois de septembre :
On dédie aux grands un ouvrage, On peut leur offrir un enfant.
Réponse du duc de Gévres. « J'ai recu, Madame, votre lettre. Vos vers sont charmans. Ravi de tenir votre enfant, ravi de vous faire plaisir et de vous donner des marques de mes sentimens...» La muse limonadiére, t. II, p. 261.
# Voy. Remerciment à madame Denis, nièce de M. de Voltaire, qui m'avoit envoyé un fort bel éventail. Dans La muse limonadiere, t. I, p. 68.
5 « Je ne me sens guère d’entrailles pour la muse limonadière, et j'aime beaucoup mieux lui donner une carafe de soixante livres que de lui écrire. » Voltaire, lettre du 17 septembre 1760.
« La muse limonadière me persécute. Si madame Scaliger, qui se connait à tout, voulait lui faire une petite valanterie
On voit que le café de madame Bourette était fréquenté par les beaux esprits. Elle-même le rappelle ainsi dans sa préface :
« Les auteurs sont la plüpart gens de lettres par état et de profession, qui ne connoissent de commerce que celui des Muses abreuvées des eaux du Permesse et de l’'Hypocrène, accoutumées à compter des syllabes et à carrer des périodes. Que je ressemble peu à ces écrivains laborieux! Mon commerce est celui des marchands; je ne connois d’eaux que celles de Lunéville ou des Barbades, ou je compte de l'argent et je ne songe qu’à arrondir mes affaires.
Autre trait de disparité : mes ouvrages peuvent être mauvais, mais ils sont en bonne compagnie. Les auteurs les plus renommés du siècle ont payé les foibles accens de ma Muse des sons ravissans de la leur. J’ai l'honneur de compter dans ce nombre le fameux Nestor du Parnasse !, dont la vie paroîtra bien courte si on la compare à celle que son nom et ses ouvrages obtiendront. L'auteur de l'Histoire critique de la philosophie ® a daigné plusieurs fois quitter les promenades de l’Académie et du Lycée pour
de trente-six livres, je serais quitte. » Lettre du 28 octobre 1760.
« Madame d’Argental est bien bonne de daigner se charger de faire un petit présent à la muse limonadière; je l'en remercie bien fort, c’est la seule facon honnête de se tirer d'affaire avec cette muse. » Lettre du 31 décembre 1760.
« Je vous remercie bien humblement, bien tendrement de toutes vos bontés charmantes et de votre tasse pour. la muse limonadière. » Lettre du 30 janvier 1761.
Il ya en note : « M. de Fontenelle. »
*Il ya en note : « M. Deslandes. »
venir se reposer dans mon comptoir. Enfin, deux aristarques ! judicieux et sévères ont mitigé en ma faveur leur critique; que dis-je, ils ont brûlé généreusement en mon honneur quelques grains d’un encens précieux, »
Caré Anpré. Rue d'Argenteuil.
Caré AnGLais. Rue de la Comédie-Française?.
Renommée surtout par la manière dont on y préparait le punch, cette maison recevait beaucoup d’Anglais. |
Caré pes Armes D’Espacne. Rue des Arcis.
Caré pes Arts. Place du Palais-Royal.
Fréquenté par des artistes et des habitués de l’Opéra, la clientèle de ce café diminua après l’incendie de 1781, qui détruisit la salle en quelques heures. On sait que l’Opéra fut alors transporté boulevard Saint-Martin.
Caré Des Aveucres. Au Palais-Royal, sous le café Italien.
« Il y a dans ce café un grand orchestre composé d’aveugles, parmi lesquels se trouve un assez bon violon, et une femme qui crie du haut de sa tête au lieu de chanter, et à laquelle on est souvent obligé de demander la sourdine.
Ce café n’ouvre qu’à cinq heures. C’est le rendezvous de toutes les filles du jardin et de celles du perron : les habituées y ont tous les Jours leur demi-tasse gratis. Il est divisé en vingt petits caveaux : on y voit de vieux et de Jeunes admirateurs
1Ilya en note : « MM. Fréron et l'abbé de la Porte. » ? Auj. rue de l’Ancienne-Comédie.
des grâces. Les jeunes déesses viennent boire le vin du marché; les vieilles restent pour épier le moment où il se présente quelque godiche. Alors elles se détachent, et vont aussitôt avertir leurs jeunes camarades, dont elles reçoivent une rétribution en raison du genre de conquête qu’elles procurent. C'est dans ce café que ceux qui louent les habillemens à ces nymphes viennent se faire payer, lorsqu’ils s’apercoivent qu’elles sont en compagnie à ressource. Ces filles ne s'adressent Jamais qu’à des étrangers ou à des arrivans des départemens : elle ne s’y trompent pas.
Dans cet endroit, on voit constamment deux grosses marchandes de bouquets, que l’on nomme mesdames Angot. Elles vont présenter aux godiches des bouquets pour leur belle, les font payer douze ou vingt-quatre sous, selon les circonstances plus ou moins favorables. Mais en sortant, la nymphe à qui on en a fait présent rend le bouquet à la marchande, qui lui donne quatre sous : de sorte que, dans une soirée, tel bouquet est vendu sept ou huit fois.
On respire un air si fétide et si épais dans ce café, que lorsqu'on en sort, même au plus fort de l'été, on est saisi par le froid. On péut dire que le café des aveugles est la lie des cafés de Paris. Rien n’est plus dégoûtant que la malpropreté et l’indécence qu’on s’y permet. Aussi, quand on a parcouru le Palais-Royal, on est censé n’avoir rien vu si on n’a été au café des aveugles.
À ces bouquetières succèdent les marchandes de bretelles, de porte-feuilles, de bijoux, de sucre-
ries, etc. Toutes ces marchandes sont associées, et se distribuent les heures pour les tournées. L’étranger ou l’homme des départemens se trouve circonvenu par déux ou trois nymphes qui s’entendent avec les garcons limonadiers pour demander au nouveau débarqué s’il ne faut pas lui servir telle ou telle chose : de manière que l'étranger n’a pas plutôt donné à changer une pièce d’or qu’il ne lui en reste rien !. »
CarÉ pes BaiNs caiNois. Boulevard du Temple.
En 1789, c’est là qu ’aimaient à se réunir les ardents patriotes, les vainqueurs de la Bastille?.
Caré BrpauT. Au Palais-Royal.
Fréquenté surtout par des joueurs d’échecs.
CAFÉ pes Boucueries. Rue des Boucheries Saint- Germain 3. |
« Rien n’égale au monde de ce qui se passe, pendant la quinzaine de Pâques, dans un petit café situé rue des Boucheries. Figurez-vous tous les directeurs de théâtre de province accourant à une espèce de marché public, pourcomposer leurtroupe, et tous ceux qui foulent le sapin d’un pas mayestueux accourant aussi de leur côté par troupeaux, pour se vendre et s'engager.
On marchande la reine étique, l’amoureuse mi-
1. Prudhomme, Miroir de l’ancien et du nouveau Paris, 3° édit., t. V, p. 251.
? Ad. Schmidt, Paris pendant la Révolution, trad. P. Viollet, t. I, P- 126.
$ Auj. comprise dans le parcours du boulevard Saint- Germain. Elle était la continuation de la rue de l’École-de- Médecine actuelle.
naudière ; le père noble, qui se croit tel parce qu’il a le front dégarni, la voix cassée et les mains tremblantes; le valet impudent, qui a la physionomie de ses rôles; l’humble confident, presque toujours aussi mauvais qu'inutile à la pièce; le petit maître, qui vieillit croyant bien toujours posséder le feu et les grâces du premier âge.
Cest un mélange confus d’acteurs et d’actrices qui se reconnoissent, qui rivalisent en luxure, qui se croient tous supérieurs les uns aux autres, et qui le sont en effet dans leur détestable jeu. Maïs la médiocrité prend le ton important, s’enfle, se pavane, étale l’orgueil et la bêtise du paon au milieu d’une basse-cour, et raconte à tous les oisons qui l'entourent les applaudissemens qu’on lui a prodigués à l’extrémité du royaume, où la langue francoise est à peine connue. On enrôle une impératrice à cent quarante livres par mois, et le confident soupire de n’en avoir que soixante-quinze et d’être son souffleur par-dessus le marché. Enfin, là sont rassemblés en tas tous ceux qui doivent estropier, sur les trétaux du royaume, la langue, les pièces, le bon ton, le bon sens, et n'en être pas moins applaudis avec fureur.
Les reconnoïissances des amis qui s’embrassent avec un transport aussi faux que celui qu’ils ont coutume d’avoir sur les planches; le courroux des ennemis, aussi réel que leur jalousie secrète; les beaux garcons tout fiers de leur figure, et que lorgnent les vieilles actrices desséchées; les sourdes imprécations contre les directeurs qui les paient mal, et contre le public qui les paie comptant en
huées, tout cela forme un spectacle plus neuf, plus varié et plus réjouissant que celui qu’ils pourroient donner.
L'un, qui arrive du Nord par la messagerie, va partir pour le Midi par le coche; et celui qui arrive de Marseille va tomber à Strasbourg. Le hasard les place et les déplace, ils ne savent s’ils hurleront en Gascogne ou en Normandie. Ils forment des engagemens qu'ils cassent deux heures après, par caprice ou par nécessité ; ils se surfont, ils se rabaïissent, comme une volaille qu'on vend au marché; ils jurent, se louent et s’injurient tour à tour.
Le café déborde de ces nobles instrumens de l’art dramatique. Ils sont pressés en groupe jusque dans les ruisseaux de la rue. L’un a un reste d’habit théâtral qui contraste avec sa chaussure ressemelée ; sa veste est magnifique et sa culotte rapetassée. Si on leur demandoit où ils vont, ils pourroient répondre : Je n’en sais rien.
Les directeurs se promènent, marchandant les acteurs au milieu de cette singulière foire, aussi curieuse que celles où l’on voit des animaux de toute espèce. Les directeurs flattent celui qu'ils veulent avoir à bas prix, ils parlent surtout de faire des avances. La mauvaise actrice passe avec l'acteur engagé, parce que celui-ci est son amant; elle dévisageroit le directeur s’il parloit de séparation.
Tous ces histrions vont sortir de ce café pour aller représenter dans toutes les villes ces chefsd'œuvre immortels qu'ils regardent comme leur appartenant en propre, puisqu'ils en font leur nourriture journalière ; mais ce sont d’ingrats nour-
rissons : les avides directeurs mutilent les pièces nouvelles pour les ployer à leur mauvais goût, et n’ont aucune reconnoissance pour leurs nourriciers!... »
« La rue des Boucheries est encore célèbre par la réunion de tous les souverains et souveraines de théâtre. C’est dans un café sombre, la deuxième maison en entrant dans cette rue, du côté de celle de Saint-Germain des Prés?, qu’ils se ‘réunissent pendant la quinzaine de Pâques. Là, vous voyez sur la porte du café et sur les bornes voisines des empereurs sans empires, des reines sans royaumes, souvent sans souliers 3. »
Caré BoureTtTE. Voy. Café Allemand.
Caré Bourcrcca. Sur le port Saint-Paul, à l'angle de la rue des Nonnaïins-d’Yères.
C'était le rendez-vous ordinaire des personnes qui prenaient les coches d’eau, dont le bureau était au port Saint-Paul. Ces coches desservaient Villeneuve-Saint-Georges, Montereau, Corbeil, Melun, Sens, Auxerre, etc. |
Caré Des CANONNIERS. Voy. Café de Chartres.
Caré Du CavEau. Au Palais-Royal, sous le café de la Rotonde.
« Ce café est d’un genre mixte. Le matin, déjeunés chauds et froids jusqu’à deux heures. On y donne à diner pour un franc cinquante centimes, prix fixe, mais sans vin. L’affluence est considérable
1 Mercier, Tableau de Paris, t. XI, p. 139 ? Auj. comprise dans la rue Bonaparte.
$ Prudhomme, t. IV, p. 73,
depuis deux heures jusqu’à sept, où tout change de décoration. Le restaurateur disparaît pour faire place au limonadier ; mais l’odeur suffoquante du mélange des mets reste et vous saisit même à la gorge en passant dans la galerie.
« On voit tous les soirs dans ce café un homme qui gagne six francs par soirée pour jouer le sauvage, faire des grimaces et des sauts : il frappe si fortement sur des timballes qu'on l’entend de l’autre bout du jardin. Il fait peur à bien des gens qui croient toujours qu’il va se tuer.
« Le soir, ce café est le rendez-vous de petits
merciers, de marchands de tabac, qui y vont avec leurs femmes, leurs enfans et la petite bonne, pour y boire la petite bouteille de bière, et manger modestement une demi-douzaine d’échaudés, aux sons aigres et aigus d’une musique discordante !. » Le café du Caveau, dit aussi café du Sauvage, pouvait contenir deux cents personnes. Il était orné de grandes glaces dans lesquelles se réflétaient les bustes de musiciens célèbres : Glück, Grétry, Philidor, etc. Sur une des tables de marbre était gravée en lettres d’or l’inscription suivante : « On ouvrit deux souscriptions sur cette table : la première, le 28 juillet, pour répéter l’expérience d’Annonay; la deuxième, le 29 août 1783, pour rendre hommage par une médaille à la découverte de MM. de Montgolfier ?. »
Caré DE CHAMBÉRY. Rue Saint-Antoine.
1 Prudhomme, t. V, p. 249.
2 Étrennes aux amateurs de café, p. 62.
Renommé surtout pour son eau clairette, dont on trouve la composition dans Audiger !. |
Caré DE CHARTREs. Au Palais-Royal.
Pendant la Terreur, il prit le nom de café des Canonniers et fut le rendez-vous des aristocrates ?. Il devint ensuite celui des agioteurs 3.
CarÉé DE LA Ciré. Rue du Marché-Palu.
Cette rue est représentée aujourd’hui par le commencement de la rue de la Cité, près du Petit- Pont.
CAFÉ DE LA COMÉDIE ITALIENNE. Rue Mauconseil, près de la Comédie italienne.
D'abord tenu par un sieur Bardoulat, il eut pour propriétaire, durant la Révolution, Chrétien, forcené terroriste.
Caré pu Commerce. Place Dauphine.
Ce fut là, dit-on, que fut joué en 1727, pour la première fois, le jeu de dames à la Polonaise ‘.
Caré Conrr. Voy. Café du Pont-Neuf.
Caré Du CoNTROLE GÉNÉRAL. Rue Neuve-des- Petits-Champs.
Il recevait un grand nombre d'employés attachés au contrôle général des finances, qui était situé dans cette rue.
Caré Corazza. Voy. Café Italien.
CAFÉ DE LA Croix pe Mate. Rue de l’Arbre-Sec.
Tenu successivement par un sieur d'Estrées ou
1 Page 214.
2 Schmidt, t. 1, p.458.
5 Prudhomme, t. V, p. 237.
4 Voy. le Mercure de France, n° d'août 1770, p. 195.
Destrée, puis par un sieur Aubert, ce café était renommé pour ses liqueurs fines de Nancy.
Caré Cuisinier. Rue Saint-André des Arts, presque en face du pont Saint-Michel.
Comme on l’a vu !, ce café avait été fondé par Étienne d'Alep, à la fin du dix-septième siècle. En [GI il était tenu par un sieur Onfroy, qui se qualifiait de distillateur du roi. Cet habile homme, fécond en précieuses découvertes, avait créé un chocolat spécial, une essence de café, et aussi un dentifrice qui guérissait instantanément les odontalgies les plus obstinées. Onfroy n’était point ennemi de la réclame, comme le prouvent les trois morceaux suivants :
« Le sieur Onfroy a inventé un nouveau chocolat à la facon de Rome. Il se fond dans la chocolatière comme du beurre et n’y laisse aucun dépôt. Il y en a pour l'office à cinquante sols la livre. Celui de santé, qui n’a point d’odeur, est de trois livres. Le chocolat à une vanille vaut quatre livres, à une vanille et demie cinq livres, et à deux vanilles six livres. Les personnes qui en voudront de plus chargé en vanille, en le commandant, ne payeront que vingt sols de plus pour chaque vanille d’excédent. »
« Le sieur Onfroy s’étant aperçu que son essence de caffé n’avoit pas tout le parfum nécessaire, il en a interrompu la vente jusqu’à ce qu’il lait mise au point de ne plus différer en rien du meilleur caffé suivant la méthode ordinaire. Il ose actuellement
1 Ci-dessus, p. ##.
2e EE LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS.
garantir que sa nouvelle essence de café a atteint ce degré de perfection, et il la distribue depuis le premier de ce mois. On continuera de l’employer de la facon qu’il le prescrit. Une bonne cuillerée de cette essence suffit pour une tasse de caffé; il ne s'agit que de verser par dessus de l’eau bouillante ou du lait bouillant, et d’y mettre la dose de sucre convenable : le café dans l’instant est fait...»
« Le sieur Onfroy continue de débiter avec le plus grand succès sa liqueur spiritueuse pour les dents, qui en arrête sur-le-champ et sans retour les plus vives douleurs. Le prix de sa nouvelle essence de caffé, dont la bouteille doit composer dix-huit à vingt tasses, est de cinquante sols. Le prix de la liqueur pour les dents est toujours de trois livres la bouteille et de trente sols la demi-bouteille!1. »
Caré Des Dames. Sur le boulevard.
Caré Daupuin. Rue Comtesse-d’Artois ?.
Il exista un autre Caré Daupxin, dans la rue de l'Échelle. Ce dernier était « dans une position agréable et très commode pour voir entrer et sortir du jardin des Tuileries. »
CarÉ Desrrée. Voy. Café de la Croix de Malte.
Caré DE LA DiciGENcE. Quai des Célestins.
Ainsi nommé, parce qu’il était situé près du bureau de la célèbre diligence de Lyon 3.
Caré D’Estrées. Voy. Café de la Croix de Malte.
CAFÉ DU FORT SAMSON. Carrefour Saint-Benoît.
* L'avant-coureur, n° du lundi 43 avril 1761, p. 228. : Auj. comprise dans la rue Montorgueil.
$ Voy. Les médicaments, p. 172.
« Ce café est bien composé et situé dans une position agréable. »
CAFÉ DE Foy. Rue Richelieu et au Palais-Royal.
Ce café célèbre fut fondé, croit-on, par un ancien officier de cuisine, nommé Foy, qui prit pour enseigne : À la bonne foi. Il eut pour successeurs un sieur Deslondes, puis un sieur Jousseran ou Jousserand, qui commencèrent la réputation de l'établissement.
« Ce café, écrivait-on en 1777, est un des plus renommés pour le bon café, les glaces et limonades. On n’y joue communément ni aux dames ni aux échecs, mais nombre d'officiers et financiers qui s’y réunissent, après la promenade, pour y discuter sur les affaires politiques et la nouvelle du jour, rendent ce lieu très agréable et très amusant !. »
Peu d’années avant la Révolution, « les concerts qui s’y donnaient au premier étage l’avaient mis très en vogue : la noblesse des deux sexes s’y rassemblait. Depuis, il a été fréquenté par d’anciens employés de la Cour, et des rentiers, que le décret de l’Assemblée constituante qui déclara que tous les créanciers de l’État seraient payés exactement, avait rendus grands partisans du nouvel ordre de choses. Ils formaient un cercle politique, qui fut d’abord présidé par le premier garçon du café nommé Billard, grand parleur : on l'avait qualifié d’orateur des communes; ensuite par un ancien notaire et un avocat. Enfin un ex-chanoine de Mantes, surnommé
L Almanach Dauphin.
l’abbé de six pieds, est le dernier qui ait eu l’honneur de présider cette réunion. Le décret rendu par le Conseil des Anciens sur la mobilisation de la dette publique fit disparaitre tous ces orateurs !. »
Le café de Foy avait sa facade principale sur la rue Richelieu ; du côté opposé existait une terrasse donnant sur le jardin du Palais-Royal. Elle s’en vit séparée quand le duc de Chartres eut entrepris d'isoler ce Jardin. Sur l’emplacement qu'il occupait, on prit l’espace nécessaire, non seulement pour élever les bâtiments qui l’entourent aujourd’hui, mais encore pour ouvrir derrière eux trois rues de vingt-sept pieds de large ?. Celles-ci s’étendirent entre les constructions nouvelles et les maisons qui auparavant bordaïient le jardin. Dès lors, la rue de Montpensier, étroite et sombre, fut le seul horizon de la terrasse du café de Foy. Il fallut l’abandonner et l’établissement vint occuper dans les galeries neuves du palais l'endroit où nous l’avons connu. Vers 1804, il changea de propriétaire; il fut vendu cent mille francs, et l'acquéreur estimait à vingtquatre mille francs le prix des réparations indispensables.
Caré Frary. Rue Montmartre, vis-à-vis de la rue des Vieux-Augustins.
« Le luxe, ingénieux à se reproduire sous les formes les plus agréables, s’étoit jusqu’à présent borné à embellir les caffés de glaces et de tableaux disposés selon les loix d’une froide symétrie et
? Prudhomme, t. V, p. 2#7.
? Les rues de Montpensier, de Beaujolais et de Valois.
D'après le plan de Deharme, dressé en 1765.
d’une insipide uniformité, car les caffés se ressemblent tous à peu près. Le sieur Frary, limonadier rue Montmartre, vient de faire orner le sien de glaces entremêlées de panneaux peints en fleurs dessinées d’après nature et distribuées élégamment. C’est le sieur Clermont, élève du célèbre Baptiste, qui a exécuté ces ornemens qui font un très bon effet. Cet exemple, qui vraisemblablement sera imité, mettra dans peu nos caffés sur le ton de ceux d'Angleterre, dans lesquels on remarque une variété singulière de décoration !. »
En 1777, ce Frary avait eu pour successeur un sieur Boucault qui, dit l’Almanach Dauphin, « soutient la réputation, qu'il s’est méritée à Juste titre, pour le bon café et les liqueurs fines, dont il fait des envois en province et chez l'étranger. »
Caré Giner. Rue Saint-Honoré.
Il fut, durant la Révolution, un lieu de rendezvous pour les Jacobins ?.
Caré Grapot. Voy. Café Manoury.
Caré pu Gran MonarouE. Rue Montorqueil.
Caré Harpy. À l'angle de la rue Le Pelletier et du boulevard des Italiens.
« Depuis longtemps, le café de Madame Hardy a une grande réputation pour les déjeûners à la fourchette : rognons au vin de Champagne, côtelettes, œufs frais, etc. C’est le rendez-vous de tous les agioteurs de la Bourse *; les croupiers des ban-
1 L'avant-coureur, n° du lundi 2 novembre 1761, p. 700. 8 Schmidt, t. I, p. 133.
3 Alors installée dans l’église des Petits-Pères, auj. Notre- Dame des Victoires.