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avait paru dans le Mercure d'août 1770; il est signé : « M. Manoury, marchand limonadier, au coin du quai de l’École!. »
CAFÉ DE LA Marine. Rue des Petits-Champs.
Carëé Marron. Impasse de l'Opéra, aujourd’hui rue de Valois.
Un des plus anciens cafés de Paris. C’est là, racontet-on, qu’en 1671 se réfugia Lafontaine pendant la première représentation de son opéra d’Astrée ; il avait quitté la salle parce que la pièce l’ennuyait trop, dit-il à un de ses amis qui le trouva endormi dans le café?.
On y rencontrait surtout des musiciens et des littérateurs, Lamotte entre autres, que nous avons dejà trouvé chez la Laurent et chez Manoury. Quand Guyot Desfontaines publia la troisième édition de son Dictionnaire néologique’, il avait, parait-il, l’intention de placer en tête du volume une estampe!, représentant le café de la veuve Marion. « On devoit y voir, d’un côté la dame Marion assise, et de l’autre M. de Lamotte environné de ses partisans, avec ce vers :
Inficiunt pariter linguas isti, illa liquores.
l Réponse à la question sur l’origine du jeu de dames à la Polonaise, p. 193.
2 Voy. Laharpe, Cours de littérature, t. VI, p. 376. —Je ne cite cette anecdote que pour avoir l’occasion de la déclarer apocryphe. Voy. G.-A. Walckenaer, Histoire de la vie et des ouvrages de Lafontaine, éd. de 1858, t. IT, p. 243.
3 Dictionnaire néologique à l'usage des beaux esprits du siècle, 3° édit., 1728, in-12.
4 Elle n'existe dans aucun des trois exemplaires que j'ai vus.
Ce vers fut ainsi paraphrasé :
Cette vieille affamée et ces fades rimeurs
Sous un semblable maitre ont fait apprentissage, Tandis que celle-ci frelate ses liqueurs,
Ses chalands, à l’envi, corrompent le langage’.
Caré MÉcaniQuE. Au Palais-Royal.
« Ce café mérite d’être visité, par la singularité du méchanisme qui fait monter de dessous la table la boisson qu’on demande. Il s’agit de dire des paroles par un trou pratiqué à chaque table; un instant après, et comme par enchantement, s'élève ce que vous avez demandé. Et cela s’engloutit de même à votre volonté? »
Caré pes Menus pPLaisirs. Rue Saint-Honoré, à l'angle de la rue d'Orléans.
Caré Miriraire. Rue Saint-Honoré.
« Un des plus beaux de la capitale, est, pour ainsi dire, le rendez-vous de tous les officiers. Sur le plat-fond est cette Jolie épigraphe : Hic virtus bellica gaudet3. »
Saint-Foix en fournit une description complète : « J'ai voulu voir le café militaire où tout Paris se portoit à cause des ornemens nobles et nouveaux dont il est décoré. L'idée de cette décoration m'’a paru très ingénieuse. L'auteur suppose que des militaires, sortant d’un combat, arrivent dans un endroit de délassement, assemblent leurs piques,
1 A.-L. Millin, Magasin encyclopédique, viu® année, t. V (1803), p. 197.
? Étrennes aux amateurs de café, p. 62.
$ Almanach Dauphin.
les lient avec les lauriers de la Victoire, et les coëffent pittoresquement de leurs casques. Il en résulte, . dans toute l’étendue de la salle, l'effet de douze colonnes triomphales qui se répètent à l'infini par la magie des glaces. Les casques sont d’un beau choix et bien contrastés; ils caractérisent, sous des emblèmes différens, les héros.et les dieux de l’antiquité.
« Des trophées chargés de dépouilles, d’étendarts, de couronnes, etc., lient cette ordonnance que les repos, artistement ménagés, contribuent beaucoup à faire valoir. Enfin, tout y est riche, grand, simple et respire la belle et saine antiquité. Il est singulier qu’un caffé porte l'empreinte du vrai goût et nous en offre le modèle, tandis que plusieurs de nos palais, de nos hôtels, de nos maisons, de nos temples même, ne nous présentent que des ornemens mesquins et frivoles, malheureusement trop analogues au caractère d’esprit de ce siècle. »
Caré Des Micre coLonnes. Au Palais-Royal.
Il recevait beaucoup d'étrangers et de militaires. On le disait surtout remarquable « par le nombre et le volume de ses glaces, dans lesquelles il se multiplie à Pinfini. »
Caré pes Mousoueraires. Rue du Bac.
La caserne des mousquetaires gris était située au commencement de la rue du Bac, près du quai. Démolie vers 1780, elle fut remplacée par le marché de Boulainvillier.
CarÉ pes Muses. Voy. Café Allemand.
! Poullain de Saint-Foix, Essais historiques sur Paris, (777), t. VIL, p. 85.
CAFÉ Onrroy. Voy. Café Cuisinier.
Caré DE L'OPÉr4A. Rue Saint-Honoré, près du Palais-Ro val.
Il eut pendant longtemps le privilège de fournir les raffraichissements destinés au théâtre de l'Opéra. Voy. ci-dessus Café des Arts.
CAFÉ DE L'ORDRE DE Macre. Rue de Grenelle.
Caré pu Parnasse. Quai de l’École, « sur la gauche, à la descente du Pont-Neuf'. »
Café tenu en 1714 par le sieur Poincelet. Un ou deux ans auparavant, il avait eu l’art d'attirer chez lui la clientèle de poètes qui se réunissait au café Laurent. Le poète Limojon de Saint-Didier le déplore en ces termes :
Mais ces esprits légers ne lui font plus leur cour?,
Et depuis deux moissons ont changé de séjour.
Attirez par l'éclat et du marbre et des lustres,
On voit chez Poincelet ces poëtes illustres.
Ils y viennent en foule avaler à longs traits
Les flots noirs et fumans qu’on ytient toujours prests.
Par un lâche dégoust ennemis de la peine,
Ils préfèrent cet antre à la docte fontaine.
Mille nouveaux auteurs rassemblez dans ces lieux
Méprisent d’Apollon le pouvoir glorieux.
C’est là qu'est leur Parnasse, et dans leurs froids [ouvrages
Ils n’ont pour s’exciter que leurs propres suffrages.
Là se lisent les vers qu’on veut produire au jour,
Là chacun vient d’encens s’enyvrer tour à tour.
1 Dit Nemeitz, Séjour de Paris. Voy. ci-dessus, p. 223. ? A la vieille Laurent. Voy. ci-dessus, p. 280.
De la cime du Pinde Apollon les observe :
Ah! qu’ils riment, dit-il, en dépit de Minerve, Qu'ils n’éprouvent jamais ma divine fureur,
Je ne puis mieux punir leur orgueilleuse erreur. À ces mots, du café l'ignorance s'empare,
Leur jugement se trouble et leur esprit s’égare, Le bon goût à leurs yeux n'ose plus se montrer; Livrez à leur caprice, ils font gloire d’errer!.
Le café Laurent était mal décoré et très sombre. Comme on le voit, le café du Parnasse au contraire avait des tables de marbre et des lustres. L’enseigne représentait Apollon et les Muses surmontant les mots : Au PARNASSE.
Je crois que le café du Parnasse devint dans la suite le café sans pareil, qui était tenu en 17717 par un sieur Salesse. « Ce caffé, disait alors l4{manach Dauphin, est un des plus beaux de cette capitale, par son emplacement et la superbe boiserie dont il est décoré?. »
CAFÉ DE LA PLace pu Parais-Royar. Voy. Café de la Régence.
Caré Poixcezer. Voy. Café du Parnasse.
Caré pu Poxr-Neur, devenu ensuite CAFÉ CONTI. A l'angle du quai Conti et de la rue Dauphine.
« Ce caffé, un des plus élégans de cette capitale et un des plus agréablement situés, est aussi un des plus suivis par les Anglois, qui y trouvent les papiers publics en langue nationale 5. »
1 Le voyage du Parnasse, p. 103.
? Première partie, au mot Limonadiers.
3 Almanach Dauphin.
Je rencontre, en effet, les lignes suivantes dans un manuscrit encore inédit : « 17 décembre 1716. Le sieur Félix, marchand limonadier au bas du Pont- Neuf, au coin de la rue Dauphine, a commencé à m'envoyer les gazettes angloises. J'ai recu L’evening post du 6 décembre, que J'ai renvoyé Le lendemain !.»
Ce café devait surtout sa renommée à la situation qu’il occupait à l’extrémité du Pont-Neuf, regardé encore, une dizaine d'années avant la Révolution, comme le point central de Paris.
« Le Pont-Neuf est dans la ville ce que le cœur est dans le corps humain, le centre du mouvement et de la circulation. Le flux et le reflux des habitans et des étrangers frappent tellement ce passage que pour rencontrer les personnes qu’on cherche, il suffit de s’y promener une heure chaque Jour. Les mouchards se plantent là, et quand au bout de quelques jours ils ne voient pas leur homme, ils affirment positivement qu’il est hors de Paris ?. »
« Le café Conti, qui fait le coin de la rue de Thionville* et du quai Conti, aujourd’hui quai de la Monnaie, est très ancien. Avant la Révolution, lorsqu'un étranger ignorait la demeure d’une personne de sa connaissance, il allait deux ou trois fois de suite au café Conti; il était sûr, en observant,
1 Carnet d’un Parisien pour les années 1775, 1776, 1777 et 1778. Bibliothèque nationale, fonds des nouvelles acquisitions, n° #,44}%.
2 Mercier, Tableau de Paris (1782), t. I, p. 156.
# Nom qui fut donné à la rue Dauphine par arrêté du
27 octobre 1792.
de voir passer celui qu’il cherchait. On disait aussi que l’on voyait, toutes les demi-heures, passer sur ce pont un abbé, un Bénédictin, un Génovéfin, un Capucin, un chevalier de Saint-Louis, un garde francaise, une femme publique et un cheval blanc. Ce fait s’est vérifié plusieurs fois.
Aujourd’hui les habitués du café Conti sont des hommes de loi, des rentiers, des anciens syndics de communauté qui y vont tous les soirs faire leur partie de dames ou d’échecs. Le plus grand calme y régne ; Jamais le limonadier ne se mêle de la conversation ; il ne prononce que ces mots : « Garçon, servez du chocolat, du café, un verre de liqueur, etc. » Tout ce qu’on y prendest de bonne qualité”. »
Caré pu Pont Saint-Micnez. Voy. Café Cuisinier.
CAFÉ DE LA PorTE MONTMARTRE. Rue Montmartre.
Il avait pour clients des négociants, des agioteurs, etc.
Caré Procope. Rue de la Comédie-Française, aujourd'hui rue de l’Ancienne-Comédie.
J’ai parlé déjà de cet établissement?, le plus célèbre de nos cafés littéraires. On a vu qu’il fut fondé, vers 1700, par le gentilhomme sicilien Francesco- Procopio dei Coltelli, qui se fit appeler en français Procope Couteau. Il eut pour successeur son fils Alexandre, qui mourut en 1653. La maison passa alors au sieur Dubuisson, et elle était tenue vers 1797 par un sieur Zoppi ÿ.
1 L. Prudhomme, t. III, p. 283 et 293.
2? Voy. ci-dessus, p. #5.
3 « Cette boutique porte depuis quelques jours le nom de