‹ Le cahier bleu de Mademoiselle CibotChapitre 3 sur 4 · AA · texte numérisé non relu

AA

de mademoiselle Cibot 2^7

les affaires industrielles en deux catégories bien nettement tranchées.

\ — Les bonnet et les mauvaises, n'est-ce pas?

Ce notaire blafard me faisait bouillir.

«— Il eût été à souhaiter — il salua encore — que monsieur votre mari apportât dans les affaires cette netteté, ce tact^' cette lucidité que vous semblez...

— Vous êtes bien boti; mais veuillez me dire^ monsieur, si ces cinquante mille francs sont absolument perdus. ••

Il me regardait avec des yeux si ridicule* ment langoureux, que j'ajoutai très-sèche* ment :

— Veuillez me répondre, je vous prie.

Alors il parla très-vite :

— En deux mots comme en dix^ la fortunç de M. Laumel est gravement compromise. Ce Durand était, entre nous, un fieffé coquin.

N'étant pas chimiste^ je ne peux pas juger ses procédés nouveaux, qui peuvent être excel-

I lents; mais le Durand était un coquin. Je ne l'ai point caché à monsieur votre mari lors de la signature de l'acte d^association.

»$% Le Cahier èieu

— Qu'est-ce que c'est que ce Durand^ qu'est-ce que c'est que cette association?

dis-je.

— Durand est Tinventeur du procédé nouveau pour la fabrication du savon de toilette, en faveur duquel M. Laumel s*est gratuitejnent dépossédé de cinquante mille francs.

En disant cinquante^ ^exagère: quarante-neuf mille francs seulement avaient été versés par monsieur votre mari lorsque le Durand a levé le pied.

Il quitta son fauteuil^ m'adressa en passant devant moi un regard voilé, tout à fait en dehors du sujet, et entr'ouvrant la porte :

— Apportez-moi Laumel^Durand, savon de toilette^ dit-il très-haut.

On apporta un dossier assez volumineux, et le notaire se mit à fouiller parmi ces papiers, tournant les feuilles rapidement avec son grand doigt blanc, qu'il humectait de salive de temps en temps. Il murmurait :

— Entre les soussignés, etc., etc.. ce n'est pas cela... d'une usine sise à Paris, etc., etc.. 11 n'a été fort heureusement versé que quarante-neuf mille francs. Fnds de timbre.

de maéemaisellé Ciiet aSç

enregistrement, honoraifet^ freUj, ^^^^j etc., total 2 quarante-neuf mille deux cent cinquante-sept francs soixante«^pt centimes,

•» Mais, monsieur^ l'usine reste A mon mari.

Jefeimis tous mat efforts pour comprendre cette opération.

«^ L'usina, i Yrai <iira> n'es^iste pas ; une bâtisse a été exécutée, )e ne le nie pas^ il a de jdus été commandé plusieurs machines à la maison Cail, -^ commandes dont j'ai fait arrêter immédiatement Vexécution, mais à proprement parler» il n*y a là qu'un projet d'usine et non point une usine* M. Laumel, malheureusement, est sujet, en affaires, à des illusions fâcheuses qui prouvent l'ampleur de ses conceptions mais l'aveuglent un peu sur les moyens à employer. A première vue^^ le Durand avait écrit sur le bout de son nex le mot fripon; il fallait être aveugle pour ne paa*. • f ai r^ret k k dire..

-« Pau importe tout cela, monsieur. Qui payera ces bfttimtntSj aes machines comman-

^ Monsieur votr^ mari en a«t| sans contre-

Page 1